L’innovation vaudoise sous la loupe

On salue loin à la ronde la capacité du canton de Vaud à innover. Mais quels sont les contours exacts et l’importance de cet écosystème? L’étude «Vaud innove», réalisée par la CVCI, la BCV et Innovaud, et disponible dès aujourd’hui sur un site internet dédié, répond à ces questions et à bien d’autres.

L’avenir appartient à ceux qui innovent tôt. Cet adage revisité résume les enjeux et défis qui se profilent pour l’économie à l’heure de la digitalisation, des algorithmes et de l’intelligence artificielle. Le canton de Vaud, la Suisse romande et la Suisse ont heureusement compris depuis belle lurette l’importance de l’innovation en dynamisant la recherche et le transfert de technologie, au point de faire de cet écosystème l’un des plus vigoureux du monde. Mais que sait-on réellement de la cartographie et des perspectives de l’innovation vaudoise?

C’est pour dresser un bilan de la dynamique en route que la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI), la Banque Cantonale Vaudoise, via son Observatoire de l’économie vaudoise, et Innovaud ont réalisé l’étude «Vaud innove». Chaque semaine pendant deux mois, un thème relatif à l’innovation sera abordé en détail sur le site internet www.vaudinnove.ch. Le premier volet, en ligne dès aujourd’hui, aborde les contours de cet écosystème et détaille quelques-unes créations les plus emblématiques réalisées par des entreprises établies dans le canton, comme la souris de Logitech ou les capsules de café Nespresso.

D’autres chapitres exploreront successivement les différents visages de l’innovation dans le canton, la force de son dispositif de recherche académique, les flux de transfert de technologie vers l’économie, les impacts et les enjeux de l’innovation pour les entreprises et la création d’emplois, les conditions-cadres, etc.

Innover est la clé de la pérennité

Ce travail de recherche, basé sur l’analyse fine de très nombreuses data récentes, n’a pas été réalisé dans la seule intention de célébrer le génie vaudois. Ces informations de référence ont avant tout pour but de montrer les spécificités et les besoins de cet écosystème à tous les acteurs économiques et politiques afin qu’ils en prennent toute la mesure.

Nos entreprises le savent: innover est la clé de la pérennité, d’autant plus que le marché suisse, même s’il croît, est limité et que la matière grise est la seule ressource dont nous disposons. Innover, c’est la condition sine qua non pour rester compétitif, conquérir de nouveaux marchés et participer activement à la prospérité du canton.

Mais rien n’est cependant acquis: l’innovation reste un processus qui doit être encadré et soutenu constamment pour demeurer dynamique.

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L’EPFL, un modèle d’ouverture sur le monde

L’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) célèbre ses 50 ans cette année. Figurant dans les meilleurs classements académiques mondiaux, l’institution a su s’ouvrir vers l’étranger, entraînant tout un canton dans son sillage.

Nul doute qu’il y aura foule, les 14 et 15 septembre prochains, sur le campus de l’EPFL, à Ecublens. A l’occasion de son demi-siècle d’existence, l’institution ouvrira ses portes pour présenter son rôle et ses missions au public, qui aura l’opportunité de mesurer l’excellence de celle qu’on appelait autrefois l’EPUL. Sous la houlette de son ancien président, Patrick Aebischer, l’EPFL est devenue un établissement de premier plan au niveau mondial, trustant les places d’honneur dans les classements académiques planétaires. Ouverture à l’univers des neurosciences, à l’innovation en général et mise en valeur du site – le rutilant Rolex Learning Center en est la parfaite illustration – ont contribué à accentuer et à pérenniser une renommée justifiée.

Son successeur, Martin Vetterli, lui a emboîté le pas afin de maintenir ce haut niveau d’exigence dans un monde universitaire toujours plus concurrentiel. Invité l’autre soir sur le plateau du «19:30» de la RTS, le président actuel de l’EPFL a rappelé combien ces «rankings» donnaient une grande visibilité à l’institution, qui lui permettent d’attirer des professeurs et des chercheurs de renom des quatre coins de la planète. Cette réputation suscite également des vocations dans les auditoires: l’école compte aujourd’hui plus de 11’000 étudiants venant de plus de 116 nationalités.

Ce cosmopolitisme illustre à quel point notre pays a besoin de l’étranger pour prospérer. Interrogé sur le surplace de l’accord-cadre, Martin Vetterli a d’ailleurs fait part de l’inquiétude que ce blocage institutionnel suscitait pour les milieux académiques dans la perspective d’une collaboration scientifique à l’échelle européenne.

Migration bénéfique

Hasard du calendrier, une statistique vaudoise sur la migration diffusée la semaine dernière tombe à point nommé pour rappeler combien l’ouverture est bénéfique pour l’économie suisse. Il ressort ainsi que la part de la population active issue de la migration, prise en compte jusqu’à la troisième génération, a atteint 54% dans le canton de Vaud en 2018. Selon les chiffres publiés, «445’000 résidants exercent une activité professionnelle ou sont à la recherche d’un emploi. La population active vaudoise compte ainsi 104’000 personnes de plus (+31%) qu’en 2002, année de l’entrée en vigueur de l’Accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne.» Rappelons, dans ce contexte, que le taux de chômage dans le canton s’est établi à 3,2% à la fin du mois de juillet 2019.

À l’heure où certains prônent le repli et l’isolationnisme, il est bon de rappeler que notre pays ne saurait vivre en vase clos et qu’il a tout intérêt à entretenir les meilleures relations possibles avec ses partenaires européens et d’ailleurs. Il conviendra de s’en souvenir à l’heure de glisser son bulletin de vote le 20 octobre prochain à l’occasion des élections fédérales.

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Notre économie comme enjeu politique prioritaire


A l’heure où la campagne pour les élections fédérales démarre, l’actualité économique devrait retenir davantage l’attention des candidats.

Ces derniers mois, l’importance des enjeux climatiques et leur impact attendu sur les élections fédérales à venir n’a cessé d’être souligné. Pour assurer la pérennité de nos sociétés, préserver notre environnement est en effet essentiel. Et le tissu économique a tout intérêt à se saisir de cette problématique et à innover de façon à construire un développement véritablement « durable ». Cependant, assurer la prospérité de la Suisse ne pourra pas passer uniquement par là.

Sur le plan mondial, le contexte actuel laisse présager de sérieuses difficultés économiques. Notre pays – on ne le répétera jamais assez ! – n’est pas une île. Nous ne serons pas épargnés. Entre le Brexit, la guerre commerciale Chine-USA et son « carnage » boursier, les taux négatifs et les indices manufacturiers dans le rouge, les mois à venir promettent d’être difficiles. Nombre d’économistes tirent la sonnette d’alarme, les médias s’en faisant le relais. Un ralentissement – voire une récession mondiale – semble se dessiner. L’indice PMI par exemple, qui livre l’état de santé des entreprises manufacturières, a ainsi atteint son plus bas niveau depuis juillet 2009 en Suisse.

Anticiper pour rebondir
Si nous voulons que la Suisse dispose des meilleures cartes, mieux vaudrait porter cette problématique au sommet de l’agenda politique. Il s’agit de se poser les bonnes questions afin de proposer rapidement les réponses adaptées. Ce n’est pas seulement la prospérité du pays et des cantons qui en dépend, mais celle de tout un chacun. L’emploi étant bien sûr dépendant de la vitalité de l’économie.

Comme le soulignait récemment Patrick Zweifel, chef économiste de Picter Asset Management, dans Le Temps, la Suisse a des atouts, notamment son industrie opérant dans des segments à haute valeur ajoutée. Mais si aujourd’hui le franc suisse s’apprécie, c’est « parce que le monde va mal » et non parce que son économie est solide. Voilà selon lui la « mauvaise nouvelle ».

Il va sans dire que notre économie exportatrice subit les conséquences de la guerre commerciale actuelle. Et l’Allemagne, moteur économique de l’Europe, souffre particulièrement de ce conflit. De par la chute des commandes dans ses entreprises, elle considère le risque de récession comme très sérieux. Quant au fléchissement des investissements aux Etats-Unis, il suscite des interrogations parmi les économistes.

L’ensemble des indicateurs précités devrait nous amener à débattre sérieusement de notre politique monétaire, mais aussi de notre attractivité économique et du maintien de la compétitivité de nos entreprises. Ces questions doivent être traitées d’urgence, parallèlement à celles sur le défi climatique et l’importance d’innover en la matière. Penser les conditions-cadres à même de soutenir le dynamisme du tissu économique mérite donc d’être au sommet des priorités des candidats briguant un siège au niveau national. Les emplois de leurs électeurs en dépendent !

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Le goût pour l’entrepreneuriat ne s’improvise pas

Le volet suisse d’une étude internationale affirme que les intentions de créer une entreprise sont en baisse dans notre pays par rapport à 2017. Ce recul des velléités entrepreneuriales interpelle. Tentative d’explications.

«La Suisse est loin d’être une nation de start-up.» Le constat, cinglant, émane de la Haute école de gestion Fribourg (HEG-FR), qui a réalisé le volet suisse de la dernière édition du Global Entrepreneurship Monitor (GEM), soit la plus grande étude internationale portant sur l’esprit d’entreprise. Selon les chiffres publiés la semaine dernière, les intentions de créer une société (6,9%) sont en baisse en Suisse par rapport à 2017 (10,5%) et même inférieures à la moyenne des autres économies à revenu élevé (17,1%). En outre, seuls 7,4% des Suisses se sont lancés dans des activités entrepreneuriales, un taux de base inférieur à la moyenne des pays comparés (10,4%). Plus de 2400 personnes ont pris part à ce monitorage.

Ces données, avouons-le, constituent une demi-surprise. On sait depuis belle lurette que la peur de l’échec entrepreneurial est culturellement assez développée dans notre pays, alors qu’à l’inverse, les Américains ont une grande confiance en leur propre capacité à créer une société. L’étude met d’ailleurs ce point en exergue: «Les chiffres montrent que les Suisses sont moins confiants quant à leurs capacités à créer une entreprise (taux de perception des capacités de 36,3%), ce qui s’accompagne d’une plus grande crainte de l’échec par rapport à 2017 (39,9%, 2017: 29,5%).»

Prendre des risques… ou pas

Une autre explication réside dans la situation plutôt florissante de notre économie par rapport à celle de la plupart de nos voisins européens. Pourquoi créer sa propre start-up et en assumer les risques alors que de nombreuses sociétés innovantes et bien profilées sur le marché sont en quête de talents? Tout cela ne pousse guère à l’aventure entrepreneuriale. Sans parler du manque de soutiens au lancement d’entreprises ou, disons plutôt, la relative méconnaissance des instruments qui existent.

Cette tendance baissière étonne pourtant dans la mesure où de nombreux experts affirment depuis des années que le fait, pour de jeunes Suisses, de côtoyer toujours plus d’étudiants étrangers et de startuppers sur les campus devrait les pousser à se lancer davantage dans la création d’entreprise. Les faits démontrent – et l’enquête le met aussi en évidence – que le dynamisme est clairement plus élevé du côté de l’arc lémanique et de Zurich que dans d’autres régions du pays. L’émulation suscitée par les Hautes écoles n’y est évidemment pas étrangère.

Surtout, la HEF-FR observe une désaffection très marquée de la part de la jeune génération pour l’entrepreneuriat. Ainsi, en comparaison avec les autres économies à revenu élevé, seuls 2,2% des jeunes Suisses âgés de 18 à 24 ans participent actuellement à la création d’une entreprise ou dirigent une start-up. Il s’agit du taux le plus bas de tous les pays, nettement inférieur à la moyenne (9,5 %). La Suisse occupe ainsi le 30e rang des 32 pays à revenu élevé… Pour les 35 à 54 ans, il est de 48,9%! Commentaire de Rico Baldegger, directeur de la Haute école fribourgeoise: «J’en conclus que notre offre de soutien, qui concerne non seulement mais tout particulièrement les universités, s’adresse en réalité au mauvais groupe d’âge. L’image du jeune entrepreneur de génie – le mythe de Mozart – est trompeuse.»

Capital-risque en hausse

Un point positif, toutefois: le Swiss Venture Capital Report a révélé au début de cette année que les start-up suisses technologiques avaient reçu, en 2018, 1,24 milliard de francs en capital-risque. On se s’improvise certes pas entrepreneur, mais nul doute que ces tendances sur le front de l’investissement, ainsi que la vitalité de l’écosystème innovatif vaudois, devraient contribuer à susciter de nouvelles vocations.

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La croissance ralentit, mais l’heure n’est pas à l’alarmisme

Le Brexit, qui s’éternise, et les guerres commerciales allumées par le président Trump réactivent le spectre d’une récession. Les perspectives restent néanmoins globalement favorables, selon les experts. Le chômage, lui, ne préoccupe plus guère les Suisses.

C’est une première depuis plus de vingt ans: le chômage, qui figurait en tête des préoccupations de la population dans le Baromètre de l’institut gfs.bern et de Credit Suisse depuis 1997, a été relégué au sixième rang. Désormais, la prévoyance vieillesse est la première source d’inquiétude de nos compatriotes, devant la santé/assurance-maladie. Suivent les problématiques des étrangers, de l’asile, et de la protection de l’environnement. Le chômage a ainsi accusé un recul considérable de 22 points de pourcentage en une année. Selon les auteurs de cette enquête, «le débat actuel sur la destruction d’emplois par la numérisation ne semble guère influencer la perception des Suisses. Par rapport à l’année dernière, beaucoup moins de sondés perçoivent le chômage comme une préoccupation et 75% des Suisses jugent également peu probable que leur emploi soit remplacé par des robots, de nouvelles technologies ou des logiciels intelligents dans les vingt prochaines années. Dans l’ensemble, 85% des personnes interrogées estiment que leur emploi est très sûr ou plutôt sûr.»

Cette confiance trouve en partie sa source dans la remarquable résilience dont fait preuve l’économie de notre pays depuis de nombreuses années, en particulier dans le canton de Vaud. La dernière enquête conjoncturelle de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie confirme cette faculté puisque la grande majorité de ses entreprises membres (83%) prévoient un chiffre d’affaires stable ou en hausse, alors que les effectifs devraient continuer à augmenter légèrement.

En économie, cependant, les choses peuvent évoluer très vite. La persistance du président Trump à allumer des feux protectionnistes à tout-va et les incertitudes régnant autour du Brexit semblent éroder quelque peu la confiance affichée en ce début d’année. L’institut CREA d’économie appliquée de l’Université de Lausanne a publié la semaine dernière un résumé des prévisions pour l’économie suisse. Pour ses experts, «c’est avant tout l’évolution conjoncturelle internationale qui plombe un peu le moral des entreprises. Il s’ensuit que les mois à venir devraient voir un recul des activités de production, qui se reflètera dans un net recul des investissements en équipements. Cependant, cette évolution négative ne devrait pas perdurer longtemps.»

La croissance demeure

CREA prévoit ainsi que la croissance va connaître un net repli cette année (1,4%), avant une accélération modeste en 2020 (1,9%) et plus forte en 2021 (2,3%). «Notre pays a commencé à être impacté par les mauvaises performances de l’économie européenne et cela à travers ses exportations», notent les experts de cet institut. Ils relèvent que «la plupart des PME exportatrices ne désespèrent cependant pas et presque la moitié s’attendent malgré tout à une croissance de leurs exportations pour la fin de l’année», comme en témoigne, entre autres, le sous-indice de l’emploi qui se trouve toujours dans la zone de croissance, indiquant que les entreprises restent confiantes et continuent à embaucher.

L’heure n’est donc pas à l’alarmisme. Une croissance à la baisse reste positive, et les perspectives ne sont pas mauvaises. La faîtière economiesuisse a ainsi fait savoir hier qu’elle tablait sur une croissance de 1,4% du produit intérieur brut (PIB) pour 2019 et de 1,2% en 2020. «Le chômage reste faible, mais ne poursuit pas sa baisse», ajoute-t-elle. De quoi faire remonter à terme cette préoccupation dans le baromètre précité? L’avenir le dira. Il reste que les fondamentaux de notre économie demeurent solides et nul doute que l’éclatant succès de la votation sur la fiscalité des entreprises et le financement de l’AVS devrait permettre à notre économie de maintenir une dynamique solide.

S’endormir sur ses lauriers serait évidemment une grave erreur. Les réformes doivent être poursuivies et il faut veiller notamment à ce que les talents de demain continuent de bénéficier d’une formation de haute qualité pour maintenir notre prospérité.

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L’attractivité de la Suisse, un atout à préserver

L’abandon des statuts spéciaux focalise l’attention sur les multinationales à la veille de la votation sur la RFFA. Mais au-delà de la dimension fiscale de cet objet, qu’en est-il de l’attrait de notre pays pour ces entreprises? Car ailleurs aussi, on sait les accueillir.

 Au soir du 19 mai prochain, à en croire les sondages, la Suisse aura abandonné les statuts spéciaux des multinationales. Ce sera une bonne chose, car ce système d’un autre temps a vécu. A la place, la réforme proposée établit une équité fiscale entre toutes les entreprises tout en permettant de maintenir la compétitivité internationale de notre canton. Le poids des sociétés multinationales est loin d’être négligeable: en 2017, elles ont représenté plus du tiers du PIB national et généré en tout plus de 1,3 million d’emplois. Et que l’on ne s’y méprenne pas: ces dernières ne sont pas toutes grandes, connues et étrangères. Certaines sont Suisses et développent des activités dans le monde entier.

Mais les temps changent. Nos voisins et concurrents également. Eh oui, ailleurs, on sait aussi accueillir. Et à l’heure de se développer et de s’implanter, ces entreprises entament une réflexion à 360°. Dans ce contexte, force est de constater que l’attractivité de la Suisse n’est plus ce qu’elle était. En témoigne l’étude de McKinsey et de la Chambre de commerce Suisse-Etats-Unis, aidée d’economiesuisse et de SwissHoldings, parue à fin avril. Le constat chiffré est implacable: notre pays est passé du premier au troisième rang en termes d’implantation. «Parmi les multinationales implantant des sièges sociaux européens, relèvent les auteurs de l’enquête, la part de marché de la Suisse est passée de 27% en 2009-2013 à 19% en 2014-2018, alors que les entreprises ont augmenté leur tendance à se réimplanter.»

Opportunités manquées

L’étude met en lumière quelques opportunités manquées, comme la re-domiciliation de grandes multinationales à forte croissance comme Facebook, Apple, Amazon. Netflix, Uber ou encore Alibaba, Google, à Zurich, faisant office de notable exception. Pire: depuis peu, estiment les experts de McKinsey, les multinationales «commencent à développer ou à déplacer des centres de compétences – centres d’analyse de données par exemple – hors de Suisse».

La disponibilité et la mobilité des talents constituent l’une des lacunes mises en évidence par les spécialistes. Les contingents pour les travailleurs d’Etats tiers, que le Conseil réévalue d’année en année, sont pointés du doigt. Et cela ne concerne pas uniquement les postes très spécialisés. La problématique peut aussi concerner une entreprise locale active à l’international, qui doit faire venir des ouvriers étrangers qualifiés six mois pour les former sur place. Obtenir de tels permis reste problématique au vu des contingents autorisés. C’est d’autant plus incompréhensible que ces employés ne prennent le travail de personne.

Cette année, la Berne fédérale a certes revu à la hausse leur nombre, en autorisant 8500 spécialistes venant des pays tiers. On retrouve ainsi le niveau d’avant la funeste votation sur l’immigration de masse de 2014. Mais cela reste insuffisant pour faire face aux besoins des entreprises. L’étude McKinsey recommande d’ailleurs «de revoir le régime d’immigration pour les talents hautement qualifiés et très demandés, et augmenter le nombre de places disponibles dans l’enseignement supérieur pour les disciplines fortement demandées».

Un chantier permanent

L’heure n’est pas à l’alarmisme, mais à la prise de conscience. On l’oublie, mais la concurrence internationale demeure féroce. La Suisse est passée derrière Singapour et Dubaï en termes d’implantation de sièges d’entreprises. Et les Pays-Bas et le Luxembourg la talonnent. En disant oui à la RFFA le 19 mai, la population donnera déjà un signal fort en renforçant la prévisibilité fiscale, un aspect capital dans la réflexion des multinationales. Et pas seulement chez celles qui envisagent une implantation, mais aussi chez celles qui se trouvent déjà chez nous et dont on espère qu’elles poursuivront et développeront leur business sous nos latitudes.

Mais ce chantier reste permanent, et d’autres étapes devront être franchies pour pérenniser cette attractivité.

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Taux négatifs, un casse-tête qui ne fait que s’amplifier

Les calendes grecques. Au-delà de tout cynisme, on peut se demander si tel n’est pas l’objectif calendaire de la Banque nationale suisse (BNS) pour un retour à des taux d’intérêts positifs. Depuis l’abandon du taux plancher avec l’euro, le 15 janvier 2015, la question n’a cessé de se poser. Et le caractère provisoire de cette mesure, qui vise à détourner les investisseurs financiers du franc suisse pour ne pas qu’il s’envole, s’efface à mesure que le temps passe. Désormais, on évoque 2021. Faut-il y croire ? Question subsidiaire, est-ce grave ? Et surtout, que peut-on faire ?

A questions simples, réponses complexes. Car si la Fed américaine adopte une position attentiste, Mario Draghi, le patron de la Banque centrale européenne, a indiqué au début du mois que de nouvelles mesures seraient nécessaires pour soutenir les économies des Etats-membres. Dans la foulée, les indicateurs ont confirmé les mauvaises perspectives du Vieux-Continent. Dernière en date à revoir ses prévisions de croissance 2019 à la baisse, l’Allemagne, qui a coupé de moitié son pronostic à 0,5%. Pas étonnant, après un dernier trimestre 2018 où la locomotive européenne a frôlé la récession. Italie, France, sans parler du Royaume-Uni empêtré dans son Brexit différé, les baromètres sont maussades, voire médiocres. La pression sur le franc – et sur l’économie exportatrice de la Suisse – va s’accentuer. Remonter les taux ? Ce n’est pas le moment.

Oui, mais pouvons-nous juste nous accommoder d’une situation qui est a priori un non-sens économique ? Les effets des taux négatifs ne sont pas neutres sur l’économie toute entière. Pour les caisses de pension, le maintien du rendement minimum devient problématique, s’ajoutant au défi démographique ; conséquence directe, l’investissement dans la pierre accentue le risque d’une bulle immobilière, malgré les conditions de durcissement mises en place par la BNS. A titre d’exemple, il y a aujourd’hui près d’un millier d’appartements vides à Martigny, une ville d’à peine plus de 20’000 habitants.

Les taux négatifs, qui affectent évidemment la marge des établissements financiers – ces derniers ne répercutant pas ces coûts sur leur clientèle de détail -, ont un double effet pervers sur l’épargne des particuliers. Ils engendrent son évaporation régulière, mais aussi une accentuation du réflexe d’épargne, ce qui prive la demande intérieure de dépenses. Du coup, les entreprises ne sont pas incitées à investir autant que la BNS ne le souhaiterait par ses mesures monétaires. Car la faible croissance promise alentours refroidit leur ardeur. La boucle est bouclée.

Alors ? Faut-il envisager, comme le fait la Banque centrale européenne, que les banques puissent bénéficier de taux différés sur leurs dépôts pour ne pas avoir à subir la facture des intérêts négatifs ? Faut-il repenser une politique monétaire agressive qui fixerait un contrôle des changes ? Mais on a vu à quel point un tel choix est difficile à tenir, d’autant plus qu’il ne ferait que gonfler encore un bilan de la BNS déjà surdimensionné en regard de l’économie suisse. Dans ce contexte, la triple mission confiée à nos banquiers centraux (assurer la stabilité du franc, lutter contre l’inflation et créer les conditions favorables à la création d’emplois) tient de la quadrature du cercle.

Le risque s’accroît de voir une économie européenne dopée aux antibiotiques (des politiques monétaires de plus en plus accommodantes) dont les effets s’amenuisent de jour en jour, et qui ne traitent pas la maladie par la racine. Au cœur du continent, liée par plus de deux tiers de ses relations commerciales, la Suisse peut-elle échapper à la contagion ?

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L’accord institutionnel bénéficie d’un soutien toujours plus large

Selon un sondage représentatif à l’échelle suisse, près de 60% de la population appuie l’accord-cadre avec l’Union européenne (UE). Un signal fort qui plaide en faveur de relations stables et profitables avec notre principal partenaire économique.

Le vent semble avoir clairement tourné pour l’accord institutionnel, qui doit permettre de poursuivre et de développer la voie bilatérale avec notre puissant voisin européen. Accueilli pour le moins fraîchement de toutes parts lors de sa publication à la fin de l’an dernier, ce qui a poussé le Conseil fédéral à lancer une vaste procédure de consultation dans la foulée, ce traité semble renaître avec le printemps. La plupart des partis politiques, à l’exception notable de l’UDC, apportent leur soutien à ce texte, même si quelques formations attendent encore des précisions sur certains points. Restait encore à sonder la population. C’est ce que vient de faire l’institut gfs.bern auprès de 2000 citoyens, sur mandat de l’Association des entreprises pharmaceutiques suisses pratiquant la recherche, Interpharma.

Avec près de 60% de personnes favorables à l’accord-cadre, ce coup de sonde constitue une agréable surprise, tant le scepticisme des Suisses à l’égard de l’Union européenne peut parfois sembler grand. Pour gfs.bern, ce résultat montre que «la population établit un lien clair entre des relations stables avec l’UE et la prospérité de la Suisse». Chose remarquable, le soutien s’élève à 69% pour la Suisse romande et à 58% pour la Suisse alémanique. Pour l’institut de sondage, les raisons qui poussent les personnes interrogées à se prononcer pour ou contre l’accord reposent sur une analyse économique de la situation.

Le bon sens l’emporte: la majorité de la population a compris qu’entretenir de bonnes relations avec un partenaire vers lequel partent 53% de nos exportations est une bonne option. Ainsi, près de sept personnes sur dix estiment que ce texte apportera la sécurité juridique nécessaire à l’économie suisse pour planifier ses activités. Elles sont en outre près de deux tiers à avoir constaté «l’érosion des accords actuels d’accès au marché». Les auteurs du sondage relèvent en outre que, pour la première fois depuis 2015, une majorité de la population estime que les accords bilatéraux apportent plutôt des avantages à notre pays.

«Un travail de conviction permanent»

Cette prise de conscience est réjouissante. Mais comme le souligne René Buholzer, directeur d’Interpharma, «un travail de conviction permanent est nécessaire pour souligner l’importance de relations stables avec notre principal partenaire économique». L’opinion publique est versatile, car le moindre sursaut conjoncturel peut engendrer de funestes réflexes de repli. C’est pourquoi il est indispensable de rappeler qu’un accord institutionnel vaut infiniment mieux que pas d’accord du tout. Les avantages que procurerait ce traité sont nombreux: possibilité de conclure de nouveaux accords d’accès à ce grand marché, adaptation possible des traités existants, participation au programme-cadre de recherche ou encore reconnaissance possible d’équivalence boursière.

A contrario, un rejet de l’accord-cadre aurait de lourdes conséquences pour notre pays: pas de nouveaux accords donnant accès au marché intérieur européen, pas de modifications de traités existants, pas de reconnaissance d’équivalence boursière (dès juillet 2019) ou encore rétrogradation de la Suisse dans le programme-cadre de recherche. Sans oublier l’absence d’un accord sur l’électricité avec les 27.

Dans le domaine bilatéral, le pragmatisme semble l’emporter. Le travail d’explication de ces enjeux doit toutefois se poursuivre. Et c’est notamment à cette mission que la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie s’attelle sans relâche.

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RFFA: champ du possible et vieux épouvantails

Le projet de réforme fiscale et de financement de l’AVS (RFFA), sur lequel nous votons en mai prochain, est un champ du possible, qui repose sur trois éléments fondamentaux: la prise en compte des messages délivrés par le souverain lors des votations de 2017 (refus de la RIE III et de Prévoyance 2020), l’observation de solutions adoubées par le peuple – l’exemple vaudois -, et l’intégration de mesures d’équilibrage, simples à comprendre et à mettre en œuvre, qui donnent à l’ensemble un effet de dynamisme pour l’économie, et de pérennité pour l’AVS.

Dans ce champ fertile qui permettra à nos entreprises de faire fleurir investissements, emplois et bénéfices, et à notre filet social de consolider son enracinement, les opposants plantent des épouvantails fatigués, maintes fois servis.

Le premier s’appelle pertes fiscales. Première observation, l’adoption de la RFFA aurait pour effet de hausser le niveau d’impôts des grandes entreprises étrangères actuellement au bénéfice d’un statut fiscal cantonal spécial… Il y a là une source de revenus fiscaux, et non de pertes. Parmi les mesures contenues dans le paquet, une hausse de l’imposition fédérale des dividendes (à 70%) et la restriction du principe de l’apport en capital (exonération des remboursements de réserves) contribuent elles aussi à une augmentation des revenus fiscaux. Donc, sans même intégrer l’effet dynamique – calculé par l’Administration fédérale des contributions – que la RFFA aura à terme sur l’activité économique et donc les recettes fiscales, les fameuses «pertes» se limitent, pour la Confédération, à quelque 585 millions de francs annuels, déjà intégrés au budget pour les années 2020 à 2022.

Un mécanisme d’équilibres

Ce chiffre trouve du reste son origine dans les 990 millions que la Berne fédérale va reverser aux cantons à travers la hausse de la quote-part cantonale à l’impôt fédéral direct (IFD, de 17% à 21,2%). Pour Vaud, les recettes supplémentaires doivent se chiffrer à 113 millions par an. Nous sommes donc bien dans un mécanisme d’équilibres, qui permet une transition vers une situation plus dynamique, plus équitable aussi pour nos entreprises.

Le deuxième épouvantail a pour trait le creusement de la dette (pour autant qu’il soit effectif, ce qui, nous l’avons vu plus haut, serait très surprenant). Au passage, observons avec un certain amusement des milieux d’ordinaire peu regardant avec le niveau d’endettement public se mettre à pousser de hauts cris devant la perspective d’alourdir ce fardeau.

Deux réponses à cela. Tout d’abord, le niveau d’endettement public en Suisse reste, de manière générale, très maîtrisé et, en comparaison internationale, particulièrement bas. Deuxième observation: même si, par principe, le creusement de la dette n’est pas une solution, son fardeau s’est notablement allégé depuis une dizaine d’années, avec la faiblesse constante du loyer de l’argent. Les taux d’intérêts durablement bas ont modifié en profondeur les règles du jeu. Pour beaucoup, la charge de la dette a décru en comparaison avec la croissance réelle – un phénomène nouveau mais durable.

En tous les cas, les taux d’intérêt très bas ont redonné aux pouvoirs publics des marges de manœuvre. Celles-ci doivent naturellement être utilisées à bon escient, dans un esprit novateur, afin de préparer les conditions de la réussite économique future. C’est exactement le principe du paquet RFFA: il intervient dans un contexte où l’on peut adapter ses mécanismes de redistribution (fiscalité et compensations sociales), sans craindre des effets de bord toxiques.

Le projet AVS-fiscalité est aussi favorable aux collectivités

La loi relative à la réforme fiscale et au financement de l’AVS (RFFA), soumise au vote le 19 mai prochain, fait l’objet d’un consensus assez large dans le canton de Vaud, même si certaines communes peinent à adhérer au projet. Ce dernier est pourtant indispensable.

L’importance du projet AVS-fiscalité pour nos rentes et notre économie n’est plus à démontrer. Ce paquet hétéroclite, assez largement soutenu, constitue une solution consensuelle pour résoudre deux problèmes urgents: le financement de l’assurance-vieillesse et la fiscalité des entreprises. Le volet social du projet prévoit une somme de 2 milliards de francs, financée majoritairement par une hausse paritaire des cotisations salariales de 0,3% (0,15% à charge de l’employé, 0,15% à charge de l’employeur). Elle rapportera 1,2 milliard de francs en 2020, le solde provenant de la Confédération. Le volet fiscal, lui, permet l’abandon des statuts spéciaux pour les entreprises internationales, ainsi qu’une égalité de traitement de toutes les firmes face au fisc.

Le canton de Vaud a pris de l’avance avec cette réforme en plébiscitant, en 2016, la RIE III cantonale, qui établit un taux d’imposition unique pour toutes les entreprises à 13,79% et des mesures de compensation sociale. La réforme est en vigueur depuis cette année même si, formellement, il est nécessaire de dire oui au projet fédéral AVS-fiscalité pour supprimer les statuts spéciaux. La mise en œuvre différée des volets cantonal et fédéral de cette refonte fiscale a mis à mal provisoirement les recettes communales. C’est pour cette raison que les communes et le canton ont signé, l’automne dernier, une convention pour en compenser les effets financiers. L’État a ainsi versé 50 millions de francs aux collectivités locales.

Inquiétudes infondées

A l’heure de se prononcer sur la RFFA, le 19 mai prochain, certaines communes éprouvent également des craintes pour leurs recettes. Ces inquiétudes sont infondées: les pertes fiscales des cantons seront compensées notamment par le relèvement de 17% à 21,2% de la part des cantons au produit de l’impôt fédéral direct. Globalement, ces derniers recevront ainsi 990 millions de francs supplémentaires, le canton de Vaud encaissant, pour sa part, un peu plus de 110 millions dès 2020, dont le tiers ira aux communes. Rappelons qu’avec l’entrée en vigueur du projet AVS-fiscalité, les sociétés internationales paieront davantage d’impôts.

Les chiffres le disent: la RFFA n’impliquera pas de pertes fiscales significatives pour les communes. On estime ainsi qu’une vingtaine d’entre elles subissent des baisses de recettes de plus d’un million de francs avec la RIE III, et non avec la RFFA. Des pertes globalement compensées, comme on l’a vu. En réalité, c’est la modification des règles de calcul de la péréquation intercommunale, liée à cette même RIE III, qui a induit une charge plus importante pour les collectivités locales disposant d’un point d’impôt élevé, et cela dès 2017. Il faut aussi pointer du doigt le poids de la facture sociale, soit plus de 780 millions à la charge des communes en 2018. Et le budget 2019 prévoit des dépenses de 822 millions…

En un mot comme en cent, la loi relative à la réforme fiscale et au financement de l’AVS n’est en rien responsable des tourments budgétaires que rencontrent les communes. Voilà une bonne raison pour leurs élus de glisser un oui déterminé dans les urnes le 19 mai prochain.