Une mesure fiscale qui favorise la promotion des femmes

Le coût élevé des crèches et la progressivité des impôts poussent bien des mères à réduire leur temps de travail. L’augmentation des déductions pour les frais de garde contribuerait indéniablement à accroître la présence de femmes qualifiées sur le marché du travail.  

On doit presque se pincer pour le croire: l’un des objets les plus contestés des votations du 27 septembre concerne la prise en compte fiscale des frais de garde des enfants par des tiers. La gauche y voit un cadeau fait aux «riches», sous prétexte que seuls ceux qui paient l’IFD en bénéficieraient, soit environ 60% des familles. Au niveau de l’impôt fédéral direct (IFD), le montant maximum déductible serait relevé de 10’100 à 25’000 francs par enfant. En outre, la déduction générale pour enfants passerait de 6500 à 10’000 francs, ce qui soulagerait les familles quel que soit le mode de garde des enfants.

La réalité, c’est que la catégorie la plus concernée par cette réforme est la classe moyenne, celle qui ne reçoit aucune aide de l’Etat, comme des subventions pour les primes-maladie, des prestations complémentaires, etc. Cela fait longtemps que la fiscalité des familles doit être repensée, le moment me paraît donc opportun d’y contribuer. Ces trente dernières années, le poste crèches a explosé dans le budget familial, d’autant plus que leur coût est proportionnel au revenu. Ainsi, à partir de 4 à 5 jours de garde par des tiers, avec la progressivité de l’impôt, le calcul est vite fait: le revenu diminue. Qui voudrait travailler davantage pour gagner moins?

Une charge trop lourde

Il n’est pas rare que des parents – c’est bien souvent le cas de la femme – réduisent leur temps de travail ou quittent leur emploi en raison de la charge que représentent les frais de garde des enfants en bas âge et de l’impossibilité de les déduire totalement des impôts. On estime que 2500 postes à plein temps pourraient être pourvus à court ou moyen terme en prenant des mesures adéquates. L’augmentation des déductions pour les frais de crèche, c’est indéniable, contribuerait à adapter la fiscalité aux dépenses réelles engendrées par la garde des enfants par des tiers, et permettrait aux entreprises de bénéficier de l’apport précieux de femmes qualifiées en plus grand nombre.

Parallèlement, l’accent devrait être porté sur la flexibilisation des horaires de travail, sur la mise en place d’horaires scolaires harmonisés et, surtout, sur un accès facilité à des structures d’accueil pré- et parascolaires. La CVCI et ses membres ont d’ailleurs soutenu, dès sa création, la Fondation d’accueil de jour de la petite enfance en participant au financement des places d’accueil. Seul le cumul de ces différentes mesures permettra aux femmes de prendre leur place sur le marché du travail. Dire oui à un relèvement des déductions pour enfants dans le cadre de l’impôt fédéral direct constituerait incontestablement un pas important dans cette direction.

Photo: AdobeStock

Claudine Amstein

Claudine Amstein

Claudine Amstein est la directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, depuis 2005. Après avoir été juriste et secrétaire générale de la Chambre vaudoise immobilière, elle en reprend la direction en 1993. Elle a été constituante au Grand Conseil vaudois, avant d’en être députée pendant dix ans. Elle est très engagée dans les associations faîtières de l'économie suisse.

4 réponses à “Une mesure fiscale qui favorise la promotion des femmes

  1. quand il s’agit de réduire les impôts, tous les arguments sont bons ! Ne serait-ce pas plus juste d’allouer un crédit équitable à toutes les familles ? On peut aussi imaginer subventionner les crèches de manière à libérer les mères durant leur travail ?
    Mais non, on préfère privilégier une fois de plus les plus aisés en permettant d’abord aux femmes bien formées de poursuivre leur carrière , tandis que les autres resteront à la maison !!!
    Cela ne fera qu’accroitre les disparités sociales …

    1. Les crèches sont financées en partie par les entreprises puisque les employeurs font un prélèvement sur les salaires; et plus ceux-ci sont élevés, plus les montants à disposition sont grands. Je rappelle que la déduction des montants sur les crèches correspond à une dépense réelle pour l’acquisition du revenu, et cela entre dans la logique fiscale.

    2. L’augmentation de 10 100 à 25 000 francs de la déduction max des frais de garde des enfants est une bonne idée. La proposition aurait du en rester là…

      Par contre l’augmentation de la déduction générale par enfant de 6500 francs à 10 000 francs pour l’IFD est de facto un coup de pouce aux familles qui en ont le moins besoin (décile des revenus les plus haut).

      Je suis d’accord que les frais de crèches sont dissuasifs dans certains cas, en particulier lorsque les salaires dans le couple sont très déséquilibrés (généralement en défaveur des femmes), le gain marginal d’une augmentation du temps de travail peut être nulle (voir négative une fois les coûts annexes intégrés). C’est rarement le cas pour des couples avec un revenu de l’ordre de 200K-300K par an que cette baisse cible.

      Ces 350M serait mieux utilisés pour augmenter les nombre de places de crèches à des prix abordables, qui sont encore en nombre insuffisantes. Il est difficile d’augmenter un temps de travail lorsque les solutions de garde n’existent pas.

  2. J’aimerais remercier les socialistes pour leur franche prise de position, qui prouve sans laisser la place au doute, qu’ils sont de mauvaise foi et structurellement médiocres. Ils veulent montrer leur attachement à leur fond du commerce; les salaires les plus bas. Ils s’en foutent du bonheur des autres, qui payent plus d’impôts pour faire vivre aussi bien les élus socialistes que les plus modestes dans notre pays. Le socialisme est une pensée dangereuse qu’il convient de combattre et les garder en dehors du pouvoir. Associés au verts ils sont de plus en plus dangereux dans notre pays.

Les commentaires sont clos.