Une politique de repli sonnerait le glas de notre prospérité

Les accords bilatéraux, c’est un million de places de travail créées en Suisse, plus de 1% de croissance annuelle du PIB réel, un taux de chômage bas et un salaire moyen deux fois plus élevé que dans l’Union européenne (UE). Renoncer aux bilatérales serait plus que hasardeux à l’heure de la reprise. 

Le matériel de vote pour l’échéance cruciale du 27 septembre est arrivé dans les boîtes aux lettres. Les sondages prédisent un rejet de la dangereuse initiative de résiliation, qui veut mettre fin aux accords bilatéraux I avec Bruxelles. Chacun a pourtant en mémoire le scrutin du 9 février 2014 contre l’immigration de masse, qui avait vu les partisans du repli l’emporter sur le fil. Ne jouons pas avec le feu: le moment est venu d’écrire avec détermination un grand non sur ce bulletin!

A celles et ceux qui en douteraient encore, il est bon de rappeler que la Suisse a connu une période de grande prospérité depuis l’entrée en vigueur des bilatérales I, en juin 2002. Une étude du groupe de réflexion Avenir Suisse, parue la semaine dernière, le confirme: depuis l’introduction de la libre circulation des personnes, «de nombreux indicateurs économiques tels que le produit intérieur brut (PIB) réel par habitant, la productivité du travail et le volume des exportations ont évolué positivement. La croissance moyenne du PIB par habitant pour les années 2002 à 2018 était de 1,02% (1992 à 2002: 0,66%).» Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.

La Suisse exporte 1 franc sur 2 vers l’UE, qui est de très loin notre principal client (52% de nos exportations, bien avant les Etats-Unis, 15%, et la Chine, 5%). Nos entreprises ont besoin d’un accès facilité à ce grand marché aussi bien pour vendre leurs biens directement aux plus de 400 millions de consommateurs qu’en tant que sous-traitants de l’industrie européenne. L’initiative de résiliation détruirait la voie bilatérale et n’offrirait aucune alternative viable.

Pas de substitut équivalent

Dans son étude, Avenir Suisse assure qu’un nouvel accord de libre-échange (ALE) global entre la Suisse et l’UE ne constituerait pas un substitut équivalent aux accords bilatéraux, «car un simple accès au marché est moins intéressant pour les entreprises suisses qu’une intégration complète dans le marché intérieur de l’UE. Un ALE augmenterait également la charge réglementaire pesant sur les entreprises. Comme ces nouvelles charges administratives présentent des caractéristiques de coûts fixes, cela affecterait davantage les PME exportatrices que les grandes entreprises.»

On le voit bien, ce n’est pas le moment d’ajouter une crise institutionnelle à celle, sanitaire et économique, que le Covid-19 nous a infligé. Nous avons plus que jamais besoin de partenaires pour relancer notre économie. La Suisse est l’un des pays les plus interconnectés et globalisés au monde. Selon une étude de la Fondation Bertelsmann, notre pays est celui qui bénéficie le plus de la mondialisation à l’échelle planétaire. L’ouverture au monde reste un gage de prospérité. Confirmons-le dans les urnes le 27 septembre.

Photo: Photo: AdobeStock

Claudine Amstein

Claudine Amstein

Claudine Amstein est la directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, depuis 2005. Après avoir été juriste et secrétaire générale de la Chambre vaudoise immobilière, elle en reprend la direction en 1993. Elle a été constituante au Grand Conseil vaudois, avant d’en être députée pendant dix ans. Elle est très engagée dans les associations faîtières de l'économie suisse.

6 réponses à “Une politique de repli sonnerait le glas de notre prospérité

  1. on se demande bien qu’est-ce qui justifie ce matraquage médiatique contre cette initiative ? Si notre prospérité était à ce point dépendante de l’Europe, pourquoi les milieux économiques n’ont jamais poussé pour une adhésion pure et simple ? Etre membre du l’UE garantit aussi de participer pleinement aux décisions du club et pas seulement de devoir suivre à distance toutes les options choisies !

    1. La voie bilatérale est taillée sur mesure pour la Suisse: elle lui permet de conclure de bons accords sectoriels et de garder sa souveraineté.

  2. Madame,

    Il me semble que vous passez sous silence le fait que les pays européens voisins ont un excédent commercial avec la Suisse. Il est à douter que les pays partenaires, de même que les entreprises, vont renoncer à un client tel que la Suisse (source : https://www.gate.ezv.admin.ch/swissimpex/public/bereiche/waren/query.xhtml). De plus, il n’existe aucun repli, contrairement à ce que vous martelez, à vouloir reprendre le contrôle des flux entrants. La question est de savoir si le peuple suisse veut redevenir souverain et choisir librement celles et ceux qui entrent en Suisse. Vous n’êtes pas sans ignorer que la prospérité suisse n’a pas commencé en 2002 mais est le résultat de politiques antérieures depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. La Suisse absorbe tout de même une partie du chômage des pays de l’UE donc c’est une situation de gagnant-gagnant et non de perdant(CH)- gagnant(UE). Vous ne pouvez honnêtement faire croire que tous les emplois occupés par des ressortissants UE ne pourraient pas être pris par des résidents suisses. Par contre nous pouvons tout àfait croire que ces postes sont occupés avec une décote salariale. Je comprends bien que vous souteniez des employeurs qui ne se gênent pas de pratiquer la sous-enchère salariale. Franchement sortez de l’idéologie, entrez dans le réel et défendez votre pays !!!

    1. La Suisse enregistre un déficit commercial avec l’Europe principalement à cause des achats de véhicules, de pétrole, de produits agricoles et de métaux. Il n’en reste pas moins que l’UE est de très loin notre client numéro 1, à qui nous vendons un peu plus de la moitié de nos exportations.
      La prospérité de la Suisse ne date certes pas de 2002, mais elle s’est accélérée depuis lors (voir l’étude d’Avenir Suisse citée dans mon blog).
      Je ne soutiens nullement des employeurs pratiquant la sous-enchère salariale. Les mesures d’accompagnement sont d’ailleurs là pour l’empêcher.
      Je dirais enfin que voir son pays prospérer est une manière louable de le défendre.

  3. La décision de mettre fin aux bilatérales ne remettra pas en cause le reste des accords avec l’U.E. Je vous renvoie aux arguments de Lucie Rochat dans son blog publié le 1er septembre. Je comprend vos arguments mais il ne me parle pas. Quant je fais le constat du nombre de chômeurs et surtout le nombre de suisses et résidents à l’aide sociale (donc hors champ du chômage), ET que je vois la progression depuis plusieurs années des travailleurs frontaliers, alors je dis “ça suffit”. Les frontaliers seront bienvenus lorsque le chômage sera résorbé pour les jeunes et les seniors de ce pays, mais là s’est trop !

    1. La résiliation de la libre circulation des personnes entraînera automatiquement la fin des six autres accords sectoriels, ce qui serait catastrophique pour les entreprises exportatrices. S’agissant des travailleurs frontaliers, nous l’observons pendant cette pandémie: sans eux, nos hôpitaux n’auraient pas pu faire face aux besoins en soins.

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