L’ouverture sur le monde reste le meilleur gage de notre prospérité

L’accès au marché européen dont bénéficie la Suisse aidera au redémarrage de notre économie dans le contexte sanitaire actuel. Le repli qu’implique l’initiative dite «de limitation» nous empêcherait d’attirer les talents dont nous avons besoin.

La conseillère fédérale Karin Keller-Suter, qui sera l’hôte de la CVCI demain soir pour présenter les enjeux liés à cette initiative, l’a martelé hier matin à la radio: perdre les accords bilatéraux I provoquerait un choc à long terme pour l’économie suisse. Ce n’est pas le moment d’ajouter une crise de longue durée à celle consécutive à la pandémie de Covid-19. Le marché européen, auquel nos entreprises ont accès librement, absorbe plus de 50% de nos exportations. Couper les ponts avec notre partenaire économique principal hypothéquerait lourdement le redémarrage de l’activité et, par voie de conséquence, notre prospérité. S’ensuivrait alors une longue période d’incertitude porteuse de dangers.

Renégocier des accords avec l’Union européenne (UE) dans la foulée serait utopique, car le texte proposé le 27 septembre prochain stipule qu’«aucun nouveau traité international ne sera conclu et aucune autre nouvelle obligation de droit international ne sera contractée qui accorderaient un régime de libre circulation des personnes à des ressortissants étrangers». On a vu avec le Brexit quelles difficultés la Grande-Bretagne rencontre pour recoller les pots cassés avec ses 27 anciens alliés. Voulons-nous vraiment prendre le risque de jeter au rebut une voie bilatérale qui nous a beaucoup apporté?

Sept accords essentiels

La querelle des chiffres fait rage, mais un fait est incontestable: notre pays connaît une grande prospérité depuis le renforcement de notre partenariat avec l’UE. Les entreprises installées en Suisse ont plébiscité, au gré de diverses enquêtes, l’accord sur la libre circulation. Les six autres accords du paquet des bilatérales I n’en sont pas moins importants, car l’adoption de cette initiative sonnerait leur glas en raison de la clause guillotine. Or ces accords assurent aux entreprises suisses un accès largement non discriminatoire au marché intérieur de l’UE dans des secteurs importants, comme les accords sur les obstacles techniques au commerce, sur le commerce de produits agricoles, sur les transports terrestres et aérien, sur les marchés publics et sur la recherche. La fin de ce dernier nous ferait perdre l’accès à des programmes dotés de plusieurs milliards d’euros.

La voie bilatérale a permis de recruter un personnel qualifié que l’on ne trouve pas forcément sur notre territoire. La main-d’œuvre européenne est indispensable à la Suisse, en particulier dans les services, l’industrie et l’agriculture. Le secteur de la santé ne pourrait pas davantage se passer du personnel bien formé venant des pays voisins, comme on l’a constaté depuis le début de la pandémie.

Depuis quinze ans, le système des mesures d’accompagnement a été continuellement développé afin de garantir le niveau élevé des salaires en Suisse. Les diverses adaptations légales et nombreuses améliorations en matière d’exécution ont permis de mettre en place un niveau de protection efficace des conditions salariales et de travail.

Le matériel de vote va arriver sous peu dans les boîtes aux lettres. Il sera alors temps d’apposer un non ferme et sans réserve sur le bulletin de l’initiative dite de limitation.

Photo: Photo: AdobeStock

Claudine Amstein

Claudine Amstein

Claudine Amstein est la directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, depuis 2005. Après avoir été juriste et secrétaire générale de la Chambre vaudoise immobilière, elle en reprend la direction en 1993. Elle a été constituante au Grand Conseil vaudois, avant d’en être députée pendant dix ans. Elle est très engagée dans les associations faîtières de l'économie suisse.

3 réponses à “L’ouverture sur le monde reste le meilleur gage de notre prospérité

  1. “On a vu avec le Brexit quelles difficultés la Grande-Bretagne rencontre pour recoller les pots cassés avec ses 27 anciens alliés”

    Alors, c’est peut-être personnel mais ce n’est ABSOLUMENT pas ce que je vois en ce moment. Les Brexiters actuellement au pouvoir n’essaient pas du tout de recoller les morceaux. Bien au contraire. Leur stratégie consiste à, soit obtenir un accord qui leur est extrêmement favorable, soit, si l’UE ne flanche pas, partir sans accord pour tenter de reconstruire un Global Britain chimérique.
    Leur but initial était de faire exploser l’UE en montrant à d’autres pays à quel point il était facile et profitable de quitter le bloc. Au vu de leurs difficultés actuelles, peu de pays sont enclins à les suivre.

    En résumé le problème des Britanniques est qu’ils ont abandonné leur légendaire pragmatisme pour une idéologie pleine de nostalgie.

  2. Et notre bien-être pour nous et les prochaines générations ?
    A quoi sert une prospérité théorique qui ne touche pas le citoyen, dans une Suisse à +10million d’habitants, fait de bétons et de délinquances et où le consommer local est utopique?

    Lorsque l’économie s’impliquera sur les conséquences des excès et aura l’avenir dans sa réflexion, sa parole sera importante. Et ce moment, ce sont des paroles de l’idéologie du 20ème siècle, pas forcément inutile, mais totalement dépassé pour offrir un avenir souhaitable.

    Le choix est simple : Continuer ainsi pour aggraver la situation actuelle, ou construire un avenir dans une société humaine pour les prochaines générations.

    L’initiative va probablement être rejetée, mais tout porte à croire que la population mue, et ne va plus privilégier l’économie. Si les politiques restent sourds, les suisses suivront les britanniques.

    Il est temps que les politiques se secouent si ils veulent satisfaire à la fois l’UE et le peuple suisse.

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