Des airs de conquête de l’Ouest pour les PME

Les pourparlers entre la Suisse et les États-Unis autour d’un accord de libre-échange se sont poursuivis lors du récent World Economic Forum de Davos. Il s’agit d’un signal réjouissant pour les entreprises, qui sont nombreuses à souhaiter une amélioration de ces relations commerciales.

Même si le réchauffement climatique est un enjeu primordial aujourd’hui, on n’a pas parlé que de ce thème lors du récent World Economic Forum de Davos. La présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, s’est ainsi entretenue avec son homologue américain, Donald Trump, pour évoquer un accord de libre-échange (ALE) entre les deux pays, dont les Chambres ont approuvé le principe l’an dernier. Pour notre économie, un tel traité offrirait de nouvelles opportunités, permettrait de garantir la sécurité juridique et, surtout, de créer un cadre institutionnalisé pour renforcer ces relations économiques bilatérales.

La majorité des sociétés exportatrices et importatrices suisses sont des PME, qui ont conquis les marchés mondiaux grâce à leur potentiel innovant. Dans une enquête publiée l’an dernier par Credit Suisse, 60% des entreprises sondées se disaient favorables à un accord de libre-échange avec les États-Unis. Le marché américain est le deuxième par ordre d’importance pour la Suisse après celui d’Allemagne. On ne saurait donc le dédaigner.

Renforcer la sécurité juridique

Si un tel traité était signé, estime Avenir Suisse, les échanges de marchandises croîtraient en cinq ans de plus de 14 milliards de francs et plus de 40’000 nouveaux emplois pourraient être créés, dont 13’500 en Suisse. Selon le think tank indépendant, Berne pourrait ainsi se protéger des «politiques commerciales arbitraires et renforcer la sécurité juridique de son économie en des temps toujours plus incertains sur le plan géopolitique […] en plus de réaliser des économies sur les droits de douane». Le pays accéderait «sans entrave au plus grand marché du monde».

Avenir Suisse a établi l’an dernier dix recommandations stratégiques en vue de la conclusion d’un tel accord, mettant un accent particulier sur le secteur agricole, dont on se souvient qu’il était monté au front contre un tel traité en 2006. Le laboratoire d’idées estime qu’un ALE pourrait constituer une chance pour de nombreux agriculteurs innovants. «Prix spécial du jury» lors du dernier PVEI, la Fromagerie Maréchal constitue un bon exemple à suivre. L’impact écologique de son produit vedette a été réduit en complétant l’alimentation des vaches avec des graines de lin. Celles-ci produisent ainsi moins de méthane, donc moins de CO2. Sur les 360 tonnes de cette pâte dure produites annuellement, plus de 90 sont exportées, dont une partie aux États-Unis. L’avenir appartient à ceux qui innovent tôt.

Les esprits chagrins ne manqueront pas de relever combien il peut être problématique de conclure un accord avec un pays dont le président brille surtout par sa versatilité. C’est pourquoi il est important de conclure cet accord pour se prémunir d’une volte-face. On l’a vu avec la Chine. Il reste que les dirigeants passent, les accords restent. Dans le contexte mondial incertain que nous connaissons, une ouverture diversifiée aux marchés étrangers représente plus que jamais un gage de prospérité et de pérennité.

Photo: IStock 

Claudine Amstein

Claudine Amstein

Claudine Amstein est la directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, depuis 2005. Après avoir été juriste et secrétaire générale de la Chambre vaudoise immobilière, elle en reprend la direction en 1993. Elle a été constituante au Grand Conseil vaudois, avant d’en être députée pendant dix ans. Elle est très engagée dans les associations faîtières de l'économie suisse.

Une réponse à “Des airs de conquête de l’Ouest pour les PME

  1. Il est dans l’intérêt de la Suisse d’avoir un maximum de TLC, moyennant certains aménagements.
    Et puisque vous parlez climat, il faut parler de “moins de méthane, un gaz à effet de serre” (et non de CO2, qui est un autre gaz à effet de serre).

    Et l’agriculture qui est la première à s’opposer à ces accords doit être repensée entièrement.
    Chaque agriculteur n’a pas le sens marketing d’un maréchal, mais il ne sert à rien de proner “la viande suisse”, alors qu’elle est nourrie à 80% de tourteau de soja OGM importée d’Amlat ou la carotte suisse qui n’a aucun goût.

    Autrement dit mieux en importer directement d’Amlat (l’Uruguay fait une viande vraiment naturelle, par ex., mais pas le Brésil) et reconvertir l’agriculture suisse en une agriculture vraiment saine et biologique.
    Si le suisse veut manger du boeuf aux hormones US, c’est son choix et celà doit être transparent sur l’emballage.

    Pour terminer, il faut aussi que le fret maritime fasse de gros efforts, comme le transport routier, pour diminuer leurs quantités émises, alors là oui, c’est bien du CO2.

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