Quand implantation rime avec expansion

La cherté du franc, les incertitudes liées à la mise en œuvre de l'initiative contre l'immigration de masse, les rumeurs de délocalisations… L'énumération des soucis auxquels les chefs d'entreprise sont actuellement confrontés ne saurait occulter un fait constant: la Suisse en général, et l'arc lémanique en particulier, reste un terreau fertile et profitable pour de nombreuses sociétés étrangères. Elles continuent de vouloir s'y implanter pour d'excellentes raisons qui ont pour nom conditions-cadres, haute valeur de l'environnement académique, main-d'œuvre qualifiée et internationale et qualité des services offerts.

Selon les chiffres publiés ce printemps par le Développement économique du canton de Vaud (DEV), 33 sociétés étrangères se sont installées l'an dernier sur le territoire cantonal (36 en 2014), générant 129 nouveaux emplois au 31 décembre 2015 (92 en 2014). L'attractivité demeure réelle, même si les chiffres de ces 15 dernières années, en dents de scie, ne permettent pas de dégager de tendance claire pour l'avenir.

Si les esprits chagrins parviendront à citer quelques exemples d'entreprises étrangères reparties depuis lors sous des cieux fiscalement plus cléments, ils doivent convenir d'une évidence: la grande majorité des sociétés qui ont choisi de s'installer sous nos latitudes y restent et y prospèrent. Et contribuent de ce fait au renouvellement de notre tissu industriel.

Ferring Pharmaceuticals, qui célèbre cette année les 10 ans de son implantation à Saint-Prex, illustre parfaitement cette réalité. L'entreprise, spécialisée dans le traitement de l'infertilité, la gastro-entérologie, l'orthopédie et l'urologie, est devenue un poids lourd de l'économie vaudoise avec ses quelques 2 milliards de francs de chiffre d'affaires annoncés. Elle n'est pas qu'un siège administratif dont le seul but consisterait à bénéficier d'un statut fiscal privilégié. Ferring emploie aujourd'hui plus de 600 personnes en son siège vaudois et produit sur place deux de ses médicaments phares. La société vient même d'annoncer qu'elle entend étoffer substantiellement ses effectifs pour les porter à 1000 employés d'ici à 2020.

Ce n'est donc pas un hasard si cette entreprise, fondée par Frederik Paulsen en 1950 en Suède, a été couronnée dans la catégorie «entreprise étrangère» lors de la deuxième édition du Prix vaudois des entreprises internationales, créé il y a de cela deux ans par le Département de l’économie et du sport (DECS), la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) et le DEV.

La Suisse reste un site d’implantation privilégié pour les entrepreneurs d'ici et d'ailleurs. La promotion économique vaudoise et de bonnes conditions-cadres gardent donc tout leur sens. Mais elles doivent être renforcées! En matière fiscale, le canton de Vaud a plébiscité ce printemps la RIE III et son taux unique d'imposition des entreprises à 13,8%. Ce taux est plus élevé que ce que versent actuellement les sociétés à vocation internationale. Il est également un peu plus élevé que celui qui se pratique en Irlande (12,5%). Le DEV devra donc redoubler de conviction et de diplomatie pour inciter les entrepreneurs internationaux à continuer à investir chez nous. Face au Brexit, qui ouvre une nouvelle période d'incertitudes sur le continent européen, le canton de Vaud et son organisme de développement disposent d'une belle carte à jouer pour mettre en valeur les nombreux atouts qu'offre notre environnement économique.

Dans ce contexte, la RIE III fédérale – sur laquelle le peuple sera appelé à se prononcer l'an prochain – est également indispensable car elle permettra aux entreprises étrangères de déduire une partie de leurs dépenses en matière de recherche et de développement. Une part non négligeable de la prospérité du canton en dépend.

Claudine Amstein

Claudine Amstein

Claudine Amstein est la directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, depuis 2005. Après avoir été juriste et secrétaire générale de la Chambre vaudoise immobilière, elle en reprend la direction en 1993. Elle a été constituante au Grand Conseil vaudois, avant d’en être députée pendant 10 ans. Elle est très engagée dans les associations faîtières de l'économie suisse.

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