Ce que les autres veulent pour nous : de 1918 à 2018

En ce dimanche de commémoration du centenaire de la grève générale en Suisse et de l’armistice de la première guerre mondiale, nous nous retrouvons comme citoyens plus que jamais au cœur de cette problématique : ce que les autres veulent pour nous. De ce point de vue, il semble que nous soyons très proches des jours vécus il y a cent ans : nous nous coltinons la volonté des autres et sa répercussion sur notre quotidien.

Grève générale en Suisse de 1918 : Photo prise sur la place Paradeplatz de Zurich avec des manifestants et des cavaliers de l’armée face à face. © Domaine public, wikicommons

Comme le rappelait l’historienne Irène Hermann au téléjournal RTS du 10 novembre, la grève générale de 1918 a cristallisé des mouvements déjà en cours et dont certains ne trouveront leur épilogue que bien plus tard, tel le suffrage féminin en 1971 au plan national. L’événement reste toutefois marquant comme lieu de mémoire : on se souvient encore d’un arrière-grand père qui «y était», comme le signale un reportage de cette même émission. La grève générale aura été l’occasion pour de nombreux citoyens anonymisés économiquement de faire entendre leurs voix, par-delà ce que l’élite des autres voulait pour eux. Quant à l’armistice de 1918, la seconde guerre mondiale en manifestera trop rapidement tout ce qu’elle n’avait pas réglé dans le jeu des coups de sang guerriers des uns et des autres.

Au grand brassage des forces un siècle auparavant, nous voici toutes et tous mises au pied du mur de la volonté des «autres pours nous» avec les votations qui s’annoncent dans deux semaines. Plus les semaines passent, et plus les arguments intelligents s’additionnent pour montrer que l’initiative dite du « droit suisse au lieu des juges étrangers » serait de fait l’imposition de la volonté de quelques autres sur notre destinée commune. L’engagement clair et fort du Fonds National Suisse souligne à quel point le bien commun est en jeu dans cette votation, par exemple dans cette interview d’Angelika Kalt, directrice.

Mais la question du rapport de force entre les uns et les autres est particulièrement tendue autour du «Referendum contre la surveillance démesurée des assurés». Comme le rapporte cet article de humanrights.ch, le professeur de droit Kurt Pärli a souligné que le Parlement n’a pas été jusqu’au bout de sa tâche en la matière : «Si le législateur décide que les assurances sociales doivent avoir le droit de se mêler de la sphère privée des assurés par des surveillances, il est indispensable d’élaborer une loi bien réfléchie qui définisse les bases claires des modalités et limites de la surveillance. L’article 43a de LPGA ne remplit pas ces conditions. En outre, dans chaque cas, une surveillance doit être ordonnée par décision d’un juge. Une assurance n’est pas impartiale et seul un juge garantit un examen objectif de la nécessité d’une surveillance».

Pour chacun de ces deux sujets, aujourd’hui comme en 1918, nous voici donc invités à considérer ce que les «autres veulent pour nous», et quelle sera notre réponse citoyenne. Dans deux semaines, plus que jamais, ayons à cœur d’assumer notre part de responsabilité démocratique par le vote.

«Lire à l’écumoir», ou la diversification de nos manières de lire

CC BY-SA, 4.0; auteur: Jacquitoz; Wikicommons

Maryanne Wolf est une chercheuse américaine qui, en 2008, a délimité d’un ouvrage clé, Proust and the Squid, l’étude du «cerveau lisant» et l’évolution des manières de lire. Elle dirige le centre pour la «dyslexie, les apprentissages diversifiés et la justice sociale» à l’université UCLA, à Los Angeles. Elle vient de publier ce mois d’août un nouvel ouvrage consacré à la manière dont le cerveau lit dans la culture digitale. A voir l’article coup de poing du 25 août dernier dans The Guardian, l’ouvrage va faire parler de lui.

En effet, selon Wolf, nous sommes désormais à l’heure de la «lecture écumoir», cet ustensile de cuisine ancien, mais dont apparemment nous nous servons à notre sauce aujourd’hui. Le constat de Wolf est sans appel : «Parce que le cerveau lit en écumant les textes, nous n’avons plus le temps de saisir la complexité, de comprendre les sentiments des autres ou de percevoir la beauté. Nous avons besoins d’une nouvelle littératie pour l’age numérique». La lecture en profondeur est menacée, et notre cerveau serait en passe de subir un reformatage dont aucun équivalent n’aurait eu lieu depuis 6000 ans, précise-t-elle. L’analyse critique, et même notre capacité d’empathie, partiraient à vau-l’eau.

Elle cite en appui une important étude norvégienne, et la vision quotidienne de nos contemporains inclinés sur l’écran de leur smartphone ne nous laisse guère de doutes quant à la validité des études signalées. La «lecture écumoire» serait donc la nouvelle norme : «beaucoup de lecteurs utilisent maintenant un schéma en F ou en Z en lisant, avec lequel ils attrapent la première ligne, puis quelques mots dans le reste du texte», indique Wolf. Elle conclut sur un appel au développement d’une «bi-littératie», soit rendre nos cerveaux capables d’utiliser les médias traditionnels et numériques.

A n’en pas douter, ce nouvel ouvrage détonnant de Maryanne Wolf, et son rôle institutionnel de leader dans l’éducation, vont avoir un impact sur l’apprentissage outre-atlantique et au-delà. Reste tout ce dont cet article du Guardian ne parle pas, soit les autres manières de lire, les nouvelles manières de lire que permet le média numérique. Je reste toujours surprise qu’un discours sur les nouvelles technologies soit unilatéral, alors que nous faisons l’expérience jour après jour de la difficulté à saisir en temps réel ce qui se passe vraiment.

Dans le domaine qui est le mien, la recherche académique de pointe, je peux dire que je constate, en effet, une profonde évolution de la lecture. Parfois le temps nous est encore donné pour la lecture approfondie d’une monographie ou d’un texte d’une certaine ampleur. D’autres fois, nous «écumons» sans doute, mais surtout, nous sommes en train de développer de nouvelles manières de lire. J’en citerai deux en particulier.

Premièrement, la monographie disponible sur support numérique : elle se lit, à l’évidence, différemment. La table des matières est la porte d’entrée et de référence et, associée à la recherche des mots clés, elle nous fait quitter un mode de lecture linéaire : la monographie numérique peut se parcourir de diverses manières, telle un terrain à la géographie changeante. L’aura-t-on moins bien lue au final ? Pas forcément, à mon sens; nous sommes en train d’expérimenter une nouvelle sorte de lecture cursive de la monographie.

Deuxième exemple, ce que je nommerai la «lecture à tiroirs». La référence sous forme d’un hyperlien nous donne la possibilité d’aller vérifier ce que l’auteur avance, ou le manuscrit dont il est question. Le lecteur va dès lors faire des aller-retour entre le texte qu’il/elle lit et les autres documents. Apparemment, une telle lecture peut donner le sentiment d’une perte de temps ou de concentration. En fait, elle est une prise de pouvoir du lecteur sur l’auteur, car la vérification immédiate des sources révèle très souvent de sacrées surprises. La culture numérique nous rend beaucoup plus critiques face aux notes de bas de page et aux références, car elle nous donne les moyens d’aller vérifier ce qui est affirmé. La culture imprimée nous vouait au contrat de confiance avec l’auteur, maître de la note de bas de page. La culture numérique met dans nos mains les clés du savoir, pour qui est tenace et apprend à lire en profondeur ce que lui apporte la «lecture écumoire». La vérification critique n’a jamais eu d’aussi beaux jours devant elle: maintenant, nous pouvons la plupart du temps vérifier l’information qu’on nous donne, aisément et rapidement.

L’accès ouvert scientifique et le défi du partenariat avec les éditeurs

La toute fin juillet a vu l’annonce de nouvelles importantes sur le front de l’accès ouvert des publications scientifiques en Suisse, dit open access ou OA.

Art designer at PLoS, © CC BY-SA 3.0; https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Open_Access_PLoS.svg

C’est d’abord Le Courrier qui, du bout du lac, annonçait le 27  juillet que l’Université de Lausanne souhaitait « arriver à l’objectif de 100% [des publications en accès ouvert] d’ici à 2024 ». L’institution académique avait auparavant signalé son intérêt pour la Déclaration de Berlinet Dora, deux démarches visant à promovoir activement l’OA et « à supprimer la corrélation automatique entre le facteur d’impact d’une revue scientifique et la qualité intrinsèque de la contribution d’un scientifique ».

Cet article s’est trouvé d’autant plus souligné que quatre jours plus tard, le Fonds National Suisse (FNS) faisait part des résultats d’une enquête européenne sur les publications scientifiques en accès ouvert, avec la bonne nouvelle de voir la Suisse au premier rang de cet effort : « Avec 39 % de publications en Open Access (OA), la Suisse occupe la première place en comparaison internationale. A l’échelle mondiale, ce sont tout juste 30 % des résultats de la recherchequi sont accessibles librement ». Et le FNS de redire clairement l’échelle temporelle de sa politique OA : « La recherche financée par le FNS contribue à ce bon résultat de la Suisse : environ 50 % des publications qui en sont issues entre 2011 et 2017 sont librement accessibles, et le FNS entend atteindre un taux de libre accès de 100 % d’ici 2020 grâce à sa politique OA. Il soutient ainsi l’utilisation rapide de nouvelles connaissances par la science, l’économie et la société ».

Cette news synthétique du FNS ne mentionne toutefois pas les éditeurs ; l’article du Courrier le fait, mais essentiellement au titre d’acteurs récalcitrants d’une évolution en cours qu’ils ne feraient que freîner : c’est ainsi que « les universités font pression sur les éditeurs », car la « mainmise des éditeurs privés sur les publications académiques agace de plus en plus le monde académique », dit l’article. C’est exactement ici que la Suisse a le plus de pain sur la planche de l’OA des publications scientifiques. Et ce sont les chercheurs qui doivent le dire, urgemment.

L’éditeur scientifique est un acteur crucial de la mécanique académique. Il certifie et atteste de la qualité d’une recherche, par un réseau bien établi de collections et d’examen des travaux (peer-review). Il fait connaître les publications par ses réseaux de publicité, par le réseau des bibliothèques, par sa présence dans les colloques et auprès des chercheurs. Il est un partenaire pour toutes les questions de copyright, qui ne font que devenir chaque jour plus délicates dans la culture digitale. Il est enfin un garant de régulation entre les partenaires académiques.

Mais à l’heure de l’OA, tous les éditeurs ne sont pas sur pied d’égalité : si le FNS dispose de moyens importants pour permettre aux chercheurs de garder les précieux partenaires que sont les éditeurs scientifiques, tel n’est pas le cas dans la plupart des autres pays européens. Par ailleurs, tous les éditeurs n’ont pas la même sensibilités aux défis numériques : il faut, à l’évidence, des nouveaux modèles de publications pour accompagner les recherches se déroulant de plus en plus souvent dans des « environnements virtuels de recherche », virtual research environments.

Heureux sommes-nous d’être en tête de liste des pays européens pour l’OA : faisons de cette marge encourageante l’occasion de prendre le temps de repenser et redéployer nos partenariats avec les éditeurs scientifiques.

L’open peer-review est en test

Et voilà encore un anglicisme, diront d’aucun ! Si l’expression open peer-review – littéralement « commentaire ouvert aux pairs » – est d’un usage courant en anglais, elle n’a pas encore acquis droit de cité en français. Peut-être tout simplement parce que si cette pratique commence à être répandue, sous diverses formes, dans le monde académique anglo-saxon, il n’en est pas de même en francophonie. Mais quelle est cette pratique ?

L’article Wikipedia en anglais la décrit comme « tout mécanisme d’évaluation académique qui révèle l’identité de l’auteur ou des examinateurs, à un moment ou l’autre du processus d’examen par les pairs ou de la publication ». L’article Wikipedia en français qui y correspondrait n’existe pas encore, mais celui qui porte simplement sur l’évaluation par les pairs signale que « certaines revues scientifiques ont poussé le système du comité de lecture jusqu’à inviter un très grand nombre, voire l’ensemble des chercheurs du domaine à critiquer les articles qu’elles publient : c’est le commentaire ouvert aux pairs (anglais : open peer review) ».

Derrière ce jargon  se révèle une révolution de taille. La procédure habituelle de l’examen d’un article ou d’un livre en vue de la publication, veut que l’auteur ne soit pas informé des noms de ceux et celles qui l’examinent, et dont il ou elle va recevoir les remarques. Dans la procédure dite du « double examen par les pairs à l’aveugle », les examinateurs ne connaissent pas non plus le nom de l’auteur qu’ils examinent. Mais depuis plus d’une vingtaine d’années, d’autres initiatives ont vu le jour, pour tester des procédures transparentes. Par exemple, la revue médicale BMJ va jusqu’à mettre à la disposition des lecteurs tout l’historique de la pré-publication de l’article en ligne.

Ce qui frappe le plus, c’est la différence de culture sur cette question entre le contexte anglo-saxon et la francophonie. Serions-nous plus résistants à tester d’autres systèmes d’évaluation par les pairs ? La première étape est de prendre conscience de ce phénomène anglo-saxon, de le flairer, de le tester, et c’est ce que fait ce billet de blog. Je termine avec un exemple que tous les lecteurs et lectrices à l’aise avec l’anglais peuvent aller regarder : l’éditeur De Gruyter en est à son troisième volume mis en processus d’open peer-review. Il s’agit d’un volume sur le bouddhisme et la culture digitale, Digital Humanities and Buddhism. Il est ouvert pour six semaines à commentaires, avec modération par l’éditeur qui explique le processus.  C’est le test et l’expérience qui l’emportent ici sur les apriori et les cadres théoriques, un renversement classique dans la culture digitale. Open question.

Les humanités digitales à Paris: l’Europe de DARIAH

C’est dans le pittoresque chalet de la Porte Jaune, bois de Vincennes à Paris, que se réunissent pendant deux jours des chercheurs de nombreux pays européens sous l’étendard de l’infrastructure de recherche européenne – l’ERIC – nommé DARIAH, Digital Research Infrastructure for Arts and Humanities, infrastructure de recherche pour les arts et humanités, ou pour les sciences humaines, comme nous avons encore l’habitude de les nommer [1].

Cet événement annuel permet chaque année à quelques chercheurs suisses de croiser leurs collègues et de prendre la mesure des nouveautés et avancées scientifiques à la croisée de la recherche fondamentale et des infrastructures de recherche. A DARIAH, infrastructure rime en effet avec recherche, ainsi qu’avec enseignement, selon le nom que porte l’un des secteurs de DARIAH, «Recherche et Education ». Penser et écrire dans la matière digitale conduit à mettre constamment en synergie recherche, enseignement et infrastructure.

A quoi sert donc ce genre d’événement? Premièrement, à découvrir des projets et prendre la mesure du travail de fourmi au quotidien pour faire émerger les humanités digitalisées, par exemple dans le projet Women writers, conduit par la professeur de littérature française Amelia Del Rosario Sanz Cabrerizo (Madrid). Animé par des chercheurs et étudiants enthousiastes, ce projet en libre accès met en évidence l’apport méconnu et fascinant des femmes dans la littérature européenne. Les échanges furent nourris dans la rencontre sur ce thème, notamment sur ce qui stimule ou freîne les étudiants à entrer dans ce type de démarche. Toute transformation de l’enseignement demande du temps et une mise en place au jour le jour. Le résultat est là, accessible à chacune et chacun. Avec la culture digitale, les humanités sortent des murs académiques.

Deuxièmement, ce type d’événement est un bouillon à idées. Que de perspectives intéressantes sur l’Open Science, la «Science Ouverte». Parfois, on est aussi surpris: un orateur nous a demandé si nous considérions les articles scientifiques comme encore nécessaires, et s’il ne convenait pas plutôt d’encourager la mise à disposition de nos données en libre accès! Le propos, bien qu’extrême, m’a fait réaliser une fois de plus l’absence des éditeurs dans ce type de rencontres. Autour de la publication numérique, de nouvelles alliances sont à imaginer, le partenariat aux éditeurs restant un lieu essentiel de l’expression des humanités, de leur évaluation et certification, de leur lien à la société. Il y a encore des networks à construire, mais c’est bien à cela que sert DARIAH, l’ERIC des networks pour les humanités en voie de digitalisation [2].

Enfin ce colloque annuel permet de se familiariser avec la dimension européenne de la recherche, la diversité de ses langues et de ses idées, de ce qu’elle promeut et encourage. Avec Matthieu Honegger (Université de Neuchâtel), nous sommes partenaires pour la Suisse du projet de recherche H2020 DESIR, dont l’un des nombreux objectifs est de construire la candidature suisse à l’ERIC DARIAH, sous le lead de l’Académie Suisse des Sciences Humaines et Sociales. Les humanités digitales en Suisse sont en train de se mettre en réseau grâce à ce partenariat, qui rassemble désormais huit institutions académiques suisses (Bâle, Berne, EPFL, Lausanne, Genève, Neuchâtel, SAGW, Zurich). Un workshop sera la vitrine de ces activités suisses et de leurs liens à DARIAH, les 29 et 30 novembre prochains à l’Université de Neuchâtel, save the date!

[1] Les humanités numériques ou digitales sont en train de parvenir à faire revenir d’un usage courant en français le terme d’«humanités» au pluriel, qui était devenu désuet. Voir par exemple la nouvelle revue Les Cahiers d’Agora: revue d’humanités.

[2] CLARIN est le second ERIC en humanités digitalisées. Il n’y a pas d’ERIC pour les humanités sans la dimension informatique. L’ERIC des sciences sociales est CESSDA; la Suisse en est membre observateur. Sciences humaines et sociales se trouvent parfois associées à certains ERIC, comme SHARE.

Stocker son livre dans de l’ADN? La rencontre des gènes, des chiffres et des lettres

British Library; CC BY 2.0; auteur: CGP Grey; wikicommons

Alors que se referment les portes du Salon genevois du Livre, on explore des possibles surprenants sur l’autre rive, celles des recherches de pointe en génomique. Comme stocker ses données, ses écrits, son livre, ses audios ou ses images dans du code génétique, de l’ADN.

Un article de vulgarisation paru en février 2018 s’enthousiasme à dire que « quelques grammes d’ADN pourraient stocker un exabyte de données et le garder intact pendant 2000 ans ». On tiendrait là, semble-t-il, une solution efficace pour le stockage des données à long terme. Mais de quoi s’agit-il exactement? Si les prémices de cette idée remontent aux années 60, ce n’est qu’en 2012 qu’a été publiée l’annonce du premier stockage dans de l’ADN d’un «brouillon HTML d’un livre de 53’400 mots, onze images JPG et un programme JavaScript», par une équipe de Harvard. En 2013, une équipe de l’Institut européen de bioinformatique publiait un article dans Nature faisant état du stockage dans de l’ADN de 154 sonnets de Shakespeare, un clip audio de 26 secondes du discours de Martin Luther King «I Have a Dream», et d’autres matériaux, avec un taux d’erreur de 10 bits sur 5,27 megabits, soit 0,01%. Il vaut la peine d’aller regarder dans le matériel supplémentaire de l’article le schéma du processus : il est saisissant de passer de données écrites aux chiffres de la programmation, puis aux lettres du code génétique, et enfin à ce code synthétisé… et vice-versa.

Avant que les avancées scientifiques ne concrétisent de telles expériences, l’artiste Edouardo Kac en avait fait en 1999 la préfiguration via une performance «biopoétique», s’appuyant sur le code morse pour passer d’un verset biblique de la Genèse – celui qui proclame Adam maître des animaux (Genèse 1,26) – à du code génétique. Comme le relate le site internet de la performance, «le gène avait ensuite été exprimé dans la bactérie E. Coli», puis la bactérie exposée au musée. «Par le truchement d’Internet, les participants pouvaient allumer une boîte d’éclairage ultraviolet dans la galerie et faire muter la bactérie». A la fin de la performance, Kac avait fait l’opération retour: le verset biblique, encodé puis promené en bactérie, s’était légèrement modifié.

Inutile de dire que nous voilà provoqués à penser l’écrit encore autrement, ainsi réuni au code génétique, puis aux gènes eux-mêmes. Alors que nous sommes déjà tiraillés entre l’apaisant livre de papier et le texte connecté aux infinis possibles, nous voilà encore conviés à penser des liens qu’on peine à juste se représenter : nos données, nos écritures, nos images, nos mots, encodés en ADN! Les représentations sont en mutation pour tous dans cette affaire, car avec des «nouveaux concepts, tout se complique», comme le titrait récemment Bertrand Kiefer dans son édito de la Revue Médicale Suisse. Il s’y fait l’écho d’une remise en question grandissante, celle d’avoir précisément voulu rendre compte de l’ADN par des combinaisons de quatre lettres. Or la réalité de l’ADN déborde désormais cette modélisation: «Les humains ont aimé considérer l’ADN comme un texte, qui devait se lire de la même façon que tout écrit. Or non : les brins d’ADN ne cessent de se référer à leur propre structure, ils sont organisés en métatextes, boucles étranges et enchevêtrements superposés».

Les choses débordent les mots, la réalité de l’ADN se rebelle contre le modèle des quatre lettres. J’ajouterai qu’il en advient de même pour l’écriture, lorsqu’elle se risque en ligne: elle devient alors organisée «en métatextes», en «boucles étranges et enchevêtrements» d’hyperliens et d’hypertextes. Ecriture et gênes ont entamé leurs nouveaux pas de deux, et gageons que nous irons avec ce ballet de surprises en découvertes. Pour l’heure, méditons déjà cette nouvelle bibliothèque possible pour les livres: l’ADN.

 

 

Ella, HeLa : parlons-nous tous la même langue ?

Nous sommes faits de contradictions : les avancées scientifiques et technologiques nous sidèrent et nous emmènent dans une tornade où nous craignons de perdre le souffle. En même temps, la culture générale, et plus encore l’enseignement de cette culture en milieu scolaire, fait peu de place à l’histoire des sciences. Au «langage des autres», ai-je envie de dire.

C’est par le hasard d’une excellente conférence qu’on trouve sur Youtube que j’ai réalisé l’homophonie existant en français entre le refrain que nous avons tous chantonné au moment du décès de France Gall, Ella, elle l’a, et le nom d’une autre femme résumé par l’accronyme HeLa.

La figure de l’artiste jazz américaine, Ella Fitzgerald, est on ne peut plus mise en valeur par le refrain simple mais persistant d’Ella, elle l’a, un phénomène qu’on peut pister jusqu’au cheesecake «Ella» à déguster dans un Montreux Jazz Café. Tout au plus aurons-nous eu une pensée pour Ella Maillard et ses incroyables périples aventureux, en fredonnant la rengaine de la chanteuse française juste décédée. Mais combien d’entre nous aurons pensé à HeLa, soit l’abbréviation d’Henrietta Lacks ?

Plaque en mémoire d’Henrietta Lacks, Wikicommons, CC BY-SA 3.0; auteur: Emw.

Et pourtant, lorsque le professeur Amos Bairoch, co-directeur du groupe CALIPHO à l’Institut Suisse de Bioinformatique, commence à parler d’HeLa dans la conférence adressée à son groupe, il s’exclame : «Bien sûr, vous connaissez tous HeLa !» (26min50 de la vidéo). Puis il rappelle dans les minutes qui suivent la figure d’Henrietta Lacks qui aura donné à la science la première lignée cellulaire cancéreuse, dite lignée cellulaire (cell line) «immortalisée», selon la page Wikipedia anglophone : ces cellules «ont permis en particulier la mise au point du vaccin contre la poliomyélite et une meilleure connaissance des tumeurs et des virus, ainsi que des avancées comme le clonage ou la thérapie génique», nous précise la page Wikipedia francophone consacrée à Henrietta Lacks.

Jusque-là, rien à signaler, semble-t-il, sauf que le consentement d’Henrietta Lacks – notion non existante pour ce type de recherche en 1951 – n’a pas été demandé à l’époque, au grand dam de sa famille qui n’en prendra conscience que bien plus tard. Il en est resté un malaise et un méli-mélo juridique. Quant à la notion de consentement, elle mettra encore du temps à se mettre en place, comme le raconte Amos Bairoch. De fait, pour ce qui concerne la famille d’Henrietta Lacks et la cell line HeLa, l’affaire n’est toujours pas terminée (29min39-44). Un film a contribué en 2017 à faire connaître son histoire, The Immortal Life of Henrietta Lacks. Les réflexions de la famille se poursuivent.

L’histoire (des sciences) de HeLa se révèle donc une riche matière à réflexion, et vaut comme parabole de notre impression d’entrer dans les avancées scientifiques sans toujours savoir où elles pourraient nous mener. Il est bien sûr douloureux pour une famille de constater qu’on ne lui a pas demandé son avis avant d’utiliser les données médicales d’un proche… Mais on peut aussi considérer l’histoire d’HeLa comme une invitation à penser ce que nous voulons faire des quelques dizaines de kilos de chair qui nous sont impartis pour la brève durée de notre vie d’humain. On sait combien on manque encore en Suisse de dons d’organes aux moments critiques : et si l’histoire d’HeLa nous motivait à prendre notre part, d’une manière ou d’une autre, à l’amélioration de la santé d’autrui ? Et avec notre consentement ?

La chanson Ella, elle l’a prend, à cette aulne-là, une toute autre résonnance : HeLa est là, et nous devons toute notre reconnaissance à Henrietta Lacks pour les progrès faits avec le souvenir de son corps, dans les cell lines. Ella, HeLa : de l’avantage d’apprendre à parler le language des autres, pour réaliser que l’histoire des sciences de la vie, c’est la nôtre, celle de notre être humain.

La pomme d’Apple, si tentante à croquer

© CC BY-SA 3.0; auteur: Aleeexfernandez; wikicommons

Le témoignage oral est de retour, et nous ne savons plus faire avec. Mais il est urgent de nous y réhabituer et de nous donner les moyens scientifiques et techniques d’y faire face. C’est ce que démontre l’épisode emblématique de l’explication de l’origine du logo d’Apple, la fameuse pomme croquée. En effet, le philosophe Michel Serres, à l’oeuvre incontournable quant à la culture numérique, en donne une interprétation on ne peut plus nette dans un film du CNRS de Catherine Bernstein sur le mathématicien et cryptologue de génie Alan Turing, tourné en 2012. Pour Michel Serres, «ce logo, c’est toujours la pomme de Turing, il n’y a aucun doute là-dessus» (à la minute 26,21-24).

Pour mémoire, Turing est décédé d’une empoisonnement au cyanure – et l’article Wikipedia français n’en dit pas plus : selon un récit ou légende urbaine bien ancré, il se serait suicidé en croquant une pomme, cherchant à imiter le conte de Blanche-Neige qui l’avait marqué. Michel Serres dit adhérer à ce récit de la mort de Turing qu’on «raconte… et on a raison… et je crois que c’est vrai», souligne-t-il (à la minute 25,9-27). Via les éditions du Pommier, que je remercie chaleureusement, j’ai eu confirmation de Michel Serres lui-même qu’il avait entendu lors de ses années d’enseignement à la Silicon Valley l’explication de la mort de Turing comme étant à l’origine du logo d’Apple. Soit, mais ce qui est un récit oral, non attesté, se retrouve présenté dans ce film avec un poids d’autorité très fort, via un intellectuel reconnu qui conclut: «il n’y a aucun doute là-dessus».

La modernité avait fait de l’intellectuel un homme des livres. La culture digitale met en pleine lumière le discours oral de ceux et celles qui représentent le savoir. Dans la modernité, on a toujours été plus indulgent face à ce qui était dit par oral que par écrit : normal, on n’en gardait aucune archive. Les innombrables manières numériques d’enregistrer l’oralité repondèrent complètement ce rapport désormais, surtout dans le cadre d’un film labellisé par le CNRS. Le cas laisse au final songeur, car cette déclaration de Serres est contredite de manière frontale dans un ouvrage de Ian Watson, publié en 2012. Celui-ci raconte que le présentateur TV Stephen Fry rapporte dans une émission de la BBC – témoignage oral également – que Steve Jobs, fondateur d’Apple, a nié l’explication de la pomme de Turing comme origine du logo, s’exclamant «It isn’t true, but God we wish it were!», «ce n’est pas vrai, mais Dieu que nous voudrions que cela le fût!». Et Watson de commenter : «A chaque fois que je vois le logo d’Apple, je me rappelle la pensée de Turing, sans les découvertes duquel les produits d’Apple n’existeraient pas». [1]

Logo dessiné par Wayne, domaine public; wikicommons

Cette interprétation du logo n’a donc vraisemblablement pas été présente à son origine, mais elle appartient désormais fortement à l’histoire de sa réception. On court d’un témoignage oral à l’autre pour le discerner, tel l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours! En tous les cas, le premier logo d’Apple, dessiné par le troisième co-fondateur d’Apple, Ronald Gerald Wayne [2], représentait une pomme non croquée, celle de Newton sous son arbre: le registre cognitif était tout autre. Preuve est-elle donc faite que la culture digitale nous balade d’information en information sans qu’on ne puisse plus être sûr de rien, à l’ère de l’oralité à tout craint? J’aurais tendance à tirer une autre leçon de cette symbolique frutière vagabonde, qui appelerait une étude détaillée, on le voit bien.

En effet, j’ai été surprise de constater que l’historien d’Harvard Stephen Greenblatt vient de publier tout un livre sur l’histoire de la réception du récit d’Adam, Eve et du fameux fruit devenu pomme, sans mentionner une seule fois le monde informatique, la compagnie Apple, pas plus que la figure d’Alan Turing. Alors même que comme vous et moi, il doit avoir de nombreuses occasions quotidiennes d’apercevoir le logo d’Apple. Si l’on peut questionner l’enthousiasme sans doute trop spontanné de Michel Serres dans ce film de 2012, combien davantage ne peut-on pas légitimement s’interroger sur la dichotomie culturelle qui s’opère chez un historien qui ne relie pas le monde qui l’entoure à son sujet phare, et ce dans un livre.

Martin Vetterli, digitalswitzerland starting day, SwissTech Center, 02.10.17; © Claire Clivaz

En conclusion, il nous reste impérativement à intégrer le discours oral citable parmi nos sources régulières, à cultiver plus que jamais notre sens critique, et à relier tout le savoir millénaire de l’occident à la symbolique et au langage développés par la culture digitale. C’est ainsi que nous contribuerons, dans les sciences humaines, à construire la «confiance digitale», ou digital trust, si bien soulignée par le président de l’EPFL, Martin Vetterli, dans son discours lors de la journée inaugurale du projet multidisciplinaire digitalswitzerland, lundi dernier.

 

En hommage paradoxal et admiratif à l’écrivain suisse Philippe Rahmy, à qui l’on dit adieu aujourd’hui: il connaissait le poids des mots.

 

[1] Ian Watson, The Universal Machine. From the Dawn of Computing to Digital Consciousness, Springer Verlag, Heidelberg, 2012, Kindle edition l. 1339. Le co-fondateur d’Apple, Wozniak, dit n’avoir jamais demandé à Jobs la raison de ce choix: «Steve Jobs had just come back from one of his trips and we were driving along he said ‘I’ve got a great name: Apple Computer’. Maybe he worked in apple trees. I did’nt even ask. Maybe it had some other meaning to him» (Owen W. Linzmayer, Apple Confidential 2.0: The Definitive History of the World’s Most Colorful Compagny, 2004, p. 5).

[2] Linzmayer, Apple Confidential 2.0, p. 6.

De l’encre aux pixels : la mue de l’écriture scientifique

C’est à Montréal que sont rassemblés du 8 au 11 août les chercheurs en Humanités Digitales (DH) du monde entier, pour le colloque annuel DH2017. Innovations et recherche de pointe sont au rendez-vous, et ce 10 août – ou cette orée du 11 août selon l’heure européenne – se conclut par la remise du prix Antonio Zampolli qui récompense tous les trois ans une réussite particulière de chercheurs en DH, à quel que stade de carrière que cela soit.

DH2017, Montréal, conférence du prix Zampolli, Nancy Ide © Claire Clivaz

Antonio Zampolli (1937-2003), linguiste italien, appartient aux pionniers qui ont lancé et créé la méthode principale d’encodage électronique des textes, le Text Encoding Initiative (TEI). Cette méthode reçoit précisément le prix Zampolli en ce 10 août : elle permet à un texte écrit sur support informatique de devenir interopérable dans une base de données, soit de pouvoir être relié à d’autres textes de recherche scientifique.

Ce soir à Montréal, nous fêtons donc la reconnaissance internationale de ce qui a changé dans l’écriture scientifique : le passage de l’encre aux pixels. Cet événement intervient alors même que le Fonds National Suisse vient de prendre un tournant décisif pour tous les domaines de recherche en publiant le 24 juin dernier son formulaire de gestion des données, data management plan, qui devra désormais accompagner toutes les soumissions de projet de recherche.

Cette innovation, qui peut paraître technique aux profanes, est un vrai séisme. En effet, elle postule que le lieu digital est désormais l’environnement naturel de l’écriture scientifique, en exil ou émancipée de l’encre et du papier. Mener un projet de recherche dans un environnement virtuel, sur une plateforme numérique, équivaut à faire de l’écriture une expérience flexible, évolutive, faite de pixels semblabes à des cellules nageant en éprouvette. Il faut prendre soin de cette écriture pixellisée, depuis sa production et sur la durée. Elle est vivante, dans son environnement virtuel.

Tous les acteurs de la production scientifique sont concernés par cette mue, et un dialogue intense doit continuer à être mené entre bibliothèques, chercheurs, institutions et éditeurs. En Suisse romande, ce dialogue est nécessaire en particulier avec les éditeurs scientifiques, dont l’auteure de ces lignes imagine sans peine les soucis et interrogations suscitées par cette transformation. Des éditeurs scientifiques tel Brill sont déjà en quête de nouveaux modèles, et des pistes existent.

Le passage de l’encre aux pixels demande un surcroît de travail à tout le monde : elle exige de la recherche sur la recherche et sur les modèles économiques viables. Tous les acteurs de la production de l’écriture scientifique ont besoin que leur institution ou leur entreprise leur accordent le temps nécessaire à accompagner ce tournant.

  • Pour découvrir le TEI: BURNARD, Lou. Qu’est-ce que la Text Encoding Initiative ? OpenEdition Press, 2015  books.openedition.org/oep/1237
  • Pour s’initier au TEI, module en ligne dans le cadre du projet Erasmus+ #dariahTeach, préparé par Susan Schreibman (teach.dariah.eu)

Et si les sciences humaines créaient de nouveaux métiers: vers les ‘DH curators’?

Disons-le d’entrée, le bouleversement de notre paysage romand journalistique nous effraie: arrivera-t-on encore à penser ? La crainte est justifiée, le coup d’assommoir certain, mais il est plus que jamais urgent de scruter l’horizon apparemment obscure.

Mât, vergues, hune, haubans à bord de l’ Hermione, Rochefort-sur-Mer, Charente-Maritime; auteur: Zebulon; Domaine public

A l’ère du hacking et des hackers, la réserve d’images symboliques de la piraterie possède un rôle primordial: celui de la vigie. Grimper sur le mât, scruter, flairer ce qui peut advenir. C’est au printemps 2013 que j’ai appris l’existence d’un métier nouveau à mes oreilles: biocurator. Quatre ans plus tard, je vois poindre à l’horizon  un nouveau métier potentiel pour les chercheurs issus des sciences humaines: les DH curators. Mais que recouvre donc ce jargon?

De part et d’autre, il s’agit de prendre soin, d’avoir cure des données informatiques, pour ce qui concerne les sciences de la vie avec les biocurators, et pour ce qui concerne les sciences humaines numériques, avec de potentiels Digital Humanists curators, ou DH curators, comme je propose de nommer ce qui pourrait être un nouveau métier.

Le biocurator exerce son métier en bioinformatique, ce nouveau domaine né du séisme de la rencontre entre biologie et informatique, et fédérée au sein de l’Institut Suisse de Bioinformatique. L’explosion de la littérature scientifique dans ces domaines a vu également l’augmentation du nombre d’erreurs publiées, au point qu’il a fallu mettre sur pied un métier devenu indispensable: le biocurator “assure la cohérence et la valeur des contributions de la communauté des usagers, en collaborant à maintenir des ressources libres d’erreurs”, comme l’explique un article de la revue scientifique Database.

La mutation numérique des sciences humaines pourrait donner naissance à ce type de métier, qui permettrait à certains docteurs de trouver une finalité à leur formation de pointe. Un outil autrichien créé dans le cadre d’un projet européen semble conduire à l’émergence d’un tel métier : Transkribus. Cet outil permet la reconnaissance semi-automatique des manuscrits. Contrairement aux méthodes visant à une lecture entièrement automatique des manuscrits (ROC ou OCR), Transkribus fait le pari de la collaboration humain-machine. Un/e chercheur/se transcrit d’abord entre 5’000 et 10’000 mots d’un manuscrit spécifique, aussi ardu soit-il à lire, et en nourrit la machine à apprendre. Transkribus peut  lire la suite de lui-même, en assurant un taux d’erreur fort respectable. Il ne reste ensuite plus qu’au DH curator à rendre le texte libre d’erreurs, de manière similaire au travail des biocurators. Ce type de tâche continuera à exiger la maîtrise parfaite des langues concernées par le manuscrit.

Tôt au tard, on aura besoin de ce type de profil, même si, bien sûr, les sciences humaines ne sauraient rivaliser avec l’ampleur et les retombées économiques des sciences de la vie. Mais ces besoins vont néanmoins émerger. Il reste toutefois entre eux et nous un océan à traverser, vigie en alerte : l’apprivoisement de cet espace collaboratif entre l’humain et la machine.