Les Audacieuses / Las Atrevidas |:| Carte Postale de Montevidéo n°4

 

LES AUDACIEUSES

Prenez 8 femmes ajoutez quelques 10aines de kilos de béton, mettez-les dans une prison et mélangez le tout. Le résultat est là.

8 solos performatifs qui viennent remuer les tréfonds de notre inconscient collectif. Elles montrent ce que la société cache, elles dénoncent ce que la collectivité tente d’oublier, elles se jouent de ce qu’on leur a appris à être.

Yann Marussich n’est pas loin. Le rôle qu’il a endossé est encore mystérieux. Il était là, il écoutait, il donnait le rythme, deux heures de chi-kong, une heure de tour de table, une heure de pause, encore une ou deux heures de tour de table et du travail concret, de la pratique. Chacune a fait ce dont elle avait besoin. Se préparer mentalement, faire des recherches historiques, écrire, se préparer physiquement, éventuellement s’entraîner à demeurer dans une immobilité choisie.

Pendant ces six semaines d’immersion réparties sur 6 mois, chacune a frayé son chemin. Avec audace, chacune a empoigné à bras-le-corps ce qu’elle avait à dire. De toutes ces réflexions politiques, sociales et féministes sont nées les images qu’elles ont donné à voir.

Le béton, dans ce laboratoire, est devenu médium pour dénoncer, entraver, immobiliser, révéler, fusiller, construire, détruire, séparer.

Chacune parle de sa performance

 

 

Maria Heller:  “Mon acte sauvage de repos”

C’est une pratique, une manière d’être, un besoin de me laisser tomber en moi-même et de rompre avec le simulacre de continuer à vivre comme ça.

 

 

Luna Anaïs : “Insilio (exil intérieur) – ou rester sans être là”

avec la collaboration de Juan Manuel Ruétalo pour la bande sonore

L’”insilio” est le contraire de l’exil; (…) c’est une manière de partir sans bouger (…) ou de rester sans être vraiment là. C’est l’enfermement/déterrement de soi-même” / Si j’avais pu dessiner ma pensée, ça aurait été une ligne droite profonde qui caresserait tout ce que nous n’avons pas pu oublier. / Elle se divise, se perd, congèle, allume, traverse et n’arrête pas d’apparaître. / Comme aller à vélo en direction de Quinta Normal, sachant que sur le chemin il y a tant de choses à voir que l’on ne peut faire autre chose que laisser passer.

Paula Giuria Bianchi: “Ciudad Vulva”

Un lieu de passage, un rituel d’entrée dans une nouvelle étape liminale entre la fécondité et la mort, entre le féminin et le masculin.

Une déclaration d’identité.

Un acte indécent.

Leticia Sarante: “Animal du béton”

Bête absurde tu répètes ta maladroite déambulation tu es fatiguée parce qu’avant d’aimer tu as appris à user de la force. Exilée dans des labyrinthes de béton sans issue tu as fabriqué une prothèse pour le plaisir fuyant la solitude détruisant irrémédiablement cherchant à l’aveugle une raison d’exister tu as fouillé les décombres de ton bonheur. Qu’est-ce qui te pousse à continuer malgré la douleur? Qu’est-ce qui dégorge sous la sueur et la poussière que couvre ta peau? Tu ne peux pas résister à la faim d’autres corps, à ce qui nécessairement se passe au-delà de ta volonté, à ton désir de forêts de terres et de rivières dans lesquelles attend dans une pierre le magnifique secret de ta liberté.

Nastassja Roca: “Évasion, tout ce qui n’est pas éphémère”

Germer pour combattre l’oubli / proliférer entre les fissures / fleurir sans nom ni gloire, là où personne ne veux -ni ne doit- / ne pas laisser plus de traces que le sillon de la présence dans le sol / être mauvaise herbe, cardon, n’exister qu’en passant, en respirant haut et fort pour hâter le temps / persister, s’adhérer, se défaire / La mauvaise herbe ne meurt jamais: nous sommes cels que personne ne voit. Les oublié.es, caché.es.

Corps liminaux, décolonisés, déviés (es plantes ne connaissent ni douleurs ni enfermements.)

Inés Rocca: “Les rivières naissent du néant”

Le béton est ma maison poussiéreuseet dure. Indestructible. / C’est la limite concrète qui structure ce bouillon de culture. / Il n’est pas dans mon sang, ni dans mes os / c’est ma deuxième peau. / Je suis fille du ciment. /et mère aussi. / Mon utérus ensevelit la terre mais habille les lumières et les rues. / Là se trouvent mes souvenirs les plus chers. / Les bêtes de ma poitrine mâchent. Exclues et indifférentes, leurs corps dérangent. / Le ciment est lourd sur mon bras, sur mes cervicales. / Le ciment fait mal aussi / Il fissure /

Comme l’eau souterraine ou la viscère déchirée. / Cours d’haut / Les rivières naissent du néant.

 

Ihasa Ticono: “Tripalium”

Travail: dérivé du latin tripalium, élément de torture. Le onzième commandement dit: tu ne pourras pas.

Sainte Tête de Ciment dicte, sur la loi d’un dieu quelconque: Tu mangeras le pain avec la sueur de ton front. Six jours tu travailleras, et tu n’auras rien de ton oeuvre, rappelle-toi du samedi pour le sacrifier. Tu ne convoiteras pas la maison de ton patron, tu la construiras et la verras tomber. Tu seras la force de travail et tu ne pourras pas. Tu enfanteras dans la douleur, tes enfants travailleront avec douleur. Ils têteront de tes seins sales, jour après jour, ils suffoqueront de ciment, riront ciment. Tu l’absorberas, vivras de ta torture et poussière deviendras.

 

Paola Pilatti: “Les fusillé.es du ciment”

En 2015 Godin y Lugano, héros nationaux contemporains, ont acheté une entreprise de fabrication et d’importation de ciment. / Ils l’ont appelée Cemento Charrúa*. / Ce corps qui simule un geste ironique, ne fait qu’un geste inutile. L’ironie révèle la littéralité de l’horreur. Le désert de ciment s’étend devant nous et en nous. / Fissure-le.

*Charrúa est le nom du peuple indien qui vivait et a été exterminé sur les terres devenues l’Uruguay après la colonisation.

Yann Marussich sur le laboratoire

“Il y a quelque chose de très politique sous jacent à ces performances je leur ai demandé sans cesse de trouver quelque chose d’à la fois très personnel et universel dans une mise en scène minimaliste le corps / un objet / du béton / un espace Nous sommes dans une prison ce lieu est chargé d’oubliés et de fantômes et chargé d’une histoire peu glorieuse une histoire de dictature mais les dictatures ont pris d’autres formes aujourd’hui elles sont économiques aujourd’hui le béton est en guerre il est même ce qu’on appelle un colonisateur il rend cet élément indispensable à notre société hygiéniste et emploie par tous les moyens jusqu’aux plus délirants mensonges que les Etats ne font que confondre en ignorant le fond du problème la préservation de notre planète contre cette machinerie mondiale qui asphyxie la terre le ciel pie le sable et l’eau sans parler de l’érosion galopante des côtes qui s’en suive huit femmes s’y sont plongé pendant six mois ce n’est pas facile de plonger dans un élément si agressif et si familier à la fois parce qu’au fond nous sommes tous responsables ça fait mal d’être responsable ça pique ces huit femmes doivent trouver des limites pour ne pas se perdre   repousser des limites physiques et psychologiques pour grandir encore dans ce chemin d’humains et comprendre que nous sommes un ensemble et que chacun est chacun l’autre en même temps   miroir étourdissant que le présent nous tend minute après minute visage après visage corps après corps     ces huit femmes combattent avec leurs corps libres et prisonniers à la fois nous vivons dans des prisons successives le corps est une possible prison tout en étant la clé de la libération de l’esprit ces huit femmes combattent Inès Paula Leticia Luna Nataja Ihassa Paola et Maria des prénoms qui finissent sept fois par a aaaaaaa un cri des cris que le s du prénom sans a à la fin rajoute   des cris éphémères incrustés dans le vent si présent à Montevideo     le vent refuge des cris perdus”

 

 

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(VERSION ESPAÑOL)

 

LAS ATREVIDAS

Tome 8 mujeres, agregue algunas decenas de kilos de hormigón, ponga todo ello en una prisión y mezcle. El resultado está aquí.

8 solos performativos que viene a remover lo más recóndito de nuestro inconsciente colectivo.
Ellas muestran lo que la sociedad esconde, denuncian lo que la colectividad intenta olvidar, se burlan de lo que se les ha enseñado.

Yann Marussich no está lejos. El papel que ha asumido es aún un misterio. Estaba allí, escuchaba, daba el ritmo, dos horas de chi-kun, una hora de discusión, una hora de pausa, otra hora o dos de discusión y de trabajo concreto, de práctica. Cada una hizo lo que necesitaba. Prepararse mentalmente, hacer investigaciones históricas, escribir, prepararse físicamente, eventualmente entrenarse a permanecer en una inmovilidad escogida.

Durante esas seis semanas de inmersión repartidas en seis meses, cada una hizo su propio camino. Audazmente, cada una asumió con determinación lo que tenía que decir. De todas esas reflexiones políticas, sociales y feministas nacieron las imágenes que nos mostraron.

El hormigón, en ese laboratorio, se convirtió en un medio para denunciar, obstaculizar,inmobilizar,revelar,fusilar, construir, destruir , separar.

 

Cada una habla de su performance

 

Maria Heller: “MI ACTO SALVAJE DE DESCANSAR”

Es una práctica, una forma de estar, una necesidad de caerme hacia mí misma de romper con el simulacro de seguir viviendo en esto.

 

Luna Anaïs: ” INSILIO – O QUEDARME SIN ESTAR- “

Asistencia y diseño sonoro: Juan Manuel Ruétalo

“El insilio es lo contrario al exilio; (…) es una forma de irse sin moverse (…) o de quedarse sin en realidad estar. Es el encierro/destierro de unx mismx”  /  Si hubiese podido dibujar mi pensamiento, este era como una línea recta profunda que acariciaba todo lo que no pudimos olvidar.   /   Se divide, se pierde, congela, enciende, atraviesa y no deja de aparecer.   /   Como andar en bicicleta en dirección a Quinta Normal, sabiendo que en el camino ves tanto que no puedes hacer otra cosa que dejar pasar.

 

Paula Giuria Bianchi : “CIUDAD VULVA”

Un lugar de paso, un rito de entrada a una nueva etapa liminal  entre la fecundidad  y la muerte, entre lo femenino y lo masculino. / Una declaración de identidad. / Un acto indecente.

 

 

 

 

 

Leticia Sarante: “ANIMAL DEL CEMENTO”

Bestia absurda repites  tu torpe deambular estás cansada porque antes de amar aprendiste a usar la fuerza. Exiliada en laberintos de cemento sin salida fabricaste prótesis para el placer huyendo de la soledad destruyendo irremediablemente buscando a ciegas un motivo para existir hurgaste en los escombros de tu felicidad. Qué te anima a seguir a pesar del dolor? Qué escurre por debajo del sudor y del polvo que cubren tu piel?  Sin embargo no puedes resistirte al hambre de otros cuerpos, a lo que necesariamente sucede más allá de tu voluntad, a tu deseo de selvas de tierras y de ríos en los que aguarda adentro de una piedra el hermoso secreto de tu libertad.

Nastassja Roca: “EVASIÓN // TODO LO QUE NO ES EFÍMERO”

Brotar para combatir el olvido / proliferar entre grietas / florecer sinnombrenigloria, ahí donde nadie quiere -ni debe- / no dejar más huellas que el surco de la presencia en el suelo / ser yuyo, cardo, existir solo de paso, respirando alto y fuerte para apurar el tiempo /persistir.adherirseodeshacerse/ 

Hierba mala nunca muere: somos lxs que nadie ve. Lxs olvidadxs, escondidxs. Cuerpas liminales, descolonizadas, desviadas. (Las plantas no saben de dolores ni de encierros)

Inés Rocca: “LOS RÍOS NACEN DE LA NADA”

El cemento es mi casa polvorienta y dura. Indestructible. / Es el límite concreto que ordena este caldo de cultivo. / No está en mi sangre, ni en mis huesos /  es  mi segunda piel. / Soy hija del cemento./ Y madre también. / Mi útero sepulta la tierra pero abriga luces y  calles. / Ahí están mis recuerdos más preciados./Mastican las bestias de mi pecho. Excluídas e indiferentes, molestan sus cuerpos./El cemento pesa en mi brazo, en mis cervicales. / El cemento también duele./  Agrieta  /  Como agua subterránea o víscera rota. / Curso alto / Los ríos nacen de la nada

 

Ihasa Ticono: “TRIPALIUM”

Trabajo: deriva del latín tripalium, elemento de tortura. El onceavo mandamiento dice: No podrás.

Santa Cabeza de Cemento dicta, sobre la ley de cualquier dios: Comerás el pan con el sudor de tu frente. Seis días trabajarás y no tendrás nada de tu obra, acuérdate del día sábado para sacrificarlo. No codiciarás la casa de tu patrón, la construirás y la verás caer. Serás la fuerza de trabajo y no podrás. Parirás con dolor, tus hijos trabajarán con dolor. Mamarán de tus tetas sucias, día a día, jadearán cemento, reirán cemento. Lo absorverás, vivirás de tu tortura  y en polvo te convertirás.

Paola Pilatti: “LXS FUSILADXS DEL CEMENTO”

En el año 2015 Godín y Lugano, héroes nacionales contemporáneos, compraron una empresa de fabricación e importación  de cemento.   /  La llamaron cemento charrúa.  /  Este cuerpo que simula un gesto irónico no hace más que un gesto inútil. La ironía revela la literalidad del horror.  /  El desierto de cemento se expande ante nosotxs y en nosotrxs.  /   Agrietalo.

 

Yann Marussich sobre el Laboratorio de cemento

Hay algo muy político subyacente en estas performances     les pedí todo el tiempo encontrar algo muy personal y universal a la vez en una puesta en escena minimalista / el cuerpo / un objeto / el cemento / un espacio   estamos en una cárcel este lugar está repleto de olvidados y de fantasmas cargados de una historia poco victoriosa una historia de dictaduras pero las dictaduras tomaron otras formas hoy son económicas   hoy el hormigón está en guerra hasta es los que llamamos un colonizador éste elemento se ha vuelto indispensable para nuestra sociedad higiénica y utiliza todos sus medios hasta las más delirantes mentiras los estados cómplices no afrontan el fondo del problema la conservación de nuestro planeta contra esta máquina económica mundial que asfixia la tierra el cielo saquea la arena y el agua sin hablar de la erosión salvaje de las costas que a esto le sigue         ocho mujeres se sumergieron durante seis meses no es fácil sumergirse en un elemento tan agresivo pero a la vez tan familiar porque en el fondo todos somos responsables duele ser responsable   pica   estas ocho mujeres deben encontrar límites para no perderse ampliar sus límites físicos y psicológicos para seguir creciendo en este camino de humanos y entender que somos un todo y que cada uno es uno y el otro al mismo tiempo     espejo vertiginoso que el presente nos ofrece minuto a minuto rostro tras rostro cuerpo tras cuerpo   estas ocho mujeres luchan con sus cuerpos libres y a la vez prisioneros vivimos en cárceles sucesivas   el cuerpo es una posible cárcel pero también es la clave de la liberación del espíritu     estas ocho mujeres luchan Inés Paula Leticia Luna Nastassja Ihasa Paola y María nombres que terminan siete veces con la a aaaaaaa un grito gritos que la s del nombre sin la a al final Inès agrega           gritos efímeros incrustados en el viento tan presente en Montevideo                       el viento   refugio de los gritos perdidos

Révolution |:| Carte Postale de Montevideo n°3

 

(Version en español a continuación)

Le langage de la pensée

Depuis notre arrivée, une des premières choses à avoir attiré mon attention, c’est ce langage inclusif que j’entends partout. En français, je le voyais principalement par écrit, en espagnol je l’entends. Les “a” et les “o” deviennent “e”, et à l’écrit, on remplace toutes ces lettres par “x”. Par exemple, todas/todos (toutes/tous) devient todxs, prononcé /todés/.

Beaucoup de gens se plaignent, catalogant ce langage émergent comme maniérisme anti-sexiste superflu. Il y a de la résistance dans les rangs, comme d’habitude! Pour ma part, je me suis rendue compte à l’oreille à quel point le langage influence la pensée et remet certaines habitudes en question. Le jour où une femme, prenant la parole devant un collectif mixte a dit: “Nosotras todas” en parlant de nous tous, j’ai eu un sursaut, et puis j’ai compris.

Femmes aux tambours

Parmi les groupes féministes dont j’ai entendu parler, le plus manifeste est celui qui descend dans la rue à chaque fois qu’une femme meurt de violences que l’on dit “de genre”, qui sont pour la plupart des violences domestiques, infligées par un conjoint. Anciennement appelés “drame passionnel”, le terme couvrait assez généreusement le ou la meurtrière, comme si la violence, lorsqu’elle est emballée dans une histoire “d’amour” était excusable à moindre frais.

Je me suis rendue à l’une de ces marches en février, c’était la deuxième, en hommage à la deuxième femme victime de l’année signalée en Uruguay. Nous n’étions pas beaucoup, j’enregistrais les slogans qu’elles scandaient et j’ai été emportée loin, par le sentiment qu’il y avait quelque chose de juste à faire ça comme ça, ensemble à coups de tambours. Tocan a una, tocan a todas (ils touchent à une, ils touchent à toutes).

Quand je suis passée par Buenos Aires, j’ai vu les mêmes mouvements féministes, intensifiés par la densité de population, mais surtout par le fait qu’en Argentine, l’avortement n’est toujours pas un droit acquis. En réalité, l’avortement n’est légal dans aucun pays d’Amérique latine, sauf l’Uruguay, Cuba et le Guyana. Ce qui donne lieu à des aberrations inqualifiables comme cette petite fille de 11 ans qui a dû accoucher par césarienne d’un enfant, produit d’un abus par le conjoint de sa grand-mère, au bout de 23 semaines de gestation, parce que l’administration de la province de Tucumán ne lui accordait pas l’autorisation d’avorter. C’était en 2019, pas au siècle dernier.

Pour pallier à ce non-droit, dans plusieurs pays, les femmes ont créé des réseaux d’entraide à l’avortement. Surtout pour aider les plus démunies, parce qu’il est évident que comme le soulignent quelques tags dans les rues, “Las ricas abortan, las pobres mueren”, les riches avortent, les pauvres meurent.

Et c’est au Salvador que l’on atteint tristement le sommet de l’injustice en condamnant les femmes à la prison ferme pour fausse couche. Le magazine Konbini a fait un reportage accablant sur le sujet.

R-évolution

Oui il serait temps de reprendre la révolution là où nous l’avons laissée.

Même si le mot n’est peut-être pas le plus adéquat. Parce qu’il implique violence et prise de pouvoir. Et que le but n’est certainement pas la vengeance ni le renversement de domination. Mais il semble que nos mécanismes nous poussent à faire un détour par la case radicalité avant d’arriver à un nouveau modèle de cohabitation. Il ne fait pas bon être un homme par les temps qui courent, tristement. Personæ non gratæ, ouvertement ou tacitement, aux marches du 8 mars qui ont eu lieu un peu partout dans le monde, ceux qui soutiennent les femmes dans leur r-évolution sont écartés, malgré que ce soit un changement social qui, je pense, ne peut pas s’opérer chacun de son côté. La tempête doit passer, le temps faire son travail.

Dans le mot révolution, j’entends aussi le mot volonté, le mot évolution, et en espagnol, le mot mélanger (revolver), comme on mélange de la farine et de l’eau pour faire du pain, mélanger du masculin et du féminin pour trouver de nouveaux accords. Et tous ces mots résonnent ensemble dans un grand brouhaha qui demande à être compris.

Mais nous n’en sommes pas encore là. Malheureusement.

L’histoire avec une grande H

Il semblerait que nous soyons tous d’accord pour ce que l’on appelle “l’égalité”, mot devenu vaporeux auquel chacun attribue son sens. De même que nous sommes tous pour la paix dans le monde et la fin de la famine, on veut tous que les femmes aient les mêmes droits, les mêmes salaires, les mêmes avantages et inconvénients que les hommes, et vice-versa, en revanche, dès qu’il s’agit de passer à la pratique, personne ne sait comment faire. Il manque un mode d’emploi, et un dictionnnaire de traduction pour se comprendre. On en revient au langage, et à un mal dont les racines sont profondes.

On sait qu’il faudrait par exemple réécrire tous les manuels scolaires, les problèmes de math ne se résumeraient plus à: si papa plante six clous pour monter l’étagère après le travail et que maman range trois éponges après avoir récuré le sol, combien d’enfants reste-t-il.

Quant aux manuels d’histoire, il y aurait de quoi faire.

La bonne nouvelle c’est que c’est dans l’air du temps de réécrire l’histoire à travers le prisme féminin. Pour ne citer que ces deux exemples, Clara et Julia Kuperberg ont revisité l’histoire de la création de Hollywood et des débuts du cinéma avec leur film documentaire “Et la femme créa Hollywood“. Elles sont allées exhumer les femmes réalisatrices, auteurs, productrices, oubliées de l’histoire qui étaient pourtant là, actives dès le début du XXe siècle. Et au passage, pour information, la moitié des films tournés avant 1925 ont été écrits par des femmes. De leur côté, Laura Cazador et Fernando Perez, eux, sont allés repêcher l’histoire de Enriqueta Faber, médecin suissesse partie exercer à Cuba, et en ont fait “Insumisas” avec Sylvie Testud.

Sans oublier tous les livres sur les sorcières qui se multiplient pour nous remémorer “notre” histoire, laissée sur le bas-côté de l’Histoire, comme le tout frais Sorcières, de Mona Chollet, ou Rêver l’obscur : femmes, magie et politique de Starhawk. Là pour nous rappeler que nous avons des petits pouvoirs magiques qu’il serait bon de réapprendre à utiliser au quotidien. Réenchanter le monde, comme dit Mohamed Taleb, le philosophe qui m’a remis la femme au centre avec sa conférence sur les sorcières et le capitalisme, mais pour cela, sortir de l’amnésie chronique qui pousse chaque génération d’activistes à recommencer depuis zéro, là où du chemin a déjà été fait.

Et le béton dans tout ça?

Je ne l’oublie pas, mais il me semblait important pour cette pleine lune de mars, de mettre l’accent sur ce grand mouvement qui demande un changement, parallèlement aux jeunes qui marchent pour le climat. En avril je reviendrai sur nos projets qui ne restent pas imperméables à la marche du monde et qui au contraire, s’en nourrissent.

 

 

Revolución |:| Postal de Montevideo n°3

 

El lenguaje del pensamiento

Desde que llegamos, una de las cosas que ha llamado mi atención es el lenguaje inclusivo que se oye por todas partes. En francés lo veía principalmente por escrito. En español lo oigo. En lugar de terminar las palabras por “a” u “o”, se les termina en “e”, y por escrito una “x” reemplaza todas esas letras. Por ejemplo, todas/todos se transforma en todxs y se pronuncia todes.
Cierta gente se queja, catalogando ese lenguaje emergente como manierismo anti-sexista innecesario. Resistencia hay, como siempre! Por mi parte, me he dado cuenta por el oído, hasta qué punto el lenguaje influencia el pensamiento y pone ciertos hábitos en tela de juicio. El día que una mujer, tomando la palabra delante de una asamblea mixta, dijo “Nosotras todas” hablando de todos los presentes, tuve un arrebato de inquietud, y después entendí.

Mujeres a los tambores

Entre los grupos feministas de los que he oído hablar, el más visible es el que baja a la calle cada vez que una mujer muere víctima de violencia que llaman “de género”, y que son por lo general violencias domésticas infligidas por un cónyuge. Antiguamente se les llamaba “dramas pasionales”. El término cubría generosamente el o la asesina, como si la violencia cuando se desboca en una historia de “amor” fuera mas fácilmente excusable.

Fuí a una de esas marchas en Febrero, era la segunda, en homenaje a la segunda mujer víctima del año en Uruguay. No éramos muchas. Yo grababa las consignas que ellas gritaban, y me dejé arrastrar lejos, por el sentimiento que era justo hacer eso así, juntas, a golpe de tambores. “Tocan a una, tocan a todas”.
Cuando estuve en Buenos Aires, ví los mismos movimientos feministas, multiplicados por la densidad de la población, pero sobretodo por el hecho de que en Argentina el aborto no es aún un derecho adquirido. En realidad, el aborto no es legal en ningún país de América latina, salvo en Uruguay, Cuba y la Guayana. Esto da lugar a aberraciones incalificables como el caso de la niñita de 11 años que dió a luz por cesárea a un niño, producto de un abuso cometido por el cónyuge de su abuela, al cabo de 23 semanas de gestación, porque la provincia de Tucumán no le daba la autorización de abortar. Era en 2019, no en el siglo pasado.
Para contrarrestar esa negación de derecho, en muchos países se han creado redes de ayuda al aborto. Sobre todo para ayudar a las desfavorecidas, porque como lo subrayan algunas pintadas en las calles “las ricas abortan, las pobres mueren”. Es en El Salvador que tiene el triste record de injusticia, condenando a las mujeres a penas de prisión por aborto espontáneo. La revista Konbini hizo un reportaje sobrecogedor sobre el tema.

R-evolución

Sí, ya es hora de retomar la revolución allí donde la dejamos.


Incluso si el término no es el más adecuado ya que implica violencia y toma del poder.
Y que el objetivo no es ni la venganza ni el reemplazo de la dominación. Pero parecería que nuestros mecanismos nos empujan a dar un rodeo por una cierta radicalidad antes de llegar a un nuevo modelo de cohabitación. No es cómodo ser un hombre en estos tiempos, tristemente. Personae no gratae, abierta o tácitamente, en las marchas del 8 de Marzo, que tuvieron lugares alrededor del mundo, los que sostienen a las mujeres en su r-evolución, son rechazados, a pesar de que es un cambio social, que, pienso, no se puede hacer cada uno por su lado. La tempestad debe pasar y el tiempo hacer su trabajo.

En esta palabra, revolución, me refiero a otras palabras como voluntad, evolución y en español, la palabra revolver, como se revuelve la harina y el agua para hacer pan, masculino y femenino para encontrar nuevos acuerdos. Y todas esas palabras resuenan juntas en un gran alboroto que pide que lo aclaremos.
Pero todavía no estamos allí. Desgraciadamente.

La historia con H(acha) mayúscula

Pareciera que estamos todos de acuerdo con el término “igualdad”, palabra vaporosa a la que cada cual da su propia interpretación. Igual que estamos todos de acuerdo con la paz en el mundo y el fin del hambre, queremos que las mujeres tengan los mismos derechos, los mismos sueldos, las mismas ventajas e inconvenientes que el hombre, y vice-versa. Pero cuando se trata de pasar a la práctica, nadie sabe cómo hacerlo. Falta un libro de instrucciones y un diccionario de traducción para entenderse. Volvemos al lenguaje y a un mal de raíces profundas.
Sabemos por ejemplo que habría que reescribir los manuales escolares, los problemas de matemáticas no se reducirían a: si papá clava 6 clavos para armar la estantería después del trabajo y que mamá guarda tres esponjas después de haber frotado el suelo, cuántos niños quedan.
En cuanto a los manuales de historia, queda aún mucho por hacer.
La buena noticia es que está de moda de reescribir la historia desde un prisma femenino. Por no citar más que estos dos ejemplos, Clara y Julia Kuperberg revisitaron la historia de la creación de Hollywood y de los principios del cine en su película documental “Y la mujer creó Hollywood“. Fueron a recuperar las mujeres directoras, autoras, productoras, olvidadas por la historia, que estaban allí desde el principio del siglo XX. Y dicho sea de paso, la mitad de las películas filmadas antes de 1925 fueron escritas por mujeres. Por su lado, Laura Cazador y Fernando Perez recuperaron la historia de Enriqueta Faber, médica suiza en Cuba, y realizaron “Insumisas”con Sylvie Testud.
Sin olvidar todos los libros de brujas que se multiplican para rememorarnos “nuestra” historia, dejada en la acequia de la Historia, como el reciente Brujas, de Mona Chollet, o Alma de Bruja de Odile Chabrillac, o el más clásico Soñar lo obscuro: mujeres, magia y política de Starhawk. Todos allí para recordarnos que tenemos pequeños poderes mágicos que sería útil para usarlos cotidianamente.
Volver a reencantar el mundo, como dice Mohammed Taleb, el filósofo que me ha puesto la mujer de vuelta en el centro con su conferencia sobre las brujas y el capitalismo, pero para ello, salir de la amnesia crónica que empuja a cada generación de activistas a recomenzar de cero, allí donde parte del camino ya fué hecho.

Y el hormigón en todo esto?

No lo olvido, pero me parecía importante para esta luna llena de Marzo, de poner el acento en ese gran movimiento que exige un cambio, paralelamente a los jóvenes que marchan por el clima. En Abril, volveré a nuestros proyectos que no son impermeables a la marcha del mundo, sino todo lo contrario, se alimentan de ella.

 

L’Uru What? |:| Carte Postale de Montevideo n°2

(Versión en español a continuación)

 

Quand on dit Brésil, Mexique, Bolivie… Il y a des paysages qui nous apparaissent, des musiques peut-être, mais quand on dit Uruguay, qu’est-ce qui apparaît?

J’ai dû aller à l’essentiel, ou plutôt à un essentiel, parmi d’autres. Comme quand on vous demande, qu’est-ce que vous emporteriez sur une île déserte si vous ne pouviez choisir qu’un seul objet.

Alors qu’en fait, il y avait encore tout ça à raconter, j’aime bien faire des listes, ça ressemble par moment à des poèmes:

 

Le plus haut sommet culmine à 500m.
C’est plat.
Les jours de pluie, on se réjouit, il y a Torta Frita.
Une recette excentrique faite avec de l’eau de nuages.
La couleur de la droite c’est le rouge.
La mer face à Montevideo est une rivière marron.
La laïcité a-t-elle une couleur?
Une guitare par foyer, qui ne sait pas jouer ne sait pas parler.
On reste chanter des chansons à la maison.
De toute façon le maté a évincé la culture des cafés.
Le folklore et la nostalgie sont soeurs jumelles.
Zitarrosa fait pleurer même les murs avec trois accords.
Le lieu de naissance de Carlos Gardel disputé à l’Argentine.
L’origine du tango disputée à l’Argentine.
Carlos Gardel serait né à Toulouse selon wikipédia.
Le tango serait-il Français au final?
Cabo Polonio ce village balnéaire si convoité.
Une réserve naturelle.
Sans eau, sans électricité et presque sans voitures.
Un village post-apocalyptique, hipster, ou paradisiaque.
Le recyclage se divise en catégorie “sèche” et “humide”.
Le village de la colonie suisse Nueva Helvecia arbore des chalets.
Là-bas, on fête le 1er Août et on fait du fromage.
Le secret bancaire est passé par-là.
La stabilité économique aussi.
L’armée.
Mais pas de service militaire.
Pas de traits amérindiens non plus dans les rues de Montevideo, ou si peu.
L’extermination du peuple Charrúa.
Les conquistadors.
Les afro-uruguayens descendants d’esclaves.
Les conquistadors encore.
Le rythme des Llamadas, les appels de tambour
Les dimanches soir dans le Barrio Sur.
Les clubs de canabis. Passé dans la légalité.
L’égalité.
Le droit de vote des femmes a presque 100ans.
Le mouvement féministe anti-féminicides.
Question de survie.
Les femmes font la révolution. Ici. Maintenant.
Le 8 mars, elles feront la grève.
Le divorce est légal depuis 1908.
Parenthèse. Les Chiliens venaient divorcer ici, jusqu’en 2004.
L’avortement est légal depuis 2012,
Ça fait 3 pays en Amérique latine avec la Guyana et Cuba.
Jouer au foot, peut-être pour oublier.
Les fans de foot.
Et Griezman fan de l’Uruguay.
Les rues sont pleines ou vides, sans entre-deux.
Une densité de population de 20 hab/km2.
176’000km carrés, presque carrés.
3 millions d’habitants, et demi.
Et 12 millions de vaches.
La viande. Et les champs de soja.
Monsanto et Coca-cola se sont invités au carnaval.
Ils ne se sont pas déguisés.
Eduardo Galeano n’écrit plus de poèmes inoubliables,
mais son café préféré est toujours là.
Les Veines ouvertes de l’Amérique latine aussi.

 

Le hors-champ et le hors-temps

Certains jours, j’ai envie de tout filmer, ne rien rater, comme une maladie infantile. Comme ces “to do” listes qui n’ont pas de fin.

La vie est cousue de petits détails qui passent et ne reviennent pas.

Le jour où l’on pourra filmer avec nos yeux, on pourra peut-être enfin rendre la réalité telle qu’elle se présente…

Et en fait non. C’est tout le contraire. Faire un film de non-fiction, c’est faire des choix, sacrifier sans arrêt des éléments qui nous ont touchés, qu’on aurait voulu partager.

C’est souvent la sensation d’avancer à l’aveugle, avec un cap, mais dans l’obscurité.

Et je crois que tout ce qui est hors-champ, et parfois hors-temps, s’imprime aussi dans l’histoire que je raconte, par une opération invisible, d’ordre métaphysique que l’on n’expliquera probablement jamais.

 

 

El Uru que? |:| Postal de Montevideo n°2

 

Cuando decimos Brasil, Mexico o Bolivia, hay paisajes , imágenes y músicas que nos los evocan, pero cuando decimos Uruguay, en qué pensamos?

Tuve que ir a lo esencial, o más bien a un esencial, entre otros. Como cuando te preguntan, qué llevarías a una isla desierta, si no pudieras llevar mas que una cosa.

En circunstancias que, en realidad, estaba todo por contar. Me encanta hacer listas, parecen por momentos como poemas:

 

La cumbre más alta culmina a 500 metros.
Es todo plano.
Los días de lluvia, uno se alegra, hay Torta Frita.
Una receta excéntrica preparada con agua de cielo.
El color de la derecha política es el rojo.
El mar frente a Montevideo es un río marron.
Y la laicidad, tendra color?
Una guitarra por hogar, el que no sabe tocar no sabe hablar.
Se cantan canciones en casa.
La cultura del mate desterró la cultura del café.
El folklore y la nostalgia son hermanas mellizas.
Zitarrosa hace llorar hasta los muros con tres acordes.
Le disputan el origen del tango a los argentinos.
El lugar de nacimiento de Carlos Gardel se le disputa a la Argentina.
Carlos Gardel habría nacido en Toulouse según Wikipedia.
El tango sería francés finalmente?
Cabo Polonio, ese balneario tan deseado.
Una reserva natural.
Sin agua, sin electricidad y casi sin coches.
Un pueblo post-apocalíptico, hipster o paradisíaco.
El pueblo de la colonia suiza « Nueva Helvecia » está lleno de chalets.
Se festeja el 1° de Agosto y se fabrican quesos.
El secreto bancario pasó por allí.
La estabilidad económica también.
El ejército.
No hay servicio militar.
No hay rasgos amerindios tampoco, por las calles de Montevideo, o muy pocos.
Exterminación del pueblo Charrúa.
Los conquistadores.
Afro-uruguayos descendientes de esclavos.
Más conquistadores.
El ritmo de las Llamadas, llamadas de tambor.
Los domingos en el Barrio Sur.
Los clubs de cannabis. Legalizado.
Igualdad.
La mujeres votan desde hace casi 100 años.
El movimiento feminista anti-feminicidios.
Desigualdad.
Las mujeres hacen la revolución. Aquí. Ahora.
El 8 de Marzo estarán de paro.
El divorcio es legal desde 1908.
Paréntesis. Los chilenos venían a divorciarse aquí, hasta el 2004.
El aborto es legal desde 2012,
Son tres países en América Latina, con la Guyana y Cuba.
Se juega al fútbol, tal vez para olvidar.
Los aficionados al fútbol.
Griezmann es aficionado de Uruguay.
Las calles están llenas o vacías , sin medias tintas.
Una densidad de población de 20 habitantes por kilómetro cuadrado.
176’000 kilómetros cuadrados, casi cuadrado.
Tres millones y medio de habitantes.
Y 12 millones de vacas.
La carne y los campos de soja.
Monsanto y Coca-Cola se invitaron al carnaval.
No se disfrazaron.
Eduardo Galeano no escribe mas poemas inolvidables,
pero su café preferido está siempre allí.
Las venas abiertas de América Latina también.

 

Fuera de cámara y fuera del tiempo

Algunos días tengo ganas de filmarlo todo, de no perder nada, como una enfermedad infantil.
Como esas listas « por hacer » que no acaban nunca.
La vida está repleta de pequeños detalles que pasan y no vuelven.
El día que podamos filmar con los ojos podremos a lo mejor, reproducir la realidad tal cual se presenta.
Pero en realidad no. Es todo lo contrario. Hacer una película de no ficción es elegir, sacrificar sin cesar elementos que nos han
afectado. Que quisiéramos compartir.
Es a menudo la sensación de avanzar ciegamente, con un objetivo, pero en la oscuridad.
Y creo que todo lo que está fuera de cámara, y a veces fuera del tiempo, se imprime también en la historia que cuento,
por medio de una operación invisible, de orden metafísico que probablemente nunca tendrá explicación.

L’Homme-Béton |:| Vidéo-Performance #1

Les Grandes Traversées // Arrivée à la prison

Vidéo-Performance #1 tournée dans l’ex-prison panoptique de Montevideo transformée en Espace d’art contemporain // Rodada en la ex-cárcel panoptica de Montevideo transformada en Espacio de arte contemporáneo

 

(Versión en español a continuación)

Extraits tirés de, Le sceptre de l’homme-béton est une pelle à neige rouge à moitié rouillée, Yann Marussich, 2018

Je parle comme si je représentais tous les hommes je suis un homme symbolique l’homme béton c’est moi et c’est tout le monde qui est victime du béton consentant et pas consentant moi c’est comme dire tous les hommes

(…)

Créature mixte à force d’être les pieds sur le béton s’est peu à peu insinuée dedans créant des fusions des échanges chimiques des métissages virant au gris des trottoirs un homme en perdition il symbolise l’être humain aujourd’hui un être détruit qui ne pense qu’à détruire il va sur les glaciers et les fait fondre le monde peut couler sous lui aucune importance il continue sans relâche sa marche zombie devenu inconscient de ses actes être maléfique par sa naïveté et son inconscience cruel sans le savoir c’est l’homme de nos sociétés industrialisées un mythe malade il marche tout habillé de rouge le sang l‘agressivité la guerre le béton a tout envahi l’homme en a fait son arme coloniale il marche partout heureusement lentement il marche longtemps il ne s’arrête pas empreintes carrées qui s’enfoncent dans le sol

(…)

après quoi ? en fait il n’y a ici ni avant ni pendant ni après c’était toujours pendant c’est toujours pendant que ça se passe et là il ne se passe rien l’homme-béton est passé et voilà c’est tout et il a disparu

El Hombre-Cemento |:| Video-Performance #1

Las Grandes Travesías // Llegada a la cárcel

 

Extractos sacados de, El cetro del hombre-cemento es una pala de nieve roja medio oxidada, Yann Marussich, 2018

Hablo como si representara a todos los hombres soy un hombre simbólico el hombre cemento soy yo y todo el mundo víctima del cemento consiente o no es como decir todos los hombres
(…)
Criatura mixta con los pies a menudo en el cemento se fue poco a poco amalgamando creando fusiones e intercambios químicos de mestizajes tornándose grises como las veredas de un hombre al borde del abismo simbolizan al ser humano hoy día un ser destruido que no piensa mas que destruir va a los glaciares y los hace fundir el mundo puede hundirse bajo él ninguna importancia el continúa sin descanso su marcha de zombi inconsciente de sus actos de ser maléfico por su ingenuidad y su frivolidad cruel sin saberlos el hombre de nuestras sociedades industrializadas un mito enfermo camina todo vestido de rojo la sangre la agresividad la guerra el cemento lo han invadido todo el hombre ha hecho de el su arma colonial anda por todas partes lentamente por suerte anda largo tiempo no se detiene huellas cuadradas que se entierran en el suelo
(…)
Y después qué? En realidad no hay ni aquí ni allá ni antes ni durante ni después era siempre durante es siempre durante que ocurre y ahí no ocurre nada el hombre-cemento pasó por aquí y eso es todo y desapareció

 

 

 

 

 

 

 

Opération Béton |:| Carte Postale de Montevidéo n°1

(Versión en español a continuación)

Ça sonne comme le nom d’une ville imaginaire. Un nom inventé pour un film, un nom un peu exagéré pour l’occasion. Montevideo. Un mot qui sonne joli et qui laisse rêver à une contrée lointaine d’Amérique latine.

C’est à cet endroit précis que nous avons atterri avec Yann Marussich, performeur suisse, pour 6 mois de résidence artistique.

Le périscope outre atlantique

Nous entrons dans ce monde imaginaire sur le point de devenir réel par une petite porte discrète, celle du fond, toute peinte en noir, sur laquelle on peut peut-être encore lire “Entrée des artistes”. C’est par cette porte-là qu’on arrive en Uruguay, par-là qu’on arrive sur ce blog aussi, avec nos doutes, nos incertitudes et nos manières de donner du sens à ce qui n’existe pas encore. Parce que tout est à inventer. Sa nouvelle création performative, mais aussi mon film. Ce sont deux embryons suspendus dans l’univers qui devraient voir le jour ces prochains mois. Et c’est leur émergence, leur entrée dans la forme que nous vous invitons à venir suivre ici. En images et en mots. Nous vous invitons à venir espionner par ce petit hublot à longue vue, ce périscope outre atlantique.

Comme du papier photo dans un bac de révélateur

Telle une anthropologue en terre exotique, je serai votre oeil et essaierai de vous dévoiler les coulisses de cette aventure. De vous entrouvrir la porte de l’atelier de Yann Marussich et de vous raconter l’histoire que je vois se dérouler sous mes yeux, tout en vous partageant mes réflexions sur ce qu’est faire un film. On va le faire ensemble ce film vous et moi, en quelque sorte. Ou plutôt, je préfère dire qu’on va le voir apparaître ensemble. Et ça, c’est notre carnet de bord. Vous êtes largement invités à réagir, à poser des questions, à répondre aux miennes ou à faire des propositions.

Je vous emmène faire une virée touristique parmi les circuits synaptiques d’un artiste, un safari dans le monde de la performance, mais surtout, je vous propose de me suivre dans ma quête. Parce qu’au bout du compte, après des mois d’observation scientifique, j’ai l’espoir d’effleurer un trésor. Ce trésor, c’est la réponse à une question assez simple: qu’est-ce qui anime un être humain à créer? Quelle est l’énergie qui l’habite? Que cherche-t-il?

Vous allez probablement rire, mais j’aimerais voir se dessiner sous mes yeux l’essence de la créativité. À travers le prisme d’un seul artiste, comprendre d’où nous vient le besoin d’inventer, de créer, de faire ce qu’on a appelé de l’art.

Je ne sais pas si ce dont je parle existe, c’est peut-être un mirage, ou peut-être la quête d’une vie, mais je la commence aujourd’hui.

 

Ah oui, deux détails encore,

instagram: performances_chroniques

et/ou

fb: Cie Yann Marussich.

 

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Operación cemento |:| Una postal de Montevideo

Capítulo primero

Suena como el nombre de una ciudad imaginaria. Un nombre inventado para una película, un nombre un poco exagerado para la ocasión .
Montevideo. Una palabra que suena bien y que hace soñar con tierras lejanas en América Latina.
Es precisamente a este lugar que llegamos con Yann Marussich, performer suizo, por seis meses de residencia.

El periscopio del otro lado del Atlántico

Penetramos en ese mundo imaginario, a punto de transformarse en realidad, por una pequeña puerta muy discreta, allí en el fondo,
toda pintada de negro, sobre la cual se puede tal vez leer ¨Entrada de Artistas¨. Es por esa puerta que llegamos a Uruguay. Por allí
se llega también a este blog, con nuestras dudas, nuestras incertidumbres y nuestra manera de dar sentido a algo que todavía no existe .
Porque todo queda por inventar. Su nueva creación artística y también mi película. Son dos embriones suspendidos en el universo,
que deberían ver la luz estos próximos meses. Es su nacimiento y su desarrollo que los invitamos a seguir aquí. En imágenes y en palabras.
Los invitamos a espiar por ese pequeño lente de larga vista, el periscopio del otro lado del Atlántico.

Como papel de foto en una bandeja de revelado

Como una antropóloga en tierra exótica, yo seré vuestros ojos, y trataré de revelarles los bastidores de esta aventura. Entreabrirles la
puerta del taller de Yann Marussich y contarles la historia de lo que veré desarrollarse ante mis ojos. Compartiendo al mismo tiempo
mis reflexiones sobre lo que es hacer una película. De alguna manera la haremos juntos, ustedes y yo. O más bien prefiero
decir que la veremos juntos aparecer. Y esto es nuestra bitácora. Ustedes están invitados y bienvenidos a reaccionar, opinar, preguntar,
responder a mis preguntas y hacer proposiciones.

Los invito a dar un paseo por los circuitos sinápticos de un artista, un safari en el mundo de la performance, pero sobretodo les propongo
acompañarme en mi búsqueda. Porque finalmente, después de meses de observación científica tengo la esperanza de rozar un tesoro.
Ese tesoro es la respuesta a una pregunta muy simple : qué impulsa a un ser humano a crear? Qué energía lo guía? Qué busca?

Ustedes se van a reír, pero me gustaría ver aparecer ante mis ojos la esencia de la creatividad. A través del prisma de un solo artista,
comprender de dónde nos viene la necesidad de inventar, de crear, de hacer lo que se llama ARTE.
No sé si existe aquello de lo que hablo, es tal vez un espejismo, o tal vez la búsqueda de una vida, pero la comienzo hoy.

 

Ah sí, aún dos pequeños detalles,

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