Une histoire de la Suisse blanche

C’est à une thématique sensible que nous convie Patricia Purtschert, codirectrice du Centre interdisciplinaire d’études sur le genre de l’Université de Berne, dans son dernier livre intitulé Colonialisme et genre au 20ème siècle, Une histoire de la Suisse blanche (Kolonialität und Geschlecht im 20. Jahrhundert, Eine Geschichte der weißen Schweiz). Un sujet délicat mais ô combien d’actualité!

L’auteur – à moins qu’à la suite de l’Académie française il ne faille parler d’autrice, voire d’auctrix si l’on en revient aux origines du mot – nous propose une étude historique portant sur les liens entre la « formation du genre », autrement dit sur la discrimination de la femme, et la mouvance colonialiste dominante jusqu’à l’issue de la Seconde guerre mondiale. Pour ce faire, Patricia Purtschert invoque dans son texte deux figures emblématiques, la « femme au foyer » et « l’alpiniste », deux personnages ayant joué des rôles symboliques importants dans la constitution identitaire helvétique, en rappelant d’une part la soumission de la femme au travail domestique, mais une femme blanche, civilisée et consumériste se distinguant par sa « race » tout en étant subordonnée à l’homme, et en mettant en lumière d’autre part la masculinité blanche de l’alpiniste, conquérant des grands sommets du monde, vecteur de colonialisme, dans l’Himalaya notamment.

La chercheuse établit ainsi des liens entre racisme et sexisme, faisant un crochet au détour de son texte par le zoo de Zurich qui naguère présentait un « village sénégalais », ou encore par la publicité dont le credo reste bien souvent la femme blanche, en insistant sur cette part d’altérité non acceptée d’une nation qu’elle définit comme profondément sexiste.

Si certains choix de l’universitaire relèvent inévitablement de partis pris inhérents à des postures intellectuelles, voire méthodologiques, le texte convainc, frappe même le lecteur confronté à des réalités égrenées au fil des pages tant il est vrai que l’acceptation de l’autre, quel qu’il soit, demeure aujourd’hui encore – ou peut-être aujourd’hui surtout ? – un défi quotidien !

 

Patricia Purtschert, Kolonialität und Geschlecht im 20. Jahrhundert, Eine Geschichte der weißen Schweiz, Transcript independent academic publishing, 2019, 370 p.

Christophe Vuilleumier

Christophe Vuilleumier

Christophe Vuilleumier est un historien suisse, actif dans le domaine éditorial, et membre de plusieurs comités de sociétés savantes, notamment de la Société suisse d'histoire. On lui doit plusieurs contributions sur l’histoire helvétique du XVIIème siècle et du XXème siècle, dont certaines sont devenues des références.

4 réponses à “Une histoire de la Suisse blanche

  1. Encore une histoire de méchants hommes Blancs, de tristes femmes opprimées et d’un reste du monde tout beau et tout gentil. M’enfin, cette spécialiste d’études sur le genre doit bien vivre de quelque chose…

  2. On ne peut ignorer à ce point l’histoire de l’homo-sapiens.
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    Le but n’était pas “d’oppresser la femme”, mais au contraire de la protéger à tout prix pour une raison évidente de survie de l’espèce. Une femme qui mourrait, c’était un déficit de 6 à 15 bébés pour la tribu, le village. Un utérus est irremplaçable alors qu’une paire de testicules est interchangeable. En bref un homme n’est “pas dommage”.
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    Il y a donc d’excellentes raisons biologique au partage des tâches dans l’espèce humaine : les femmes qui mourraient déjà beaucoup en couche ne pouvaient pas EN PLUS prendre des risques avec des tâches dangereuses d’autant plus que les contraintes de l’allaitement et de la grossesse les affaiblissaient, les rendaient moins disponibles et plus sujettes aux accidents.
    Les tribus qui se sont amusées avec “l’égalitarisme” ont tout simplement disparues à cause d’un déficit de naissance.
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    250’000 ans de cette sélection ont donc abouti à des hommes plus forts, aimant le risque et des femmes plus prudentes, mais qui font d’excellentes gestionnaires domestique sans lesquels la survie n’était pas possible non plus. Ces deux pôles sont totalement complémentaires et on ne gomme pas un quart de millions d’années d’adaptation juste parce qu’on le décrète.
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    À notre époque les hommes meurent toujours infiniment plus dans les métiers pénibles et dangereux (94%), ils sont aussi plus amateurs d’activités risquées (l’entrepreneuriat en est une), se suicident trois fois plus et travaillent plus durant leur vie y compris dans les pays riches comme la Suède où c’est un choix non contraint.
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    Les études sérieuses montrent même que la différence salariale est en faveur des femmes (15%) si on prend TOUS les paramètres en compte (temps de travail, horaire, ancienneté, diplôme, carrière etc.). Elles sont aussi favorisées pour les décisions de justice (à crime égal), la garde des enfants (86%), sans même parler de l’école. Quant à la violence, des études canadiennes montrent qu’elle est tout à fait partagée mais prend des formes différentes qui sont moins visibles judiciairement chez les femmes (ex: violence psychologique).
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    Le féminisme originel était une nécessité et un juste combat pour l’égalité en droit.
    Le néo-féminisme 2.0 est un mélange de stupide misandrie et de révisionnisme qui prétend atomiser l’égalité en droit pour le malheur de tous. C’est une tentative d’avoir le beurre, l’argent du beurre tout en insultant le crémier en plus.
    Quant au lien avec le “racisme” on se pince tellement la ficelle est grossière.

  3. Je n’ai pas lu le livre et je ne le lirai pas. Pourquoi j’ai le sentiment de savoir par avance ce qu’il contient est une bonne question…

    Culpabiliser la publicité “dont le credo reste bien souvent la femme blanche” est une excellente idée. Je me suis par exemple toujours demandé pourquoi sur les publicités pour du rouge à lèvre on ne mettait pas des kangourous… utiliser des femmes quelle idée quand même…

    De même je me suis toujours demandé pourquoi spécialement en Suisse on avait si longtemps puni de mort les femmes qui avaient eu l’audace d’acheter une corde et un piolet pour gravir une montagne, et qu’on les a donc tant empêchées de faire de l’alpinisme…

    Oh bien sûr, mais que suis-je bête, c’est sans doute parce que je suis un homme blanc de plus de 50 ans et que je suis incapable de comprendre que tout déterminisme est par essence politique (et phallocratique) n’est-ce pas ?

    A vrai dire le titre du livre aurait déjà pu tout dire, et montre de lui-même le profond chaos épistémologique dans lequel la science historique a été plongée en Suisse. Parce que quand même, parler de l’histoire de la Suisse “blanche”… il fallait y penser… comme si à cette époque il y eut d’autre Suisse que “blanche” ?

    (Pourquoi alors stigmatiser ainsi par la couleur ? à quelle fin ? on se demande si l’on n’est par ailleurs pas dans une forme de racisme en quelque sorte à l’envers ? où l’on cherche à stigmatiser et dénigrer la blancheur des Suisses d’avant… et d’aujourd’hui…)

    Je crois que ces gens ont un sacré problème ! qui peut alors relever soit de la psychanalyse… (cf. rapport au père, au pénis, où à ce que vous voudrez) à moins qu’il ne s’agisse de menées académiques destinées à “réformer” les consciences fut-ce au prix d’un négationnisme des vérités premières ou de données pourtant intemporelles.

    (pathétique)

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