Chêne-Bourg, entre passé et avenir

Il est des territoires particuliers, marqués par une géographie spécifique, des frontières politiques, des contraintes physiques ou des passés déterminés donnant aux villes et à l’urbanisme des traits et des morphologies reconnaissables. Qui a vu Berlin, New-York ou Hong-Kong en sera convaincu. Autant de cités dont les verticalités viennent pallier l’exiguïté des terres disponibles.

Genève présente également des singularités, de même nature, ce canton-ville formant une enclave chez son grand voisin, la France. Son arrière-pays limité, son attraction économique, son histoire prestigieuse sont autant d’aspects que chacun d’entre nous connaît. La destruction des fortifications de la ville, en plein XIXe siècle, l’établissement de la Société des Nations à l’issue de la Première Guerre mondiale puis la création de son aéroport en 1920 avec l’ouverture de la première ligne transatlantique en 1947 ont été autant de révolutions dans son destin, déployant leurs impacts à travers les décennies. En ce début de XXIe siècle, Genève n’est plus le canton de jadis. Cent ans d’évolutions ont modifié son profil, sa population et sa portée régionale et internationale. Les vertes campagnes qui entouraient encore la ville il y a quelques décades, ont cédé la place à de nouveaux quartiers s’inscrivant dans une urbanisation faisant souvent polémique de nos jours.

Qu’en est-il dès lors de Chêne-Bourg, aux portes de Genève ? Qui, en 1869, lors de la création de la commune, aurait pu en deviner le destin et sa croissance ? Sur le chemin de la cité de Calvin depuis les temps les plus anciens, le bourg est soumis à de profondes mutations depuis la fin du XXe siècle qui s’inscrivent naturellement dans son histoire et déterminent une nouvelle appréhension de l’environnement communal et régional, contractant les temps de déplacement en facilitant les accès à Genève et à la Suisse, mais également à la France voisine. Ses enjeux actuels sont, paradoxalement, étrangement et largement similaires à ceux des époques précédentes, tournés notamment vers des questions de circulation. Lieu de passage depuis le Moyen-âge pour les voyageurs venant du Chablais savoyard à Genève, ou inversement, Chêne-Bourg profita de sa situation de « relais » tout en étant la victime des travers en découlant. Il n’en va pas autrement aujourd’hui puisque la commune demeure, en plus des flux de ses propres habitants, sur le chemin de ceux venant de plus loin avec tous les maux inhérents au trafic de transit, au bruit et à la pollution. Autrefois village-rue le long d’une route aux dénominations variant dans le temps, la commune demeure un espace traversé de part en part par des voyageurs journaliers souvent indifférents à la ligne d’horizon qui défile devant leurs yeux. Depuis la fin du XXe siècle, de grands débats se succèdent à cet égard, impliquant plus particulièrement le centre historique de Chêne-Bourg et bouleversant parfois un paysage séculaire, comme lorsque le dossier épineux du « Goulet » trouva son terme en 2002 avec le remplacement d’un bâti ancien et peu entretenu par un nouveau bâtiment abritant commerces, ateliers d’artistes et logements. Dans le même temps, Chêne-Bourg, proche de la cité, bénéficie de cette proximité et des mannes que l’autorité cantonale accorde pour les aménagements multiples des joyaux de sa couronne.

Ce nouvel ouvrage, qui a constitué pour moi une belle aventure à travers le temps, fera l’objet d’un vernissage à Chêne-Bourg le 22 juin prochain en présence de M. le Conseiller d’État Thierry Apothéloz et de Mme le maire Beatriz de Candolle.

 

 

Christophe Vuilleumier, Chêne-Bourg, entre passé et avenir, Slatkine, Genève, 2019. Disponible en librairie dès le 28 juin.

Christophe Vuilleumier

Christophe Vuilleumier

Christophe Vuilleumier est un historien suisse, actif dans le domaine éditorial, et membre de plusieurs comités de sociétés savantes, notamment de la Société suisse d'histoire. On lui doit plusieurs contributions sur l’histoire helvétique du XVIIème siècle et du XXème siècle, dont certaines sont devenues des références.

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