Le roi est mort, vive la reine

Michel Ier de Roumanie, prince de Hohenzollern, est mort par cette froide journée de décembre 2017. Il avait 96 ans et était l’un des descendants de la reine Victoria.

Monarque à deux reprises, de 1927 à 1930 une première fois, puis de 1940 à 1947, il traversa le régime autoritaire de son père Carol II pour tomber entre les griffes du maréchal Ion Antonescu, proche de l’Allemagne nazie. Michel, à 23 ans, devait renverser le dictateur en 1944 et déclarer la guerre à Hitler, entraînant les représailles du Führer sur les Hohenzollern et la perte du château ancestral de Sigmaringen ou Pétain, Pierre Laval et Céline seraient relégués.

Sa mère, Hélène de Roumanie, allait être honorée de la médaille des Justes parmi les Nations pour avoir protégé les Juifs de Roumanie durant la guerre. Le fils, lui, recevrait la Legion of Merit de la part des États-Unis une année avant de devoir accepter une abdication forcée par les communistes. Sa renonciation au trône en décembre 1947 devait le jeter sur les chemins de l’exil, en Angleterre d’abord ou il devint un temps fermier, puis en Suisse à partir de 1954.

Le roi est mort. Dieu ait sont âme, les historiens se chargeront bien de sa mémoire! Car nous assistons là à la disparition du dernier dirigeant ayant déclaré la guerre à l’Allemagne nazie!

Quant à sa succession, Margareta, la fille aînée de Michel de Roumanie, demeure « princesse héritière de Roumanie » et « gardienne de la Couronne de Roumanie », récipiendaire légitime du trône d’un royaume aujourd’hui disparu.

Quelle sera la position de la République roumaine, de son président Klaus Iohannis et de son peuple ? Condoléances officielles, deuil national ou absence de réaction ? Une chose est certaine. Lorsqu’un roi meurt, une guerre de succession éclate bien souvent !

 

 

En octobre 2016, la revue d’histoire « Passé simple » a consacré un long dossier au roi Michel de Roumanie, sous la plume de Michaël Flaks.

 

Christophe Vuilleumier

Christophe Vuilleumier

Christophe Vuilleumier est un historien suisse. On lui doit plusieurs contributions sur l’histoire helvétique du XVIIème siècle et du XXème siècle, dont certaines sont devenues des références. Docteur ès Lettres, il est actif dans le domaine éditorial, et membre de plusieurs comités de sociétés savantes.

5 réponses à “Le roi est mort, vive la reine

  1. Le Roi est mort Vive la Reine!
    Les nouvelles lois fondamentales du royaume
    Semi saliques non une primogenieture absolue
    Si le prince Nicolas retrouve ses droits si il a une fille et après un fils c est son fils qui sera ROI.
    ou que la nouvelle reine instaure la primogenieture absolue j espère qu’ elle sera couronnée reine.et sa soeur duchesse d alba Julia et princesse héritière

  2. Bravo pour ce très bon résumé du long et difficile parcours d’un roi (qui semble-t-il n’aimait pas beaucoup l’hiver…) dont le décès aurait sans doute mérité au moins une mention – à défaut d’un article en bonne et due forme – dans le journal qui héberge votre blog.
    Celui-ci aura peut-être – qui sait ? – l’occasion d’un rattrapage ce week-end, lors des funérailles d’un homme d’Etat qui, probablement aussi de par sa modestie, n’a pas souvent souhaité mettre en avant son engagement, pourtant persévérant, pour le rétablissement de la démocratie et de la dignité dans son pays.
    Quoi qu’il en soit, certains historiens sont même d’avis que son acte du 23 août 1944 – à savoir le renversement du maréchal Antonescu, le Pétain roumain, et l’alliance aux Nations unies – a probablement écourté la guerre sur le continent européen de plusieurs mois, épargnant ainsi nombre de vies humaines et de destructions.
    Cela, c’était pour la grande Histoire.
    Pour la petite, et notamment pour ce qui est des hommages officiels, dont les médias roumains (et moldaves) se font largement l’écho depuis plusieurs jours, voici le résumé du programme :
    Michel Ier de Roumanie aura droit à des funérailles nationales ce samedi 16 décembre, qui concluront les 3 jours de deuil national décrété par les autorités roumaines.
    Après les cérémonies qui ont eu lieu ces derniers jours en Suisse (à Aubonne et à Lausanne), marquant de manière symbolique l’adieu du roi à sa terre d’exil et à ceux qui l’y ont accompagné, son cercueil sera transporté en Roumanie par avion militaire, en présence d’un général et d’une garde militaire, en hommage à celui qui a été le dernier à porter le grade de maréchal de l’armée roumaine.
    Le cercueil sera ensuite acheminé au Château de Pelesh à Sinaia, dans les Carpates, lieu de naissance du roi.
    Les autorités roumaines (à commencer par le président Klaus Iohannis), mais aussi une délégation de République de Moldavie (autrefois partie du royaume de Roumanie, avant son annexion par l’URSS), de même que le corps diplomatique et les représentants des organisations internationales viendront s’y recueillir.
    Ensuite, le cercueil sera acheminé à Bucarest, à la Salle du trône du Palais royal, où tous les Roumains pourront lui rendre hommage deux jours durant, jeudi et vendredi.
    Enfin, le samedi 16 décembre auront lieu les funérailles, qui verront notamment une procession entre le Palais royal et la Cathédrale patriarcale de Bucarest, lors de laquelle le catafalque du roi sera placé sur un canon remorqué par un véhicule militaire. A la fin de la messe, le cercueil sera transporté par l’ancien (et désormais restauré) Train royal, de Bucarest à Curtea de Arges, où se trouve le Mausolée des monarques roumains, et où sera célébrée une dernière messe d’enterrement, en la Cathédrale royale.
    Des dignitaires étrangers d’une centaine de pays, y compris des familles royales et princières (notamment le prince Charles d’Angleterre, l’ancien roi d’Espagne Juan Carlos et la reine Sofia, ou encore le prince héritier du Japon) seront présents aux funérailles.
    On trouve bien sûr le programme complet des funérailles, en anglais, sur le site de la Maison royale de Roumanie:
    http://www.familiaregala.ro/stiri/articol/program-of-the-funeral-of-king-michael-i-of-romania
    Enfin, il est piquant de constater qu’au sein d’un pays à la constitution républicaine, la Maison royale s’est vu accorder ces derniers temps un nombre croissant de prérogatives – en reconnaissance du rôle tant politique que moral qu’elle continue d’y jouer – y compris dans le cadre d’une loi qui devrait passer bientôt au parlement, prévoyant d’accorder un statut officiel à celle-ci. Assisterait-on à une transition (en douceur) qui ne dit pas son nom ? Ou s’agit-il d’une énième “originalité” au sein d’un pays qui n’en est plus à un paradoxe près ?

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