“Notre Chief Happiness Officer nous a quitté” Conte de la nouvelle année

Tout était prêt ce vendredi 13 mars 2020. Théophile Endous, notre CHO nous avait préparé un event pour conjurer le gloomy mindset qui commençait à s’installer dans notre entreprise en lien avec un virus chinois qui menaçait. Grace à un partenariat avec Lego, une demi-tonne de briques multicolores venaient tout juste d’être livrées dans le Chill Out and Creativity Space (COCS) de l’entreprise. Nous étions invités à matérialiser nos peurs et nos frustrations en construisant des objets transactionnels que nous pourrions ensuite détruire, dans une dynamique positive et libératrice. Ce fut le début de la fin pour notre CHO.

Pourtant tout avait bien commencé. Agathe Seblouz, Coach Narratif avait transformé notre Manager 3.0, Yvan Desnèfles en Exponential Entrepreuneur lors d’une formation qu’il avait suivi fondée sur la fameuse méthode du Chaman d’entreprise Otto Guzzi “L’hypothèse Q”. Revenu transformé, Yvan réussit à convaincre le Board d’engager un Chief Happiness Officer, bien qu’au fond de lui, il aurait préféré recruter un Chief Heart Officer. Mais bon, les pontes de l’entreprises sont un peu conservateurs.

A peine arrivé en décembre 2019, Théophile nous a tout de suite fait une bonne impression. Plein d’enthousiasme, il nous avait impressionné avec son parcours professionnel : Porteur de sérénité, Chief Dreaming Officer et Expert sur le Dépassement de Soi. De notre côté, on voyait son arrivée comme la possibilité de booster nos équipes vers le Next Level vers plus d’Eveil et de Wholeness. Il faut dire que le passage de Milène Plussin, l’Organisologue qu’Yvan avait fait venir avant lui avait laissé des traces. L’élaboration de process pour la facilitation agile, dans la perspective de mettre sur pied une organisation kaki avait épuisé les équipes. Après cela, nous avions bien besoin d’un Créateur de liens.

Et là, c’est le drame

Alors quand l’annonce est tombée dans l’après-midi que le lundi suivant on passait tous au semi-confinement, Théophile a été envahi par un sentiment de colère. Il avait beau enchainer les sessions de méditation pleine conscience à l’aide de son application Braingasm, il n’arrivait pas à dissimuler son désarroi : il ne pourrait plus réaliser son purpose et amener la bienveillance dans l’organisation. Voyant que son dépit se transformait rapidement en déprime, Alexa Vapas, ancienne Couturière de mots positifs eu l’idée de l’inciter à devenir Chief Covid Officer. Ragaillardi, Théophile partit en week-end avec plein d’idées en tête pour contribuer à maintenir la résilience des équipes qui allaient surement être secouées par cette disruption de leur quotidien.

Pourtant le lundi suivant, alors que nous expérimentions le télétravail, aucune nouvelle de Théophile ne nous parvint. Nous avions beau chercher un message de sa part sur le réseau social interne Filgoud : rien ! Notre Thought Leader était devenu muet ! Mon passé de Chercheur d’axe d’amélioration me motiva à prendre contact avec lui. Je réussis finalement à le joindre par le service de vidéoconférence réservé aux membres et alumni du CLOWN (Confidence, Learning, Overachievement, and Wholeness Network). Il me dit qu’il avait brainstormé tout le week-end et qu’il était en train de prototyper des initiatives amazing. Rassuré, je me suis convaincu qu’il était sur la bonne voie.

Le shift fatal

Les semaines s’écoulèrent et nous ne reçûmes aucune nouvelle de Théophile. Nous fûmes quelques-uns à nous en inquiéter auprès d’Yvan qui avait entre temps ajouté à sa signature mail le titre de Pragmatic Advisor, car selon lui c’était ce que la crise requièrait des Leaders. Yvan confia alors à Skip E. un Human Holistic Specialist et Neurodiversity Consultant de prendre contact avec Théophile pour établir une map de son mindset.

Le rapport du HHSNC était glaçant : Théophile, lui le Serial Smiler ne riait plus. Le virus l’avait rendu dispensable.

Il finit par se reprendre et conclure que le monde des organisations n’était pas pour lui. Il devint comédien; activité qu’il rebaptisa rapidement en Technicien civique, ce qui lui semblait plus signifiant, avant d’y ajouter quelques semaines plus tard la fonction de Cultural Broker.

Il devint tellement bon, qu’on l’appela pour enseigner, fonction qu’il renomma adéquatement Agitateur d’apprenants.

Nous fumes ravis de constater qu’il avait trouvé son purpose et que les choses avaient repris un cours normal.

__________

P.S. Les fonctions mentionnées dans ce conte ne sont pas de mon invention. Je les ai toutes trouvées dans des profils disponibles sur les réseaux sociaux professionnels.

 

 

 

Christophe Genoud

Après avoir été chercheur, Christophe Genoud est aujourd’hui, manager public, administrateur, consultant en management et organisation et formateur. Avec ce blog, il propose de mener une réflexion sur l’art de conduire des équipes, de décider et d’innover.

12 réponses à ““Notre Chief Happiness Officer nous a quitté” Conte de la nouvelle année

  1. J’adore votre conte, il reflète parfaitement la nouvelle tendance au sein des entreprises d’une certaine taille, i.e. distribuer de la poudre pour les yeux, vous me comprendrez. J’ai heureusement quitté ce monde là pour celui de la retraite par temps de pandémie. Zut, il faut que je vous laisse, ma technicienne de surface arrive.

    1. Merci. Je vois parfaitement ce que vous dites. Face à cela, on oscille entre colère et hilarité. Si tout cela n’était qu’anecdotique cela ne justifierait pas que l’on y prête attention. Mais, voilà on baigne dans ce gloubiboulga en permanence. De quoi effectivement vouloir prendre une retraite.

      1. Cette mode d’entreprise à la “US” avec ses fonctions, ses citations et sa culture est absolument imbuvable selon moi. Des CHO, des cultural broker, des serial smiler et j’en passe… J’aimerais vraiment que l’on arrête de vouloir ressembler aux autres (de l’autre côté de l’atlantique) et que l’on retrouve petit à petit une identité.

  2. Merci pour cette belle lecture et vive les mots magiques en entreprise ! On redore la réalité c’est mignon, ça mousse bien 🙂 Excellent vraiment !

  3. Merci, plutôt inquiétant ! A se demander qui cherche réellement du sens dans son travail et qui est supposé soulager qui ? Aussi cela me fais penser au point de vue tranchant et merveilleux de David Graeber avec son révoltant BULSHITJOB.

Répondre à Julien Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *