Notre économie creuse la dette environnementale: une initiative des Jeunes Vert·e·s entend y remédier

C’est une des premières choses que l’adulte responsable apprend en grandissant: gérer son budget et ne pas vivre au dessus de ses moyens. On n’en attend pas moins d’un service étatique ou d’une entreprise: qu’ils gèrent et respectent les limites budgétaires.

On devrait, en toute logique, s’attendre à ce que notre civilisation respecte les ressources que la terre lui alloue. Or, c’est exactement le contraire que prône notre système capitaliste basé sur une économie “court termiste” qui favorise l’accumulation du capital et des biens matériels. En terme de ressources, les Suisses consomment l’équivalent de près de 3 planètes et le reste du monde nous emboîte le pas.

La capacité de renouvellement de notre planète n’est pas infinie. Conceptualisée en 2009 puis actualisée en 2015 par un groupe de chercheurs·euses internationaux·ales, la notion de limites planétaires définit les seuils à ne pas dépasser dans neuf domaines pour que la Terre reste durablement viable pour l’humanité. Une nouvelle initiative populaire des Jeunes Vert·e·s nous invite donc à respecter ces limites planétaires.

 

4 limites planétaires déjà dépassées

Quels sont les 9 domaines de ces limites planétaires? Il s’agit de 1. réchauffement climatique, 2. érosion de la biodiversité, 3. acidification des océans, 4. diminution de l’ozone stratosphérique, 5. charge en aérosols atmosphériques, 6. perturbation des cycles de l’azote et du phosphore, 7. (sur)consommation mondiale d’eau douce, 8. changement d’usage des sols et 9. pollutions chimiques.

Limites planétaires selon le rapport de Rockström et al. publié dans Nature en 2009. Les zones en rouge représentent l’état actuel estimé et le cercle vert définit les limites estimées.

 

Ces domaines peuvent paraître lointains ou abstraits. Toutefois, ils sont les garants d’un environnement planétaire permettant la vie et l’épanouissement des sociétés humaines. Or, à l’échelle mondiale, au moins quatre limites ont déjà été dépassées (climat, biodiversité, cycles d’azote et de phosphore et utilisation des sols).

C’est dans ce contexte que les Jeunes Vert·e·s Suisse viennent de lancer une initiative populaire « Pour une économie responsable respectant les limites planétaires (initiative pour la responsabilité environnementale) ». Cette initiative demande que l’économie nationale respecte les limites planétaires les plus facilement quantifiables en Suisse, rapportées à l’échelle de notre pays. Ces limites concernent les domaines du climat, de la disparition des espèces, de la déforestation et de la pollution de l’air, de l’eau et du sol.

 

Une dette environnementale croissante

On l’a déjà dit, si la population mondiale consommait autant que la moyenne suisse, il faudrait près de trois planètes Terre pour garantir cet équilibre essentiel entre consommation des ressources et capacité de renouvellement de la nature. L’initiative exige que l’impact environnemental de la Suisse se réduise, dans les dix ans, de manière à respecter ces limites planétaires définies scientifiquement. Elle demande également que cet objectif soit atteint d’une manière socialement acceptable.

L’article 73 de notre Constitution fédérale pose certes déjà le principe de développement durable et insiste sur l’importance de la capacité de renouvellement de la nature. L’article 2 de cette même Constitution définit les buts de la Confédération et cite à son alinéa 4 le fait de s’engager « en faveur de la conservation durable des ressources naturelles ». Le principe de durabilité est donc au cœur de notre Constitution. Toutefois, lorsqu’il s’agit de véritablement le mettre en application au quotidien, les aspects écologiques sont trop souvent laissés au second plan au profit du développement économique à court terme.

Tant que nos activités économiques ne tiendront pas compte des limites planétaires, nous continuerons à creuser une dette environnementale toujours plus grande sur le dos des générations futures. Et sur le dos des populations des pays les plus pauvres qui subissent déjà, encore plus fortement que nous, les conséquences de cette crise environnementale alors qu’historiquement elles n’ont que très peu contribué à la détérioration des écosystèmes et du climat.

Signer l’initiative « Pour la responsabilité environnementale » c’est donc aussi opter pour plus de justice environnementale.

 

Climat: passer à un monde post-croissance et tendre vers la sobriété heureuse

Selon le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) il ne fait désormais plus aucun doute que les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine ont réchauffé le climat et sont également en partie responsables des récents phénomènes climatiques et météorologiques extrêmes. Malgré cette évidence scientifique, elles ont continué à augmenter ces dernières années. La concentration de CO2 dans l’atmosphère est aujourd’hui plus élevée qu’elle ne l’a été depuis au moins 2 millions d’années.

 

Les coûts des événements météorologiques extrêmes vont prendre l’ascenseur

Très concrètement, cela se traduit par la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes pouvant provoquer des catastrophes géologiques comme des laves torrentielles, des chutes de pierres du fait notamment de la fonte du pergélisol (le sol gelé en permanence). Les glaciers, qui fondent à vue d’œil, auront tous quasiment disparus à la fin du siècle en Valais si on n’agit pas de manière déterminée. A l’avenir, les étés seront plus secs, les précipitations plus intenses et la limite du zéro degré va continuer à s’élever avec des conséquences, entre autres, sur la couverture neigeuse en hiver.

Le réchauffement climatique a déjà et aura un impact de plus en plus important pour des secteurs économiques importants comme l‘hydro-électricité, le tourisme ou l’agriculture. Dans les régions de montagne, ce sont aussi les coûts liés à la réparation des dégâts après les intempéries et événements météorologiques extrêmes qui vont prendre l’ascenseur. Ainsi que les coûts liés à la prévention et à la sécurisation contre les risques naturels.

 

La croissance n’est pas compatible avec les limites de l’écosystème planétaire

Mais la partie n’est pas encore perdue. Le 6ème rapport du GIEC précise bien que l’augmentation de la température mondiale pourrait être limitée à moins de 2 °C d’ici la fin du siècle par rapport aux valeurs préindustrielles si des mesures conséquentes de protection du climat sont prises. Qu’entend-on par “mesures conséquentes”?

Soutenir les énergies renouvelables? Favoriser les progrès technologiques favorisant la décarbonisation de l’économie? Développer l’économie circulaire? Oui bien sûr! mais ce ne sera pas suffisant.

Si l’on tient compte qu’une partie importante de la population mondiale cherche tout à fait légitimement à sortir de la pauvreté et par conséquent émettra plus de gaz à effet de serre à l’avenir, les pays industrialisés devront prendre leurs responsabilités et nous devrons changer nos modes de vie.

 

Une transition difficile qui passe par un nouvel imaginaire du bonheur

Moins de consommation, moins de déplacements, voilà la direction qu’il faut emprunter. Une transition difficile qu’il faut accompagner par l’invention d’un nouvel imaginaire du bien-vivre. A l’image de la sobriété heureuse prônée par le penseur Pierre Rabhi.

 

« Qu’est-ce que vivre ? Nous avons choisi la frénésie comme mode d’existence et nous inventons des machines pour nous la rendre supportable. Tandis que nous nous battons avec le temps qui passe, celui qu’il faut gagner, nos véhicules, nos avions, nos ordinateurs nous font oublier que ce n’est pas le temps qui passe mais nous qui passons. »
                                                       Pierre Rabhi, dans Vers la Sobriété Heureuse, Actes Sud Editions

 

La croissance économique et l’augmentation du PIB, aujourd’hui indicateurs de la réussite planétaire, ne peuvent pas servir à la lutte contre le réchauffement. La croissance n’est simplement pas compatible avec les limites de l’écosystème planétaire. Sans compter que les richesses que nous produisons, en Suisse et dans le monde, améliorent toujours plus notre confort, mais elles sont mal réparties et ne profitent pas à toute la population.

Si nous voulons que nos enfants et petits-enfants puissent encore voir un bout de glacier ou qu’ils puissent encore vivre dans nos vallées sans que les risques naturels les en empêchent, il faut non seulement des politiques étatiques fortes de protection du climat, mais aussi que nous changions nos valeurs. La publicité nous fait croire que le bonheur est assimilé à la possession de toujours plus de biens matériels. Mais la vraie richesse, c’est celle de nos relations sociales et du partage avec les plus démunis. La protection du climat passera certainement par ce nouvel imaginaire du bonheur.

 

Faire triompher l’amour sur la haine, le rejet, la discrimination et le conservatisme

Les opposant·e·s au Mariage pour toutes et tous se font actuellement remarquer par une campagne mêlant pseudo-vérités et affabulations qui ne correspondent ni au texte soumis au vote ni aux connaissances scientifiques sur le sujet. Des arguments fallacieux qui sont accompagnés par une campagne visuelle violente, agressive voire carrément choquante. J’aimerais apporter des clarifications sur ces points qui ont malheureusement un seul objectif, tromper pour convaincre.

 

Le bien-être de l’enfant dépend de l’amour qu’on lui donne, pas du sexe de ses parents

Dire OUI au mariage civil pour tous·tes c’est faire un pas nécessaire et bienvenu vers l’égalité entre couples de sexe opposé et couples de même sexe. Les couples d’hommes et les couples de femmes pourront accéder à l’adoption conjointe et la procréation médicalement assistée (PMA). Le don de sperme sera possible pour les couples de femmes. Les couples hétérosexuels et homosexuels bénéficieront des mêmes droits. Le mariage pour tous·tes entrainera aussi une diminution des préjugés et un renforcement de l’acceptation sociale des personnes LGBT+. Il n’est que l’évolution logique d’une société ouverte et désireuse de garantir une meilleure protection des familles et de leurs enfants.

 

L’intérêt de l’enfant sera davantage respecté dans une société tolérante et ouverte

Si un couple de parents hétérosexuels était un modèle parfait, cela se saurait! Combien sont-ils à consulter, enfants et adultes, pour des problèmes liés à une éducation déficiente, violente ou déséquilibrée?  Non, le bien-être d’un enfant ne dépend pas du sexe de ses parents, mais du fait qu’il dispose de figures d’attachement stables et aimantes! L’intérêt supérieur de l’enfant, qui est évidemment primordial, sera davantage respecté dans une société tolérante, ouverte et garantissant une protection suffisante aux minorités sexuelles et de genre. Avec le mariage pour tous·tes, les deux femmes d’un mariage lesbien seront en outre reconnues comme les parents de l’enfant dès sa naissance. De cette manière, les enfants bénéficieront d’une protection légale si l’une des deux mères décède, ce qui n’est pas le cas actuellement. Les droits des enfants seront donc mieux protégés avec le mariage pour tous·tes.

 

L’accès au sperme pour les couple de femmes n’est pas une discrimination

Ce n’est pas à cause d’un choix arbitraire discriminant que les hommes ne peuvent pas accéder au don de sperme, mais simplement à cause d’une réalité biologique. Le fait que les couples lesbiens puissent le faire, à l’instar des couples hétérosexuels, ne discrimine pas les couples d’hommes, qui soutiennent d’ailleurs cette avancée sociétale.

 

La gestation pour autrui (GPA) ne sera pas autorisée pour les couples homosexuels

Non, la gestation pour autrui (GPA) ne sera pas autorisée pour les couples homosexuels, de même qu’elle ne l’est pas pour les couples hétérosexuels. Le mariage pour tous·tes créé une situation d’égalité entre les couples et n’instaure aucuns droits aux couples homosexuels dont ne bénéficient pas déjà les couples hétérosexuels. Cet argument avançant que le Mariage pour Tous créera un “tourisme” de mère porteuses à l’étranger est donc complètement farfelu.

Le mariage pour tous·tes correspond bien plus au renforcement d’une Constitution moderne qui garantit les droits fondamentaux de tous·tes qu’à une transgression du droit supérieur par le Parlement

 

Non, le mariage pour tous·tes n’est pas anticonstitutionnel

Le droit au mariage est garanti par l’art. 14 de la Constitution fédérale. Il était certes majoritairement admis, dans une interprétation historique, qu’un droit au mariage pour les couples homosexuels ne pouvait pas être directement déduit de l’art. 14 Cst. En revanche, il est faux de prétendre qu’un tel droit irait à l’encontre de cet article. De plus, d’autres dispositions de la Constitution suisse vont dans le sens d’un mariage pour tous·tes. Par exemple, l’orientation sexuelle est protégée contre les discriminations en vertu de l’art. 8 al. 2 Cst. et les relations homosexuelles sont inclues dans le droit à la vie privée garanti par l’art. 13 al. 1 Cst. Ainsi, le mariage pour tous·tes correspond bien plus au renforcement d’une Constitution moderne qui garantit les droits fondamentaux de tous·tes qu’à une transgression du droit supérieur par le Parlement. Introduire le mariage pour les couples de même sexe dans le Code civil ne nécessite donc pas de modification constitutionnelle.

 

Au-delà des aspects techniques développés précédemment, la votation sur le mariage pour tous·tes pose surtout la question des valeurs de la société dans laquelle nous voulons vivre. L’institution civile du mariage a déjà connu des heureuses évolutions par le passé. Pensons notamment à l’égalité entre les deux membres du couple. Aujourd’hui, il est grand temps que le mariage soit en adéquation avec les valeurs sociétales d’égalité et de tolérance à l’égard des personnes LGBT+. Il est donc évident que le mariage et les droits qui en découlent doivent être possibles pour les couples de même sexe. Dire oui le 26 septembre, c’est préférer les visages souriants et aimants sur fond arc-en-ciel aux affiches mensongères, provocantes et violentes derrières lesquelles se cache un conservatisme obscurantiste. Dire oui le 26 septembre, c’est faire triompher l’amour sur la haine, l’inclusion sur le rejet, l’égalité des droits sur la discrimination.

 

La révision de la Loi CO2 protège les régions de montagne

Dans les Alpes, les températures augmentent deux fois plus vite qu’en moyenne mondiale, plus de 2 degrés depuis le début des mesures il y a 150 ans. Les effets du réchauffement climatique sont visibles presque à l’oeil nu, avec la diminution de l’enneigement naturel et la fonte de nos glaciers.

 

La vie dans les vallées pourrait être menacée

Le réchauffement climatique entraîne une augmentation des risques naturels qui, si rien n’est entrepris, pourraient menacer, d’ici la fin du siècle, la possibilité même de vivre dans nos vallées. Protéger nos villages, nos infrastructures et nos voies d’accès va coûter de plus en plus cher. En effet, l’effet de la fonte du pergélisol, ce processus de gel et de dégel, augmente le risque d’éboulement de grande ampleur.  En Valais, depuis plusieurs années, on constate des épisodes de plus en plus fréquents de lave torrentielle.

La nouvelle loi sur le CO2 en tient compte et protège particulièrement les Alpes. Elle permet notamment aux régions de montagne de recevoir des aides pour les mesures d’adaptation aux changement climatiques comme les ouvrages de protection. Elle prévoit également que la situation économique de l’espace rural et des régions de montagne soit prise en compte dans l’octroi des aides pour la réduction des émissions de CO2 des bâtiments. Des fonds plus élevés seront ainsi à disposition de ces régions, et je me suis fortement engagé pour cela au Parlement. Le Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB) soutient d’ailleurs la révision de la Loi.

Pourquoi continuer à dépenser 8 milliards de francs pour acheter de l’énergie fossile à l’étranger alors que nous pouvons mieux valoriser nos ressources locales

 

De nouveaux emplois en Suisse

Le nouveau fonds pour le climat permettra d’encourager les innovations en matière de protection climatique dans différents domaines comme l’assainissement énergétique des bâtiments, la mise en place de trains de nuit ou la construction de réseaux de bornes de recharge pour les véhicules électriques. Autant de projets qui amèneront des emplois en Suisse. Pourquoi continuer à dépenser 8 milliards de francs pour acheter de l’énergie fossile à l’étranger alors que nous pouvons mieux valoriser nos ressources locales, particulièrement dans les Alpes avec l’hydroélectricité et le solaire ?

La taxe sur les billets d’avion et sur les vols en jet privé permet enfin de donner un prix à l’impact climatique très important du trafic aérien. La taxe étant pour moitié redistribuée à la population, la grande majorité en sort gagnante financièrement, notamment parce que le montant des taxes payées par les touristes qui viennent dans notre pays en avion sera lui aussi redistribué pour moitié à la population.

Certes l’automobiliste devra payer un peu plus cher son plein d’essence ou de diesel, mais la loi obligera aussi les importateurs à mettre sur le marché des véhicules consommant moins. A court terme, c’est vrai, le litre de carburant coûtera un peu plus cher. Mais la perspective d’agir pour protéger nos glaciers, nos infrastructures et offrir la possibilité à nos enfants et petits-enfants de connaître eux aussi la joie des sports d’hiver en vaut largement la chandelle.

Initiative pesticides: mettre fin au monopole inadmissible des multinationales

Dans cette campagne agitée, mettant une nouvelle fois en évidence un clivage ville-campagne, il est nécessaire de rappeler que l’initiative « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse » a été créée par un groupe de citoyen·ne·s engagé·e·s. Parmi eux, des vigneron·ne·s, des médecins, et des scientifiques.  Des scientifiques qui ont clairement établi le lien entre la perte de la biodiversité et l’usage de produits phytosanitaires via une agriculture ultra-mécanisée et dépendante de multinationales. 

Agriculture suisse pas désavantagée

Cette initiative demande, avec une période de transition de 10 ans, d’interdire les pesticides de synthèse non seulement dans la production agricole et la transformation des produits agricoles, mais aussi dans l’entretien des sols et du paysage par les collectivités publiques, les entreprises et les privés et de les remplacer par des produits phytosanitaires naturels.

Elle entend également interdire l’importation d’aliments contenant des pesticides de synthèse ou produits avec leur aide. Elle crée ainsi des règles équitables pour l’agriculture suisse qui ne sera pas désavantagée par rapport à la concurrence étrangère, bien au contraire.  En effet, puisque seule l’importation de produits ne contenant pas de pesticides de synthèse sera autorisée.

Une agriculture sans pesticide de synthèse est déjà possible aujourd’hui, en témoignent les 7’500 exploitations bio.


Un levier pour repenser notre système agro-alimentaire

La période transitoire de 10 ans offre une véritable chance aux exploitations paysannes et à l’agriculture suisse pour programmer la sortie des pesticides de synthèse. Il s’agit de mettre à profit cette décennie pour intensifier la recherche agricole et lui mettre à disposition les ressources nécessaires. Une agriculture sans pesticide de synthèse est déjà possible aujourd’hui, en témoignent les 7’500 exploitations bio. L’initiative est aussi l’occasion de mettre en place un système agro-alimentaire qui profite véritablement aux paysan.ne.s, la politique actuelle profitant surtout à l’agro-chimie et à la grande distribution.

De nos jours, la production végétale est irrémédiablement associée aux traitements phytosanitaires. L’idée est devenue tout à fait commune qu’une plante cultivée sera fatalement malade ou qu’un ravageur viendra la détruire et qu’un recours aux pesticides est inévitable. Il faudrait “protéger” (avec des pesticides) les plantes pour qu’elles soient “saines”. Ce mécanisme fait les beaux jours de l’industrie agro-chimique qui entretient sournoisement cette pratique dans le but de maintenir son marché.

 

Un monopole inadmissible des multinationales sur la production de plantes

La sélection et la production des plantes et des semences est la chasse gardée de grandes multinationales. Ce secteur est cadenassé par l’industrie qui bénéficie d’un arsenal de lois absurdes pour le protéger. La recherche industrielle crée des plantes hypersensibles dont les semences sont stériles ou non reproductibles. L’agriculteur doit payer une redevance pour l’obtention végétale et doit racheter ses semences ou plants chaque année. Les semences libres de droits, reproductibles, comme les anciennes variétés résistantes ne sont autorisées à être cultivées seulement sur de petites surfaces. Ce monopole inadmissible rend captifs les producteurs et bien souvent ses obtentions industrielles nécessitent un recours massif aux pesticides. C’est un deal “gagnant-gagnant” entre multinationales.

Malgré les apparences, la mécanisation a contribué au gaspillage de terres agricoles

 

Agriculture, Weed Destruction, Pest Control
Image: Pixaby

La mécanisation a provoqué la dissociation des cultures. Ce processus a commencé il y a bien longtemps avec la traction animale. La grandeur des champs est passée d’une taille humaine à une taille animale. C’est la culture des céréales qui en est l’initiatrice. L’arrivée des machines a accéléré le phénomène dans des proportions inimaginables. Le paysage a été remodelé pour permettre cet essor, détruisant au passage les haies, forêts, bocages, marais et autres structures naturelles. De fil en aiguille, toutes les autres cultures ont suivi le même chemin. On aligne la vigne, les arbres, les légumes, qu’on cultive séparément, comme le blé. Si la mécanisation a permis d’augmenter la productivité du travail, elle a abaissé, en dissociant les cultures les rendements à la surface. L’espacement entre les rangs des cultures pour permettre le passage des machines ainsi que celui des outils de travail du sol a diminué la densité des cultures. Autrement dit, et malgré les apparences, la mécanisation a contribué au gaspillage de terres agricoles.

 

Régression continue des milieux naturel de grand valeur

« La biodiversité en Suisse est dans un état insatisfaisant. Rien n’arrête la régression continue de la qualité et de la superficie des milieux naturels de grande valeur. La plupart de ces milieux ne subsistent plus que sous forme de surfaces résiduelles isolées. De nombreux biotopes tendent à s’homogénéiser (p. ex. les prairies). Aujourd’hui, non seulement près de la moitié des milieux naturels en Suisse, mais aussi la moitié de toutes les espèces indigènes évaluées, sont menacés ou potentiellement menacés. Le déclin de la diversité biologique est principalement dû au mitage, à l’utilisation intensive des sols et des eaux, à la dissémination des espèces exotiques envahissantes et aux apports de pesticides et d’azote par l’agriculture. » Ce constat posé par l’OFEV sur son site internet est sans appel: la situation en matière de biodiversité en Suisse est très préoccupante. Et l’agriculture est clairement identifiée comme une des causes principales de cette situation.

La contamination de notre environnement par les pesticides contribue fortement à l’explosion des maladies chroniques


Les évidences scientifiques de contamination de notre environnement (sols, eau, air et organismes vivants) par les pesticides sont bien établies aujourd’hui. Cette contamination contribue aussi fortement à l’explosion des maladies chroniques, y compris chez les enfants, et aux coûts de la santé publique. On sait aussi que les pesticides de synthèse disséminés dans les sols et dans les eaux le restent pour des décennies, faisant peser une menace à long terme. Comme pour le climat, il est temps de prendre au sérieux le travail des scientifiques. De nombreuses études soulignent la dangerosité des pesticides de synthèse et leurs effets nocifs tant sur la biodiversité que sur notre santé.

Dire oui à l’initiative « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse » le 13 juin, c’est non seulement préserver nos sols, nos eaux, notre biodiversité et notre santé. Mais c’est aussi donner un signal fort en faveur d’un système agro-alimentaire repensé, où l’argent public finit dans la poche des agriculteurs.trices et pas dans celle des vendeurs de pesticides et de la grande distribution.

 

Soutenir les PME et les indépendant·e·s, et vite!

C’est l’an nouveau et pourtant je vais encore vous parler du Covid. Vous en avez marre et moi aussi. Mais les semaines qui viennent seront cruciales au niveau sanitaire et économique.

 

Les limites du fédéralisme en temps de crise

Sur le plan épidémiologique la situation n’est toujours pas sous contrôle et les demi-mesures prises jusqu’ici n’ont pas été efficaces, en tout cas pas autant que souhaité. Loin de moi l’idée de lancer la pierre sur les responsables politiques car la situation est nouvelle, compliquée et la dynamique du virus évolutive comme le montre la nouvelle souche anglaise. Mais une chose me paraît claire et je l’avais déjà signalé dans mon dernier billet : dans cette crise, les vertus du fédéralisme ont vite laissé la place à ses limites.

Le printemps dernier, le Conseil fédéral a géré seul la crise sanitaire. Avec un certain succès puisque la courbe de l’épidémie a pu être infléchie en quelques semaines. Cet automne, autre scénario: chaque canton y est allé de ses mesures en fonction de sa situation sanitaire et de sa pesée d’intérêts entre santé et économie. Mais le virus ne connaît pas les frontières cantonales. Et les mesures différentes d’un canton à l’autre, en plus d’être vite incompréhensibles, incitent à se déplacer dans le canton d’à côté où on peut encore aller au marché et où les restaurants sont ouverts! C’est sympa, mais c’est aussi comme ça que le virus circule…

Inutile de refaire l’histoire maintenant (mais ce sera utile une fois la crise passée). Le Conseil fédéral vient de décider de reprendre la main et d’imposer dès aujourd’hui des mesures plus strictes à toute la Suisse jusqu’à fin février, ce que certains médias ont appelé un “confinement light”. La vaccination a elle commencé. Cela prend du temps, mais on peut raisonnablement espérer que d’ici l’été la situation sanitaire soit en bonne partie sous contrôle et que les restrictions liées au Covid soient levées pour la plupart. La vie socio-économique pourra ainsi reprendre son cours, en se recentrant néanmoins, je l’espère, sur des valeurs plus écologiques et sociales.

 

Situation dramatique pour de nombreux secteurs

Mais dans l’immédiat, la situation est dramatique pour nombre de PME et d’indépendant·e·s. Tout comme pour l’hôtellerie et la restauration où la saison d’hiver sera mauvaise. Les vacances de Noël se sont soldées par une diminution importante des nuitées et des chiffres d’affaires dans les stations et les vacances de février s’annoncent difficiles avec des restaurants encore fermés. L’interdiction du ski lui aussi est à l’ordre du jour en fonction de l’évolution sur le front de l’épidémie. Dans le domaine de la culture et de l’événementiel, c’est encore pire: presque aucune activité n’a pu être menée en 2020! Et bien sûr il y a aussi d’autres secteurs où les faillites vont bientôt s’enchaîner.

Les Vert·e·s ont proposé l’été dernier de puiser dans l’énorme réserve de la Banque nationale suisse, sans succès. Mais les réactions à l’annonce récente d’un nouvel exercice record de la BNS laissent espérer que l’idée n’est pas enterrée.

Lors de la session du Parlement de décembre nous avons défini les modalités et la hauteur du soutien financier de la Confédération. Depuis le printemps, les Vert·e·s ont toujours plaidé pour un soutien aussi complet, fiable et prévisible que possible. Il est clair que si des entreprises saines doivent réduire leurs activités pour des raisons de santé publique, elles doivent être équitablement dédommagées pour cela. Pour financer ce soutien, les Vert·e·s ont proposé l’été dernier de puiser dans l’énorme réserve de la Banque nationale suisse (84 milliards avant résultat 2020), sans succès. Mais les réactions à l’annonce récente d’un nouvel exercice record de la BNS (21 milliards de bénéfice pour 2020) laissent espérer que l’idée n’est pas enterrée.

 

Aider aujourd’hui coûtera moins cher que de réparer les pots cassés demain

Quoi qu’il en soit, la Suisse a les moyens de soutenir, y compris par de conséquentes aides à fonds perdus, les entreprises mises en difficulté par les restrictions sanitaires imposées par la gestion de la COVID-19. Et cela coûtera au final beaucoup moins cher que de voir des milliers d’entreprises déposer leur bilan, des compétences et du know-how disparaître et des dizaines de milliers de personnes au chômage ou à l’aide sociale. Sans parler des tensions familiales et détresses psychologiques que vivent incontestablement les personnes confrontées à cette situation de difficulté et d’incertitude financières indépendante de leur volonté.

Le soutien actuel est à la fois insuffisant et sa mise en œuvre trop lente

Le dispositif d’aide est aujourd’hui encore, malgré les annonces récentes du Conseil fédéral qui vont dans la bonne direction, à la fois trop faible et trop lent dans sa mise en œuvre. Trop faible, car il faut aujourd’hui que la Confédération réactive les prêts Covid 19 et qu’une solution soit trouvée pour les loyers commerciaux malgré le refus par la droite du projet soumis au parlement en décembre. Et il faut aussi que l’ensemble des coûts fixes (assurances, leasings, charges sociales, etc.) soient pris en charge pour les cas de rigueur. Le dispositif est aussi trop lent dans nombre de cantons pour le versement du chômage partiel (RHT) et des aides financières pour les cas de rigueur, mettant en péril la survie de nombreuses entreprises. La Confédération et les cantons doivent agir plus rapidement, de manière coordonnée, et sans bureaucratie. Quitte à engager à court terme du personnel supplémentaire. A ces conditions, oui, on peut espérer que l’année 2021 soit meilleure que celle de 2020…

 

Apprendre de cette crise pour favoriser la proximité et la sobriété

Cela peut paraître un peu étonnant de souhaiter un « retour à la normale » alors que la transformation de nos modes de production et de consommation est plus que jamais nécessaire pour répondre aux défis écologiques et climatiques, renforcer les droits des travailleurs et lutter contre les inégalités sociales. Pour moi, il ne s’agit pas de revenir simplement à la situation « d’avant », mais d’apprendre de cette crise pour favoriser la proximité et la sobriété et de poursuivre inlassablement le travail de conviction et d’explication que je mène depuis 15 ans. Or, je suis convaincu qu’un tel apprentissage est difficilement envisageable et qu’un tel discours sur la sobriété est difficilement audible si la Suisse s’enfonce durablement dans une crise économique et sociale marquée par une hausse massive du chômage et la pauvreté.

Aides COVID enfin sous toit: il faut une mise en œuvre rapide!

Les modalités et la hauteur du soutien financier de la Confédération aux entreprises qui ont vu diminuer drastiquement leur chiffre d’affaires en 2020 du fait de la pandémie du COVID 19 sont enfin sous toit après cette dernière session du parlement. La consultation a été mouvementée pour une loi qui doit sauver des centaines de milliers de personnes de ce pays des difficultés existentielles, du chômage et de la faillite.

Depuis le tout début, les Vert.e.s ont préconisé un soutien aussi complet, fiable et prévisible que possible. Car il est clair que si des entreprises saines dans les domaines de la culture, de l’événementiel, de la gastronomie, du spectacle, du sport ou du tourisme doivent réduire leurs activités pour des raisons de santé publique, elles doivent être équitablement compensées pour cela.

Le Conseil fédéral et la majorité de ce Parlement n’ont pas reconnu la gravité de la situation en automne

Il nous a fallu un certain temps et beaucoup d’effort pour nous rapprocher de cet objectif. Nous avons dû apporter plusieurs modifications en cours de route, en fonction notamment de la dynamique de cette crise COVID. Mais cela montre aussi que le Conseil fédéral et la majorité de ce Parlement n’ont pas reconnu la gravité de la situation en automne. D’importantes propositions du groupe des Verts, comme par exemple celle d’étendre l’indemnisation du chômage partiel aux personnes à faible revenu, ont été dans un premier temps rejetées.

 

Limites du fédéralisme atteintes

Le dispositif d’aide COVID-19 est meilleure à la fin des débats qu’au début. De nombreuses préoccupations des Vert.e.s ont été prises en compte, pas toujours avec conviction de la part des autres partis mais sous la pression des événements. Vendredi dernier 18 décembre, le Conseil fédéral a décidé de nouvelles restrictions et fermetures afin de stopper la progression de l’épidémie, en laissant une marge de manœuvre aux cantons (romands) où l’épidémie est en régression. La gestion de la crise sanitaire a montré la limite du fédéralisme en temps de crise et le Conseil fédéral aurait dû (mais c’est toujours plus facile de le dire après) prendre la main plus rapidement. Aujourd’hui il faut espérer que le Conseil fédéral et les gouvernements cantonaux agissent de manière déterminée et réduisent les possibilités de contact alors que la Suisse connaît un des taux d’infection et de mortalité le plus haut du monde. Sinon, de nombreuses personnes en souffriront, certaines en mourront et au final la société comme l’économie en sortiront perdantes.

Le dispositif mis sous toit lors de la session de décembre permet aujourd’hui de mieux affronter la nouvelle vague de fermetures qu’au début de la crise.

Cinq améliorations importantes ont été apportées à la loi COVID-19 et à la loi sur les cautionnements solidaires liés au COVID-19, grâce notamment à l’engagement déterminé des Vert.e.s:

  1. Les travailleurs indépendants pourront demander un remplacement de revenu s’ils perdent plus de 40 % de leur chiffre d’affaires en raison des mesures COVID. Le seuil a été abaissé de -55% à -40%.
  2. Les personnes à faibles revenus qui sont au chômage partiel recevront une indemnité de chômage partiel plus élevée de décembre à mars.
  3. L’aide aux entreprises particulièrement touchées par la crise sera augmentée de 1,5 milliard de francs suisses.
  4. La période de remboursement des prêts Corona sera portée à 8 ans plutôt que 5 ans.
  5. Les personnes ayant un contrat à durée déterminée ou travaillant sur appel pourront aussi bénéficier de la RHT, ce qui est particulièrement important pour des secteurs comme le tourisme ou la culture.

 

Mais les Verts ont aussi connu plusieurs échecs dans leurs propositions. En particulier, le parlement a rejeté la Loi COVID sur les loyers commerciaux. La droite du parlement n’a pas voulu aider les entreprises locataires en réduisant à 40% le montant dû à leur bailleur alors même qu’elles avaient pourtant l’interdiction de pouvoir travailler. Une majorité du PDC et des Verts libéraux a rejeté le texte alors qu’ils avaient jusqu’ici soutenu le projet.

 

Obstacles bureaucratiques

Au final il est quand même réjouissant de constater que notre engagement a permis de porter ses fruits et que nous avons réussi à travailler ensemble, au-delà des lignes partisanes. Mais certains problèmes ne sont cependant toujours pas résolus. De nombreuses entreprises et de nombreux travailleurs indépendants qui espèrent désormais obtenir une aide devront faire face aux obstacles bureaucratiques liés à l’application de la loi. Le règlement COVID est si restrictif que l’aide aura de la peine à atteindre les entreprises. Il y aura beaucoup de personnes déçues dans les semaines à venir et beaucoup d’entreprises qui devront mettre la clé sous le paillasson si on ne change pas cela.

Le monde ne sera plus le même après cette crise. Faisons en sorte qu’il soit plus solidaire et écologique.

Les Verts poursuivront ainsi leur engagement avec la même véhémence qu’auparavant pour une amélioration dans l’application de la législation. La maîtrise de la pandémie n’aura pas lieu avant l’été 2021. D’ici là, nous devons faire le maximum pour protéger les personnes et soutenir rapidement les entreprises. Dans le même temps, nous devons enfin commencer à investir dans l’avenir. Le monde ne sera plus le même après cette crise. Faisons en sorte qu’il soit plus solidaire et écologique. Les Vert.e.s viendront avec de nouvelles propositions dans ce sens début 2021.

 

Responsabilité des entreprises: ici ou là-bas, même combat !

Etablie depuis 123 ans dans le Haut-Valais, l’entreprise Lonza Group est le plus gros employeur de la région. Elle abrite même depuis peu l’espoir d’un vaccin contre le coronavirus qui sera produit dans ses usines. Mais il y a une face moins glorieuse à ce succès. Outre le risque lié à l’hyper-dépendance économique à une seule entreprise, l’histoire de la Lonza est jalonnée de scandales liés à des problèmes de pollution : décharge de Gamsenried, mercure, benzidine… La région de Viège est ainsi aujourd’hui l’une des plus polluées de Suisse. Lorsque j’étais député au Grand Conseil, j’ai à plusieurs reprises interpellé le gouvernement valaisan sur le mercure et sur la « bombe à retardement » que représente la décharge de Gamsenried, sans beaucoup de succès.

Au début de l’année, un autre grave problème environnemental a été révélé. La production de niacine par Lonza Group qui produit de grandes quantités de protoxyde d’azote (gaz hilarant), gaz qui est près de 300 fois plus puissant que le CO2. Cette émission de gaz hilarant représente ainsi à elle seule 1% des émissions totales de gaz à effet de serre de toute la Suisse, soit à peu près l’équivalent de ce qu’émet la population de Lucerne (83’000 habitants)!

 

Chantage financier et à l’emploi auprès de la Confédération

Das Magazin a publié le 24 octobre un article, « Die Klimaschande vom Visp », à ce sujet. Le journaliste raconte que la Confédération a mis long à réagir. Lonza aurait négocié des avantages financiers et exercé du chantage à l’emploi pour ne pas être pénalisée. Au final au lieu d’avoir un catalyseur en fonction en 2018 ou 2019, ce sera au mieux pour 2022 (si tout va bien). L’émission de millions de tonnes d’équivalent CO2 auraient pu être évitée avec une réaction plus rapide et volontaire. J’avais déjà interpellé le Conseil fédéral au sujet du gaz hilarant de la Lonza au printemps, notamment pour savoir si d’autres mauvaises surprises du genre pouvaient exister en Suisse. A la lumière de ces informations publiées par Das Magazin, j’ai déposé une nouvelle intervention en octobre dernier afin d’obtenir du Conseil Fédéral sa version des faits et pour savoir s’il faut modifier la législation.

 

Des entreprises responsables : ici comme là bas

L’histoire des scandales environnementaux de Lonza est révélatrice d’une chose. Dans les affaires du mercure, de l’assainissement de la décharge de Gamsenried comme dans celle du gaz hilarant, on constate la difficulté qu’ont les autorités publiques à faire en sorte que Lonza assume ses responsabilités.  Il faut de longues discussions juridiques et des négociations serrées pour y parvenir. Un véritable parcours du combattant, en Suisse, où les institutions publiques fonctionnent pourtant bien. Que se passe-t-il dans les pays où l’Etat est gangréné par la corruption et les règlementations environnementales inexistantes ou pas respectées ?

Pour faire respecter les responsabilités d’une entreprise, de longues discussions juridiques et des négociations serrées pour y parvenir sont nécessaires. Un véritable parcours du combattant, en Suisse, où les institutions publiques fonctionnent pourtant bien.

Gardons bien à l’esprit cette question au moment de nous prononcer sur l’initiative pour des multinationales responsables le 29 novembre prochain. Cette initiative, soutenue également par un comité bourgeois et de nombreux entrepreneurs, demande une évidence: que les multinationales ayant leur siège en Suisse ainsi que leurs filiales soient dans l’obligation de respecter les droits humains et les standards environnementaux dans le monde entier. Contrairement aux arguments avancés par les opposants, il faut souligner 1) que les PME ne sont pas concernées, sauf en cas d’activité à haut risque comme le commerce d’or ou de diamants, 2) que les multinationales ne sont pas tenues civilement responsables pour les actions de leurs fournisseurs, mais uniquement pour celles des entreprises qu’elles contrôlent.

Soyons cohérents : si nous considérons que les multinationales comme la Lonza doivent assumer les pollutions engendrées par leurs activités, il faut voter OUI à cette initiative sur les multinationales responsables car il n’y a pas de raison de tolérer ailleurs ce que nous refusons chez nous.

Notre argent tue!

Financement du matériel de guerre: notre argent tue !

Notre argent, via nos caisses de pension, finance aujourd’hui la production de bombes et d’armes chimiques qui sont utilisées dans différents pays autour du globe.

Il ne faut pas nous voiler la face : la réalité, c’est que notre argent tue ! En tant que ressortissant d’un pays qui revendique sa tradition humanitaire, je n’en suis pas vraiment fier.

C’est pour remédier à cette situation que l’initiative “Pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre” vise deux choses. Premièrement, interdire à la Banque nationale suisse ainsi qu’aux institutions de prévoyance de financer les entreprises dont plus de cinq pour cent du chiffre d’affaires annuel provient de la production de matériel de guerre; deuxièmement, mettre en place des normes similaires sur les investissements des banques et des assurances aux niveaux national et international.

 

Un commerce mortifère

Les Verts s’engagent depuis leur création pour la paix et le désarmement dans le monde. Ils ont soutenu ces dernières décennies les initiatives populaires visant cet objectif, et il en va de même cette fois-ci.

Les institutions financières suisses comme la Banque nationale ou les grandes banques investissent des milliards chaque année dans ce commerce mortifère

A chaque fois qu’une initiative s’oppose à l’exportation ou à la production de matériel de guerre, c’est toujours la même rengaine, les mêmes arguments que l’on entend de la part des opposants. Cette initiative n’échappe pas à la règle: la Suisse serait trop petite pour faire bouger les choses au niveau international; ce serait trop compliqué au niveau administratif; nos retraites seraient en danger, car nos caisses de pension ne pourraient plus investir comme elles le souhaitent; les emplois seraient menacés dans l’industrie et la finance.

Dans le cas de l’initiative “pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre”, ces arguments ne tiennent tout simplement pas la route. Ils sont là uniquement pour faire peur à la population, qui témoigne de la sympathie pour l’initiative. Ils sont révélateurs de la vision des opposants, qui, une fois encore, privilégient les aspects économiques et financiers aux aspects éthiques et de responsabilité sociale.

 

La Suisse joue un rôle décisif au niveau mondial

En interdisant le financement de l’industrie de l’armement, l’initiative vise à contribuer à ce que la Suisse ne participe pas de manière indirecte aux conflits actuels et à prévenir des guerres futures. Cela peut paraître une goutte d’eau dans l’océan, mais ce n’est pas le cas: je vous rappelle que la Suisse est une des plus importantes places financières mondiales et joue ainsi un rôle décisif. Les institutions financières suisses comme la Banque nationale ou les grandes banques investissent des milliards chaque année dans ce commerce mortifère. En 2018, la place financière suisse a investi pas loin de 10 milliards de dollars américains dans des entreprises productrices d’armements, soit plus de 1000 dollars par habitant·e suisse. Par l’importance de sa place financière, la Suisse doit montrer l’exemple et entraîner dans son sillage d’autres pays.

 

Double jeu

Cette initiative vise aussi la cohérence avec le principe de neutralité, pierre angulaire de notre politique extérieure. Or, aujourd’hui, la Suisse joue un double jeu. D’un côté, elle se veut championne de la promotion de la paix dans le monde,  de l’autre, elle vend des armes. Où est la logique?

La cohérence, c’est de voter OUI à cette initiative. Pour que notre argent ne serve pas à financer du matériel de guerre !

Sortir du mythe destructeur de la croissance linéaire

L’urgence climatique et environnementale à laquelle est confrontée notre société nous impose de repenser notre modèle économique, afin de tendre au plus vite à la neutralité carbone et à la fin de la destruction de notre environnement. L’économie circulaire offre des opportunités majeures pour que cette transition ne rime pas avec un effondrement social.

L’économie circulaire: un modèle économique à vision systémique

Génératrice d’emplois locaux et de richesse, l’économie circulaire nous permet de sortir du mythe destructeur de la croissance linéaire et de nous poser les questions suivantes : si le développement d’une société implique la destruction de son environnement, alors ce développement fait-il encore sens ? Et quelles seraient les alternatives soutenables ?

Définie comme un nouveau modèle économique à vision systémique, l’économie circulaire a pour but de sortir du schéma linéaire de l’économie traditionnelle (extraction –> fabrication –> consommation –> élimination) pour tendre vers des modèles axés sur la réutilisation, la réparation et le recyclage, minimisant ainsi l’impact environnemental du développement économique. Elle se caractérise par une utilisation des matières premières efficace et sur une durée aussi longue que possible. Ces dernières sont ainsi complètement réutilisées dans le processus de production. Non seulement ce principe peut être appliqué pour limiter l’utilisation des ressources naturelles, mais il peut aussi s’avérer rentable.

Sortir du schéma linéaire de l’économie traditionnelle pour tendre vers des modèles axés sur la réutilisation, la réparation et le recyclage.

La Suisse a pris du retard

La Suisse a trop longtemps limité sa vision de l’économie circulaire à la seule question du recyclage des déchets. Cependant l’économie circulaire va bien au delà de la question du recyclage et implique de prendre en compte l’ensemble du cycle d’un produit, dès sa conception. De nombreux produits conçus avec trop de matériaux composites ne sont pas ou peu recyclables. Les enjeux apparaissent donc dès le choix des matériaux utilisés, ainsi que des possibilités de réparation et réutilisation de ces produits, sans oublier non plus la question de leur durabilité et obsolescence. Par conséquent, en limitant sa vision de l’économie circulaire au simple recyclage, la Suisse a pris du retard, notamment vis à vis de l’Union Européenne et il est maintenant urgent et nécessaire qu’elle le rattrape. Car l’enjeu est crucial : nous sommes parmi les pays générant le plus de déchets urbains par habitant au monde.

Nouveaux outils de mesure indispensables

Afin de sortir de la simple logique de gestion des déchets et s’intéresser à l’économie circulaire dans son ensemble, il est nécessaire de créer de nouveaux outils de mesure et le Conseil national a dans ce sens accepté lors de la dernière session de septembre mon postulat « Mesurer la durabilité environnementale de l’économie circulaire à l’aide de l’indicateur “Retained Environmental Value” ».

De même il faut renforcer la recherche et le développement dans ce domaine, à l’instar du Programme national de recherche 73 sur l’économie durable qui se termine en 2023, ainsi que favoriser la collaboration entre organisations publiques et entreprises privées afin que la circularité devienne la norme dans l’ensemble de l’économie suisse.

Sa mise en application à tous les échelons de l’économie nécessite cependant des mesures structurelles et politiques. En Suisse, les quatre domaines de consommation ayant le plus fort impact sur l’environnement sont la nutrition, la mobilité, l’habitat et la santé. Il est donc nécessaire d’agir sur l’ensemble de ces domaines pour rendre nos sociétés et notre économie plus durable. Et le changement est en route. Des associations récentes telles que « Circular Economy Switzerland »  encouragent le développement d’une économie circulaire en mettant en réseau les différents partenaires souhaitant œuvrer pour sa mise en application.

Mettre en place des conditions-cadres réglementaires

En parallèle, des conditions-cadres réglementaires favorables à l’économie circulaire doivent être mises en place. C’est l’objectif de l’initiative parlementaire « Développer l’économie circulaire en Suisse » qui fait suite notamment à l’initiative populaire « Pour une économie verte » lancée par les Verts en 2015. Cette initiative parlementaire est aujourd’hui en cours d’examen par la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie du Conseil national, dans laquelle je siège. Le parlement aura ainsi l’occasion, via une modification de la loi sur la protection de l’environnement, d’adopter les bases légales nécessaires pour inciter les entreprises à orienter leur production selon les principes de l’économie circulaire.

Il faut sensibiliser dès le plus jeune âge à la consommation durable et aux vertus de l’économie circulaire

De plus, d’autres pistes sont envisageables au niveau politique pour renforcer le soutien à l’économie circulaire, tels qu’une adaptation de la TVA à la circularité et durabilité d’un produit. Ceci offrirait un avantage concurrentiel aux entreprises qui font l’effort de tendre vers un modèle économique compatible avec les objectifs de l’économie circulaire. La création d’un système d’étiquetage des produits selon leur degré de circularité, à l’instar de la consommation énergétique, informerait mieux le consommateur qui serait dès lors en mesure de faire un choix éclairé sur les biens qu’il souhaite acquérir et encouragerait ainsi les achats durables.

Enfin, un élément essentiel pour influencer la demande est l’éducation et la formation. Et là aussi, le chantier est vaste pour sensibiliser dès le plus jeune âge à la consommation durable et aux vertus de l’économie circulaire. Un travail doit aussi être fait auprès des écoles qui forment les futurs entrepreneurs afin de repenser certains programmes de formation, notamment dans les grandes écoles d’économie, afin qu’ils soient plus compatibles avec les principes de l’économie circulaire.