Le plus petit cirque du monde

Comme la plupart des réalisations de Patrick Bouchain et Loïc Julienne, le plus petit cirque du monde, interagit avec son environnement bâti et imaginaire. À quelques pas du quartier des Tertres, à Bagneux, le bâtiment en bois déploie sa fragilité dans un contexte qui a incarné, le temps d’un film, la dérision du modernisme. Il s’agit d’une comédie de 1967 avec tueurs et truands, et dont l’idée absurde et géniale consiste à greffer dans une cité flambant neuve l’intrigue d’un film policier. Du mou dans la gâchette échoue incontestablement comme pour dire que ceci n’est pas une ville, puisque le crime ne peut pas y être représenté. Plus tard, d’autres crimes biens réels se dérouleront dans le quartier. Ils viendront saturer l’imaginaire de millions de gens, sans que leur renommée néfaste ne contribue à faire de Bagneux le Bronx du sud parisien. Le tristement célèbre gang des barbares qui sévit dans le quartier, a tout au plus renforcé les lieux communs sur la dangerosité des quartiers périphériques.
L’immeuble des tertres en cours de démolition.
 Non, pour le plus petit cirque du monde, l’enjeu est ailleurs. Il s’agit, comme dans certains contes populaires, d’établir un nouveau pacte fondé sur la confiance. Un bâtiment en bois, c’est-à-dire vulnérable au feu, exposé dans un quartier réputé difficile. Le contraste entre la ville orthogonale issue des trente glorieuse et la construction anguleuse est flagrant, au point de constituer un rapport de force. Non pas ceux qui appellent la destruction de l’adversaire, mais plutôt de ceux qui font basculer une réalité immuable, dans un possible qu’on n’osait même pas imaginer. 

Christophe Catsaros

Rédacteur en chef de la revue Tracés de 2011 à 2018, Christophe Catsaros est critique d'art et d’architecture indépendant.

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