LE PARC, OUTIL DU DESIGN CIVIQUE

Pour ce nouveau dossier d’Archizoom Papers, disponible sur le site de la revue l’Architecture d’Aujourd’hui, place au travail de l’architecte, paysagiste et chercheur Matthew Skjonsberg autour du civic design, le contrepoint écologique et communautaire de l’aménagement urbain axé sur l’industrie et la technologie. En juin 2019, le chercheur avait dirigé à l’EPFL une exposition intitulée The Living City, Park Systems from Lausanne to Los Angeles, qui présentait un panorama chronologique de la discipline du civic design concrétisée dans sa forme la plus emblématique : la création de parcs régionaux. En guise d’introduction à un dossier présentant des projets exemplaires, de Weimar à Londres, en passant par Los Angeles, retour sur la question du park system et ses enjeux écologiques et sociaux.

Les parcs urbains ont souvent été pensés, dans leur émergence et leur évolution historique, comme des remèdes à la violence environnementale de l’urbanisme industriel. Dans cette approche partagée, les parcs ne sont que des parenthèses « anesthésiques » d’une organisation de la ville qui a souvent traité l’humain comme une élément parmi d’autres dans un processus de production. L’hygiénisme n’a jamais caché sa raison d’être: si l’ouvrier meurt trop tôt, si ses enfants ne survivent pas à l’environnement pollué dans lequel ils sont appelé à grandir, il cessera de faire tourner la machine.
Le panorama que dresse Matthew Skjonsberg sur les typologies de parcs du 18e  au 20e siècle, tente une nouvelle lecture des raisons qui accompagnent leur mise en oeuvre. Il essaye de penser les parcs non plus comme un rouage de l’urbanisme industrielle, mais de manière plus intégrale, comme une solution globale qui aurait pu constituer une autre voie. Un modèle alternatif qui, quoi que minoritaire, aurait tout aussi bien pu servir de structure conceptuelle aux développements
des villes.
Très tôt, certains parcs sont pris dans des réseaux d’espaces verts à l’échelle d’une ville. Cela permet de les penser non plus comme les exceptions anesthésiques dans des métropoles infernales, mais comme des contre-modèles olistiques, qui évoluent parallèlement, et qu’il serait peut-être temps de sortir des tiroirs. Ces parcs faisant système, ces « villes vertes » partiellement réalisées, seraient une orientation avortée de l’urbanisme fordiste. Elle pourraient s’avérer d’une grande utilité au point ou nous sommes arrivés en matière d’environnement. Qu’est ce qui distingue ce modèle alternatif de l’urbanisme du chacun pour soi? Précisément ce qui fait défaut aux métropoles : une disposition à constituer des environnements sociaux et écologiques durables et englobants. L’autre urbanisme, celui qui se dessine dans cette recherche, serait celui où la ville se pense d’abord comme milieu continu et comme communauté cohérente.

1778 — Le Parc de l’Ilm de Goethe et de Charles-Auguste

La séquence de projets rassemblés en trois chapitres, allant du Parc de l’Ilm de Wolfgang von Goethe à Weimar (1778) au Système de parc régional d’Olmsted Brothers pour Los Angeles (1928), en passant par le Parc du peuple de Paxton à Liverpool (1857), constitue une généalogie du tournant écologique urbain, souvent impensée, qui se dessine timidement dans les politiques publiques, mais surtout les nombreuses initiatives sociales et culturelles qui cherchent à refonder l’appartenance à la cité sur des rapports autres que ceux basés sur l’exploitation des ressources matérielles, environnementales ou humaines. En cela son travail éclaire une position vertueuse ( celles de l’activisme civique et écologique ) qui parait souvent infondée, gesticulatoire quand elle n’est pas récupérée par des campagnes de greenwashing. Cette autre ville à laquelle aspirent de plus en plus les habitants des métropoles globalisées est possible pour la simple raison qu’elle a existé, tant sur le plan utopique du projet, que sur celui concret de certains plans d’urbanisme partiellement réalisés. Ce travail tente donc de constituer un socle historique, à partir duquel un nouvel élan serait possible.

Christophe Catsaros

Christophe Catsaros

Critique d'art et d’architecture, il a été de 2011 à 2018 rédacteur en chef de la revue Tracés.

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