Le fantasme de la tour

La toute dernière initiative du Mouvement pour la Défense de Lausanne (MDL) contre le plan de quartier Malley-Gare montre les limites de l’initiative citadine contre le développement urbain. Pour avoir été de ceux qui ont critiqué l’urbanisme des tours, je suis assez réceptif aux aspirations de ce mouvement qui dit promouvoir la qualité urbaine et inciter à construire des lieux agréables à vivre.

Sauf que dans le cas du projet Malley, il y a malheureusement contresens : celui de considérer que la densité est systématiquement synonyme de nuisance, d’environnement dégradé et le déclin de la qualité de vie.

Au lieu de dépenser les cotisations de leurs adhérents à réaliser des études peu crédibles, les acteurs du MDL feraient mieux d’entamer un cycle de promenades dans certains quartier de Zurich pour constater à quel point, dans certains contextes, la densité est le gage d’un environnement urbain de qualité.

Et je ne me réfère pas aux centres historiques dont les taux de densité en font des cas hors normes. Je pense plutôt à ces nouveaux ensembles coopératifs, comme Kraftwerk 2, où la densité entièrement assumée est sciemment employée pour augmenter la qualité de vie des habitants.

Face à ces fourmilières heureuses, le nouveau quartier type des principales cités lémaniques à faible densité fait office de ville dortoir livrée à l’ennui et la monotonie d’un environnement stérile. Malley fait le pari contraire d’un quartier dense, animé et ponctué par quelques repères que sont les bâtiments plus élevés.

S’y opposer relève dans le meilleur des cas de l’ignorance et dans le pire de la mauvaise foi. Dénoncer le « gigantisme » de deux tours de 63 et 77 mètres a toutes les caractéristiques d’une manipulation démagogique.

Le projet de Malley tel qu’il a été élaboré est essentiel au plan de développement de l’Ouest lausannois. Il est surtout au cœur d’un habile échange de terrains entre la Ville et les CFF qui rend possible la réalisation du pôle muséal. S’y attaquer fait preuve d’un aveuglement et d’une irresponsabilité à laquelle le MDL ne s’était pas encore livré.

Christophe Catsaros

Christophe Catsaros

Christophe Catsaros a étudié la philosophie à l’Université de Nanterre. Critique d’architecture, il est, depuis 2011, rédacteur en chef de Tracés, la revue de la SIA.

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