RD Congo: la grande inquiétude

 

Sous pression de ses opposants, Joseph Kabila était allé chercher conseil auprès du pape François le 26 septembre dernier qui lui a dit de dialoguer avec tous les représentants politiques, la société civile, les ONG, pour travailler au bien commun du pays. En effet, il arrive à la fin de son second mandat, et selon la Constitution de la RDC, il ne peut pas se représenter. Comme d’autres chefs d’Etat, Joseph Kabila ne veut pas céder le pouvoir et depuis plus d’une année, il manigance pour y rester, inspiré sans doute par un de ses voisins le Rwandais Paul Kagame. L’Eglise catholique est la seule institution respectée et encore debout dans ce pays de 70 millions d’habitants. Elle  a joué un rôle essentiel  vers une transition démocratique au temps de Mobutu Sese Seko et de la nouvelle présidence du père de Joseph Kabila, assassiné en 2001. Il lui a donc succédé presque de droit monarchique, mais refuse de s’en aller. L’Eglise catholique a accepté le 8 décembre de jouer le rôle de médiatrice entre toutes les parties. Sans arriver pourtant à un consensus, les évêques ont dû se rendre quelques jours à Rome pour d’autre raisons. Mais Kabila, 45 ans,  en a profité pour nommer un gouvernement « fantôme » juste avant la date fatidique du 19 décembre, date de la fin de son mandat de président. Il a décidé qu’un nouveau président devrait être élu plus tard en 2018.  Des violences ont éclaté dans tout le pays faisant de nombreux morts. La vraie opposition a refusé d’en faire partie, parmi eux son opposant historique Etienne Tshisekedi qui avait pourtant demandé d’agir de manière non violente.

La Conférence des évêques congolais (Cenco) lui a alors lancé un ultimatum le 21 décembre : elle exige qu’un accord soit trouvé avant Noël dans cette crise provoquée par le maintien de Kabila au pouvoir. Mais il y a peu d’espoir qu’elle soit entendue. Pourquoi est-il rejeté par la majorité de la population ? Les années Kabila ont été marquées par la corruption, les violences policières, l’augmentation de la pauvreté, l’impunité des bandes armées. Près de 90 % des Congolais vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 1,25 dollars par jour). 50 % ont accès à l’eau potable en ville, 30 % en milieu rural. L’espérance de vie est passée de 59 ans à 49 ans. Et pourtant, ce pays est un des plus riches d’Afrique : cuivre, diamants, coltan, cobalt, or, zinc, immenses forêts tropicales. Mais ces richesses sont aux mains d’intérêts privés et de sociétés étrangères indifférentes au sort terrible des populations. En plus, il y a les scandales révélés par l’agence de presse américaine Bloomberg : « Les Kabila ont bâti ensemble un réseau d’entreprises qui s’étend dans tous les secteurs de l’économie congolaise et qui a rapporté des centaines de millions de dollars à leur famille. La femme de Joseph Kabila, ses deux enfants et huit de ses frères et sœurs contrôlent plus de 120 permis d’extraction d’or, de diamants, de cuivre, de cobalt et d’autres minerais. Ils ont aussi des ramifications dans la banque, l’agriculture, la distribution de carburant, le transport aérien, la construction de routes, l’hôtellerie, la pharmacie, les boîtes de nuit, etc. »

Cette situation effrayante ne peut que provoquer de futurs Boko Haram. Et pourtant ce pays abrite aussi des personnalités remarquables tel le Dr Mukwege qui a déjà réparé des centaines de femmes violées, des prêtres qui rendent visite aux prisonniers opposants en train de mourir de faim, des ONG, une jeunesse courageuse qui manifeste malgré les tirs à balles réelles… Vraiment il y a de quoi à être très inquiet pour l’avenir de ce grand pays…

 

 

Forum de Dakar sur la Paix et la Sécurité: nécessité d’un discours théologique solide

Début décembre, le troisième Forum international de Dakar pour la Paix et la Sécurité s’est achevé par une constatation plutôt  inédite : la nécessité d’un discours théologique solide.

La rencontre informelle de deux jours a réuni plusieurs centaines d’experts de haut niveau, des chefs d’Etats,  des hommes politiques, des militaires,  des chefs d’entreprises,  des journalistes et des chercheurs. Plusieurs mécanismes et stratégies de luttes contre le terrorisme, plus précisément contre l’extrémisme violent, ont été identifiés, a indiqué le ministre sénégalais des Affaires étrangères Mankeur Ndiaye. Et il a ajouté : « Sur la radicalisation et l’extrémisme violent, le besoin d’un discours théologique solide, dynamique et populaire, apparaît très important pour discréditer la propagande des groupes terroristes et rassurer les populations,  en particulier la jeunesse. » Les participants ont aussi donné l’alerte sur le danger du numérique en Afrique, – 300 millions d’utilisateurs – , en soulignant que les Etats africains doivent avoir la volonté de contrôler ces flux et de lutter contre la cybercriminalité. « Mais c’est difficile, a ajouté le ministre Ndiaye, si on veut respecter le liberté d’expression et la vie privée. »

Il n’y a pas de doute que les Eglises, notamment l’Eglise catholique, peuvent jouer un très grand rôle dans certains pays, pour contrer la propagande terroriste. D’ailleurs, elle a repris son rôle de médiation en République Démocratique du Congo qu’elle avait abandonné à cause des tueries perpétrées par le gouvernement Kabila contre les opposants. Le ministre de la Défense français Jean-Yves Le Drian, a expliqué que les réponses au terrorisme doivent être innovantes et surtout basées sur une approche régionale. « La France sera toujours aux côtés de l’Afrique pour combattre les nouveaux défis posés par le terrorisme »… Les chefs d’Etat ont aussi plaidé pour une approche globale contre la radicalisation et pour des échanges de renseignements  qui sont essentiels a plaidé le président du Nigéria Muhammadu Buhari.

La Suisse, l’Union Européenne, la Chine et d’autres pays ont financé cette rencontre annuelle de Dakar. On peut se réjouir de ces initiatives.

COP22 : L’Afrique pourrait être le grenier du monde

 

Avant la Cop22 à Marrakech, une trentaine de pays africains s’étaient unis pour défendre l’adaptation  de leur agriculture au changement climatique et mettre le continent africain au centre des négociations. Cette ambition est portée par l’initiative AAA (Adaptation de l’Agriculture Africaine), un projet lancé par le Maroc en avril dernier déjà. Un constat inquiétant du président des négociateurs africains, Seyni Nafo nous secoue : « Alors qu’il n’est responsable que de 4 % des émissions mondiales des gaz à effets de serre, le continent est la grande victime du réchauffement planétaire. Les deux-tiers de terres arables seront perdues d’ici à 2025, quand bien même la hausse des températures resterait limitée à 2° ». Or, l’agriculture est un secteur clé de l’économie africaine. Elle concentre entre 25 % et 35 % des emplois directs selon les pays, génère 70 % des revenus et représente un quart du PIB total. Et que penser si des terres arables disparaissent encore, alors que la population aura doublé d’ici à 2050 pour atteindre 2 milliards ?

Ce travail de base du groupe africain a  servi à l’identification  d’une cinquantaine de projets  qui vont du développement de l’agroforesterie (715 millions d’hectares sont concernés), à l’irrigation des terres qui touche actuellement 2 % de la superficie (42 % en Asie),  en passant par la promotion des assurances agricoles. Reste à trouver le financement de 25 milliards d’Euros par an jusqu’en 2030… Mais, précise la Sénégalaise Yacine Diama Fal (ancienne de la Banque de Développement Africaine) : « Sur les 100 milliards de dollars promis par les pays développés aux pays en développement, 400 millions seulement sont débloqués pour l’Afrique… » C’est justement ce que réclame l’initiative AAA : que le continent reçoive sa juste part, qu’il y ait  un meilleur équilibre entre les projets d’adaptation destinés à réduire les émissions polluantes, et ceux qui permettront demain aux paysans africains de s’adapter aux changements climatiques. Selon le prix Nobel de la paix Rattan Lal, spécialiste des sols : « L’Afrique pourrait être le grenier du monde et pourtant des millions de personnes sont encore affamées… »

A ces considérations viennent s’ajouter deux rapports alarmistes : l’année 2016 pourrait battre un nouveau record de chaleur avec une température moyenne supérieure de 1,2 ° à ce qu’elle était à l’ère préindustrielle. Dans les régions arctiques et subarctiques, la température a même dépassé la normale de 3 °. Un rapport de la Banque mondiale publié le 15 novembre précise que les catastrophes naturelles font basculer chaque année 26 millions de personnes dans la pauvreté et génèrent des pertes de 484 milliards d’euros par an en dégâts matériels et impacts sur le bien-être des populations. L’institution demande une adoption rapide de politiques publiques efficaces pour limiter ces risques. Ouragan Trump ou pas, John Kerry, le représentant américain à Marrakech, a bien dit que «  les Etats-Unis ne pourront pas revenir en arrière ». Dans une lettre, plus de 360 entreprises, la plupart américaines, DuPont, Gap, Hewlett Packard Kellog, Hilton, Nike, Mars, ont écrit au président élu pour lui demander  de respecter l’accord sur le climat.

 

Trump:”La confrérie des dictateurs d’Afrique se réjouit…”

 

C’est le titre du journal burkinabé Le pays suite à l’élection de Donald Trump. « Les Kabila (RDC), Museweni (Ouganda), Nkurunziza (Burundi) peuvent se réjouir », lit-on encore. Mais d’une manière générale, les Etats africains sont inquiets et l’incertitude règne. La plupart trouvent Trump dangereux, arrogant, raciste, protectionniste, et craignent pour l’aide américaine. Mais en Afrique du Sud, l’African National Congress (ANC) s’en réjouit. La motion de défiance contre le président Zuma a de nouveau été rejetée jeudi 10 novembre par le Parlement sud-africain où le parti fondé par Mandela a la majorité des sièges. Il continue ainsi à défier la Constitution par son enrichissement personnel, ses tricheries, ses femmes (voir blog 18.10.). – Au fond la ressemblance est frappante et l’on peut être inquiet pour ce grand pays où les garde-fous ne seront pas respectés comme aux Etats-Unis.

En République Démocratique du Congo (RDC) les insultes ont  commencé : le président Obama a été critiqué pour avoir osé demander à Kabila de respecter la Constitution et la démocratie, alors qu’il manigance depuis une année pour obtenir un troisième mandat et que des prisonniers meurent en prison.

En dehors des effets économiques que peut avoir sur le continent africain le nouveau président américain, il faut surtout regarder le mauvais exemple de l’homme qui se permet de transgresser les lois et dont le comportement envers les femmes, les minorités étrangères et les droits de l’homme ne peuvent  que renforcer les tentations de plusieurs chefs d’Etats africains à continuer sur la voie du refus de la démocratie à l’occidentale, de la pratique de l’autoritarisme à la chinoise dont ils s’inspirent, et de l’usage des forces policières pour mater la population qui se révolte. Un défi troublant et déstabilisateur à relever pour ce grand continent qui n’avait pas besoin d’un tel président américain.

Afrique du Sud : la justice triomphe…

Il est heureux de constater que la justice sud-africaine  a fait publier mercredi 2 novembre un rapport accablant pour le président Zuma (335 p.), potentiellement explosif pour tout le pays. Un rapport qu’il a d’abord essayé de bloquer.  La médiatrice de la République, « chargée du bon usage des deniers publics, porte à l’attention du parquet et de la police, à enquêter sur les possibles crimes de corruption commis au sommet de l’Etat… »

De quoi s’agit-il ? Voir le blog du 18 octobre : les frères Gupta, industriels d’une très riche famille d’origine indienne, ont influencé Jacob Zuma sur le choix de deux ministres pour favoriser leur propres intérêts et celui de la gouvernance ; un comportement illicite qui expose le président sud-africain à des poursuites judiciaires. Le document est actuellement dans les mains de la nouvelles médiatrice Busisiwe Mkhwebane. Cette tentative de bloquer la publication du rapport  a poussé la Fondation Nelson Mandela a publier un communiqué très critique. A ses yeux, « il est temps que les personnes qui compromettent notre démocratie et pillent ses ressources rendent des comptes », et d’appeler, à mots couverts, à un changement de leadership à la tête de l’Etat : « La capacité et l’engagement du chef de l’Etat à faire corps avec la Constitution, sont un des piliers de notre nation et comme il menace de rompre,  ce sont tous les autres fondements de nos institutions qui risquent à leur tour de se briser ».

A Pretoria, le 2 novembre, plusieurs milliers de personnes ont manifesté pour réclamer la démission de Jacob Zuma, sur lesquelles la police a tiré des balles en caoutchouc.  Alors que les jeunes de l’ANC (African National Congress) descendent dans la rue pour soutenir leur président, d’autres, de l’extrême gauche, veulent des fusils pour demander justice (Justus Malema).

La situation est tendue. L’ANC se déchire à son sommet autour de Zuma. D’un autre  côté les frondeurs menés par le ministre des Finances Pravin Gordhan, que Jacob Zuma voulait emprisonner parce qu’il avait découvert des sommes versées sur un compte inconnu et qui est un champion de la lutte anti-corruption. Il est soutenu dans son bras de fer contre le président par le vice-président Cyril Ramaphosa. publier mercredi 2 novembre un rapport accablant pour le président Zuma (335 p.), potentiellement explosif pour tout le pays. Un rapport qu’il a d’abord essayé de bloquer.  La médiatrice de la République, « chargée du bon usage des deniers publics, porte à l’attention du parquet et de la police, à enquêter sur les possibles crimes de corruption commis au sommet de l’Etat… »

De quoi s’agit-il ? Voir le blog du 18 octobre : les frères Gupta, industriels d’une très riche famille d’origine indienne, ont influencé Jacob Zuma sur le choix de deux ministres pour favoriser leur propres intérêts et celui de la gouvernance ; un comportement illicite qui expose le président sud-africain à des poursuites judiciaires. Le document est actuellement dans les mains de la nouvelles médiatrice Busisiwe Mkhwebane. Cette tentative de bloquer la publication du rapport  a poussé la Fondation Nelson Mandela a publier un communiqué très critique. A ses yeux, « il est temps que les personnes qui compromettent notre démocratie et pillent ses ressources rendent des comptes », et d’appeler, à mots couverts, à un changement de leadership à la tête de l’Etat : « La capacité et l’engagement du chef de l’Etat à faire corps avec la Constitution, sont un des piliers de notre nation et comme il menace de rompre,  ce sont tous les autres fondements de nos institutions qui risquent à leur tour de se briser ».

A Pretoria, le 2 novembre, plusieurs milliers de personnes ont manifesté pour réclamer la démission de Jacob Zuma, sur lesquelles la police a tiré des balles en caoutchouc.  Alors que les jeunes de l’ANC (African National Congress) descendent dans la rue pour soutenir leur président, d’autres, de l’extrême gauche, veulent des fusils pour demander justice (Justus Malema).

La situation est tendue. L’ANC se déchire à son sommet autour de Zuma. D’un autre  côté les frondeurs menés par le ministre des Finances Pravin Gordhan, que Jacob Zuma voulait emprisonner parce qu’il avait découvert des sommes versées sur un compte inconnu et qui est un champion de la lutte anti-corruption. Il est soutenu dans son bras de fer contre le président par le vice-président Cyril Ramaphosa. Lors d’élections municipales en août dernier, l’ANC avait subi un revers historique.

Souhaitons que ce triomphe de la lutte anti-corruption  et la justice soit un exemple pour d’autres états africains englués dans des affaires de corruptions et qui croient qu’en sortant de la Cour pénale internationale (CPI), ils pourront plus facilement résoudre leurs problèmes de gouvernance en faisant ce qu’ils veulent…En Afrique du Sud, pour le moment, cela ne marche pas et l’ombre de Mandela est encore très présente.

Afrique du Sud: le président Zuma n’est pas un calviniste…

Les anciens leaders de l’Afrique du Sud, s’ils avaient inventé l’apartheid (basé sur l’Ancien Testament), force est de leur reconnaître leur « honnêteté » dans leur gouvernance du pays, influencés qu’îls étaient par l’austérité calviniste. Aucun n’a eu la folie des grandeurs pour se construire une résidence de super luxe. Ils vivaient plutôt modérément. Nelson Mandela d’ailleurs avait adopté le même style de vie, tourné avant tout vers le bien commun de son pays. Mais les Africains ne sont pas des calvinistes et la majorité d’entre eux ont besoin de se montrer très riches et de vivre selon les lois de la tribu. Certes ce n’est pas l’attitude de tous. Surtout pas des ministres des finances successifs que le Président Zuma a limogés parce qu’ils ont mis le doigt sur des irrégularités. C’est ce qui vient d’arriver au ministre actuel Pravin Gordhan, qui, dans un compte-rendu rendu public ces jours, évoque devant la Haute Cour de Prétoria la somme de 6,8 milliards de rands (430 millions d’Euros) de mouvements de fonds suspects effectués par les frères Gupta, des industriels indiens soupçonnés de trafic d’influence et de corruption depuis 2012,  et dont on ne connaît pas le destinataire…(Jeune Afrique, 17.10.)

Depuis le début de l’année, plusieurs compagnies sud-africaines, dont les quatre plus grandes banques, se sont désengagées d’Oakbay Investments, la société d’investissement des frères Gupta, également présents dans les mines,  les médias, l’ingénierie et l’informatique. D’après les déclarations du ministre Pravin Gordhan, la direction de Oakbay « réclamait que j’intervienne au nom du gouvernement auprès des banques pour les faire changer d’avis… »

Chantre de la lutte contre la corruption, le ministre des finances s’est souvent opposé au Président Zuma, mis en cause dans la gestion de plusieurs entreprises publiques. Il est accusé aujourd’hui d’avoir mis en place une unité au sein de ses services, chargée d’espionner des personnalités politiques. Sa position est difficile. Il est critiqué par les partisans de Zuma et tout son clan.

Le Burundi se retire de la Cour pénale internationale

Le Burundi se retire de la Cour pénale internationale

Ce n’est pas étonnant que le Burundi se retire de la Cour pénale internationale (CPI) créée en 2002. En 2015 déjà, Robert Mugabe, alors président de l’Union Africaine (UA), avait annoncé son intention de se retirer de la CPI qu’il trouvait « raciste » parce qu’elle ne condamnait que des Africains selon lui. Ce projet a été repris par le président tchadien Idriss Déby lors du dernier sommet de l’Union Africaine au début 2016. Le Burundi de Pierre Nkurunziza est le premier à faire le pas. Il s’accroche au pouvoir avec son troisième mandat qui a projeté le pays dans une spirale de violence, malgré les interventions de l’Union Africaine, de l’ONU et d’autres personnalités, et malgré l’Accord de Paix d’Arusha (négocié par Mandela) qui avait mis fin à la guerre civile (1993-2005) et limite expressément le mandat présidentiel qui s’est achevé en 2015.

En septembre 2016, une commission d’enquête de l’ONU a dénoncé le « grand danger de génocide ». Pierre Nkurunziza avait été acclamé en 2005 comme un sauveur, un messie. En effet, c’est un « born again », comme l’ancien président Bush, qui a des liens étroits avec les Eglises évangéliques américaines et australiennes… Aujourd’hui, il tue ou fait assassiner ses opposants sans vergogne. Une Burundaise qui a participé à un séminaire à Caux cet été disait de lui : c’est Louis XIV et sa cour.

Respecter le droit international ?

Pourquoi certains chefs d’Etats africains le respecteraient-ils ? Ils savent ce qu’on fait les Américains en Irak, à Abu Ghraib, à Guantanamo. L’attitude des Européens qui renvoient les réfugiés en Turquie est aussi contraire au droit international… Qui est responsable du morcellement des Kurdes ? De la naissance de l’Irak et de la Syrie ? Ce sont les puissances occidentales qui ont gagné la guerre de 1914-18, etc. Lors de son allégeance officielle pour un 5e mandat en mai 2016, le président de l’Ouganda Yoweni Museweni (30 ans au pouvoir), affirmait, concernant la CPI : «Une bande d’inutiles et de pays fiers et arrogants». Plusieurs chefs d’Etat étaient alors présents dont Omar El Béchir recherché par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, génocide au Darfour. Jakob Zuma (Afrique du Sud) ne l’a pas arrêté lorsqu’il a participé à une conférence l’année dernière Johannesburg comme le demandait la Cour constitutionnelle sud-africaine.  Sortir de la CPI, cela veut dire avoir le droit de tuer. C’est ce qui vient de se passer au Gabon et en République démocratique du Congo. D’ailleurs ce refus grandissant des droits de l’homme et du droit international caractérise aussi d’autres pays, notamment les Russes  et les Chinois pour lesquels ces droits sont secondaires.  L’ONU avec son droit de veto au Conseil de Sécurité est bien impuissante.

Joseph Kabila au Vatican

République Démocratique du Congo : Joseph Kabila au Vatican

Ambiance tendue lors de la réception du président congolais Joseph Kabila au Vatican le 26 septembre. Il faut dire que l’Eglise catholique du pays s’était retirée du dialogue national  après le récent massacre de dizaines manifestants à Kinshasa. Non seulement l’Eglise critique l’inaction du pouvoir au nord Kivu où des personnes sont emprisonnées, tuées, des villages saccagés, en toute impunité, mais encore les évêques congolais, courageux, ont déclaré que tout accord politique devait stipuler que « l’actuel président de la République ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle ».

En effet, Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001 sans élections (suite à l’assassinat de son père qui avait chassé Mobutu),  veut briguer un troisième mandat contrairement à la Constitution, emboîtant ainsi le pas à ces nombreux chefs d’Etats africains qui arrangent la démocratie à leur manière, suivant ainsi les bons conseils des Chinois. Les droits de l’homme, c’est secondaire et tant pis pour la liberté de presse et pour le nombre de morts. D’ailleurs Joseph Kabila est fortement influencé par le président du Rwanda Kagame ; les deux semblent se partager les richesses du nord Kivu, le coltan en particulier, si nécessaire pour les technologies de pointe dont sont friands les pays industrialisés qui se taisent.

Le pape François a accueilli Joseph Kabila pour un entretien de 20 minutes au cours duquel il a souligné l’importance de la collaboration de tous les acteurs politiques,  représentants de la société civile et communautés religieuses, en faveur du bien commun, ceci à travers un dialogue respectueux et inclusif pour la stabilité du pays.

Que cherchait donc Joseph Kabila en venant au Vatican ? A contrer l’action des évêques congolais ? C’est raté. A entendre un autre point de vue que ses élites corrompues ? Peut-être. C’est surtout un homme mystérieux qui s’exprime très peu, dont on dit que la mère est rwandaise tutsi. Le pape lui a remis ses encycliques, dont celle sur l’écologie (Laudato Si » pour sauver « notre maison commune ». Cela pourrait l’inspirer puisque son nouveau ministre de l’environnement  a cautionné l’attribution de vastes concessions forestières par son prédécesseur Liyota Ndjoli,   à deux sociétés à capitaux chinois (Somifor et Codeco)- Quand on sait que 60 % des forêts denses du bassin du Congo sont les poumons de la terre avec celles de l’Amazonie, il y a de quoi s’irriter contre les rapaces du bois et de l’argent. Kabila pourrait bien commencer par là…

Assise 2016, pendant que des bombent tombent sur un convoi humanitaire en Syrie…

Assise 2016, pendant que des bombes tombent sur un convoi humanitaire en Syrie…

Du 18 au 20 septembre, ils étaient environ 500 représentants des différentes religions, une rencontre organisée par Andrea Riccardi (ancien ministre italien), fondateur de la Communauté Sant ‘Egidio. Bien sûr, on se moque facilement de telles initiatives : elles font naître de belles images, mais c’est si peu face aux drames qui ensanglantent le monde… Mais il faut refuser ce scepticisme. Nous avons besoin de tels moments pour reprendre notre souffle dans le combat jamais achevé contre la division, la haine, la guerre, la manipulation maléfique des religions. Mardi 20 septembre, Din Syamsuddin, président du Conseil des Oulemas d’Indonésie, le pays qui compte le plus de musulmans au monde a proclamé : « La violence ne peut jamais utiliser le nom de la religion, jamais ! ». (La Croix 20.09.16)

Une rencontre comme celle d’Assise, initiée il y a 30 ans par Jean-Paul II, est d’autant plus légitime que la naïveté n’y a pas cours. Chacun avait profondément conscience de la difficulté de la tâche, de la patience requise : « La paix obtenue par la force sera renversée par la force » a souligné Koei Morikawa, un dignitaire bouddhiste japonais. Le seul chemin fiable vers la paix est celui du dialogue et de la prière, voilà le message d’Assise.

Le pasteur Harutium de l’Eglise évangélique arménienne de Syrie a raconté qu’il y a un siècle, c’est Alep qui sauvait les Arméniens où ils ont pu s’installer.

Et le pape François de conclure : « Sans syncrétisme, sans relativisme, nous avons prié les uns à côté des autres, les uns pour les autres ». On ne peut pas trouver des mots plus simples pour exprimer la force faible des religions face à ce que François a appelé  : « Le paganisme de l’indifférence ».

Soudan du Sud: George Clooney enquête sur la corruption des élites

La guerre civile qui ravage depuis 3 ans le Soudan du Sud est une excellente affaire pour les potentats qui s’y déchirent.C’est ce que constate un rapport de The Sentry présenté à Washington le 12 septembre. Ce bureau d’investigation a été créé par l’acteur George Clooney et John Prendergast, défenseur des droits de l’homme. Tous deux enquêtent sur les financements des conflits en Afrique (La Croix 13.09.2016), conflits qui, on le sait, engendrent des groupes criminels comme Boko Haram (et l’EI au Moyen Orient) et jettent sur les routes des milliers de réfugiés.

Des dizaines de milliers de Sud-Soudanais tués, 2,5 millions en fuite, 5 millions manquent de nourriture…

Les élites politiques et militaires sud-soudanaises dont le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar, chef de la rébellion, sont accusées de s’être enrichies durant la guerre civile qui a débuté en 2013. Ce pays est devenu indépendant après la partition du Soudan en 2011. D’après George Clooney:”Les familles des élites sud-soudanaises vivent à l’étranger dans des villas de luxe de plusieurs millions de dollars, passent leurs vacances dans des hôtels cinq étoiles, récoltent les bénéfices d’un système de népotisme et de contrats douteux.” Le rapport cite le chef d’état major Paul Majong qui est propriétaire de deux luxueuses maisons en Ouganda, et une autre au Kenya. Il détient aussi les preuves qu’un fils de 12 ans du président Kiir possède une participation de 25 % dans une compagnie pétrolière créée en février 2016.

Le Sentry dénonce aussi l’impunité des protagonistes de la guerre qui se moquent des menaces internationales:”Les dirigeants du Soudan du Sud ne prennent plus au sérieux les menaces des Nations Unies, des Etats-Unis et d’autres pays, de punir leurs actes.”  Comme dans de nombreux autres pays d’Afrique malheureusement, c’est la trahison des élites qui sacrifient leurs populations sur l’autel de leur bien-être et de leurs familles.