Au Yémen les enfants soldats sacrifiés

Que va devenir l’Afghanistan qui s’enfonce dans la misère, la faim et victime d’attentats ? La situation au Yémen voisin peut donner des éléments de réponse car c’est la même mentalisé de destruction. Là aussi plusieurs pays ont été impliqués. A la fin de l’Empire ottoman, le Yémen a été divisé entre un royaume au nord, et des principautés au sud, le région d’Aden restant une colonie britannique. En 1962, le Yémen est devenu une république au nord et le sud un régime pro-soviétique. Deux guerres entre 1972 et 1979 ont affaibli le pays qui a fini par s’unir. Le Yémen a aussi connu sa révolution lors du «printemps arabe» en 2011 avec une rébellion dans la province de Saana. En 2015, le rebelles houtistes partis de Saada renversent le gouvernement de la capitale Sanaa. L’Arabie saoudite avec une dizaine de pays arabes dont l’Egypte, la Jordanie, les Emirats arabes Unis et le Koweit lancent une opération contre les rebelles soutenus par l’Iran.
Depuis lors la guerre se poursuit, surtout autour de la ville de Marib au centre du pays. Elle a fait des dizaines de milliers de morts, pour la plupart des civils. Et c’est dans ce contexte que des enfants soldats sont sacrifiés par les tribus desuns et des autres. Ils ont entre 13 et 15 ans. Et cela rapporte de l’argent…
Fernando Carvajal, ancien membre du groupe d’experts du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur le Yémen, explique : «Que ce soit en tant que groupes opérationnels ou en tant que soldats fantômes (de simples noms sur des listes), ils représentent à la fois une source de revenus pour les tribus appauvries, mais aussi un lien de loyauté entre le cheikh tribal et le régime. Pour l’État il était moins coûteux d’absorber les enfants des tribus que de réellement redistribuer les richesses.»
Au sein des tribus, ce recrutement assure un lien de loyauté. Les famille en attendent un revenu supplémentaire et peuvent aussi bénéficier de munitions et d’armes allouées à leur enfant pendant sa formation, qui peuvent être revendues. Alors qu’un quart de la population active est au chômage et ne peut subvenir aux besoins de base, la pauvreté a été amplifiée par la crise sanitaire en 2020. Profitant de la misère, un marché noir d’enfants soldats s’est constitué dès 2015 dans les territoires contrôlés par le gouvernement à Taïz et Marib, place forte des rabatteurs dont l’un raconte: «Nous sommes payés par le Royaume d’Arabie saoudite pour recruter des soldats. Ils me donnent entre 500 et 1000 rials par recrue (entre 115 et 230 Euros». Cela permet aux familles de vivre dans la dignité, selon un autre recruteur, car la situation économique du Yémen se détériore. En cas de décès, il n’y a aucun rapatriement des corps. Les cadavres sont laissés à l’abandon et dissous dans de l’acide par ses camarades ou enterrés dans des cimetières de villes d’Arabie saoudites. On imagine le désespoir des mères…
La pauvreté issue de la pandémie perturbe beaucoup de peuples. En Afrique du Sud, les Zoulous en reviennent aux cultes des ancêtres, un syncrétisme qui désespère des dirigeants chrétiens. En Suisse, pour palier à un chômage possible, le SECO avait autorisé à nouveau la vente d’armes à des pays en guerre. Cela a permis de vendre des avions Pilatus à l’Arabie saoudite dans sa guerre au Yémen. Là maintenant on sacrifie des enfants. Les Suisses étaient si fiers de leur Comité International de la Croix Rouge… Les valeurs sont détruites.

Christine von Garnier

Christine von Garnier, sociologue et journaliste, a vécu 20 ans en Namibie où elle était correspondante du Journal de Genève et de la NZZ. Elle a aussi travaillé comme sociologue dans le cadre des Eglises. Aujourd’hui, secrétaire exécutive de l’antenne suisse du Réseau Afrique Europe Foi et Justice.

Une réponse à “Au Yémen les enfants soldats sacrifiés

  1. Attristant en effet !!! Tenter de culpabiliser la Suisse changera-t-il quelque chose ? Les vendeurs d’armes sont légions et se battent pour leur part de marché. Les belligérants n’auront aucune peine à se réapprovisionner, en Suisse ou ailleurs, peu importe hélas.

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