Une Africaine à la tête de l’organisation mondiale du Commerce (OMC)

A 19 ans, Ngozi Okonjo part étudier aux Etats Unis, mais elle écoute les conseils de son père également professeur d’économie : « Tu quittes le Nigéria pour un autre pays où tu risques d’être confrontée à des discriminations en tant que femme noire africaine. Si ta couleur et ton genre gênent les autres, ce n’est pas ton problème, c’est le leur. Ne te laisse pas impressionner. Au contraire tires-en de la force. »

La nigérianne Ngozi Okonjo Iweala (66) ne l’a jamais oublié, première femme africaine, elle a été élue le lundi 15 février. Elle prend ainsi la tête d’une institution de 164 Etats membres qui poursuivent tant bien que mal, deux objectifs principaux : administrer un système mondial de règles commerciales et garantir le règlement de conflits de ses membres. Elle succède au brésilien Roberto Azevedo, un diplomate de l’OMC, mais pas quelqu’un qui pouvait changer les choses, et surtout malmené par un Trump tonitruant qui voulait imposer sa ligne. Il ne la voulait pas, mais le nouveau président Joe Biden a rétabli les Etats Unis dans l’OMC

Elle a un parcours de formation à faire pâlir de jalousie d’autres femmes : études au Nigéria, puis Harvard avec une thèse en économie sur le développement agricole de son pays, qu’elle soutient au Massasuchets Institute of Technology (MIT). Docteur en économie, elle intègre la Banque mondiale au poste numéro 2,  puis devient ministre des finances de son pays. Fondée par Jacques Delors à l’époque où il n’y avait pas encore internet, cette institution a besoin d’être dépoussiérée. Elle est régulièrement soumise à des blocages à cause de la règle du consensus comme mode de décision. L’Inde, et la Chine surtout, dans sa guerre commerciale avec les Etats-Unis à cause d’un libre-échange de plus en plus contesté, en a largement profité.

La crise du Covid 19 apporte à cette femme d’action, une montagne de nouveaux défis. Elle devra répondre à un réengagement des Etats au sein de l’OMC car la coopération commerciale est cruciale en matière environnementale et pour la régulation numérique. L’OMC devra prendre sa part pour une pleine coopération internationale sur la distribution des vaccins contre le Covid 19 sans laisser pour compte les pays pauvres…  Ngozi Okonjo y arrivera sans doute. Peut-être parce qu’elle a écouté son père et n’a jamais renié son africanité avec ses belles robes en coton.

 

 

Christine von Garnier

Christine von Garnier, sociologue et journaliste, a vécu 20 ans en Namibie où elle était correspondante du Journal de Genève et de la NZZ. Elle a aussi travaillé comme sociologue dans le cadre des Eglises. Aujourd’hui, secrétaire exécutive de l’antenne suisse du Réseau Afrique Europe Foi et Justice.

Une réponse à “Une Africaine à la tête de l’organisation mondiale du Commerce (OMC)

  1. Ce qui me réjouis, c’est la consécration d’une femme africaine, dont on sait qu’elles portent leur continent à bout de bras, depuis toujours.

    Good Luck Ngozi Okonjo 🙂

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