Durcissement des expulsions en Algérie

 

Depuis plus d’un an, les expulsions d’étrangers se sont aggravées en Algérie.  Rien d’étonnant quand on considère ce qui se passe également à Malte, en Italie avec le nouveau gouvernement, et dans d’autres pays européens et aux Etats-Unis. Mais la méthode est consternante. Des bus et des camions amènent des groupes d’étrangers vers les frontières de l’extrême sud du pays (La Croix 11.01.2019). Le sort de 117 demandeurs d’asile déposés comme des paquets dans le désert à une quinzaine de km. de la frontière avec le Niger, a choqué beaucoup de monde. Un cri d’alarme a été lancé le 31 décembre dernier par la Ligue Algérienne des Droits de l‘Homme (LADDH) : les autorités algériennes ont abandonné un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants près de la frontière nigérienne,  qui a pu être identifié : 47 Syriens, 17 Yéménites, et 53 Palestiniens. Tous avaient été détenus dans un centre de rétention à Tamanrasset, condamnés à 3 mois de prison avec sursis pour entrée illégale sur le territoire algérien ! Le Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) s’en est aussi mêlé, exigeant une aide humanitaire aux personnes bloquées. Certains Syriens avaient même été enregistrés par le HCR à Alger, au Liban et en Jordanie.

Mais rien de s’est passé. La Ligue des Droits de l’Homme a été stupéfaite de lire en plus un faux communiqué affirmant que l’opération s’était bien passée dans le respect des droits humains… ! Martin Wyss, le chef de l’Organisation Internationale des Migrations basée au Niger (OIM), est lui satisfait de la bonne coopération du Niger pour enrayer les migrations du Sud vers le Nord. Mais il ne prend pas en considération celles du Nord vers le Sud qui représentent actuellement un défi humanitaire et logistique considérable, ceci d’autant plus qu’on assiste à un durcissement de la politique algérienne. Le fait que le pays s’en prenne indistinctement à des personnes vulnérables ou pas, a créé un choc. Un haut fonctionnaire au ministère algérien de l’intérieur a justifié cette manière de faire en disant que ces personnes sont des djihadistes liés aux groupes armés au Soudan et au Mali et bénéficient de faux passeports ! Alors pourquoi ne sont-ils pas arrêtés et jugés ? Certains ont rebroussé  chemin sur Alger, ne voulant pas aller au Niger dont ils ne connaissent pas la langue. D’autres  requérants d’asile ont été vus au Maroc à 2600 km. d’Assamakka à la frontière du Niger.  Les 90 restants n’ont donné aucun signe de vie… Le HCR a même dû démentir des informations selon lesquelles il aurait donné son aval aux refoulements.

Des mensonges pour se justifier. C’est pourtant ce qu’on entend dans un pays où l’hospitalité était sacrée. Mais les pays européens ne sont guère différents. Quand on pense au million de réfugiés au Liban qu’on laisse patauger sous la neige et l’eau dans leurs camps, on ne peut qu’avoir honte… Au même moment un joueur de tennis britannique se met à pleurer devant la TV parce que, handicapé de la hanche, il ne peut plus participer aux compétitions. Et la grande perdante du concours de descente dames à Adelboden, a 2 secondes de retard sur la première !  Nous ne sommes pas sur la même terre apparemment…

Au secours, l’humanité des gens  est en voie de disparition, comme les espèces animales ou les plantes….

 

 

Christine von Garnier

Christine von Garnier

Christine von Garnier, sociologue et journaliste, a vécu 20 ans en Namibie où elle était correspondante du Journal de Genève et de la NZZ. Elle a aussi travaillé comme sociologue dans le cadre des Eglises. Aujourd’hui, secrétaire exécutive de l’antenne suisse du Réseau Afrique Europe Foi et Justice.

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