Afrique du Sud : la transformation politique

Qui l’eût cru ? L’ANC, le parti de Nelson Mandela, est en perte de vitesse. Aux récentes élections municipales, il a perdu deux grandes villes, Pretoria et Port Elisabeth, le Cap étant déjà le fief de l’opposition DA (Democratic Alliance). Mais on s’y attendait: Jacob Zuma, que la DA avait appelé “le cancer de la politique sud-africaine” (voir LT du 7 avril) était de plus en plus contesté à cause de ses démêlés avec la justice : viol, corruption (notamment avec la famille indienne Gupta), refus de payer  les frais de sa somptueuse villa sécuritaire à Nkandla, 15 millions d’Euros. Le 5 avril dernier, le Parlement l’avait sauvé de justesse de la destitution réclamée par l’opposition.

Ce Zoulou (fief Durban), né en 1942 et analphabète jusqu’à 17 ans – il avait appris à lire à Robben Island, la célèbre prison de Mandela – n’est plus à la hauteur de la complexité des problèmes politiques, sociaux et économiques. Sorte de Trump qui se croit tout permis parce qu’il est le chef de la tribu, il n’a plus convaincu une classe moyenne bien éduquée, multiraciale et ayant le sens de la démocratie, surtout de la liberté de presse vieille de 70 ans ! Mais il n’est pas le seul facteur de cette défaite retentissante de l’ANC qui n’engrange plus que 54 % des voix alors qu’elle avait la majorité absolue il y a 20 ans. Ces résultats sont une sérieuse mise en garde de l’ANC qui devrait se débarrasser de lui et de certains membres corrompus de son gouvernement.

L’opposition DA est bien structurée et implantée partout. Par son caractère multiracial, elle rappelle l’opposition DTA en Namibie qui, en 1975 déjà, avait fait le choix de ne pas être liée à une ethnie ou encore moins à une religion. Mais Jacob Zuma, par son incapacité à résoudre les problèmes, a aussi provoqué l’émergence d’une gauche radicale, celle du trublion Julius Malema, 35 ans, exclu de l’ANC, à la tête de l’EFF (Combattants pour la liberté économique) qui représente 6 % de la population, surtout jeune, et a 25 députés au Parlement. Il y a quelques mois, il avait menacé de prendre les armes.

L’Afrique du Sud, ce grand pays qui était très prometteur à sa nouvelle naissance en 1994 avec Nelson Mandela, mérite mieux que cette médiocre image qu’elle donne de sa communauté noire.

Christine von Garnier

Christine von Garnier

Christine von Garnier, sociologue et journaliste, a vécu 20 ans en Namibie où elle était correspondante du Journal de Genève et de la NZZ. Elle a aussi travaillé comme sociologue dans le cadre des Eglises. Aujourd’hui, secrétaire exécutive de l’antenne suisse du Réseau Afrique Europe Foi et Justice.

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