Angela Merkel et le principe d’humanité

Evidemment, les critiques ne manquent pas à l’égard d’Angela Merkel chez elle et dans toute l’Europe. Il est vrai que trop c’est trop et qu’il faut maintenant mettre des limites au principe d’humanité. Mais soyons honnêtes : on ne peut qu’admirer le courage qu’elle a eu, de même que le peuple allemand, au début de l’arrivée des dizaines de milliers Syriens et autres réfugiés. Ils ont fait preuve de sang froid et d’une organisation remarquable, en transmettant même par portable des cours d’allemand à ceux qui marchent pendant des jours pour atteindre la terre promise… Ces réfugiés, on peut aussi les admirer, nous qui les regardons patienter des heures ou des jours dans la boue depuis notre fauteuil… Un peu d’humilité de notre part ne fait pas de mal. Entendre leurs témoignages nous ramène à l’essentiel : la liberté, le respect de l’autre, la solidarité.

Réunification et intégration réussies

Angela Merkel, fille d’un pasteur luthérien,  nous  a donné une leçon de morale, un mot qu’on n’aime pas du tout, même si par ailleurs la plupart des entrepreneurs allemands se réjouissent de cette main d’œuvre. On peut dire que les Allemands ont de “l’expérience” dans l’intégration de peuples à la recherche d’une vie meilleure. A la fin de la Deuxième guerre mondiale, ils ont dû accueillir 15 millions de réfugiés de l’est de l’Allemagne (Prusse orientale, Poméranie,  Silésie, Tchécoslovaquie). Ceci en silence, car profondément culpabilisés par les horreurs commises. Chaque famille a été obligée d’en accueillir dont beaucoup ont émigré par la suite  aux Etats-Unis et ailleurs. La “révolution des bougies”, initiée essentiellement par les Eglises luthériennes de l’ancienne RDA, a favorisé la chute du Mur de Berlin en 1989. C’est le Chancelier Helmut Kohl qui a alors tout mis en œuvre pour la réunification du peuple allemand. Une réunification et une intégration réussies même s’il existe encore plusieurs poches de pauvreté à l’est.

Identité différente respectée

Les Allemands ont de l’expérience,  acquise aussi avec leurs travailleurs turcs qui n’ont pas la même culture religieuse. Dans l’ensemble, une majorité, surtout des bénévoles, s’engagent pour que cela réussisse, respectueux de cette nouvelle identité qu’ils connaissent mal, organisant partout des cours d’allemand pour que le dialogue et une intégration soit possible rapidement. A long terme, ils réussiront, ne rechignant pas à donner des droits politiques comme ils l’ont fait avec ceux de l’est et des Turcs.  En Suisse, nous devons commencer à accorder le droit de vote et d’éligibilité à plus d’étrangers devenus suisses (après 10 ans !), si nous voulons être prêts à faire face positivement à plus de migrants.

L’Allemagne a de l’avance

Dans le chaos actuel des guerres et ses conséquences : destructions et pauvreté, il est certains que nous aurons toujours plus de réfugiés musulmans en Europe. En Algérie, le président Bouteflika a fait savoir que les revenus du pétrole ont diminué de moitié et que le peuple doit s’attendre à des privations. Un million d’enfants sont nés en 2014. Dans dix ans l’Algérie comptera 50 millions d’habitants. Autant nous y préparer partout en Europe comme le fait l’Allemagne qui a de l’avance: jeter des ponts entre les deux cultures, apprendre à mieux connaître les musulmans tout en approfondissant nos propres valeurs humanistes, chrétiennes, laïques. C’est une grande remise en cause de nos convictions (si nous en avons…), une relecture de notre passé et de ce que nous sommes aujourd’hui, la vision de ce que nous voulons devenir. Certes pas des robots consommateurs ! L’écrivain et philosophe musulman Abdennour Bidar (menacé de mort), dit bien que la pire des menaces est le vide spirituel (LT. 3 nov. 2015). Le pape François (qui a ses ennemis) dit la même chose, et le moine bouddhiste Mathieu Ricard aussi.

 

Christine von Garnier

Christine von Garnier

Christine von Garnier, sociologue et journaliste, a vécu 20 ans en Namibie où elle était correspondante du Journal de Genève et de la NZZ. Elle a aussi travaillé comme sociologue dans le cadre des Eglises. Aujourd’hui, secrétaire exécutive de l’antenne suisse du Réseau Afrique Europe Foi et Justice.

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