Comment les Russes utilisent l’Arménie plutôt qu’ils ne la défendent

« Ils arrivent par milliers depuis le début des sanctions contre leur pays » : Ana* travaille dans l’immobilier, plus précisément dans le domaine de la relocation à Erevan, capitale de l’Arménie. Son job consiste à trouver un hôtel, dans un premier temps, puis un appartement pour ces Russes qu’elle voit débarquer en masse pour s’installer dans cette ville où le russe est la deuxième langue enseignée à l’école. Que viennent-ils donc faire là ? « Ils délocalisent leurs entreprises. Ce sont pour la plupart des professionnels de l’IT** qui viennent monter leur propre société (qui est, de fait souvent, une filiale clandestine de la maison-mère en Russie, ndlr). Ainsi, elles échappent aux sanctions, notamment à l’exclusion du système SWIFT qui pénalisent les compagnies actives dans l’IT dont la clientèle se trouve en Europe ». A cela s’ajoute le recrutement facile et bon marché de compétences locales dans le domaine de l’IT. Les Arméniens ont de bonnes universités et les travailleurs des domaines de l’hospitalité qui ont été sèchement virés pendant le Covid sont maintenant sur le marché de l’IT. Ainsi se profile une excellente manière de faire prospérer le business auquel les sanctions occidentales sont supposées nuire. Ces entrepreneurs sont évidemment utiles à l’économie arménienne. Ils ajoutent la valeur qu’ils produisent à celles des nombreux touristes russes en quête de défoulement alcoolique bon marché (comme les Iraniens et Iraniennes voisins) et des chauffeurs de taxi (et leurs « ruses de russes blancs » chères à Bobby Lapointe). Mais ce ne sont pas les Russes que les Arméniens attendent.

 

Un sentiment de peur et d’abandon

Au moment où leur pays est à nouveau attaqué (plus de 100 morts dans la nuit de lundi à mardi) par l’Azerbaïdjan, les Arméniens aimeraient pouvoir compter sur la Russie, leur allié historique. C’est Moscou qui a, notamment, supervisé les accords entre les deux belligérants à la fin de leur dernière guerre il y a deux ans. Seulement voilà, les Russes regardent ailleurs et laissent l’Arménie dans un sentiment de peur et d’abandon. « Avec des « alliés » comme ça, il vaut mieux ne pas avoir trop d’ennemis » confie Irina, professeur d’histoire à l’Université d’Erevan et nationaliste assumée.

Erevan, 14 septembre 2022. Collecte de nourriture, de cigarettes et de médicaments destinés aux soldats du front.

« Ni les Américains, ni les Russes, occupés en Ukraine, ni les Européens qui ont besoin du pétrole azéri, ni même notre gouvernement, très incompétent, ne sont en mesure de nous venir en aide. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes : chaque Arménien doit devenir un guerrier et se préparer à combattre ». Comme pour lui donner raison, on voit fleurir dans les rues d’Erevan des points de collecte de nourriture et de biens à destination des soldats du front. Le sentiment d’une trahison aussi : on ne voit aucun drapeau ukrainien en Arménie, contrairement au voisin géorgien qui affiche sa haine de la Russie et de son Président en or et bleu partout dans les rues de Tbilissi. Cette loyauté mériterait bien un peu de soutien, ne serait-ce que pour éviter une troisième guerre que l’ennemi azéri est à peu près sûr de gagner, ainsi que les territoires qui vont avec. Lâchés de partout, les Arméniens ont l’impression d’être les Juifs du Caucase sans malheureusement bénéficier d’une aide de leur diaspora aux USA comparable à celle des juifs américains.

 

Se construire un avenir

 

Marché d’Erevan, 14 septembre 2022. Un T-shirt qui en dit long : “toujours prêt”

La délocalisation d’entreprises visant à contourner les sanctions économiques contre la Russie ne sont pas la seule cause de l’immigration russe en Arménie. Vania a 25 ans, en paraît 18. Elle est serveuse dans un bar chic sur la grande avenue commerçante d’Erevan. Manifestement heureuse de rencontrer des Occidentaux, cette jeune Russe se confie spontanément : « J’habitais avec ma famille près de la frontière ukrainienne. C’était devenu dangereux et, de toute manière, je suis contre cette guerre. Alors j’ai pris ma famille avec moi et on est venu s’installer ici pour se construire un meilleur avenir. » Divorcée avec une petite fille, elle est aussi le support économique de ses deux frères encore mineurs. « Ils se forment à l’IT afin de pouvoir trouver rapidement un job bien rémunéré. Je prends des cours également en dehors de mes heures de service. Le but, c’est Bali où nous irons nous installer dès que les compétences nécessaires pour pouvoir travailler à distance seront acquises. » On ne sait pas si la fin exotique de Vania se réalisera mais les moyens sont les bons. Les compétences IT sont très recherchées ici et, donc, très bien rémunérées. Irina est un peu chatouilleuse sur le sujet : « A 35 ans, mon poste de prof à l’Université me rapporte environ 10 fois moins que ce que gagne un jeune informaticien de 25 ans… ».

 

Une Gen Z méritocratique

Tbilissi, capitale de la Géorgie, 10 septembre 2022. Un café très “select” sur sa clientèle.

Il faut dire que, contrairement à leurs contemporains occidentaux, les jeunes générations, aussi bien arménienne que géorgienne, montrent une vraie appétence au travail. Ana est tranchante : « tu travailles, tu gagnes. Point. On ne veut plus rien avoir à faire avec ces vieilles querelles. On veut gagner notre vie de manière décente et on est prêt à travailler pour ça. On ne veut plus entendre parler des fléaux qui ont ruiné notre pays : la guerre, l’Union soviétique, le covid… On n’y est pas encore mais ça ira mieux quand la génération des grands parents aura disparu. Ils ont encore la mauvaise influence des nostalgiques du socialisme soviétique. » Un point de vue que partage Vania à propos de la société russe qu’elle a quittée : « Ceux qui ont un cerveau ne croient pas les médias à propos de la guerre en Ukraine. Les vieux sont crédules à leur égard, la jeune génération moins. »

 

Les médias biaisés

Là aussi, Vania voit juste. Il suffit de la regarder la TV russe, très présente en Arménie, pour se convaincre que la Russie mène une guerre défensive héroïque. Ce média manifeste un biais inverse, quasi symétrique et tout aussi marqué que celui de la presse occidentale en flattant le sentiment militaro-patriotique ainsi qu’une paranoïa anti-russe savamment entretenue. La TV russe exhibe avec une certaine jubilation les chiffres de l’inflation en Europe tout comme les Européens se flattent de l’efficacité de leurs sanctions.
Dans un article récent paru en Suisse romande, un « analyste » s’interrogeait sur le succès des sanctions. On y retrouvait quelques « évidences » malheureusement assez prévisibles. D’abord, ceux qui remettent en cause l’efficacité des sanctions sont de droite, voire d’extrême droite. Ensuite : Poutine a gagné CHF 95 milliards (+40% de plus qu’avant les sanctions) avec l’augmentation du prix de l’énergie, certes. Mais des études, américaines notamment, nous montrent que l’économie russe va bientôt (quand ?) montrer des signes qui prouvent le bien-fondé des sanctions. Les Russes seraient bientôt à court de tout ce qu’ils achetaient aux Occidentaux. Notre analyste oublie que la Chine est en générale assez prompte à produire les copies de tout ce qui peut lui faire gagner de l’argent. Il semble ignorer aussi que les entreprises russes ont une certaine créativité pour contourner les sanctions, comme c’est le cas ici en Arménie. Enfin, il oublie de dire que chez nous, l’Etat, comme Poutine, s’enrichit. En l’occurrence avec des taxes alignées sur les prix de l’énergie qui s’envolent. Et ses serviteurs, les fonctionnaires, s’accordent des augmentations de salaires avant même d’avoir reçu leurs factures d’électricité. Les sanctions sont sans effets sur ceux qui les décident, mais pas sur ceux qui en subissent les conséquences : les contribuables et les consommateurs. Des oublis biaisés ?
On voit qu’en temps de guerre, les médias jouent sur un terrain qui n’est neutre ni d’un côté ni de l’autre et qu’à la fin, ce n’est jamais l’information qui gagne.

Erevan, Arménie, le 14 septembre 2022

 

*Les noms des témoins sont fictifs. Les identités sont connues de l’auteur.

**Technologies de l’information

 

 

 

 

 

 

Un humour très “dépressuisse”

Et si on partait ? est une de ces pépites que nous réservent les grilles radiophoniques de l’été. Animé par l’excellent et enthousiaste Philippe Gougler, ce rendez-vous matinal quotidien d’Europe 1 a emmené, l’été durant, ses auditeurs aux quatre-coins du monde dans le but de les faire voyager avec pour motto : « n’oubliez pas de rêver ». Le principe est simple : chaque jour un nouveau pays – de l’Argentine à la Papouasie-Nouvelle-Guinée, du Cambodge à l’Afrique du Sud – est présenté sous un angle touristique assumé, comme une destination de voyage conseillée par ceux qui la connaissent. En plus de sa joyeuse bande de chroniqueurs, l’émission fait appel à un local, souvent un Français résidant du pays présenté, parfois journaliste ou encore lié à l’industrie du tourisme. But du jeu : susciter l’envie de découvrir le pays à travers ses beautés naturelles, ses traditions, ses particularités, sa gastronomie et en évitant ses éventuels écueils sanitaires.

Tout se passe bien jusqu’à il y a peu, le jour où la destination est… la Suisse. Légère appréhension du côté de l’auditeur indigène : on connaît le goût des Français pour les clichés attachés à l’Helvétie, on craint l’accent mal imité, la diction ralentie et les grosses vannes sur le chocolat, les banques et les montres. Heureuse surprise, il n’en est rien. Gougler redouble même d’enthousiasme à propos de ce petit pays où « tout n’est que beauté ». Il faut dire que l’animateur est un grand amateur de trains* et qu’il a évidemment trouvé de quoi alimenter sa passion en arpentant les lignes ferroviaires d’altitude. La mauvaise surprise vient du local de l’étape.

Mal inspirée, l’émission a choisi ce jour-là un humoriste lausannois pour éclairer la vision du pays visité, en l’occurrence Thomas Wiesel, un garçon proche de l’audiovisuel de service public et donc de l’humour subventionné. Manifestement, il n’était pas la personne la plus adéquate pour supporter le principe de l’émission : susciter l’envie de découvrir le pays. Un rapide florilège des « meilleurs moments » :

  • Sur les Suisses alémaniques : « Ce sont presque un peu les dirigeants de notre pays. C’est eux qui décident. On ne comprend pas ce qu’ils disent, on ne connait pas leurs célébrités. On est soumis à la Suisse allemande mais ça nous va assez bien car ils s’occupent des choses ennuyeuses et nous des choses qui nous plaisent plus. »
  • Sur le consensus helvétique : « Pour s’entendre, on se parle le moins possible. Il y a très peu d’échanges. On se côtoye le moins possible. »
  • Sur la politique : « Pour le Suisse lambda, la solution consiste à se désintéresser de ces problèmes et de ne pas porter attention et c’est comme ça qu’on finit par s’entendre ».
  • Son train préféré ? : « Mon train détesté : celui qui longe le Lac de Neuchâtel et qui rend malade » (le Pendolino, ndlr).
  • Sur la crainte des Suisses de « déranger » : « Après 22 heures, si vous faites du bruit, la police peut être à votre porte, appelée par les voisins. On aime un peu dénoncer. On l’a moins fait au siècle dernier, on se rattrape maintenant. » (On le croit volontiers de la part de quelqu’un dont on a appris qu’il était le premier à dénoncer le journaliste Darius Rochebin à son employeur dans un scandale médiatique où le principal intéressé a, par ailleurs, fini blanchi…, ndlr)

Une salade de clichés, de lieux communs, d’approximations et de simplifications largement assaisonnée d’une forme de mépris qui parvient même à écœurer Philippe Gougler, obligé de conclure ces amères interventions en pointant une « vision noire absolument opiniâtre ».

Au-delà de ce moment difficile pour la Suisse (et pour l’humour), cette anecdote illustre la difficulté que l’on observe souvent dans les milieux de la culture bien-pensante à appréhender la réalité dans sa globalité. La vision de la Suisse développée ici est un bon exemple de cette sorte de myopie sélective (les neuropsychologues parleraient d’hémianopsie) qui consiste à ignorer une large partie de votre champ visuel. Le but étant, en l’occurrence, de cadrer la réalité à travers les principes cardinaux et dépressifs de la respectabilité en vogue : être une victime, être minoritaire, être offensé d’une manière ou d’une autre.
Ignorées, en revanche, la réussite de l’économie suisse (parmi les PIB par habitant les plus élevés au monde), la richesse du mélange des cultures, la réussite incontestable de l’intégration (25% d’étrangers sans problèmes de communautarisme), l’excellence académique (largement ouverte aux étrangers), l’excellence hôtelière, une concentration de tables étoilées, une nature remarquablement préservée, deux villes riches de culture : Zurich et Bâle. Et, vertu majeure, une liberté d’entreprendre, encouragée, qui assure une prospérité dont les fruits ne sont pas répartis de manière égale, certes, mais qui profite à chacun. Tout le contraire des systèmes étatiques qui s’acharnent, au nom de l’égalité, à répartir équitablement la pauvreté. On peut imaginer que cela ait pu aussi intéresser les auditeurs d’Europe 1.

 

Un train pas comme les autres : 12 saisons sur France 5

 

 

En finir avec les politiciens cacochymes

Liu est une jeune chinoise comme il y en a beaucoup. A 24 ans, elle parle plusieurs langues couramment. Ses diplômes universitaires sur les systèmes d’information en poche, elle a fait le tour du monde avec des stages dans les plus grandes institutions grâce à des bourses financées par son pays, la Chine populaire. Actuellement, elle travaille à Genève pour une organisation internationale.  On se rencontre dans une soirée entre amis. Elle est souriante, avenante et témoigne évidemment d’une vive intelligence. On peut se risquer : son point de vue sur la situation à Taïwan ?

Eh bien, c’est simple : l’appartenance de Taïwan à la Chine n’est pas un sujet de discussion. Taïwan est né de la dissidence des nationalistes de Chiang Kaï-Shek et, tôt ou tard, l’île doit revenir à la Chine. Les Taïwanais sont pervertis par les Américains (ils ont tous, ou presque, un « oncle en Amérique ») et sont seuls responsables de la haine, devenue réciproque, entre les Chinois des deux pays. Quant à nous, les Occidentaux, nous avons une fausse image des Chinois : nous les voyons comme des pauvres et des sous-développés. On lui objecte que c’est plutôt l’absence de démocratie qui poserait problème.  C’est là que Liu nous montre une vidéo : son village d’origine, au fin fond de la Chine rurale, autrefois très pauvre, aujourd’hui prospère et coquet, genre Gros-de-Vaud en plus propre. « C’est le régime qui a permis ça. Sans lui, je n’aurais jamais pu faire mes études et je ne serais pas là. D’ailleurs, lorsqu’on se sent menacés, on a l’habitude d’invoquer Grand’Pa Mao. Il a fait quelques erreurs mais il reste dans nos cœurs ».

Gratitude et confiance

On rappelle que ces « quelques erreurs » permettent à Grand’Pa MaoZedong de figurer en bonne place dans le tiercé génocidaire des dictateurs socialistes du 20ème siècle avec 80 millions de morts sous sa responsabilité devant Staline (30) et Hitler (17) mais Liu ne changera pas d’avis. Non seulement, elle a beaucoup de gratitude pour le régime qui a permis à sa famille de prospérer, mais elle lui témoigne aussi d’une grande confiance comme c’est le cas d’une immense majorité de ses compatriotes (voir graphique). Une telle adhésion au capitalisme d’Etat, tel qu’initié par Deng Xiaoping (« Enrichissez-vous» en 1973 pour la partie « capitalisme » et le massacre de Tiananmen en 1989 pour la partie « Etat »), interroge. Serait-elle la preuve, d’une certaine manière, que le capitalisme l’emporte sur la démocratie dans la recherche du bonheur et de la confiance ? Près de 1,2 milliards d’individus semblent répondre oui.

Le taux de confiance de la population en son gouvernement, fin 2021.

Il y a donc du soutien populaire au royaume de Xi Jinping. Pour induire un changement de régime au nom des valeurs démocratiques occidentales, il faudra repasser. Sachant cela, la provocation de l’inénarrable Nancy Pelosi a-t-elle un sens ? Aller chercher des noises à un régime qui bénéficie chez lui d’un taux de confiance de 91% alors que l’on n’a que 39% chez soi est-il bien raisonnable ? Certainement pas.

 Pathétiques dinosaures

En réalité, l’escapade hautement médiatisée de Nancy Pelosi (82 ans) à Taipei s’inscrit dans le triste spectacle que nous livrent les politiciens cacochymes américains depuis plusieurs années et qui pourrissent l’ambiance mondiale. Hystérique sous Trump, elle multiplie les coups d’éclat : déchire le discours du Président sur l’état de l’Union après qu’il a refusé de lui serrer la main,

Nancy Pelosi en avril 2020, devant son “cher” réfrigérateur.

exhibe ses petites habitudes gastronomiques, typiques de la gauche caviar, devant son frigo de luxe pendant le confinement, ouvre un nouveau front alors que la guerre en Ukraine fait rage, propulse Taïwan sous le blocus militaire et économique de la Chine et vaporise le peu de crédibilité qui reste à la politique étrangère de l’administration Biden. Accro à la notoriété et au show médiatique, elle fait le spectacle et réfléchit après. Le « virtue signalling » est un sport national aux USA et n’épargne aucune génération.

Joe Robinette Biden (79 ans) ne fait pas mieux. Les signes de détérioration mentale sont tels que même les médias mainstream (si prompts à exiger des bulletins de santé à Trump dès le début de sa présidence) n’arrivent plus à faire semblant. Quand on mélange didascalies et discours sur un simple prompter, peut-on sérieusement prétendre au rôle de leader du monde libre ?  Quant à son bilan politique (Afghanistan, inflation, immigration, covid), il est catastrophique et fait de lui le Président le plus impopulaire de l’ère moderne.

Donald Trump (76 ans) fait son retour à Washington après sa longue bouderie de mauvais perdant. N’oublions pas qu’il a réussi l’ultime exploit de faire élire, contre lui, un type faible et détérioré alors qu’il pouvait se prémunir d’un excellent bilan. Du point de vue de l’économie mais pas seulement. Son administration a notamment réduit les fractures sociales (plus en trois ans qu’Obama en deux mandats). En clair, il a prouvé qu’il avait une excellente administration mais qu’il était incapable de gérer son ego massif. Quand vos supporters se mettent à porter des casques à corne en envahissant le Capitole, c’est un signe qui ne trompe pas : mieux vaut en rester là. S’il est urgent que les Américains tournent la page Biden, ce n’est certainement pas dans leur intérêt d’en rouvrir une à l’effigie de l’ancien président.

Face à cette galerie de politiciens lourdement chargés d’années (en âge comme en longévité) les gens d’en face paraissent d’une rare fraîcheur : quasi contemporains, Poutine et Xi ne sont pas encore septuagénaires. Depuis l’URSS et la Chine de Mao, la sénilité aurait-elle changé de camp ?

La plus vieille démocratie du monde doit nous offrir mieux que ça. Elle en a les moyens.

Il faudra sans doute compter avec un intermède Kamala Harris (57 ans) après que l’actuel occupant de la maison blanche aura tiré sa révérence d’une manière ou d’une autre. Les Démocrates pourront se targuer d’avoir produit la première Présidente américaine mais la victoire sera brève car elle ne sera probablement pas élue pour peu qu’elle se présente. Kamala Harris est la moins populaire de l’histoire moderne des vice-présidents américains. Elle est environ 10 points plus bas dans les sondages que Joe Robinette.

A gauche, des modérés respectables.

Cet épisode passé, on verra peut-être émerger des candidats de valeur dont certains membres actuels de l’administration Biden. On en citera deux de manière non exhaustive : Pete Buttigieg (40 ans), actuel ministre des Transports. Autrefois maire de South Bend (Indiana). Ancien consultant, brillant et pragmatique, « Mayor Pete » s’affiche volontiers en compagnie de son mari et de leurs deux enfants. C’était encore un handicap insurmontable en 2020 pour prétendre à la fonction suprême. Pas sûr qu’il en soit de même en 2024.

Encore Maire, Marty Walsch à la Pride de Boston en 2019. Très consensuel et très populaire.

On pense aussi à Marty Walsch (55 ans), l’ex-maire de Boston. Très populaire dans sa ville qu’il a quittée pour rejoindre l’administration Biden en qualité de ministre du travail, ex-syndicaliste et ex-alcoolique (comme Georges W. Bush) il pourrait s’inventer un destin majeur sur la base de sa capacité consensuelle. A noter que sa successeuse élue à Boston est Michelle Wu, d’origine 100%… taiwanaise.

 

A droite, le début de l’après-Trump ?

Mike Pence (63 ans) s’est dévoilé il y a peu. L’ancien vice-président de Donald Trump est sans doute un bon candidat. Très loyal envers son ancien patron (jusqu’au 6 janvier 2021 à tout le moins), il joue avec habileté la carte de la page à tourner sans vraiment rien renier du passé. Chrétien à 360 degrés (éducation catholique et conversion « born-again » à l’évangélisme), pro-life et pro-économie, il mènera une politique proche de celle de Trump mais avec une personnalité opposée : il refuse par exemple d’être seul avec une femme dans une pièce (on n’est jamais assez prudent).  Très attaché à l’esprit des pères fondateurs, il se présente comme le défenseur de la valeur la plus menacée du moment : la liberté. Son programme s’intitule Freedom agenda.

Beaucoup comptent sur Mike Pence pour pousser Donald Trump hors du tableau mais cela ne fait pas de lui un favori. Pour cela, il faut regarder du côté de la Floride. Ron DeSantis (43 ans), le jeune gouverneur de cet état tropical où cohabitent les cultures geek, latino et boomer, s’est profilé avec succès comme un ardent défenseur des libertés.  Il est notamment un farouche résistant à la culture woke. Il a fait adopter la loi Don’t say gay qui vise à limiter l’activisme LGBT dans les écoles primaires afin que les enfants se concentrent sur l’acquisition des connaissances. Avec une récente levée de fond de USD 100M, il prépare une candidature solide pour 2024 et promet une primaire républicaine à suspens.

L’espoir du côté des indépendants

Andrew Yang, un espoir pour l’après bi-partisme.

Andrew Yang (47 ans), un entrepreneur devenu raisonnablement riche après la vente de sa première startup, était un candidat démocrate à la présidentielle 2020 et à la mairie de New York en 2021. Après l’élection new-yorkaise, il fonde son propre mouvement : Forward (En avant ! un nom qui parlera aux macronistes) soutenu par le Yang Gang, de fidèles supporters dont Elon Musk (Tesla), Jack Dorsey (Twitter) et Bari Weiss (journaliste virée du New York Times pour non-alignement idéologique). Dans une Amérique qui commence à rejeter le bipartisme historique, Andrew Yang réunit d’excellentes qualités : il vient du business, vierge de toute expérience politicienne comme Trump, tout en ayant une vision sociale adaptée à l’époque : il est notamment un fervent défenseur du revenu universel de base. Il représente une génération Asian American surdouée et dégagée des vieilles idéologies. Fils d’émigrés taiwanais, Andrew Yang reconnaît ne parler que « très peu » le mandarin mais il le comprend. Un indiscutable atout lorsqu’il s’agira de négocier avec le Président Xi.

 

 

 

La géo-ingénierie solaire est capable de nous rafraîchir mais l’écologie politique n’en veut pas.

Limiter le réchauffement climatique en plaçant un bouclier réfléchissant entre la Terre et le soleil ? La géo-ingénierie solaire (GIS) est une idée que l’on l’étudie sérieusement du côté de Harvard et du MIT[i], entre autres, depuis plusieurs années. Pratiquement, Il s’agit de placer des aérosols (gouttelettes assez fines pour qu’elles redescendent lentement) dans la stratosphère où ils réfléchiraient une partie de la lumière solaire vers l’espace.

Images du Spitzberg (2012) comme tentative photographique de rafraîchir l’atmosphère.

Du point de vue de l’ingénierie, on sait comment procéder : une flotte d’une centaine d’avions volant à haute altitude et dispersant du dioxyde de soufre pourrait permettre de gagner un degré de refroidissement. Cerise sur le gâteau : un coût très modeste de l’ordre de 5 à 10 milliards de dollars par an. Comparés aux mille milliards annuels nécessaires à une décarbonation que les spécialistes jugent urgemment indispensable, c’est évidemment intéressant : 200 fois moins cher.

 

Une solution pour atténuer les risques

Alors ? La GIS : solution miracle de notre problème avec le climat ? Pas si simple. Selon David Keith[ii], Professeur de physique appliquée et co-fondateur du programme de recherche sur la GIS à Harvard, « La GIS est très tentante car si l’on veut une réduction rapide des dommages réels causés à certains des écosystèmes les plus pauvres du monde, elle pourrait y parvenir. Mais d’un autre côté, il est absolument vrai que si le monde choisit d’adopter la GIS et oublie de réduire les émissions, nous sommes fichus… » Nous ne ferons donc pas l’économie de la décarbonation grâce à la GIS, mais face à l’urgence, brandie par les spécialistes du climat, elle pourrait permettre de gagner du temps et surtout, comme le souligne David Keith, d’agir rapidement pour ceux qui sont le plus exposés.

Spitzberg, juillet 2012. Avec fracas.

On sait par ailleurs que la décarbonation permettra de diminuer, voire stopper l’aggravation du réchauffement mais pas le réchauffement lui-même qui est lié à l’accumulation de CO2 au fil du temps. Dans ce cadre, il faut voir la GIS comme une opportunité supplémentaire de réduire les dommages ponctuellement. Elle s’inscrit dans le cadre d’autres mesures de géo-ingénierie prometteuses mais encore coûteuses comme l’albédo de surfaces (recouvrir, par exemple, les surfaces dans les grandes villes de peintures réfléchissantes), l’éclaircissement des nuages ou encore la maîtrise des traînées de condensation des avions que l’on dérouterait de manière à en minimiser la densité. C’est en puisant dans ce même type de technologies que les Mexicains luttent contre la sécheresse en créant de la pluie artificielle[iii] ou que les vignerons suisses se protègent de la grêle.

 

Interdire avant de savoir

Comme pour tout ce qui a présidé au développement du génie humain, ce qui résultera des solutions qu’offre la géo-ingénierie n’est pas un succès assuré. Peut-être qu’il s’agit de fausses bonnes idées. Seul moyen de le savoir ? Poursuivre la recherche. Seulement voilà, la GIS n’a pas l’heur de plaire à ceux qui se sont donnés la mission de sauver le monde et tiennent absolument à imposer leur méthode. Soutenus par les voix bruyantes de l’écologie politique, une soixantaine d’intellectuels et scientifiques ont signé en janvier dernier une pétition[iv] réclamant l’interdiction du financement gouvernemental de la recherche sur la GIS et l’interdiction totale des expériences en plein air dans ce domaine.  Raisons invoquées ? Elles sont trois :

  • « On connaît mal les risques de la GIS car ils sont peu étudiés ».
    Incontestablement, c’est un point que l’on ne risque pas de résoudre en interdisant la recherche !
  • « Les espoirs suscités par la GIS risquent de dissuader les gouvernements, les entreprises et l’ensemble de nos sociétés de faire tout leur possible pour parvenir à la décarbonation ou à la neutralité carbone le plus rapidement possible ».
    Faut-il comprendre, en creux, qu’il faudrait encore aggraver la situation pour mieux muscler la détermination des acteurs ? Ou alors, s’agit-il de préférer la peur à la responsabilisation ? Effrayer plutôt que convaincre ? Emouvoir plutôt que raisonner ?
  • « Le système de gouvernance mondiale n’est actuellement pas en mesure de […] contrôler le déploiement de la GIS de manière équitable, inclusive et efficace »
    C’est vrai et c’est tant mieux : réglementer la recherche avant même qu’elle ait abouti n’a jamais mené, au mieux, qu’aux expérimentations clandestines.

 

Spitzberg, juillet 2012. Avec grâce

Un réflexe politique

Ces objections, très orientées politiquement et qui font écho à la position expéditive (3 paragraphes) du GIEC sur le sujet[v], s’inscrivent dans ce réflexe de la gauche (partis et médias) qui balaie d’un revers de la main tout ce qui n’oblige pas à une forme de décroissance. Comme pour le nucléaire, la GIS n’est traitée, lorsqu’on veut bien lui prêter de l’attention, que sous l’angle négatif.  La Radio Télévision Suisse, par exemple, a manifestement découvert son existence avec la pétition visant à l’interdire. Dans une interview de complaisance[vi] sur cette antenne, Hervé le Treut, membre de l’Académie des sciences, avoue sans fard à deux journalistes mal informés (dans le service public, la bonté des intentions l’emporte volontiers sur la connaissance du sujet) qu’il faut se méfier des méthodes telles que la GIS « car elles ne sont pas validées ». Raison pour laquelle, sans doute, il a signé la pétition visant à interdire les recherches qui risqueraient d’y parvenir…

 

Spitzberg, juillet 2012. En silence

Maintenir l’angoisse

On peut s’interroger sur cette propension de l’écologie politique à refuser toute ouverture en direction de l’innovation technologique qui va, donc, jusqu’à pousser des scientifiques à renier l’essence même de leur travail en tentant d’interdire à certains de leurs pairs de mener des recherches. Ces bien-pensants qui n’hésitent pas à traiter tous ceux qui ne pensent pas comme eux de « platistes » tombent furieusement dans le travers qui a valu beaucoup d’ennuis à Galilée. Une hypothèse peut être tentée : dans leur effort de conviction (légitime) sur la nécessité de décarboner l’économie, les militants du climat font pression sur les acteurs économiques (principalement les institutions financières et les fonds de pensions) en leur promettant que le statu quo coûtera plus cher demain que les efforts qu’il convient de faire maintenant. C’est sans doute vrai, sauf si l’on admet que le génie humain puisse, une fois de plus, trouver des solutions efficaces à ce problème. Mais, admettre que des innovations technologiques puissent venir diminuer l’ampleur de la facture promise nuit, en quelque sorte, à la démonstration. Mieux vaut alors renoncer à évoquer l’éventail des possibles pour mieux évangéliser. Quitte à désespérer un peu plus encore la génération flocon de neige qui déjà se liquéfie sous les effets de l’éco-anxiété.

Finalement, on voit bien que tout dépend de ce que l’on vise : la fin du réchauffement (via l’innovation) ou la fin du capitalisme (via la décroissance). Un choix sans équivoque.

 

 

[i] MIT : SpaceBubbles: the deflection of solar radiation using thin-film inflatable bubble raft.

https://www.dropbox.com/sh/gk415yke8shtb84/AABLA5kYXUrrZfidUpPrUCCva/Space%20Bubbles_press%20material_May%202022.pdf?dl=0

 

[ii] David Keith : “Solar Geoengineering Would Be Radical. It Might Also Be Necessary”. Entretien avec Steve Levitt, Freakonomics Radio, 10 juin 2022.

 

[iii] Cloud Seeding Plans to Bring Back Rain to Mexico, Agribusiness & Food, 24/6/2021

https://mexicobusiness.news/agribusiness/news/cloud-seeding-plans-bring-back-rain-mexico

 

[iv] La géo-ingénierie solaire ne sauvera pas le climat, stoppons-la ! Reporterre, le quotidien de l’écologie
https://reporterre.net/La-geo-ingenierie-solaire-ne-sauvera-pas-le-climat-stoppons-la

 

[v] “Les approches de modification du rayonnement solaire, si elles devaient être mises en œuvre, introduiraient un large éventail de nouveaux risques pour les personnes et les écosystèmes, qui ne sont pas bien compris (confiance élevée).

Les approches de modification du rayonnement solaire ont le potentiel de compenser le réchauffement et d’améliorer certains risques climatiques, mais un changement climatique résiduel important ou un changement de surcompensation se produirait à l’échelle régionale et saisonnière (confiance élevée).

De grandes incertitudes et lacunes dans les connaissances sont associées au potentiel des approches de modification du rayonnement solaire pour réduire les risques liés au changement climatique. La modification du rayonnement solaire n’empêcherait pas l’augmentation des concentrations de CO2 dans l’atmosphère et ne réduirait pas l’acidification des océans qui en résulterait si les émissions anthropiques se poursuivaient (confiance élevée)” “, https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg2/downloads/report/IPCC_AR6_WGII_SummaryForPolicymakers.pdf

 

[vi] https://www.rts.ch/audio-podcast/2022/audio/la-geo-ingenierie-solaire-une-fausse-bonne-idee-25794208.html

 

Interceptor : même les navets n’échappent pas au progressisme cornichon

Le film Interceptor est un gros navet qui ne mériterait pas qu’on s’y intéresse s’il n’était pas révélateur d’un phénomène plus insidieux. En effet, la bien-pensance, dont on pensait que les élites hollywoodiennes se régalaient de manière exclusive comme dans le très drôle Don’t Look Up, s’est désormais transmise aux souches plus basses de l’industrie du divertissement.

Fortement promu par Netflix (excellent dans les séries mais plus à la peine dans le domaine des films) Interceptor est un thriller de série B signé Matthew Reilly, un Australien spécialiste du genre ou, peut-être, devrait-on dire des genres : thriller et navet, tant son palmarès est pauvre. L’intrigue est assez simple. L’armée US dispose de deux bases équipées pour intercepter une attaque de missiles nucléaires russes. Ces bases sont neutralisées par des méchants qui, en même temps, prennent le contrôle des missiles russes. But de l’opération : détruire l’Amérique avec les missiles en désactivant les intercepteurs. Mais, sans rien divulgâcher (comme disent les Québécois), c’est sans compter la vigilance du Capitaine JJ.

Sous les traits d’Elsa Pataky, actrice et mannequin d’origine espagnole, le Capitaine JJ est une sorte de Bruce Willis au féminin. Biscottos potelés et sourcils épilés mais vindicatifs, elle défouraille sans compter afin de sauver le monde d’un complot des méchants (très à droite) contre les gentils (très à gauche). Le film et son message tiennent dans la composition des deux camps.

Du côté des méchants : un garçon, joli mais blanc, intelligent mais sournois. Sa motivation est l’argent. On le devine parce qu’il lâche maladroitement le nom de sa banque… Zurich Schweiz Bank (sans rire). A ses côtés, son idiot utile : un Red neck (beauf) à l’accent texan, blanc (presque rose), presque vieux et, bien sûr, mucho macho. Lui, c’est plutôt l’idéologie : « je ne suis pas un meurtrier, mais un patriote » lance-t-il avant d’exécuter à froid un brave Indo-américain qu’il avait pourtant prévenu : « je veux détruire cette Amérique qui compte trop de gens comme vous » (il s’adressait également au Capitaine JJ dont le côté latino ne lui avait pas échappé). On nous fait bien comprendre que ce méchant-là est du calibre qui envahit le Capitole de temps à autre et vote Trump à tous les coups.

Du côté des gentils, l’héroïne bien sûr. Une Latino, donc, qui a eu du mal à grader dans l’armée car elle a dénoncé, façon #MeToo, un général (vieux, blanc, gros et moche), plus intéressé par son arrière-train que son avancement dans la hiérarchie. Le Président des Etats-Unis qui, évidemment, est une Présidente (interprétée par une actrice australienne d’origine grecque) accompagnée de son secrétaire à la défense, un autre général, mais noir et pugnace. Ensemble, ils prennent les bonnes décisions malgré les mauvais conseils d’un consultant mâle et blanc avec même un petit air sémite façon Gainsbourg.

Manuel illustré de wokisme pour les nuls, Interceptor distille son « progressisme cornichon » (selon la jolie expression de Mathieu Bock-Côté, sociologue mais penseur éclairé), en nous montrant, au cas où ça nous aurait échappé, comment il faut impérativement reconnaitre les siens en termes de genre, de race, de couleur, de sentiments (et de goût pour la délation… Heu! Pardon, pour lancer des alertes). C’est si simple qu’on se demande bien pourquoi on n’a pas encore éliminé tous les fauteurs de troubles, si faciles à repérer : les blancs, les mâles, les vieux, les banques, les patriotes (catégories non-exclusives) et, bien sûr par-dessus tout, les capitalistes. Un film qui donne envie de s’acheter un ours en peluche et de lui faire des bisous. Il ne manque à cette fresque de la pensée gnangnan qu’une couleur pour atteindre le climax de l’intersectionnalité, celle de l’écologie. L’entier du film se passe sur une plateforme plantée au milieu du Pacifique qu’on ne peut atteindre– ô horreur – que par hélicoptère ou – encore pire – par sous-marin nucléaire. Pas l’ombre d’un transport public. Encore un peu de boulot avant d’atteindre le politiquement correct parfait.

De Musk à Netflix: la détestation de l’intelligence

On aurait pu imaginer que les parangons de vertu qui se plaisent à nous expliquer comment penser juste se réjouissent du fait que l’homme le plus riche de la planète soit un africain-américain. Il n’en est rien. Tout au contraire. Elon Musk (né à Pretoria) est, sans répit, sous le feu des attaques de la bien-pensance. Trop riche, trop puissant, trop blanc, il collectionne les défauts qui en font l’ennemi de la pensée juste. Et voilà maintenant qu’il s’en prend à la liberté de censurer. Quel culot ! On imagine la consternation au 1355 Market Street, siège de Twitter : des geeks très chics, tous millionnaires, pétris de la pensée woke dominante de San Francisco se lamentant de voir que leur capacité de bannir du réseau ce qu’ils considèrent comme déviant, va disparaître sous l’ère du nouveau propriétaire.

Chez Twitter, on est très chic.

Le mépris

Du succès, de l’ambition, Elon Musk possède les atouts qu’on aime détester, parmi lesquels aussi celui d’être intelligent, un peu trop intelligent. Il en va ainsi. On a beau avoir inventé la voiture électrique (Tesla), déclassé la NASA (SpaceX) en créant des fusées réutilisables, pénétré des circuits neuronaux (Neuralink) et permis aux Ukrainiens de rester en ligne malgré la guerre (Starlink), tout cela avant l’âge de 50 ans, ça n’empêche pas qu’on vous méprise et qu’on vous donne des leçons. Ça ne retient pas les plumitifs du bon droit de disserter sur le bien et le mal fondé de vos décisions (la presse en général) et les politiciens de basse souche de vous conseiller, notamment sur l’usage de votre argent (Elisabeth « Pocahontas » Warren, sénatrice US démocrate, en particulier).

La foi plutôt que la raison

Dans le grand combat qui oppose aujourd’hui la logique et la morale, c’est la dernière qui gagne. A tout le moins dans le vacarme ambiant, c’est elle que l’on entend le plus. Ceux qui fondent leur action sur la logique passent pour des arrogants, des profiteurs ou au mieux des opportunistes du système. Alors qu’il suffit de venir pleurnicher ses émotions devant une caméra au nom d’on ne sait quelles valeurs plus ou moins religieuses, de l’ordre de la foi* pour être hissé au rang de sauveur du monde (et rejoindre ainsi les lanceurs d’alerte et les cyclistes, ces héros modernes.)

McKinsey: une mission, des valeurs mais surtout des cerveaux.

Le vrai scandale

Dans la campagne présidentielle française s’achevant, le phénomène s’est illustré de plusieurs manières. « L’affaire Mc Kinsey » notamment. Ses opposants ont cru pouvoir déstabiliser le Président-candidat en lui reprochant d’avoir eu recours au cabinet de conseil américain pour épauler certains services publics. Ils ont évoqué la question de l’optimisation fiscale, mais on sentait bien que le reproche essentiel portait sur le recours à de brillantes compétences** fondées sur la logique et le rationnel qui, manifestement, devaient faire défaut à certains services publics***. Or, le scandale n’est-il pas plutôt là ? A quoi sert une administration coûteuse si l’on doit faire appel à des cerveaux bien faits lorsque des affaires courantes s’avèrent un peu plus compliquées qu’à l’ordinaire ? A-t-on songé à mettre en congé non payé les fonctionnaires dont les consultants ont fait le travail ?

L’arrogance, pas l’intelligence

Lors du débat de l’entre-deux tours, on a assisté, tout comme cinq ans auparavant, à un combat très inégal entre d’un côté l’intelligence et de l’autre les (bons ?) sentiments … dira-t-on pour être poli. On a assisté, avec douleur presque, à ces leçons d’économie élémentaire voire de calcul qui ont laissé la candidate malheureuse pantoise, muette, incapable de la moindre réaction articulée quand son adversaire lui assénait quelques traits imparables parce que simplement logiques. Or, qu’a-t-on vu ou entendu après le débat ? Du côté, de la candidate, une plainte ad nauseam, au sujet de « l’arrogance » de son adversaire. Pas un mot, après le temps de la réflexion, sur ce qu’elle aurait pu rétorquer dans les moments de silence induits par son incompétence. De même dans l’écho médiatique du débat : quasiment pas un mot sur l’incompétence de l’une. Rien sur la brillante intelligence de l’autre mais tout sur son arrogance…

La loi Netflix aussi

Ce mépris de l’intelligence et de son principal avatar, le succès, se cache également dans la volonté, en Suisse, de taxer Netflix. Née du génie de Reed Hastings, un représentant en aspirateur fatigué de faire du porte à porte, Netflix est une réussite exceptionnelle qui a permis, au-delà du streaming, la production de nombreux chefs-d’œuvre dont le pire tort aux yeux des nostalgiques du « film d’auteur » est d’avoir plu à un vaste public. Face à cela, quel est le réflexe des fonctionnaires de la culture ?  Décrocher des stages chez Netflix à offrir aux jeunes cinéastes en devenir afin de leur permettre de découvrir sur place des pratiques state-of-the-art ? Consacrer une part de la redevance SSR à l’achat d’abonnements Netflix afin de faciliter l’accès des contribuables à un vrai divertissement de qualité ? Non, bien sûr.

Maintenir l’entre-soi

On préfère taxer. Mais, au nom de quel raisonnement farfelu peut-on imaginer un seul instant qu’un pays, comme la Suisse, qui n’a pas de grande disposition naturelle pour le cinéma mais qui en a d’autres (pour l’innovation technologique, pour la démocratie directe, pour la fiscalité un peu moins confiscatoire qu’ailleurs, pour la naturalisation des footballeurs albanais, etc.) puisse tout à coup faire émerger des chefs d’œuvre du 7ème art en taxant Netflix ? L’idée n’est évidemment pas là. Le but est de financer le système d’aides et de subventions qui constitue un petit milieu où règne l’entre-soi, où on se montre dans les festivals (en Suisse, c’est à Locarno) et où, surtout, il s’agit de maintenir un cinéma d’auteur qui est « produit pour être financé, pas pour être vu », comme le dit finement le jeune producteur et scénariste français Laurent Rochette**** (« Paris est à nous », « Années 20 »).
En refusant ce nouvel impôt, car c’est bien de cela qu’il s’agira lorsque Netflix aura adapté ses tarifs et restreint sa tolérance sur le partage des accès, les Suisses feront preuve d’intelligence. Quitte à se faire détester.

 

 

* On consultera avec intérêt l’ouvrage Woke Racism: How a New Religion Has Betrayed Black America, de John McWhorter (2021). Ce professeur de linguistique à la Columbia University de New York démontre comment le wokisme efface la logique au profit d’un système moral de type religieux qui a pour effet, notamment, d’être nuisible à ceux qu’il prétend défendre.

** Quiconque a travaillé avec des consultants sait qu’ils sont triés sur le volet et embauchés en fonction de leurs aptitudes intellectuelles supérieures, dans le domaine des STEM de préférence. On y trouve beaucoup d’ingénieurs, parfois un brin autistes mais capables de résoudre sans broncher, sans répit et, surtout, sans faute de redoutables problèmes.

*** Boris Johnson a appliqué la même recette en confiant la gestion de la vaccination à une consultante. Avec succès.

**** « C’est arrivé demain » de Fréderic Taddeï sur Europe1, le 24 avril 2022.

C’est quand la marée se retire qu’on voit ceux qui nageaient nus.

Attribuée à Warren Buffet et destinée aux spéculateurs boursiers, cette maxime prend tout son sens avec le retour de la guerre en Europe s’agissant des conséquences de la bien-pensance contemporaine.

Sous la pression de l’écologie politique, de nombreuses décisions désastreuses ont été prises en Europe durant ces dernières décennies. Le conflit ukrainien les met cruellement en évidence. En tête du palmarès : Angela Merkel et sa décision d’arrêter les centrales nucléaires allemandes. Le solaire et l’éolien étant, une nuit sans vent, aussi utiles qu’une piste cyclable un jour de pluie, il faut se replier sur le gaz et le charbon. Résultat : l’Allemagne fait aujourd’hui partie des 10 pays les plus polluants au monde… en plus d’être un client captif du gaz russe.

La Suisse aussi…

Également ébranlé par l’accident nucléaire de Fukushima (« cette aubaine » pour Greenpeace) le Conseil fédéral suisse, tout à son émotion, décide en 2011 et en une séance de 4 heures la sortie du nucléaire d’ici 2034. Aujourd’hui, l’option du retour au nucléaire est forcément évoquée. On a juste perdu 11 ans. On notera au passage que le Conseil fédéral de l’époque était composé majoritairement de femmes. Plus sages que les hommes, comme le veut la doxa du politiquement correct, vraiment ?

Du côté des Etats-Unis, le constat n’est pas plus encourageant. Le Président Joe Robinette Biden, dont la santé est apparemment aussi déclinante que sa popularité, est soumis aux conseils de son entourage démocrate très attiré par la pensée woke. C’est ainsi qu’il a bloqué toutes les initiatives concernant les énergies fossiles, relançant ainsi la production d’énergie au charbon.

L’affaiblissement des uns ouvrant l’appétit des autres, l’Europe se retrouve bien impuissante face à la Russie qui tient le couteau par le manche, ou plutôt le pipeline par la vanne. Elle se retrouve à mendier son énergie en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Alors que Joe Robinette se voit réduit à courtiser le Vénézuela.

…mais pas la France

Dans ce contexte désastreux, il convient, une fois n’est pas coutume, de saluer la position française. Non seulement pour son orientation nucléaire historique, vouée à assurer une indépendance devenue précieuse et, par la même occasion, très vertueuse en termes d’empreinte carbone, mais aussi pour la décision courageuse de son Président de poursuivre et développer son programme nucléaire, notamment dans la direction des nouvelles technologies dans ce domaine comme les SMR (Small Modular Reactor). NuScale, l’un des leaders US, prévoit ses premières commercialisations pour 2029. Rachetée par la société Fluor, cette technologie est désormais cotée (FLR/Nasdaq : +86% depuis fin 2021).

L’alimentation, autre victime

L’énergie n’est pas le seul champ du désastre. L’alimentation aussi souffre de décisions idéologiques qui s’avèrent ravageuses. Prenez le Sri Lanka. S’interdisant l’usage des produits phytosanitaires, ce pays était fier d’être devenu le premier à pouvoir s’afficher 100% bio. Quelques temps après avoir amorcé cette transition, le résultat a été tout autre que celui attendu : l’état d’urgence alimentaire a été décrété le 31 août dernier avec une sévère pénurie de denrées. Les produits phytosanitaires ont été réintroduits mais c’est, comme toujours, la population qui a payé le prix de ces errements.

Les maîtres de l’Inquisition verte.

Ces réalités enfin dévoilées suffiront-elles à faire revenir la raison ? Pas chez les écologistes politiques eux-mêmes, bien sûr. Ils se moquent du sort de leurs contemporains, le but étant de sauver la nature en éradiquant l’homme tout en régressant vers un système collectiviste propre à satisfaire leurs pulsions crypto-marxistes. On n’entend plus Greta, certes. Mais les maîtres de l’Inquisition verte, les Torquemada woke sont toujours là, prêts à nous imposer ce qui est bon pour nous à tous les niveaux de notre existence, de notre humour à notre mobilité en passant par notre santé bien entendu.

Prenons ce journaliste neuchâtelois aux écrits insignifiants, issu d’une génération amputée de la capacité de comprendre le second degré et qui voit probablement dans son métissage le fondement du droit de définir si l’humour des autres est correct ou pas, vouant aux gémonies (et au chômage) une comédienne, pourtant de gauche comme lui mais vieille et subtilement drôle, ce qui fait deux bonnes raisons de la condamner.

Prenons Lyon, cette belle ville récemment soumise aux 30 à l’heure par la grâce de sa mairie verte. Contrairement à d’autres cités dont la mobilité est aussi entravée par la bien-pensance, il ne s’agit pas ici de limiter le bruit ou la pollution. Non, le but est de diminuer le nombre d’accidents, un véhicule roulant à 30 étant réputé moins dangereux qu’un autre roulant à 50 (sans blague ?). Rappelons peut-être qu’il existe un autre moyen de prévenir les accidents, manifestement hors de portée de l’exécutif écologiste, c’est de faire respecter les règles de la circulation, notamment aux… cyclistes.

Dieu nous garde du parti des urbanistes.

Il était juste dans les années 80 de se méfier de l’émergence du parti des automobilistes qui voyait dans la bagnole le prisme ultime d’une vision moderne de la société. Il est vital, de nos jours, de se méfier tout autant (du parti) des urbanistes qui trouvent chez les écologistes politiques un terrain de jeu idéal. Avec pour première ambition « d’emmerder » les automobilistes (comme d’autres les non-vaccinés), ils passent pour des saints auprès de ceux qui ne voient pas pourquoi tout le monde ne se déplacerait pas, comme eux, soit en trottinette ou à vélo. Cette vision urbano-centrée, boboïsée, dogmatique et déréalisée devrait en toute logique commencer à paraître pour ce qu’elle est : un totalitarisme dangereux et imbécile (pour paraphraser Houellebecq*). Les récentes élections cantonales en Suisse montrent que le reflux de la vague verte pourrait s’amorcer. Les candidats de l’Alliance de gauche vaudois s’affichaient au Festival de Jazz de Cully ce weekend. En terrain pourtant conquis, ils n’ont pas été très courtisés. Ils n’étaient d’ailleurs que quatre sur cinq. Un signe prémonitoire ?
Peut-être, mais c’est quand la vague verte se retirera vraiment qu’on verra combien il y a de noyés. Nus comme des Verts.

 

 

* « Anéantir », Michel Houellebecq. Flammarion. 2022

 

 

Voyager au temps des mesures Covid

Comme nous tous, le voyage a pris, ces deux dernières années, un sacré coup de vieux. Plus que le virus, ce sont les mesures destinées à nous « protéger » qui ont fait le plus de dégâts, non seulement du point de vue économique mais également en attaquant le voyage dans son esprit, celui de la liberté, de la tolérance et de l’ouverture au monde.

Même si les mesures semblent se lever dans quelques pays, de sérieuses séquelles et de solides entraves persisteront probablement longtemps pour le voyageur post-covid. En voici quelques-unes repérées en trois mois de voyage en Afrique de l’Est, du Sud et dans l’Océan Indien.

 

 

A Mahé, les installations de test sont là pour durer. Un business bien établi et…

Le fructueux business des tests PCR

Première évidence, voyager revient plus cher qu’avant. Avant tout autre business, celui des tests PCR pèse lourd sur le budget à chaque passage de frontière et s’avère florissant. Leur prix varie en fonction des pays, de leur pouvoir d’achat, de leur degré de corruption et de l’orientation plus ou moins punitive des gouvernements envers les voyageurs. On connaît les prix astronomiques pratiqués en Suisse (CHF 130-180), auxquels se comparent avantageusement ceux pratiqués à Dubaï (CHF 30-50), en Tanzanie (CHF 80), à Maurice (CHF 40) ou en Afrique du Sud (CHF 30). Dans ce domaine, comme dans d’autres, la palme revient aux Seychelles qui alignent leurs prix (CHF 150 – 500) sur celui de leurs hôtels de luxe. Inspirées par des habitudes bien ancrées au cours de 40+ années passées en régime socialiste, les Seychelles ont gardé un flair particulier pour systématiser l’accaparement de l’argent des autres et le redistribuer aux Camarades (la femme de feu l’ancien président France-Albert René est actuellement en prison, accusée d’avoir détourné USD 50 millions de dons humanitaires en provenance des Emirats).

…très lucratif

Le business des tests en fait partie et il participe des charmes «contrastés» de ce petit pays opportuniste où les ambulances sont fournies par l’aide humanitaire indienne et où, en même temps, le café est au prix pratiqué sur la Bahnhofstrasse de Zurich.

 

 

Bien choisir les prestataires sanitaires

Il convient aussi de choisir avec prudence son praticien, les tests étant effectués dans le public comme dans le privé. Il vaut généralement mieux se confier au privé, plus efficace mais aussi parfois plus cher (à l’opposé de la Suisse !) et rester vigilant dans tous les cas. A Maurice, un visiteur a témoigné d’un médecin local qui lui proposait de réaliser un scanner pour traiter… une arête de poisson dans la gorge (retirée, plus tard, en 20’ à l’hôpital du coin).

 

Il faut ajouter au business des tests PCR le fait que les compagnies aériennes qui n’ont pas encore récupéré toute leur clientèle, loin s’en faut, doivent récupérer leurs pertes et assumer, seules, le poids des contrôles sanitaires que les gouvernements leur ont courageusement délégués, sous la menace de devoir rapatrier à leurs frais les voyageurs qui ne sont pas « en ordre ». On ne va donc pas retrouver tout de suite des prix défiants toute concurrence en ouvrant de larges horizons. Du coup, le voyage devient un peu moins spontané. Le choix des destinations est souvent réduit par les lubies des décideurs politiques. On pense au travel ban dont ont été victimes les pays de l’Afrique australe en début d’année en « récompense » du travail des excellents chercheurs d’Afrique du Sud qui ont découvert le variant omicron et ont eu le malheur de le communiquer.

 

L’aéroport de Dar-es-Salam pendant les Fêtes de fin d’année

 

Comportements nouveaux : l’émergence des Little Hitlers

Une étude* réalisée par des chercheurs américains en 2011 s’est intéressée à la relation entre le pouvoir et le statut social. Elle a démontré que la situation où un individu a un statut social très bas associé à un pouvoir très grand représente la configuration idéale du « Little Hitler », ce comportement qui engendre des abus de pouvoir hors norme. Des exemples typiques dans la vie de tous les jours sont le videur de boîte de nuit ou l’employé de gérance, soit un statut social faible allié à un pouvoir immense vis-à-vis de celui qui recherche une entrée ou un appartement à louer.

Les mesures covid ont créé un terrain extrêmement favorable à ces comportements. On en trouve beaucoup dans les aéroports, à l’entrée de tous les endroits où il faut (fallait) montrer patte blanche et passe sanitaire. Dans le business des tests également. Lorsque la prestation est vendue, l’écouvillon est enfilé avec délicatesse : un médecin mauricien demande à son patient d’indiquer lui-même lorsque la profondeur maximale est atteinte. A l’aéroport de Maurice où des contrôles PCR sont pratiqués, à l’arrivée, en fonction du type d’hébergement**, c’est le contraire : le fonctionnaire de piquet tente visiblement la perforation cérébrale sur chacune de ses victimes.

Des touristes israéliens à la mosquée Sheikh Zayed : pas le choix de l’angle

Enfin, il y a fort à craindre que les comportements autoritaires qui, de manière générale sont tolérés comme l’ont été docilement les mesures covid, installent une volonté de contrôle accrue. A Abu Dhabi, il est désormais strictement interdit aux visiteurs de la magnifique mosquée Sheikh Zayed de prendre des photos hors des endroits désignés. Pas sûr que l’imam responsable du choix des angles ait l’oeil très photographique.

 

Plus de danger

Les « Little Hitler » fleurissent volontiers dans les pays à régime autoritaire où il convient d’avoir plus peur des représentants de l’Etat que des habituels malfrats. C’est le cas aux Seychelles et à Zanzibar où le braquage par un militaire armé est une expérience (vécue) qui s’ajoute volontiers à celles des plages et de la plongée. De manière générale, il est devenu plus dangereux de voyager au temps des mesures covid. En Afrique du Sud, la situation économique totalement catastrophique laisse sur le carreau une partie grandissante de la population qui n’hésite pas à recourir à la violence, cela d’autant plus que le masque obligatoire rend bien service aux bandits (deux agressions vécues en six semaines en plein jour entre le Cap et Port Elisabeth, des zones urbaines où il convient de ne pas s’écarter des lieux fréquentés).

 

Moins de diversité, plus de Russes

Il existe un changement fondamental dans la biodiversité des voyageurs. On ne voit pratiquement toujours aucun Asiatique, ni aucun Américain. Un monde sans les sujets de Xi et Biden qui s’est donc ouvert – la nature a horreur du vide – à une population nouvelle, abondante et relativement… fortunée, celle des Russes.

La classe moyenne russe adore les îles paradisiaques de l’océan Indien. Pas sûr qu’elle accepte d’y renoncer sous l’effet des sanctions.

En ce début d’année, tout se passe comme si les mesures qui ont retenu les voyageurs occidentaux et asiatiques n’existaient pas pour cette partie de l’Europe. Les Russes ne sont pas seuls, les Tchèques, les Polonais sont nombreux également. Les Ukrainiens aussi, arrivés par charter à Zanzibar et dans les autres îles pendant les Fêtes. Les touristes russes ne sont pas, on le sait bien, les gens les plus aimables du monde. Ils sont souvent naturellement rugueux, parfois simplement timides. Lorsqu’ils ne parlent pas d’autre langue que la leur, ils préfèrent se taire (l’exact opposé des Français), ce qui leur donne un air renfrogné. Mais, à ce moment de l’histoire, tout ce petit monde ne songe qu’à faire trempette et personne, ou presque, ne se soucie de ce qui va se passer de retour au pays.

 

Un signe rassurant. Peut-être… 

L’invasion des touristes russes dans les chers paradis insulaires de l’Océan Indien est, toutefois, peut-être, un signe d’espoir. Elle témoigne de l’émergence d’une importante classe moyenne russe qui a des moyens financiers et entend bien en profiter. Il est peu probable qu’elle accepte, au nom des divagations de son président, de renoncer pour longtemps à ces avantages nouvellement acquis. L’effet des sanctions économiques devrait alors logiquement la pousser à prendre son destin en main. Cette hypothèse plaide pour le scenario d’une révolution de l’intérieur que beaucoup voient comme l’une des solutions possibles à la résolution de cette impossible situation.

 

* “The Destructive Nature of Power Without Status,” Nathanael Fast et al. 2011, Journal of Experimental Social Psychology

** Si le visiteur loge à l’hôtel, il est dispensé de test. Sinon, il est soumis à un test PCR. Une mesure… Comment dire ? Exotique ?

 

 

 

 

Le Louvre Abu Dhabi fait fleurir la beauté au milieu du désert

C’est un joyau suspendu entre le ciel et la mer. Un écrin resplendissant de beauté pure, un luxe gracieux qui s’offre celui d’aller sans dire, laissant bouche bée le visiteur ébloui.

Le Louvre Abu Dhabi ne se révèle qu’après un long chemin. Il faut parcourir quelques kilomètres au milieu du désert avant de rejoindre Saadiyat, l’île aux musées d’Abu Dhabi. L’île artificielle dont la capitale des Emirats veut faire une plateforme culturelle qui la place sur la carte universelle des incontournables du genre.

L’entrée du Musée donne le ton, oriental.

Autour du sublime musée de Jean Nouvel, quatre autres projets sont dans les plans des Emirs : un Guggenheim signé Frank Gehry, un musée national signé Norman Foster, un Opéra (Performing Arts) dessiné par feue Zaha Hadid et un musée maritime confié à Tadao Ando. Autrement dit la crème de la crème en matière d’architecture contemporaine. A l’heure actuelle, seul le Guggenheim est en construction. Date d’ouverture annoncée : 2025 ou 2026 pour un projet dévoilé en… 2006. C’est deux fois plus que le temps qu’il n’en aura fallu au Louvre pour voir le jour.

 

Un deal en or (noir)

Fruit d’un accord signé entre la France et l’Emirat en 2007 sous l’impulsion de Jacques Chirac (qui donne son nom à l’avenue qui mène au Musée), il est inauguré en grande pompe par Emmanuel Macron le 8 novembre 2017.

La lumière du soleil : élément central de l’architecture du Musée

Pourtant, son chantier, lui aussi, aura connu de nombreuses vicissitudes entre négociation et renégociation du contrat entre les Etats, retards de chantiers et de nombreuses polémiques : quant aux conditions de travail de la main d’œuvre étrangère tout d’abord et, également, quant à la moralité du Louvre (maison mère) qui ouvrait ainsi sa première succursale hors de France en échange d’une solide « compensation » (env. un milliard d’euros dont une moitié pour l’usage du nom pendant 30 ans). “Peut-on faire tant d’argent en bradant ce nom prestigieux ?” se sont offusqués certains cultureux dont on connaît la défiance pour l’argent (des autres). Bref, un deal intéressant pour l’Emirat qui peut ainsi cocher la case « capitale culturelle » dans les options de son futur post-or noir.  La diversification de son économie passant aussi par des investissements massifs dans ce domaine.

Un village de blocs blancs, épurés, sobres sous un ciel d’acier étoilé

Un joyau incomparable

Le Louvre Abu Dhabi est un village constitué de blocs blancs, sobres et épurés recouverts d’un immense dôme métallique de 180 mètres de diamètre. Formé de plusieurs couches de motifs en forme d’étoile, le dôme filtre le rayonnement solaire pour créer “une pluie de lumière”, projetant des éclats de soleil sur les blocs blancs et les promenades qui constituent l’intérieur du bâtiment. “C’est un projet fondé sur un symbole majeur de l’architecture arabe : la coupole. Mais ici, la coupole est une proposition moderne qui rompt avec la tradition”, avait expliqué Jean Nouvel. On peut y voir aussi une allusion au moucharabieh, cette cloison ajourée qui décore les balcons et fenêtres orientaux.

“Leaves of Light-Tree” (2017). Comme au MCBA, dans l’entrée, un arbre de Giuseppe Penone, l’artiste qui reboise les musées.

Ainsi, la vie du village se déroule à l’abri de ce dôme somptueux, des cheminements serpentant entre les blocs blancs qui, on l’aura compris, contiennent les salles du Musée, et les bras de mer qui s’y introduisent également. Car, oui, vous avez bien lu, la mer entre dans le Musée. Ses reflets dansants ajoutant un mouvement au tamis de lumière créé par le dôme. Des bassins prolongent l’espace et se perdent à l’horizon où pointent de lointains gratte-ciels. Quelques dhows aux voiles élégantes se balancent à portée de main. Dans ce Louvre-là, on est à Venise en même temps qu’à la Kasbah sous un ciel d’acier.

 

Une collection en devenir

“Victor Hugo et  les Muses” (1897-1964) d’Auguste Rodin

Le Louvre Abu Dhabi est vaste. Les cubes abritent 6400 mètres carrés de galeries, sans compter l’auditoire, le restaurant et la boutique. Faisant l’objet d’un accord avec la maison-mère parisienne concernant l’ouverture de ses tiroirs, la collection reçoit des œuvres qu’elle expose pendant un an. La rotation intervient en octobre de chaque année. C’est ainsi que le Penseur de Rodin ou l’auto-portrait de Van Gogh ont passé une année dans l’Emirat. Actuellement, ce sont encore des pièces de Rodin qui tiennent la vedette : notamment Victor Hugo et les Muses.

 

Universalité

Convergence de thèmes…
… à travers les cultures.

La collection permanente est en accord avec le rôle de plaque tournante des grandes civilisations que tient le monde arabe dans sa situation géographique aussi bien que culturelle. L’idée est simple : il s’agit de montrer de manière chronologique l’histoire du monde à travers des œuvres qui sont toujours présentées conjointement à celle d’une autre culture dans la même thématique. Cela permet de présenter des œuvres prêtées (encore majoritaires) comme des œuvres propres (comme la perle la plus vieille au monde, env. 5800 av. J.-C., trouvée dans l’Emirat). Le résultat est très convaincant. L’exposition est passionnante et se suit avec un enthousiasme partagé entre la cohérence des mises en relation et la beauté qui émane de chaque vitrine, de chaque buste, de chaque fenêtre, de chaque détour où se perd la lumière dorée du Golfe.

 

Le soir venu, le Louvre Abu Dhabi se pare d’or.

Bien sûr, la collection du Louvre Abu Dhabi est encore dans sa phase de développement. On est loin des trésors immémoriaux du British Museum, des splendeurs mystérieuses de Naoshima, l’île aux musées japonaise ou encore de la folie exubérante du Musée qui déclasse tous les autres : le MONA de Hobbart.  Mais il a fallu des décennies, voire des siècles pour que les grands musées occidentaux créent leur magie. Ce Louvre-là a déjà l’avantage de reposer dans un écrin de magnificence. Il peut grandir sereinement et prétendre aux plus hautes ambitions dans un monde culturel où il est admis que le contenant dépasse (temporairement) les contenus.

Près de deux millions de visiteurs ont visité le Louvre Abu Dhabi durant les deux ans qui ont précédé la pandémie. Depuis lors, la fréquentation est bien sûr moins abondante. Le 31 décembre, le Musée n’a accueilli qu’un seul visiteur : David Guetta pour un concert du Nouvel-An en streaming. Ce garçon a du goût. A tout le moins pour les beaux espaces.

 

 

 

Pourquoi il faut absolument visiter Expo 2020 à Dubaï

–  Certificat vaccinal ou test PCR, s’il vous plaît, nous demande l’hôtesse au check-in d’Emirates.

– Vous avez bien dit « ou » et non pas « et » ?

– Oui. J’imagine que comme la plupart des voyageurs, vous avez les deux (sourire de compassion). Les gens sont vraiment mal informés. Dubaï, c’est vaccin ou test*.

Le voyage pour Dubaï commence bien : CHF 260.- jetés dans le(s) sanitaire(s) ! Et le sentiment désagréable de penser que personne dans toute la chaîne de ces gens qui nous veulent du bien, notamment les centres de test dont on suppose qu’ils sont relativement lucratifs, n’ait pensé à préciser ce détail.

Bref, Expo 2020 oblige, Dubaï est accueillante. Les formalités sont simples et tout est fait pour ne pas décourager les curieux d’une Expo universelle censée, à l’origine, attirer des millions de visiteurs. C’est qu’il faut combattre sur plusieurs fronts. La pandémie bien sûr mais aussi les préjugés contre cette ville trop riche, trop exubérante, trop prospère, trop optimiste pour la bien-pensance dépressive occidentale. « Dubaï, c’est sûrement intéressant mais ce n’est pas dans mes valeurs » me disait, avant de partir, cette jeune femme de la GenZ pourtant apparemment dotée d’une intelligence normale.

 

Osez l’Expo !

Pourtant, si l’on s’autorise à dépasser ces préjugés, l’expérience de Dubaï est non seulement du plus haut intérêt, mais s’avère une véritable cure contre l’anxiété et les diverses hystéries dominantes en Europe notamment. Comme dans les pays asiatiques, les challenges qui se dessinent au début de ce siècle sont abordés sous l’angle des solutions et non celui de la crise et de ses obsessions. Pour autant, il n’y a pas de déni. Bien au contraire : les grandes thématiques sont traitées.

L’immense pavillon consacré à la Mobilité

Mobilité et Durabilité sont les thèmes centraux de l’Expo. Auxquelles s’ajoutent l’Opportunité. Chacun de ses trois thèmes fait l’objet d’un pavillon dédié qui rivalise avec les 192 autres représentant les pays. On y expose des visions de l’avenir créatives et enthousiasmantes même si elles sont parfois un peu naïves. Tenez un discours collapsologue ici et vous allez récolter un fou-rire historique !

Au-delà de son caractère thérapeutique, Expo 2020 illustre bien le monde du 21e siècle. Alors que les premières éditions se passaient entre Paris et Londres, la diversité est de mise et la modernité s’invite à travers un monde rétréci où chacun est à portée de voix. Le motto de l’exposition : connecting people. De plus, chaque nation se montre sous un jour finalement assez révélateur de ses traits fondamentaux d’un côté et, il faut bien le dire, de sa capacité à trouver les meilleurs cinéastes-vidéastes de l’autre car Expo 2020 sacre clairement le triomphe des Maîtres de l’image et du son. Passage en revue des pavillons les plus marquants :

 

Dans le top 10 des visites

Il faut être patient pour visiter le pavillon du Japon

Ce classement populaire, par le succès, témoigne de l’intérêt du pavillon (souvent selon sa capacité à étonner, intriguer ou amuser) qui se transmet par le bouche à oreille et aussi de la proximité géographique d’où le succès des pavillons arabes. Celui de la Mobilité est un de ceux qui attirent le plus de visiteurs. Il retrace de manière spectaculaire son histoire, des premiers voyageurs au sextant à ceux qui découvriront nos voisins stellaires. Du côté des pays, c’est évidemment le Japon qui triomphe avec un bijou de pavillon. Au moment de son ouverture matinale, il y a déjà deux heures d’attente pour y accéder. La Corée du Sud suit de près. Un très grand pavillon futuriste où le visiteur voyage entre architecture brute et réalité augmentée. Samsung met à disposition les appareils remis à chaque visiteur, of course. Le résultat est, il faut bien le dire, décevant compte tenu de la richesse de ce pays, à peine esquissée dans un film vertical à visionner couché. Viennent ensuite, dans un mouchoir de poche, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis (Dubaï et les six autres émirats qui fêtent cette année le 50ème anniversaire de leur très prospère – et aussi un peu pétrolifère – union). Proche de leur public local, ces deux nations ont mis le paquet avec d’immenses pavillons aux lignes architecturales affolantes.

Un défi à la pesanteur : le pavillon saoudien

La première met en évidence la beauté méconnue de sa géographie et les visions de ses artistes dans une présentation kaléidoscopique proprement sidérante. Les Emirats, eux, célèbrent leur émergence passant à la vitesse de la lumière, de la culture des chameaux à celle de l’intelligence artificielle en moins de temps qu’il n’en faut à la Suisse pour construire son réseau d’autoroutes.

Un demi-million de visiteurs en trois mois.

La Suisse justement : elle fait partie du top 10 avec un astucieux pavillon qui affiche son identité en effet de miroir et propose, à l’intérieur, une resucée du nuage d’Yverdon à Expo ’02**. Faire circuler les visiteurs dans un nuage de vapeur d’où émergent les sommets alpins : il fallait oser au pays du hammam ! Le pavillon helvétique complète la visite en promouvant la capacité d’innovation suisse liée, en partie, au système d’éducation dual (académique versus apprentissage).

Le pavillon suisse affiche un score record grâce à son nuage

Une vraie réussite signée Swissnex. Les collaborateurs du pavillon sont d’ailleurs très fiers de voir les queues de visiteurs s’allonger dès les premières heures de la journée. Ils sont assez arrangeants aussi. Une simple question en mode sourire : « A special lane for the swiss tax-payer ? » *** et nous voilà sortis de la queue dare dare, économisant une bonne heure d’attente. A la sortie, c’est une collaboratrice au puissant accent du jura bernois qui s’émeut de rencontrer des compatriotes et de leur annoncer qu’il y a quelques jours, le pavillon a dépassé le demi-million de visiteurs.

 

Les plus beaux

Outre celui de l’Arabie Saoudite, déjà citée, le plus beau pavillon est sans doute celui du Pakistan.

Le début d’un voyage de toute beauté

Une immersion visuelle et auditive saisissante dans une scénographie qui ne l’est pas moins, le pays de Imran Khan, premier ministre et ancien champion de cricket, se montre puissant, riche d’une culture et d’une histoire solides mais également doté d’une force économique industrielle, agricole et académique redoutable que l’on ignore en Occident. (En 2100 : le Pakistan sera le 5e pays le plus peuplé du monde****)

 

 

Le plus moche

David comme on le voit…
… et comme le voit notre téléphone

L’Italie. Elle propose un pavillon sans âme, fait de bric et de broc où même les créations de sa haute couture ont l’air de sortir d’un musée poussiéreux. Entre deux flaques de spiruline, on peut y voir une reproduction du David de Michel-Ange, mais un habile dispositif ne laisse entrevoir que le sommet de la massive statue imprimée à l’identique en 3D. Si l’on veut admirer sa légendaire zigounette, il faut glisser son téléphone portable dans le silo qui l’abrite. Ici, le sexe aussi se porte voilé. Le slogan italien était pourtant prometteur : « la beauté réunit les gens » (eh oui !). On le sait bien, L’Inferno est pavé de bonnes intentions.

 

 

Le plus politiquement correct.

Ceux qui ont suivi les débats de la primaire démocrate l’an dernier et vu son sourire carnassier à l’assaut de ses adversaires, y compris son futur patron, auront un frisson dans le dos en se retrouvant face à Kamala Harris et ses vœux de bienvenue au pavillon des Etats-Unis.

L’astronaute du futur

Sous leur administration actuelle, les USA proclament les vertus de leur instinct historique pour l’innovation mais ils affichent surtout leur inclination pour les valeurs politiquement correctes du parti démocrate. Un étage est consacré à l’exploration spatiale illustrée par une souriante astronaute noire (of course !) et une promesse de Mars, la Lune étant reléguée au passé. C’est vrai qu’elle n’a été foulée que par des plus ou moins vieux mâles blancs, la pauvre. Le motto de cette exposition : « Life, liberty and the pursuit of future », variation sans beaucoup de sens sur une valeur cardinale des pères fondateurs « the pursuit of happiness ».

 

 

Le plus spatial

Dès lors qu’il s’agit de montrer son intérêt pour le futur, quoi de mieux que le spatial. Du coup, de l’ensemble des pays européens à la Chine en passant par le Kazakhstan, chacun cherche à démontrer son rôle unique dans la conquête de l’espace.

Une architecture qui illustre les flux

Le plus surprenant à cet égard est le Luxembourg qui se présente comme un acteur majeur des futures découvertes. Surprenant, même si l’on sait que les flux financiers qui orbitent dans la Grand-Duché sont capables de supporter d’onéreuses explorations. A la fin, de cette course à l’espace, ce sont les Etats-Unis qui gagnent avec le morceau de lune qu’ils proposent de tâter dans leur pavillon : « touch the moon ! »

 

 

Le plus Suisse

Design zurichois pour le royaume du Bahreïn

Le royaume de Bahreïn a confié la réalisation de son pavillon à un architecte zurichois, Christian Kerez qui signe une admirable expérience immersive. 126 barres métalliques s’entrecroisent dans un apparent désordre et soutiennent la structure d’aluminium du pavillon. Les barres représentent les différentes nationalités et cultures qui cohabitent dans un Bahreïn très dense (10 fois plus que la Suisse) et fondent la cohésion du pays. Conçu dans une esthétique très épurée, à la zurichoise, le bâtiment de Kerez est considéré comme un des chefs-d’œuvre d’architecture de l’Expo. Il joue admirablement avec l’espace et la lumière changeante. Les Bahreïnis en sont tellement contents qu’ils le reconstruiront à Manama, leur capitale, après Expo 2020.

 

 

Le plus socialiste

De bonnes relations avec les Emirs mais une expo négligée

C’est la grande surprise de l’Expo : le pavillon de la Chine est terrible. On connaît pourtant les ambitions de Pékin à se montrer sous un jour moderne et prospère à la face du monde. Ce qui est montré là ressemble à une exposition des années 70, la grande période du réalisme socialiste. La vision du futur selon le Parti Communiste Chinois s’expose comme un dessin animé destiné aux moins de 5 ans qu’il s’agit d’endoctriner avant que la raison ne vienne jouer les trouble-fêtes. A oublier, de même que le pavillon du Belarus, un peu du même genre.

 

 

Le plus poétique.

Quand l’IA se met à la poésie

Le pavillon britannique est sans doute l’un des plus audacieux en matière d’architecture et de vision. Il affiche, sur sa façade, un poème qui se renouvelle sans cesse grâce à l’intelligence artificielle qui intègre les mots que lui suggèrent les visiteurs. C’est simple, c’est spectaculaire et c’est très beau.

 

 

Les plus concurrentiels

Les concepteurs de l’Expo sont facétieux : ils ont collé le pavillon du Saint-Siège à côté du celui de la Ligue Islamique mondiale. Le premier insiste sur le rôle politique du Pape, notamment dans ses rapprochements avec d’autres religions. Le second diffuse une histoire en 3D, immersive et vertigineuse, des Prophètes.

Le Vatican se la joue classique alors que la ligue islamique se projette en 3D

 

Le plus disco

C’est un DJ qui vous accueille au sein du pavillon d’Israël. L’idée est de présenter en musique et en chansons ses vertus, principalement technologiques et dans le domaine de la cybersécurité en particulier. Mais au-delà de ça, Israël joue un jeu de séduction très appuyé vis-à-vis du monde arabe à travers ses nouvelles relations diplomatiques (engagées sous l’ère de l’administration Trump) avec les Emirats. Le but est de montrer les bonnes dispositions d’Israël concernant la coopération future. Et ça marche : tous, Arabes inclus, entonnent la chansonnette et se retrouvent à battre la mesure comme dans une fête de Bar Mitzvah.

Un DJ pour séduire en musique

 

Le plus cérébral

Le cerveau pour les nuls, c’est le thème du pavillon russe qui commence par afficher toutes les inventions modernes que l’on doit aux génies de la patrie de Tolstoï. A l’étage, un immense cerveau trône au centre de la pièce et sert d’écran, support de cours sur les vertus de notre encéphale. C’est bien fait et ça donne l’image d’un pays qui cherche à démontrer une modernité aussi réelle que mésestimée.

Les Russes revendiquent de nombreuses inventions technologiques

 

Le plus calorique

Les Lumières un peu, la table, surtout

La France joue sa carte la plus sûre : la cuisine. Un chef étoilé à l’étage, une pâtisserie à la sortie. Entre deux, une exposition un peu dispersée, assez scolaire et peu visitée mais qui a pour mérite de rappeler l’importance des Lumières dans l’histoire de l’Humanité.

 

En conclusion, cette exposition universelle est une formidable opportunité de voir un peu du monde entier en une seule fois. S’il fallait trouver un bémol, on regretterait que la thématique imposée soit un peu trop respectée. Cela donne un caractère répétitif un brin lassant surtout lorsqu’il s’agit de proclamer ses bonnes intentions en matière de durabilité et autres challenges dont on sait bien, (est-ce bien nécessaire de le répéter à l’infini?) qu’il s’agit de ne pas les négliger.

Expo 2020 se poursuit jusqu’à fin mars 2022. Le climat est parfait en hiver et on trouve toute une série de forfaits qui rendent l’accès très abordable. Il est notamment gratuit pour les 60+.

 

 

* la scène se passe mi-décembre 21. Les conditions peuvent avoir changé. Les compagnies aériennes utilisent Traveldoc pour suivre l’évolution des restrictions.

** conçu par Elisabeth Diller, l’architecte new-yorkaise qui a signé le Broad à Los Angeles

*** Y a-t-il une queue spéciale pour les contribuables suisses ?

**** Source : Statista