De la couveuse à l’épiderme : la vie fait ses débuts dans la sensualité

« Utérotomie ! ». L’anesthésiste se penche vers la parturiente avec un regard bienveillant et une voix d’aéroport : « vous venez d’entendre utérotomie, cela signifie que le bébé sera là dans moins de deux minutes ». Le cri ne tarde pas à se faire entendre. L* est né. On nous le montre à travers un champ transparent puis, le cordon coupé, le voici placé, nu, sur la poitrine de sa mère. Moins d’une minute de vie à l’air libre et, déjà, un contact peau à peau. Un objectif que j’ai mis des mois à atteindre lorsque je convoitais sa mère.

Dans la salle d’opération, les acteurs – ils sont nombreux, on dirait une équipe de foot – se départissent un court instant de leur sérieux millimétrique pour nous féliciter de la naissance de L.  Pour contenir mon émotion, je fais mon malin érudit : « il est né le même jour que Champollion et Chet Baker ». « Je préfère Chet Baker », me glisse l’anesthésiste, un homme de goût.

Sensations et hormones

Tuméfié et groggy, L. a la tête d’un boxeur après le combat. Celle du vainqueur. Il se retrouve dans les bras de son père alors que sa mère est encore à la peine et se fait recoller (oui, on a inventé la colle chirurgicale qui remplace désormais la couture). Après un rapide contrôle du poids et de la taille, on colle un bonnet à L. qui se retrouve, à ce détail près, nu comme un ver sur ma poitrine. On nous laisse seuls. Et là, c’est vrai, il se passe un truc. Il a une demi-heure et d’un coup on se connaît depuis toujours. Il est tout petit mais sa place est déjà grande. Un moment fort d’intimité, d’échange de sensations et… de production d’hormones. J’apprendrai plus tard que le contact peau à peau stimule la production d’endorphine, cette morphine naturelle qui permet, par exemple, de ne pas mourir de douleur entre le 30 et le 42ème kilomètre du marathon. Notre intimité dure une petite heure avant d’être interrompue par l’arrivée d’un nouveau père et de son fils. Des Britanniques. Le père, ému, est fier comme un Duc du Sussex : son fils est aussi roux que lui.

Une unité spéciale pour les prématurés.

La pédiatre est si frêle et si menue qu’elle ressemble à ses patients. Mais quand elle se met à parler avec cette fulgurance qui anime certains Vietnamiens, vous comprenez vite pourquoi elle est chef de clinique. C’est elle qui nous avait annoncé la nouvelle avant la naissance : votre enfant est éligible à une place dans l’unité peau à peau. Ah bon. Et de quoi s’agit-il ? C’est une manière de prendre en charge les nouveau-nés, un peu prématurés (dès la 34ème semaine de grossesse) et sans autre besoin qu’une surveillance étroite, de manière à favoriser le développement du bébé et la formation du lien parents-enfants. Dans cette maternité, trois chambres sont spécialement équipées pour cela. Elles accueillent la mère, l’enfant et le père, aussi, qui est prié de dormir sur un fauteuil dépliable. La règle : un des parents au moins doit être en contact 24/7, avec l’enfant. La méthode peau à peau fait partie intégrante du concept. Elle consiste à porter le bébé sur le thorax, peau contre peau. « Une méthode qui permet de stabiliser sa température, sa respiration et son rythme cardiaque, de diminuer le stress et la douleur, de stimuler la production de lait maternel, de favoriser la prise de poids du bébé, d’améliorer la qualité de son sommeil, de diminuer le risque d’infection, et de favoriser son développement et le lien d’attachement » explique la pédiatre.

Invention colombienne

La méthode remonte à 1978. Elle est inventée en Colombie par deux pédiatres qui ont dû trouver une façon de pallier le manque d’incubateurs dans leur service de néonatologie. Ils demandent ainsi aux membres de la famille élargie de porter, peau contre peau, les nouveau-nés de faible poids 24/24 avec alimentation au lait maternel. La méthode kangourou est née. Appliquée en Suisse, elle aboutit, en décembre 2022 à la création de cette unité par la volonté commune des pédiatres et des obstétriciens qui voient là une solution prometteuse face au placement traditionnel des prématurés en couveuse et l’éloignement consécutif des parents qui ne peuvent que « visiter » leur enfant pendant les premiers temps de sa vie.

Une expérience inouïe

Le dispositif mis en place ne renie pas la technologie. L’enfant a un fil à la patte – en Bluetooth – qui offre un parfait sentiment de sécurité. Lorsqu’une colique lui tord le visage de douleur et qu’il devient rouge cramoisi comme un journaliste de la SSR qui apprend qu’Albert Rösti reprend le département fédéral de la communication, il ne faut que quelques secondes pour que l’infirmière vienne s’enquérir de la situation. Oui, parce que le bébé a droit à son infirmière et la mère à sa sage-femme. Si les Nobel étaient encore assez vifs pour inventer un Prix de l’empathie, il faudrait le leur attribuer. Elles sont présentes 24/7, ne sont jamais en défaut d’une générosité sans limite, sont extrêmement compétentes et, en prime, vous font voyager. C’est tantôt tout le Brésil qui débarque à 3 heures du matin avec K* qui contrôle la température et délivre, avec une grâce infinie, ses soins délicats mâtinés de conseils musicaux « Ed Motta, j’adore ! ». Tantôt, c’est le Québec avec M* qui vole à la rescousse, Transworld, Nord-East, Eastern, Western puis Pan-American pour venir chasser un vilain coup de mou. A l’extérieur, les hélicoptères vont et viennent. L’hiver paraît moins froid.

Si bien entouré, il ne vous reste plus qu’à poser votre enfant sur votre poitrine et appliquer la méthode. Cela constitue une expérience extraordinaire. Le temps de découvrir l’être nouveau. De parcourir sa géographie minuscule, de compter ses cheveux et ses respirations, de deviner la couleur de ses yeux, de caresser sa fontanelle et de constater l’absence de pulsations : c’est bien un cerveau et non un cœur. Ouf ! Il ne sera pas de gauche. Même les plus impatients (dont je fais partie) se laissent emporter dans la longue contemplation de l’instant, dans la beauté de l’échange silencieux, dans l’attention partagée avec cette nouvelle vie, supposée bouleverser la vôtre, et qui s’inscrit dans votre futur comme un espoir, un rêve, un aboutissement. Le lien, ce gros poncif à la mode, devient ici réel et tangible. Comme une fleur exotique, il se développe dans la chaleur, la douceur, l’humidité puis il vous captive. A vie.

 

* Noms connus de la rédaction

 

 

 

 

Mondial du Qatar : la fête de la France, pas du français

Cette Coupe du Monde n’a finalement qu’un seul défaut, c’est que l’on a eu le sentiment d’en connaître le vainqueur final dès la 40ème minute du premier match de l’équipe de France. Pour le reste et jusque-là, c’est une brillante réussite, à la hauteur du désespoir que doivent éprouver les moralistes qui appelaient à son boycott. La FIFA réalise un remarquable travail sur son cœur de métier. Elle a fait significativement évoluer la qualité de l’arbitrage grâce à une technologie maitrisée. Résultat : plus de discussion sans fin sur le hors-jeu ou le penalty, moins de simagrées de la part des joueurs qui se savent observés sous tous les angles et plus de pertes de temps inutiles puisque compensées systématiquement par du temps additionnel, autant qu’il en faut. L’arbitrage qui s’élève enfin au-dessus du terrain, de sa comédie de sueur et de larmes, délivre une vue plus objective et plus sereine. On en veut pour preuve le hors-jeu français contre la Tunisie : même les Tunisiens ne l’avaient pas vu, ni, du coup, réclamé. Faut-il y voir un rapport, on ne sait pas mais toujours est-il que l’on constate aussi une plus grande sportivité entre les joueurs, pendant et après les matches.

Du grand spectacle

Ajoutez à cela des images magnifiques, des supporters ravis de célébrer le football et leur équipe, sans violence et sans heurts, des stades somptueux et remplis sans compter le climat estival, vous tenez une édition qui fera probablement date dans l’histoire de la Coupe du Monde. Ses images font tellement envie d’y être qu’elles ont même réussi à déclencher des émeutes dans la dictature communiste chinoise. Elle pourrait également inspirer l’Europe et ses bien-pensants qui n’ont pas été capables d’organiser la dernière finale de la ligue des Champions sans que cela ne tourne à la guerre civile dans la ville, autoproclamée « apaisée », de la très vertueuse Anne Hidalgo.

Zurück nach Hause.

Une belle réussite sur les plans sportif et sociétal mais pas seulement. Ce Mondial nous offre la possibilité de voir les journalistes sportifs se lancer dans la politique. Et ça, c’est du grand spectacle.  Les joueurs, aussi, y sont allés de leurs petites manifestations : les Allemands se sont couvert la bouche (comme si on attendait qu’ils l’ouvrent) pour protester contre l’interdiction de porter un brassard gay-friendly mais ils se sont assez vite calmés après leurs premières piètres prestations footballistiques.

Mais le mieux, ce sont les journalistes. Ceux de la presse écrite nous agrémentent de leurs émotions innocentes en se confrontant à la modernité d’un pays qu’ils considèrent au mieux comme une autocratie pétrolière, au pire comme un désert qui aurait dû rester l’apanage des éleveurs de chameaux. A l’image de leurs consultants qui, sous prétexte d’avoir entraîné un club de ligue B en Suisse romande, prétendent nous expliquer comment Messi aurait dû jouer, ils jugent le Qatar à l’aune de leur petite expérience bobo-de-province : il fait trop froid (à cause de la clim), il fait trop chaud (à cause du réchauffement), il y a trop de stades, ils sont trop près les uns des autres, la ville est trop grande, le Qatar joue trop mal au foot (pour prétendre organiser un Mondial), la FIFA contrôle trop les images. Bref, tout est trop nul.

Quelle “aberration écologique” ?

Les journalistes du service public suisse – notamment l’inénarrable service de sports de la RTS – reprennent en cœur le même refrain en l’adaptant aux harmonies woke qui lui servent de ligne éditoriale. Ainsi, si le Danemark est en dessous des attentes, c’est parce que ses joueurs (tous des garçons très virils) sont contrariés de n’avoir pas pu porter le fameux brassard arc-en-ciel signalant leur support aux droits humains. Mais le motto de nos braves reporters genevois, qui revient à tous propos comme un fait et non une appréciation (confusion toujours ennuyeuse pour un journaliste), c’est « aberration écologique ». Laquelle aberration s’applique à peu près à tout au Qatar, sauf… à leur propre présence en masse sur place. Et pourtant, n’est-ce pas aberrant, du point de vue de l’empreinte carbone, d’envoyer 17 personnes (et 3 ou 4 fois plus au minimum pour l’ensemble de la SSR) pour une couverture qui n’apporte qu’une très faible plus-value aux images et aux infographies diffusées, de base, par la FIFA ? Est-il bien nécessaire d’envoyer une cohorte de journalistes sur place pour nous décrire, avec plus ou moins de talent et de facilité, ce que l’on voit déjà. Pire, pour commenter les images qu’eux-mêmes regardent sur un écran. La preuve : ils décrivent les images de supporters au moment où on les voit.

Des perles et…

“Diego” Messi

Et si, par analogie, on se décidait à mesurer une empreinte neurone, alors le constat serait sans doute encore plus aberrant. On se souvient des commentaires riches, documentés et articulés d’un Jean-Jacques Tillmann cultivé ou d’un subtil Gérald Piaget qui ne craignaient pas d’accompagner un match entier, seuls, avec brio et compétence. Aujourd’hui, à l’ère des donneurs de leçons de morale aux Qataris et au reste du monde, il faut deux journalistes, l’un sur place, l’autre en studio, et deux consultants pour en arriver à entendre : « Avec tout ce que le Qatar a fait parler en mal… », « Ce classement, elle le doit grâce à ce succès » ou encore : « Allez Widmer ! ». Oui, parce que, comme le talent, la langue n’est pas toujours à la fête chez nos amis les journalistes sportifs. Jusque-là (et ce n’est pas encore fini), on relève quelques perles. On a par exemple le classique « cessons d’être pessimisme ! » ou encore « Benzema, une absence qui manque » qui rejoignent au top des Sportverei (sur le mode des Genferei) le toujours plaisant « vieux pieu » désignant une promesse non tenue. On a même entendu « Diego Messi » dans la bouche d’un commentateur pris, sans doute, d’une crise de syncrétisme argentin à la faveur d’un penalty manqué.

… une mine de pépites 

Le consultant des matches de la Suisse est, à lui seul, une véritable mine de pépites. En légère délicatesse avec la syntaxe, il a déjà produit, entre autres, un définitif « ils sont impérial » suivi d’un enthousiaste « c’est si z’important pour la Suisse » tout en ne lésinant pas sur les tautologies : « il faut prendre les opportunités comme des occasions ». Le très sympathique Johan Djourou, c’est de lui qu’il s’agit, est aux commentaires sportifs ce que Kamala Harris est à la politique américaine, choisi pour ce qu’il représente : pas blanc, ancien international et souriant plutôt que pour sa capacité à produire de la valeur informative. A moins que ce ne soit pour sa présumée facilité à décoder le langage des jeunes joueurs : « On va regarder la télé pour savoir on rencontre qui dimanche » confiait un Bleu après le match de la Tunisie.

Un rapport très créatif avec la langue française, donc, qui interroge. Les journalistes sportifs seraient-ils formés à la même école que Sandrine Rousseau, la penseuse française, universitaire éco-féministe qui dézingue la langue plus vite qu’elle ne déconstruit son mari? Sa déclaration après une manifestation écologiste violente : « Nous avions la gorge qui grattions, nous avions les yeux qui brûlions » la qualifie sans hésitation pour un job de commentateur au Mondial où l’on ne serait pas surpris d’entendre : « le foot, c’est onze pleutres qui courent après une balle et, à la fin, ce n’est pas l’Allemagne qui gagnions ».

Biennale de Venise : le conformisme obligé des artistes subventionnés

Malgré le coup de pouce enchanteur des lumières vénitiennes de l’été indien (dont il est interdit de se réjouir tant on nous a répété qu’il devait nous inquiéter), l’Exposition internationale d’art contemporain peine à cacher son coup de vieux. La Biennale de Venise, c’est un peu « Mort à Venise » mais sans Venise : triste, décrépi, moite, usé, sale, fatigué. Un alignement de pavillons d’un autre âge à l’effigie de nations, certaines sur le déclin, d’autres déjà disparues (Tchécoslovaquie et Yougoslavie) ou malvenues (Russie). Il faut compter sur les expositions en marge de la Biennale pour satisfaire une quelconque envie de créativité et d’originalité.
Intitulée Milk of the Dreams, la 59ème édition de la Biennale s’achèvera à la fin du mois. Comme à l’accoutumée, elle est supposée présenter, sur le modèle de l’expo universelle, le meilleur de l’art contemporain de chacun des pays présents. Ce sont donc leurs administrations en charge de la culture qui désignent et financent les artistes. C’est probablement là l’erreur qui plonge l’événement dans un gouffre de conformisme accablant, soumis aux idéologies dominantes. Si votre projet ne comporte pas au moins une dose significative de féminisme, d’écologisme, d’égalitarisme, un questionnement sur l’identité du genre, quelques solides clins d’œil à la théorie critique de la race, une condamnation du colonialisme, du paternalisme ou de la toxicité masculine – le mieux étant évidemment de cumuler plusieurs critères – alors vous n’avez rien à aller faire à Venise : passez votre chemin et vogue la gondole ! L’esprit de la Biennale, c’est comme un séminaire à l’Université Carl Vogt ou une émission de sport de la TSR : un cours de wokisme accéléré.
 
Le pavillon Sami (ex-scandinave)
Le Sámi étant plus enclin à l’élevage qu’aux arts plastiques, l’expo présente des estomacs de rennes.

Jamais en manque de montrer l’exemple, les Scandinaves se font une sorte de hara-kiri nordique et expiatoire en cédant leur pavillon à leur propre victime, une minorité comme il n’en reste pas beaucoup en Europe : les Sámi. Ce peuple d’éleveurs de rennes du nord de la Scandinavie est une perle rare en matière de minorité oppressée. Dans le passé, il a été « civilisé » par les Norvégiens et les Suédois qui lui ont imposé leur langue. Dans le futur, il est exposé via le réchauffement à la fonte de son environnement. Il n’en faut pas plus à la directrice norvégienne du bureau des arts contemporains pour capituler : “La pandémie mondiale, l’impact du changement climatique et les appels mondiaux à la décolonisation nous amènent tous à nous concentrer sur des possibilités alternatives pour notre avenir et celui de notre planète. En ce moment charnière, il est vital de considérer les modes de relation des autochtones avec l’environnement et les uns avec les autres.” Autrement dit : Winter is coming avec, au menu, civet de rennes pour tout le monde.

 
Le pavillon suisse
Après Expo 02, la manifestation nationale dont il ne devait rien rester, voici l’expo qu’on ne voit pas et qu’on n’entend pas et qui, donc, logiquement, s’intitule « The CONCERT ». Œuvre d’une artiste conceptuelle franco-marocaine désignée par Pro Helvetia, elle présente de grandes sculptures de bois plus ou moins calcinées parcimonieusement éclairées au stroboscope dans l’obscurité et le silence. Pas anodin mais DéCONCERTant (si l’on ose).
« The CONCERT », 2022. Latifa Echakhch. France et Maroc. Peut-être une version helvétique de Don’t look up : ça brûle mais on ne le voit pas ?
Pavillon de la France (post-coloniale… enfin, à peine)
La culture officielle hexagonale a, elle, confié son pavillon à une artiste franco-algérienne. Zineb Sedira a transformé le lieu en studio de cinéma dans une subtile mise en abyme. Son film est un regard en arrière, forcément douloureux et un brin plaintif, sur la fin de la colonisation en Algérie qui remonte tout de même à 1962.
“Les rêves n’ont pas de titre”, 2022. Zineb Sedira, France. Vous avez dit : art « contemporain » ?
 
Pavillon de l’Allemagne
Du côté des artistes allemands, on est à la fois dans l’introspective et l’expiation. Maria Eichhorn s’attaque au pavillon lui-même qu’elle déconstruit, au sens propre, afin d’en révéler les strates historiques et politiques. Dans sa forme actuelle, le bâtiment remonte à Hitler qui avait souhaité remplacer l’ancien pavillon de la Bavière pour quelque chose de plus musclé. Porteur de tous les stigmates d’un passé qui exige des excuses, ce bâtiment à colonnades est du pain béni pour un artiste engagé. Durant la Biennale, l’exposition du pavillon est même accompagnée de visites guidées du ghetto juif de Venise (tout à fait intéressant par ailleurs).
“Relocating a Structure”, 2022. Maria Eichhorn, Allemagne. Déconstruction du pavillon : une exposition peu coûteuse (jusqu’à la reconstruction)
 
Pavillon des Etats-Unis
Entièrement dédié aux œuvres de Simone Leigh, le pavillon américain présente une exposition intitulée « Sovereignty ». Egérie du « black feminism », Leigh a été commissionnée par le département d’Etat des affaires culturelles et de l’instruction. La souveraineté dont il est question ici, « c’est ne pas être soumis à l’autorité, aux désirs ou au regard d’autrui, mais plutôt être l’auteur de sa propre histoire ». Une profession de foi qui ne saute pas directement aux yeux à la vue de ces splendides pièces. Mais si elle nous le dit…
“Sphynx”, 2022. Simone Leigh, USA. Des sculptures qui « interrogent l’extraction d’images et d’objets de la diaspora africaine […] au service des récits coloniaux ».
Le spectre de Salazar
Dans le pavillon principal, Paula Rego produit des figures inquiétantes qui lui permettent de régler des comptes avec une enfance affectée par la dictature de Salazar au Portugal dans les années 70. Elle dénonce plus particulièrement l’oppression et la violence institutionnelle faite aux femmes sous le dernier régime avant la démocratie. Une douleur légitime et respectable mais qui remonte tout de même à plus de 50 ans.
“Oratorio”, 2009. Paula Rego, Portugal & Grande Bretagne. Agée de 87 ans, Paula Rego est décédée ce printemps durant la Biennale.
Bref, hors de ce torrent d’expiation, de tourments victimaires et de correctitude politique, point de salut ?
Si bien sûr. Et il vient d’Asie. Sans surprise.
 
Le pavillon de la Corée
On respire enfin en s’envolant dans un univers créé par Yunchul Kim, un artiste transdisciplinaire qui remplit le pavillon de ses étranges créatures robotiques. On est ici dans une autre dimension, atemporelle, libérée de la mélancholie et des obsessions passéistes qui dépriment l’Occident en crise. Une liberté d’esprit que l’on retrouve chez d’autres artistes asiatiques, présents à la Biennale et qui interrogent volontiers le rapport de l’humain à la technologie dans ses dimensions les plus intrigantes : pouvoir de l’intelligence artificielle, transhumanisme, etc.
 
“Chroma 5 Gyre”, 2022, Yunchul Kim, Corée du Sud
Hormis ces exceptions extrême-orientales, l’art institutionnel promu par les ministères de la culture et, le plus souvent aussi, des sports et de la jeunesse fait donc à Venise la preuve de son ennui profond et de son conformisme bien intentionné. Il y a toutefois moyen de satisfaire son appétit pour la créativité avec les initiatives privées qui fleurissent dans la ville à chaque coin de canal, investissant les églises et les palaces durant le temps de la Biennale.
 
“Museum-scale eyes open with black mat suit and Gold cap”, 2021. Carole Feuerman, USA

On admirera ainsi les figures hyperréalistes de Carole Feuerman, des baigneuses immenses qui transforment l’église Santa Maria della Pieta en piscine mystique.

Ou encore la gigantesque Scuola Grande della Misericordia où Oscar Murillo présente Frequencies, un travail monumental, lancé en 2013, et qui a consisté à fixer des toiles vierges dans 350 écoles à travers le monde en demandant aux élèves d’y déposer le fruit de leur imagination. Résultat : l’artiste colombien expose ainsi près de 40’000 toiles rassemblant les marques de centaines de milliers d’étudiants à travers le monde. Enfin, il ne faut pas manquer non plus les quatre lieux vénitiens de Personal Structures, des expositions remarquables de modernité et de créativité qui se fondent avec bonheur dans les palais de la Cité des Doges.
“Frequencies”, 2021. Oscar Murillo, Colombie. Quelques unes des 40’000 toiles exposées .
 
Les palais, ces lieux paisibles qui permettent d’échapper momentanément à la foule qui s’abat sur Venise comme la vérole sur le bas-clergé. Une plaie mortelle qui rend l’expérience vénitienne douloureuse. Pour peu, la Biennale vous rendrait malthusien. Difficile de ne pas songer (à tort) aux méfaits de la surpopulation lorsqu’on observe cette visiteuse grisonnante et un brin revêche – une sorte de version cultivée de Sandrine Rousseau – toute à sa joie castratrice de couper la queue pour les toilettes hommes et de s’y introduire prétextant qu’elle est moins longue que celle des femmes. Aurait-on atteint ici le stade ultime de la parité ?
 

Oui-Oui et Martine s’en vont en guerre

« Quelle est la dernière chose à faire quand un ivrogne, assis au bout du bar, se met à prendre tout le monde à parti ? Lui répondre. C’est la bagarre assurée. Tout le monde sait ça, sauf, notre Président ». L’humeur est sombre ce vendredi soir sur les ondes de WBZ, une radio de Boston. On ne pardonne pas à Joe Biden sa dernière bourde : évoquer l’Apocalypse en réponse aux menaces nucléaires de Vladimir Poutine lors d’une soirée new-yorkaise de levée de fonds pour le parti démocrate. « Ce n’est pas comme ça qu’on traite des affaires aussi graves : dans l’improvisation publique d’un speech de soutien. Kennedy a traité la crise des missiles de Cuba en utilisant les canaux de la diplomatie et de ses ressources militaires. On n’a su qu’après ce qu’il s’est passé. » s’emporte un auditeur qui témoigne de son attachement à JFK, l’enfant du pays.  « Si c’est pour se rendre intéressant en vue des élections de midterm, renchérit un autre, alors notre Président devrait avoir honte ».

Les vérités approximatives

Karine Jean-Pierre, porte-parole de la Maison Blanche. Tough job !

Les auditeurs bostoniens n’ont pas été les seuls à être choqués par la sortie de Joe Robinette Biden qui a également cru bon de préciser que Vladimir Poutine « ne plaisante pas » (Ah bon ? Quelle nouvelle !) La Maison Blanche, elle-même, a dû pour la nième fois rattraper le coup en précisant que, non, l’administration ne disposait d’aucune nouvelle information quant à la préparation éventuelle d’une agression nucléaire de la part des Russes. Ce qui fait du job de Karine Jean-Pierre, porte-parole de la Maison Blanche, l’emploi le plus périlleux des Etats-Unis. Le rattrapage des vérités approximatives de Joe Robinette rappelant, dans son genre, celui des vérités alternatives de Sean Spicer, le premier porte-parole de Trump, président. A la différence près de l’accueil. Personne ne tombe sur Karine Jean-Pierre comme les médias se sont abattus sur Spicer. Le fait qu’elle appartienne aux communautés noire et LGBTQ (en couple avec une fameuse journaliste de CNN, de surcroît) la prémunirait-elle d’un traitement d’égalité ?

La politique étrangère ? Pas son truc.

Le fist-check qui booste le prix du baril

Il faut dire que Joe Robinette n’a pas de chance. La politique étrangère ne lui facilite pas la tâche. Après avoir raté sa sortie d’Afghanistan (beaucoup de victimes, américaines et afghanes, sans compter les milliards de matériel militaire US laissé à la disposition des Talibans) et poussé les Chinois à embrasser la Russie sur la bouche dans la plus pure tradition communiste, le voilà qui réussit à froisser l’Arabie Saoudite. Sous la pression de l’aile la plus woke de son parti, Joe avait promis de faire de Mohammed bin Salman (MBS pour les intimes) un paria aux yeux du monde entier à la suite de l’affaire Kashogi. Certes, c’est mal de faire découper un journaliste en morceaux et de le diluer dans l’acide mais en matière d’assassinat politique, les Présidents américains, à commencer par Obama, n’ont pas vraiment de leçons de vertu à dispenser. Biden pousse donc la plaisanterie jusqu’à saluer MBS d’un fist check assez peu protocolaire lors de leur dernière rencontre. Il n’en faut pas plus pour que, vexé, le Sheikh se déclare sans provision en matière de pétrole. Et le déjà très cher or noir de repartir à la hausse, ce qui, bien sûr, fait pleurer les automobilistes européens et rire les autocrates moscovites.

Pas mieux en économie

On l’aura compris, Joe Robinette est aussi fort en real politik qu’en économie. En 2021, sa première année en charge, le revenu médian des ménages américains a diminué de USD 2024 par rapport à ce qu’il était sous la présidence Trump. Pendant cette même période, son administration a dépensé USD 1900 milliards pour… aider ces mêmes ménages américains. Une preuve de plus que la redistribution appauvrit plutôt qu’elle n’aide mais qui ne décourage pas Joe. N’a-t-il pas annulé la dette estudiantine sur le dos des contribuables dans l’espoir de gagner quelques voix aux prochaines élections ? Laissant un goût amer dans la bouche de tous ceux qui s’étaient donné la peine de rembourser leur prêt.

Damage control

Même s’il bénéficie de la plus absolue complaisance de nombreux médias américains et de la quasi-totalité de leurs homologues européens, Joe Biden devient un véritable boulet pour les Démocrates (tout comme Donald Trump l’est devenu, d’ailleurs, pour les Républicains). S’ils veulent conserver une chance de ne pas être balayés aux prochaines élections de midterm en novembre, la meilleure option serait de le mettre en retrait et de tenter de minimiser les dommages. Seulement voilà, la période ne s’y prête guère. L’agression russe en Europe et l’escalade du conflit nécessitent des voix fortes et des cerveaux bien faits. A l’image de Kennedy en 62 avec Cuba ou Clinton en 99 qui a mis fin, en quelques jours, à une guerre du Kosovo que les Européens regardaient, déjà, en gesticulant.

La pire alternative

Kamala Harris : la gaffe de Panmunjom

Et si la nature offrait à Joe Robinette un repos bien nécessaire à défaut d’être mérité ? Eh bien, ce serait pire. Kamala Harris, la Vice-présidente, prendrait immédiatement sa place, réalisant ainsi le fantasme des Démocrates qui après avoir produit le premier Président noir, caressent le rêve d’offrir au monde la première Présidente (et de couleur) des Etats-Unis. Seulement voilà (bis), Kamala Harris semble encore plus à la ramasse en matière de politique étrangère que son patron. Sa dernière en date remonte à fin septembre : elle s’exprime devant la presse lors d’une visite dans la zone démilitarisée entre les deux Corées. Bien campée derrière ses Ray Ban (la marque du patron), elle célèbre les bonnes relations et « l’alliance [des USA] avec la République de Corée… du Nord ».  Une bourde de plus dans une très longue série qui lui vaut la pire popularité qu’ait connu un Vice-président. Une autre sorte de première que les Démocrates peuvent revendiquer.

Bref, Joe Biden et Kamala Harris, leaders de la dictature des émotions plus que du monde libre, c’est le ticket qui fait la paire et, aussi, la honte du pays. Une situation qui prêterait à sourire si ce duo n’avait pas le doigt sur la gâchette nucléaire au moment où les politiciens de tous bords, incapables de proposer des solutions, se contentent de proférer des menaces. Signe des temps : Elon Musk est jusqu’à présent le seul à avoir proposé un plan de paix pour le conflit en Ukraine. Faut-il privatiser la politique ? La question est légitime.

Tout espoir n’est pas perdu

Sur le prochain ticket républicain ?

Quoi qu’il arrive les Américains savent toujours se relever. C’est la beauté de ce pays qui réunit depuis sa création ce que l’humanité fait de mieux (et, beaucoup plus rarement, de pire). Après avoir connu des années de division, au point que certains parlent aujourd’hui des Polarized States of America, une lueur se profile à l’horizon : un possible ticket républicain pour la présidentielle 2024 qui réunirait Ron de Santis, le gouverneur républicain actuel de la Floride et Tulsi Gabbard, ex-représentante démocrate de Hawaï au Congrès. Un parfum bi-partisan, une mixité de genre et de couleur (Tulsi Gabbard est originaire des Samoa américaines et pratique l’hindouisme) et un brin de jeunesse (à eux deux, ils ont presque l’âge de Biden). Tout cela constitue un silver lining, une raison d’espérer qui permettrait de tourner la page actuelle (et la précédente également). Deux signes encourageants : Tulsi Gabbard vient de quitter officiellement le parti démocrate et l’on trouve déjà sur Amazon les casquettes de soutien au ticket De Santis – Gabbard.

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Comment les Russes utilisent l’Arménie plutôt qu’ils ne la défendent

« Ils arrivent par milliers depuis le début des sanctions contre leur pays » : Ana* travaille dans l’immobilier, plus précisément dans le domaine de la relocation à Erevan, capitale de l’Arménie. Son job consiste à trouver un hôtel, dans un premier temps, puis un appartement pour ces Russes qu’elle voit débarquer en masse pour s’installer dans cette ville où le russe est la deuxième langue enseignée à l’école. Que viennent-ils donc faire là ? « Ils délocalisent leurs entreprises. Ce sont pour la plupart des professionnels de l’IT** qui viennent monter leur propre société (qui est, de fait souvent, une filiale clandestine de la maison-mère en Russie, ndlr). Ainsi, elles échappent aux sanctions, notamment à l’exclusion du système SWIFT qui pénalisent les compagnies actives dans l’IT dont la clientèle se trouve en Europe ». A cela s’ajoute le recrutement facile et bon marché de compétences locales dans le domaine de l’IT. Les Arméniens ont de bonnes universités et les travailleurs des domaines de l’hospitalité qui ont été sèchement virés pendant le Covid sont maintenant sur le marché de l’IT. Ainsi se profile une excellente manière de faire prospérer le business auquel les sanctions occidentales sont supposées nuire. Ces entrepreneurs sont évidemment utiles à l’économie arménienne. Ils ajoutent la valeur qu’ils produisent à celles des nombreux touristes russes en quête de défoulement alcoolique bon marché (comme les Iraniens et Iraniennes voisins) et des chauffeurs de taxi (et leurs « ruses de russes blancs » chères à Bobby Lapointe). Mais ce ne sont pas les Russes que les Arméniens attendent.

 

Un sentiment de peur et d’abandon

Au moment où leur pays est à nouveau attaqué (plus de 100 morts dans la nuit de lundi à mardi) par l’Azerbaïdjan, les Arméniens aimeraient pouvoir compter sur la Russie, leur allié historique. C’est Moscou qui a, notamment, supervisé les accords entre les deux belligérants à la fin de leur dernière guerre il y a deux ans. Seulement voilà, les Russes regardent ailleurs et laissent l’Arménie dans un sentiment de peur et d’abandon. « Avec des « alliés » comme ça, il vaut mieux ne pas avoir trop d’ennemis » confie Irina, professeur d’histoire à l’Université d’Erevan et nationaliste assumée.

Erevan, 14 septembre 2022. Collecte de nourriture, de cigarettes et de médicaments destinés aux soldats du front.

« Ni les Américains, ni les Russes, occupés en Ukraine, ni les Européens qui ont besoin du pétrole azéri, ni même notre gouvernement, très incompétent, ne sont en mesure de nous venir en aide. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes : chaque Arménien doit devenir un guerrier et se préparer à combattre ». Comme pour lui donner raison, on voit fleurir dans les rues d’Erevan des points de collecte de nourriture et de biens à destination des soldats du front. Le sentiment d’une trahison aussi : on ne voit aucun drapeau ukrainien en Arménie, contrairement au voisin géorgien qui affiche sa haine de la Russie et de son Président en or et bleu partout dans les rues de Tbilissi. Cette loyauté mériterait bien un peu de soutien, ne serait-ce que pour éviter une troisième guerre que l’ennemi azéri est à peu près sûr de gagner, ainsi que les territoires qui vont avec. Lâchés de partout, les Arméniens ont l’impression d’être les Juifs du Caucase sans malheureusement bénéficier d’une aide de leur diaspora aux USA comparable à celle des juifs américains.

 

Se construire un avenir

 

Marché d’Erevan, 14 septembre 2022. Un T-shirt qui en dit long : “toujours prêt”

La délocalisation d’entreprises visant à contourner les sanctions économiques contre la Russie ne sont pas la seule cause de l’immigration russe en Arménie. Vania a 25 ans, en paraît 18. Elle est serveuse dans un bar chic sur la grande avenue commerçante d’Erevan. Manifestement heureuse de rencontrer des Occidentaux, cette jeune Russe se confie spontanément : « J’habitais avec ma famille près de la frontière ukrainienne. C’était devenu dangereux et, de toute manière, je suis contre cette guerre. Alors j’ai pris ma famille avec moi et on est venu s’installer ici pour se construire un meilleur avenir. » Divorcée avec une petite fille, elle est aussi le support économique de ses deux frères encore mineurs. « Ils se forment à l’IT afin de pouvoir trouver rapidement un job bien rémunéré. Je prends des cours également en dehors de mes heures de service. Le but, c’est Bali où nous irons nous installer dès que les compétences nécessaires pour pouvoir travailler à distance seront acquises. » On ne sait pas si la fin exotique de Vania se réalisera mais les moyens sont les bons. Les compétences IT sont très recherchées ici et, donc, très bien rémunérées. Irina est un peu chatouilleuse sur le sujet : « A 35 ans, mon poste de prof à l’Université me rapporte environ 10 fois moins que ce que gagne un jeune informaticien de 25 ans… ».

 

Une Gen Z méritocratique

Tbilissi, capitale de la Géorgie, 10 septembre 2022. Un café très “select” sur sa clientèle.

Il faut dire que, contrairement à leurs contemporains occidentaux, les jeunes générations, aussi bien arménienne que géorgienne, montrent une vraie appétence au travail. Ana est tranchante : « tu travailles, tu gagnes. Point. On ne veut plus rien avoir à faire avec ces vieilles querelles. On veut gagner notre vie de manière décente et on est prêt à travailler pour ça. On ne veut plus entendre parler des fléaux qui ont ruiné notre pays : la guerre, l’Union soviétique, le covid… On n’y est pas encore mais ça ira mieux quand la génération des grands parents aura disparu. Ils ont encore la mauvaise influence des nostalgiques du socialisme soviétique. » Un point de vue que partage Vania à propos de la société russe qu’elle a quittée : « Ceux qui ont un cerveau ne croient pas les médias à propos de la guerre en Ukraine. Les vieux sont crédules à leur égard, la jeune génération moins. »

 

Les médias biaisés

Là aussi, Vania voit juste. Il suffit de la regarder la TV russe, très présente en Arménie, pour se convaincre que la Russie mène une guerre défensive héroïque. Ce média manifeste un biais inverse, quasi symétrique et tout aussi marqué que celui de la presse occidentale en flattant le sentiment militaro-patriotique ainsi qu’une paranoïa anti-russe savamment entretenue. La TV russe exhibe avec une certaine jubilation les chiffres de l’inflation en Europe tout comme les Européens se flattent de l’efficacité de leurs sanctions.
Dans un article récent paru en Suisse romande, un « analyste » s’interrogeait sur le succès des sanctions. On y retrouvait quelques « évidences » malheureusement assez prévisibles. D’abord, ceux qui remettent en cause l’efficacité des sanctions sont de droite, voire d’extrême droite. Ensuite : Poutine a gagné CHF 95 milliards (+40% de plus qu’avant les sanctions) avec l’augmentation du prix de l’énergie, certes. Mais des études, américaines notamment, nous montrent que l’économie russe va bientôt (quand ?) montrer des signes qui prouvent le bien-fondé des sanctions. Les Russes seraient bientôt à court de tout ce qu’ils achetaient aux Occidentaux. Notre analyste oublie que la Chine est en générale assez prompte à produire les copies de tout ce qui peut lui faire gagner de l’argent. Il semble ignorer aussi que les entreprises russes ont une certaine créativité pour contourner les sanctions, comme c’est le cas ici en Arménie. Enfin, il oublie de dire que chez nous, l’Etat, comme Poutine, s’enrichit. En l’occurrence avec des taxes alignées sur les prix de l’énergie qui s’envolent. Et ses serviteurs, les fonctionnaires, s’accordent des augmentations de salaires avant même d’avoir reçu leurs factures d’électricité. Les sanctions sont sans effets sur ceux qui les décident, mais pas sur ceux qui en subissent les conséquences : les contribuables et les consommateurs. Des oublis biaisés ?
On voit qu’en temps de guerre, les médias jouent sur un terrain qui n’est neutre ni d’un côté ni de l’autre et qu’à la fin, ce n’est jamais l’information qui gagne.

Erevan, Arménie, le 14 septembre 2022

 

*Les noms des témoins sont fictifs. Les identités sont connues de l’auteur.

**Technologies de l’information

 

 

 

 

 

 

Un humour très “dépressuisse”

Et si on partait ? est une de ces pépites que nous réservent les grilles radiophoniques de l’été. Animé par l’excellent et enthousiaste Philippe Gougler, ce rendez-vous matinal quotidien d’Europe 1 a emmené, l’été durant, ses auditeurs aux quatre-coins du monde dans le but de les faire voyager avec pour motto : « n’oubliez pas de rêver ». Le principe est simple : chaque jour un nouveau pays – de l’Argentine à la Papouasie-Nouvelle-Guinée, du Cambodge à l’Afrique du Sud – est présenté sous un angle touristique assumé, comme une destination de voyage conseillée par ceux qui la connaissent. En plus de sa joyeuse bande de chroniqueurs, l’émission fait appel à un local, souvent un Français résidant du pays présenté, parfois journaliste ou encore lié à l’industrie du tourisme. But du jeu : susciter l’envie de découvrir le pays à travers ses beautés naturelles, ses traditions, ses particularités, sa gastronomie et en évitant ses éventuels écueils sanitaires.

Tout se passe bien jusqu’à il y a peu, le jour où la destination est… la Suisse. Légère appréhension du côté de l’auditeur indigène : on connaît le goût des Français pour les clichés attachés à l’Helvétie, on craint l’accent mal imité, la diction ralentie et les grosses vannes sur le chocolat, les banques et les montres. Heureuse surprise, il n’en est rien. Gougler redouble même d’enthousiasme à propos de ce petit pays où « tout n’est que beauté ». Il faut dire que l’animateur est un grand amateur de trains* et qu’il a évidemment trouvé de quoi alimenter sa passion en arpentant les lignes ferroviaires d’altitude. La mauvaise surprise vient du local de l’étape.

Mal inspirée, l’émission a choisi ce jour-là un humoriste lausannois pour éclairer la vision du pays visité, en l’occurrence Thomas Wiesel, un garçon proche de l’audiovisuel de service public et donc de l’humour subventionné. Manifestement, il n’était pas la personne la plus adéquate pour supporter le principe de l’émission : susciter l’envie de découvrir le pays. Un rapide florilège des « meilleurs moments » :

  • Sur les Suisses alémaniques : « Ce sont presque un peu les dirigeants de notre pays. C’est eux qui décident. On ne comprend pas ce qu’ils disent, on ne connait pas leurs célébrités. On est soumis à la Suisse allemande mais ça nous va assez bien car ils s’occupent des choses ennuyeuses et nous des choses qui nous plaisent plus. »
  • Sur le consensus helvétique : « Pour s’entendre, on se parle le moins possible. Il y a très peu d’échanges. On se côtoye le moins possible. »
  • Sur la politique : « Pour le Suisse lambda, la solution consiste à se désintéresser de ces problèmes et de ne pas porter attention et c’est comme ça qu’on finit par s’entendre ».
  • Son train préféré ? : « Mon train détesté : celui qui longe le Lac de Neuchâtel et qui rend malade » (le Pendolino, ndlr).
  • Sur la crainte des Suisses de « déranger » : « Après 22 heures, si vous faites du bruit, la police peut être à votre porte, appelée par les voisins. On aime un peu dénoncer. On l’a moins fait au siècle dernier, on se rattrape maintenant. » (On le croit volontiers de la part de quelqu’un dont on a appris qu’il était le premier à dénoncer le journaliste Darius Rochebin à son employeur dans un scandale médiatique où le principal intéressé a, par ailleurs, fini blanchi…, ndlr)

Une salade de clichés, de lieux communs, d’approximations et de simplifications largement assaisonnée d’une forme de mépris qui parvient même à écœurer Philippe Gougler, obligé de conclure ces amères interventions en pointant une « vision noire absolument opiniâtre ».

Au-delà de ce moment difficile pour la Suisse (et pour l’humour), cette anecdote illustre la difficulté que l’on observe souvent dans les milieux de la culture bien-pensante à appréhender la réalité dans sa globalité. La vision de la Suisse développée ici est un bon exemple de cette sorte de myopie sélective (les neuropsychologues parleraient d’hémianopsie) qui consiste à ignorer une large partie de votre champ visuel. Le but étant, en l’occurrence, de cadrer la réalité à travers les principes cardinaux et dépressifs de la respectabilité en vogue : être une victime, être minoritaire, être offensé d’une manière ou d’une autre.
Ignorées, en revanche, la réussite de l’économie suisse (parmi les PIB par habitant les plus élevés au monde), la richesse du mélange des cultures, la réussite incontestable de l’intégration (25% d’étrangers sans problèmes de communautarisme), l’excellence académique (largement ouverte aux étrangers), l’excellence hôtelière, une concentration de tables étoilées, une nature remarquablement préservée, deux villes riches de culture : Zurich et Bâle. Et, vertu majeure, une liberté d’entreprendre, encouragée, qui assure une prospérité dont les fruits ne sont pas répartis de manière égale, certes, mais qui profite à chacun. Tout le contraire des systèmes étatiques qui s’acharnent, au nom de l’égalité, à répartir équitablement la pauvreté. On peut imaginer que cela ait pu aussi intéresser les auditeurs d’Europe 1.

 

Un train pas comme les autres : 12 saisons sur France 5

 

 

En finir avec les politiciens cacochymes

Liu est une jeune chinoise comme il y en a beaucoup. A 24 ans, elle parle plusieurs langues couramment. Ses diplômes universitaires sur les systèmes d’information en poche, elle a fait le tour du monde avec des stages dans les plus grandes institutions grâce à des bourses financées par son pays, la Chine populaire. Actuellement, elle travaille à Genève pour une organisation internationale.  On se rencontre dans une soirée entre amis. Elle est souriante, avenante et témoigne évidemment d’une vive intelligence. On peut se risquer : son point de vue sur la situation à Taïwan ?

Eh bien, c’est simple : l’appartenance de Taïwan à la Chine n’est pas un sujet de discussion. Taïwan est né de la dissidence des nationalistes de Chiang Kaï-Shek et, tôt ou tard, l’île doit revenir à la Chine. Les Taïwanais sont pervertis par les Américains (ils ont tous, ou presque, un « oncle en Amérique ») et sont seuls responsables de la haine, devenue réciproque, entre les Chinois des deux pays. Quant à nous, les Occidentaux, nous avons une fausse image des Chinois : nous les voyons comme des pauvres et des sous-développés. On lui objecte que c’est plutôt l’absence de démocratie qui poserait problème.  C’est là que Liu nous montre une vidéo : son village d’origine, au fin fond de la Chine rurale, autrefois très pauvre, aujourd’hui prospère et coquet, genre Gros-de-Vaud en plus propre. « C’est le régime qui a permis ça. Sans lui, je n’aurais jamais pu faire mes études et je ne serais pas là. D’ailleurs, lorsqu’on se sent menacés, on a l’habitude d’invoquer Grand’Pa Mao. Il a fait quelques erreurs mais il reste dans nos cœurs ».

Gratitude et confiance

On rappelle que ces « quelques erreurs » permettent à Grand’Pa MaoZedong de figurer en bonne place dans le tiercé génocidaire des dictateurs socialistes du 20ème siècle avec 80 millions de morts sous sa responsabilité devant Staline (30) et Hitler (17) mais Liu ne changera pas d’avis. Non seulement, elle a beaucoup de gratitude pour le régime qui a permis à sa famille de prospérer, mais elle lui témoigne aussi d’une grande confiance comme c’est le cas d’une immense majorité de ses compatriotes (voir graphique). Une telle adhésion au capitalisme d’Etat, tel qu’initié par Deng Xiaoping (« Enrichissez-vous» en 1973 pour la partie « capitalisme » et le massacre de Tiananmen en 1989 pour la partie « Etat »), interroge. Serait-elle la preuve, d’une certaine manière, que le capitalisme l’emporte sur la démocratie dans la recherche du bonheur et de la confiance ? Près de 1,2 milliards d’individus semblent répondre oui.

Le taux de confiance de la population en son gouvernement, fin 2021.

Il y a donc du soutien populaire au royaume de Xi Jinping. Pour induire un changement de régime au nom des valeurs démocratiques occidentales, il faudra repasser. Sachant cela, la provocation de l’inénarrable Nancy Pelosi a-t-elle un sens ? Aller chercher des noises à un régime qui bénéficie chez lui d’un taux de confiance de 91% alors que l’on n’a que 39% chez soi est-il bien raisonnable ? Certainement pas.

 Pathétiques dinosaures

En réalité, l’escapade hautement médiatisée de Nancy Pelosi (82 ans) à Taipei s’inscrit dans le triste spectacle que nous livrent les politiciens cacochymes américains depuis plusieurs années et qui pourrissent l’ambiance mondiale. Hystérique sous Trump, elle multiplie les coups d’éclat : déchire le discours du Président sur l’état de l’Union après qu’il a refusé de lui serrer la main,

Nancy Pelosi en avril 2020, devant son “cher” réfrigérateur.

exhibe ses petites habitudes gastronomiques, typiques de la gauche caviar, devant son frigo de luxe pendant le confinement, ouvre un nouveau front alors que la guerre en Ukraine fait rage, propulse Taïwan sous le blocus militaire et économique de la Chine et vaporise le peu de crédibilité qui reste à la politique étrangère de l’administration Biden. Accro à la notoriété et au show médiatique, elle fait le spectacle et réfléchit après. Le « virtue signalling » est un sport national aux USA et n’épargne aucune génération.

Joe Robinette Biden (79 ans) ne fait pas mieux. Les signes de détérioration mentale sont tels que même les médias mainstream (si prompts à exiger des bulletins de santé à Trump dès le début de sa présidence) n’arrivent plus à faire semblant. Quand on mélange didascalies et discours sur un simple prompter, peut-on sérieusement prétendre au rôle de leader du monde libre ?  Quant à son bilan politique (Afghanistan, inflation, immigration, covid), il est catastrophique et fait de lui le Président le plus impopulaire de l’ère moderne.

Donald Trump (76 ans) fait son retour à Washington après sa longue bouderie de mauvais perdant. N’oublions pas qu’il a réussi l’ultime exploit de faire élire, contre lui, un type faible et détérioré alors qu’il pouvait se prémunir d’un excellent bilan. Du point de vue de l’économie mais pas seulement. Son administration a notamment réduit les fractures sociales (plus en trois ans qu’Obama en deux mandats). En clair, il a prouvé qu’il avait une excellente administration mais qu’il était incapable de gérer son ego massif. Quand vos supporters se mettent à porter des casques à corne en envahissant le Capitole, c’est un signe qui ne trompe pas : mieux vaut en rester là. S’il est urgent que les Américains tournent la page Biden, ce n’est certainement pas dans leur intérêt d’en rouvrir une à l’effigie de l’ancien président.

Face à cette galerie de politiciens lourdement chargés d’années (en âge comme en longévité) les gens d’en face paraissent d’une rare fraîcheur : quasi contemporains, Poutine et Xi ne sont pas encore septuagénaires. Depuis l’URSS et la Chine de Mao, la sénilité aurait-elle changé de camp ?

La plus vieille démocratie du monde doit nous offrir mieux que ça. Elle en a les moyens.

Il faudra sans doute compter avec un intermède Kamala Harris (57 ans) après que l’actuel occupant de la maison blanche aura tiré sa révérence d’une manière ou d’une autre. Les Démocrates pourront se targuer d’avoir produit la première Présidente américaine mais la victoire sera brève car elle ne sera probablement pas élue pour peu qu’elle se présente. Kamala Harris est la moins populaire de l’histoire moderne des vice-présidents américains. Elle est environ 10 points plus bas dans les sondages que Joe Robinette.

A gauche, des modérés respectables.

Cet épisode passé, on verra peut-être émerger des candidats de valeur dont certains membres actuels de l’administration Biden. On en citera deux de manière non exhaustive : Pete Buttigieg (40 ans), actuel ministre des Transports. Autrefois maire de South Bend (Indiana). Ancien consultant, brillant et pragmatique, « Mayor Pete » s’affiche volontiers en compagnie de son mari et de leurs deux enfants. C’était encore un handicap insurmontable en 2020 pour prétendre à la fonction suprême. Pas sûr qu’il en soit de même en 2024.

Encore Maire, Marty Walsch à la Pride de Boston en 2019. Très consensuel et très populaire.

On pense aussi à Marty Walsch (55 ans), l’ex-maire de Boston. Très populaire dans sa ville qu’il a quittée pour rejoindre l’administration Biden en qualité de ministre du travail, ex-syndicaliste et ex-alcoolique (comme Georges W. Bush) il pourrait s’inventer un destin majeur sur la base de sa capacité consensuelle. A noter que sa successeuse élue à Boston est Michelle Wu, d’origine 100%… taiwanaise.

 

A droite, le début de l’après-Trump ?

Mike Pence (63 ans) s’est dévoilé il y a peu. L’ancien vice-président de Donald Trump est sans doute un bon candidat. Très loyal envers son ancien patron (jusqu’au 6 janvier 2021 à tout le moins), il joue avec habileté la carte de la page à tourner sans vraiment rien renier du passé. Chrétien à 360 degrés (éducation catholique et conversion « born-again » à l’évangélisme), pro-life et pro-économie, il mènera une politique proche de celle de Trump mais avec une personnalité opposée : il refuse par exemple d’être seul avec une femme dans une pièce (on n’est jamais assez prudent).  Très attaché à l’esprit des pères fondateurs, il se présente comme le défenseur de la valeur la plus menacée du moment : la liberté. Son programme s’intitule Freedom agenda.

Beaucoup comptent sur Mike Pence pour pousser Donald Trump hors du tableau mais cela ne fait pas de lui un favori. Pour cela, il faut regarder du côté de la Floride. Ron DeSantis (43 ans), le jeune gouverneur de cet état tropical où cohabitent les cultures geek, latino et boomer, s’est profilé avec succès comme un ardent défenseur des libertés.  Il est notamment un farouche résistant à la culture woke. Il a fait adopter la loi Don’t say gay qui vise à limiter l’activisme LGBT dans les écoles primaires afin que les enfants se concentrent sur l’acquisition des connaissances. Avec une récente levée de fond de USD 100M, il prépare une candidature solide pour 2024 et promet une primaire républicaine à suspens.

L’espoir du côté des indépendants

Andrew Yang, un espoir pour l’après bi-partisme.

Andrew Yang (47 ans), un entrepreneur devenu raisonnablement riche après la vente de sa première startup, était un candidat démocrate à la présidentielle 2020 et à la mairie de New York en 2021. Après l’élection new-yorkaise, il fonde son propre mouvement : Forward (En avant ! un nom qui parlera aux macronistes) soutenu par le Yang Gang, de fidèles supporters dont Elon Musk (Tesla), Jack Dorsey (Twitter) et Bari Weiss (journaliste virée du New York Times pour non-alignement idéologique). Dans une Amérique qui commence à rejeter le bipartisme historique, Andrew Yang réunit d’excellentes qualités : il vient du business, vierge de toute expérience politicienne comme Trump, tout en ayant une vision sociale adaptée à l’époque : il est notamment un fervent défenseur du revenu universel de base. Il représente une génération Asian American surdouée et dégagée des vieilles idéologies. Fils d’émigrés taiwanais, Andrew Yang reconnaît ne parler que « très peu » le mandarin mais il le comprend. Un indiscutable atout lorsqu’il s’agira de négocier avec le Président Xi.

 

 

 

La géo-ingénierie solaire est capable de nous rafraîchir mais l’écologie politique n’en veut pas.

Limiter le réchauffement climatique en plaçant un bouclier réfléchissant entre la Terre et le soleil ? La géo-ingénierie solaire (GIS) est une idée que l’on l’étudie sérieusement du côté de Harvard et du MIT[i], entre autres, depuis plusieurs années. Pratiquement, Il s’agit de placer des aérosols (gouttelettes assez fines pour qu’elles redescendent lentement) dans la stratosphère où ils réfléchiraient une partie de la lumière solaire vers l’espace.

Images du Spitzberg (2012) comme tentative photographique de rafraîchir l’atmosphère.

Du point de vue de l’ingénierie, on sait comment procéder : une flotte d’une centaine d’avions volant à haute altitude et dispersant du dioxyde de soufre pourrait permettre de gagner un degré de refroidissement. Cerise sur le gâteau : un coût très modeste de l’ordre de 5 à 10 milliards de dollars par an. Comparés aux mille milliards annuels nécessaires à une décarbonation que les spécialistes jugent urgemment indispensable, c’est évidemment intéressant : 200 fois moins cher.

 

Une solution pour atténuer les risques

Alors ? La GIS : solution miracle de notre problème avec le climat ? Pas si simple. Selon David Keith[ii], Professeur de physique appliquée et co-fondateur du programme de recherche sur la GIS à Harvard, « La GIS est très tentante car si l’on veut une réduction rapide des dommages réels causés à certains des écosystèmes les plus pauvres du monde, elle pourrait y parvenir. Mais d’un autre côté, il est absolument vrai que si le monde choisit d’adopter la GIS et oublie de réduire les émissions, nous sommes fichus… » Nous ne ferons donc pas l’économie de la décarbonation grâce à la GIS, mais face à l’urgence, brandie par les spécialistes du climat, elle pourrait permettre de gagner du temps et surtout, comme le souligne David Keith, d’agir rapidement pour ceux qui sont le plus exposés.

Spitzberg, juillet 2012. Avec fracas.

On sait par ailleurs que la décarbonation permettra de diminuer, voire stopper l’aggravation du réchauffement mais pas le réchauffement lui-même qui est lié à l’accumulation de CO2 au fil du temps. Dans ce cadre, il faut voir la GIS comme une opportunité supplémentaire de réduire les dommages ponctuellement. Elle s’inscrit dans le cadre d’autres mesures de géo-ingénierie prometteuses mais encore coûteuses comme l’albédo de surfaces (recouvrir, par exemple, les surfaces dans les grandes villes de peintures réfléchissantes), l’éclaircissement des nuages ou encore la maîtrise des traînées de condensation des avions que l’on dérouterait de manière à en minimiser la densité. C’est en puisant dans ce même type de technologies que les Mexicains luttent contre la sécheresse en créant de la pluie artificielle[iii] ou que les vignerons suisses se protègent de la grêle.

 

Interdire avant de savoir

Comme pour tout ce qui a présidé au développement du génie humain, ce qui résultera des solutions qu’offre la géo-ingénierie n’est pas un succès assuré. Peut-être qu’il s’agit de fausses bonnes idées. Seul moyen de le savoir ? Poursuivre la recherche. Seulement voilà, la GIS n’a pas l’heur de plaire à ceux qui se sont donnés la mission de sauver le monde et tiennent absolument à imposer leur méthode. Soutenus par les voix bruyantes de l’écologie politique, une soixantaine d’intellectuels et scientifiques ont signé en janvier dernier une pétition[iv] réclamant l’interdiction du financement gouvernemental de la recherche sur la GIS et l’interdiction totale des expériences en plein air dans ce domaine.  Raisons invoquées ? Elles sont trois :

  • « On connaît mal les risques de la GIS car ils sont peu étudiés ».
    Incontestablement, c’est un point que l’on ne risque pas de résoudre en interdisant la recherche !
  • « Les espoirs suscités par la GIS risquent de dissuader les gouvernements, les entreprises et l’ensemble de nos sociétés de faire tout leur possible pour parvenir à la décarbonation ou à la neutralité carbone le plus rapidement possible ».
    Faut-il comprendre, en creux, qu’il faudrait encore aggraver la situation pour mieux muscler la détermination des acteurs ? Ou alors, s’agit-il de préférer la peur à la responsabilisation ? Effrayer plutôt que convaincre ? Emouvoir plutôt que raisonner ?
  • « Le système de gouvernance mondiale n’est actuellement pas en mesure de […] contrôler le déploiement de la GIS de manière équitable, inclusive et efficace »
    C’est vrai et c’est tant mieux : réglementer la recherche avant même qu’elle ait abouti n’a jamais mené, au mieux, qu’aux expérimentations clandestines.

 

Spitzberg, juillet 2012. Avec grâce

Un réflexe politique

Ces objections, très orientées politiquement et qui font écho à la position expéditive (3 paragraphes) du GIEC sur le sujet[v], s’inscrivent dans ce réflexe de la gauche (partis et médias) qui balaie d’un revers de la main tout ce qui n’oblige pas à une forme de décroissance. Comme pour le nucléaire, la GIS n’est traitée, lorsqu’on veut bien lui prêter de l’attention, que sous l’angle négatif.  La Radio Télévision Suisse, par exemple, a manifestement découvert son existence avec la pétition visant à l’interdire. Dans une interview de complaisance[vi] sur cette antenne, Hervé le Treut, membre de l’Académie des sciences, avoue sans fard à deux journalistes mal informés (dans le service public, la bonté des intentions l’emporte volontiers sur la connaissance du sujet) qu’il faut se méfier des méthodes telles que la GIS « car elles ne sont pas validées ». Raison pour laquelle, sans doute, il a signé la pétition visant à interdire les recherches qui risqueraient d’y parvenir…

 

Spitzberg, juillet 2012. En silence

Maintenir l’angoisse

On peut s’interroger sur cette propension de l’écologie politique à refuser toute ouverture en direction de l’innovation technologique qui va, donc, jusqu’à pousser des scientifiques à renier l’essence même de leur travail en tentant d’interdire à certains de leurs pairs de mener des recherches. Ces bien-pensants qui n’hésitent pas à traiter tous ceux qui ne pensent pas comme eux de « platistes » tombent furieusement dans le travers qui a valu beaucoup d’ennuis à Galilée. Une hypothèse peut être tentée : dans leur effort de conviction (légitime) sur la nécessité de décarboner l’économie, les militants du climat font pression sur les acteurs économiques (principalement les institutions financières et les fonds de pensions) en leur promettant que le statu quo coûtera plus cher demain que les efforts qu’il convient de faire maintenant. C’est sans doute vrai, sauf si l’on admet que le génie humain puisse, une fois de plus, trouver des solutions efficaces à ce problème. Mais, admettre que des innovations technologiques puissent venir diminuer l’ampleur de la facture promise nuit, en quelque sorte, à la démonstration. Mieux vaut alors renoncer à évoquer l’éventail des possibles pour mieux évangéliser. Quitte à désespérer un peu plus encore la génération flocon de neige qui déjà se liquéfie sous les effets de l’éco-anxiété.

Finalement, on voit bien que tout dépend de ce que l’on vise : la fin du réchauffement (via l’innovation) ou la fin du capitalisme (via la décroissance). Un choix sans équivoque.

 

 

[i] MIT : SpaceBubbles: the deflection of solar radiation using thin-film inflatable bubble raft.

https://www.dropbox.com/sh/gk415yke8shtb84/AABLA5kYXUrrZfidUpPrUCCva/Space%20Bubbles_press%20material_May%202022.pdf?dl=0

 

[ii] David Keith : “Solar Geoengineering Would Be Radical. It Might Also Be Necessary”. Entretien avec Steve Levitt, Freakonomics Radio, 10 juin 2022.

 

[iii] Cloud Seeding Plans to Bring Back Rain to Mexico, Agribusiness & Food, 24/6/2021

https://mexicobusiness.news/agribusiness/news/cloud-seeding-plans-bring-back-rain-mexico

 

[iv] La géo-ingénierie solaire ne sauvera pas le climat, stoppons-la ! Reporterre, le quotidien de l’écologie
https://reporterre.net/La-geo-ingenierie-solaire-ne-sauvera-pas-le-climat-stoppons-la

 

[v] “Les approches de modification du rayonnement solaire, si elles devaient être mises en œuvre, introduiraient un large éventail de nouveaux risques pour les personnes et les écosystèmes, qui ne sont pas bien compris (confiance élevée).

Les approches de modification du rayonnement solaire ont le potentiel de compenser le réchauffement et d’améliorer certains risques climatiques, mais un changement climatique résiduel important ou un changement de surcompensation se produirait à l’échelle régionale et saisonnière (confiance élevée).

De grandes incertitudes et lacunes dans les connaissances sont associées au potentiel des approches de modification du rayonnement solaire pour réduire les risques liés au changement climatique. La modification du rayonnement solaire n’empêcherait pas l’augmentation des concentrations de CO2 dans l’atmosphère et ne réduirait pas l’acidification des océans qui en résulterait si les émissions anthropiques se poursuivaient (confiance élevée)” “, https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg2/downloads/report/IPCC_AR6_WGII_SummaryForPolicymakers.pdf

 

[vi] https://www.rts.ch/audio-podcast/2022/audio/la-geo-ingenierie-solaire-une-fausse-bonne-idee-25794208.html

 

Interceptor : même les navets n’échappent pas au progressisme cornichon

Le film Interceptor est un gros navet qui ne mériterait pas qu’on s’y intéresse s’il n’était pas révélateur d’un phénomène plus insidieux. En effet, la bien-pensance, dont on pensait que les élites hollywoodiennes se régalaient de manière exclusive comme dans le très drôle Don’t Look Up, s’est désormais transmise aux souches plus basses de l’industrie du divertissement.

Fortement promu par Netflix (excellent dans les séries mais plus à la peine dans le domaine des films) Interceptor est un thriller de série B signé Matthew Reilly, un Australien spécialiste du genre ou, peut-être, devrait-on dire des genres : thriller et navet, tant son palmarès est pauvre. L’intrigue est assez simple. L’armée US dispose de deux bases équipées pour intercepter une attaque de missiles nucléaires russes. Ces bases sont neutralisées par des méchants qui, en même temps, prennent le contrôle des missiles russes. But de l’opération : détruire l’Amérique avec les missiles en désactivant les intercepteurs. Mais, sans rien divulgâcher (comme disent les Québécois), c’est sans compter la vigilance du Capitaine JJ.

Sous les traits d’Elsa Pataky, actrice et mannequin d’origine espagnole, le Capitaine JJ est une sorte de Bruce Willis au féminin. Biscottos potelés et sourcils épilés mais vindicatifs, elle défouraille sans compter afin de sauver le monde d’un complot des méchants (très à droite) contre les gentils (très à gauche). Le film et son message tiennent dans la composition des deux camps.

Du côté des méchants : un garçon, joli mais blanc, intelligent mais sournois. Sa motivation est l’argent. On le devine parce qu’il lâche maladroitement le nom de sa banque… Zurich Schweiz Bank (sans rire). A ses côtés, son idiot utile : un Red neck (beauf) à l’accent texan, blanc (presque rose), presque vieux et, bien sûr, mucho macho. Lui, c’est plutôt l’idéologie : « je ne suis pas un meurtrier, mais un patriote » lance-t-il avant d’exécuter à froid un brave Indo-américain qu’il avait pourtant prévenu : « je veux détruire cette Amérique qui compte trop de gens comme vous » (il s’adressait également au Capitaine JJ dont le côté latino ne lui avait pas échappé). On nous fait bien comprendre que ce méchant-là est du calibre qui envahit le Capitole de temps à autre et vote Trump à tous les coups.

Du côté des gentils, l’héroïne bien sûr. Une Latino, donc, qui a eu du mal à grader dans l’armée car elle a dénoncé, façon #MeToo, un général (vieux, blanc, gros et moche), plus intéressé par son arrière-train que son avancement dans la hiérarchie. Le Président des Etats-Unis qui, évidemment, est une Présidente (interprétée par une actrice australienne d’origine grecque) accompagnée de son secrétaire à la défense, un autre général, mais noir et pugnace. Ensemble, ils prennent les bonnes décisions malgré les mauvais conseils d’un consultant mâle et blanc avec même un petit air sémite façon Gainsbourg.

Manuel illustré de wokisme pour les nuls, Interceptor distille son « progressisme cornichon » (selon la jolie expression de Mathieu Bock-Côté, sociologue mais penseur éclairé), en nous montrant, au cas où ça nous aurait échappé, comment il faut impérativement reconnaitre les siens en termes de genre, de race, de couleur, de sentiments (et de goût pour la délation… Heu! Pardon, pour lancer des alertes). C’est si simple qu’on se demande bien pourquoi on n’a pas encore éliminé tous les fauteurs de troubles, si faciles à repérer : les blancs, les mâles, les vieux, les banques, les patriotes (catégories non-exclusives) et, bien sûr par-dessus tout, les capitalistes. Un film qui donne envie de s’acheter un ours en peluche et de lui faire des bisous. Il ne manque à cette fresque de la pensée gnangnan qu’une couleur pour atteindre le climax de l’intersectionnalité, celle de l’écologie. L’entier du film se passe sur une plateforme plantée au milieu du Pacifique qu’on ne peut atteindre– ô horreur – que par hélicoptère ou – encore pire – par sous-marin nucléaire. Pas l’ombre d’un transport public. Encore un peu de boulot avant d’atteindre le politiquement correct parfait.

De Musk à Netflix: la détestation de l’intelligence

On aurait pu imaginer que les parangons de vertu qui se plaisent à nous expliquer comment penser juste se réjouissent du fait que l’homme le plus riche de la planète soit un africain-américain. Il n’en est rien. Tout au contraire. Elon Musk (né à Pretoria) est, sans répit, sous le feu des attaques de la bien-pensance. Trop riche, trop puissant, trop blanc, il collectionne les défauts qui en font l’ennemi de la pensée juste. Et voilà maintenant qu’il s’en prend à la liberté de censurer. Quel culot ! On imagine la consternation au 1355 Market Street, siège de Twitter : des geeks très chics, tous millionnaires, pétris de la pensée woke dominante de San Francisco se lamentant de voir que leur capacité de bannir du réseau ce qu’ils considèrent comme déviant, va disparaître sous l’ère du nouveau propriétaire.

Chez Twitter, on est très chic.

Le mépris

Du succès, de l’ambition, Elon Musk possède les atouts qu’on aime détester, parmi lesquels aussi celui d’être intelligent, un peu trop intelligent. Il en va ainsi. On a beau avoir inventé la voiture électrique (Tesla), déclassé la NASA (SpaceX) en créant des fusées réutilisables, pénétré des circuits neuronaux (Neuralink) et permis aux Ukrainiens de rester en ligne malgré la guerre (Starlink), tout cela avant l’âge de 50 ans, ça n’empêche pas qu’on vous méprise et qu’on vous donne des leçons. Ça ne retient pas les plumitifs du bon droit de disserter sur le bien et le mal fondé de vos décisions (la presse en général) et les politiciens de basse souche de vous conseiller, notamment sur l’usage de votre argent (Elisabeth « Pocahontas » Warren, sénatrice US démocrate, en particulier).

La foi plutôt que la raison

Dans le grand combat qui oppose aujourd’hui la logique et la morale, c’est la dernière qui gagne. A tout le moins dans le vacarme ambiant, c’est elle que l’on entend le plus. Ceux qui fondent leur action sur la logique passent pour des arrogants, des profiteurs ou au mieux des opportunistes du système. Alors qu’il suffit de venir pleurnicher ses émotions devant une caméra au nom d’on ne sait quelles valeurs plus ou moins religieuses, de l’ordre de la foi* pour être hissé au rang de sauveur du monde (et rejoindre ainsi les lanceurs d’alerte et les cyclistes, ces héros modernes.)

McKinsey: une mission, des valeurs mais surtout des cerveaux.

Le vrai scandale

Dans la campagne présidentielle française s’achevant, le phénomène s’est illustré de plusieurs manières. « L’affaire Mc Kinsey » notamment. Ses opposants ont cru pouvoir déstabiliser le Président-candidat en lui reprochant d’avoir eu recours au cabinet de conseil américain pour épauler certains services publics. Ils ont évoqué la question de l’optimisation fiscale, mais on sentait bien que le reproche essentiel portait sur le recours à de brillantes compétences** fondées sur la logique et le rationnel qui, manifestement, devaient faire défaut à certains services publics***. Or, le scandale n’est-il pas plutôt là ? A quoi sert une administration coûteuse si l’on doit faire appel à des cerveaux bien faits lorsque des affaires courantes s’avèrent un peu plus compliquées qu’à l’ordinaire ? A-t-on songé à mettre en congé non payé les fonctionnaires dont les consultants ont fait le travail ?

L’arrogance, pas l’intelligence

Lors du débat de l’entre-deux tours, on a assisté, tout comme cinq ans auparavant, à un combat très inégal entre d’un côté l’intelligence et de l’autre les (bons ?) sentiments … dira-t-on pour être poli. On a assisté, avec douleur presque, à ces leçons d’économie élémentaire voire de calcul qui ont laissé la candidate malheureuse pantoise, muette, incapable de la moindre réaction articulée quand son adversaire lui assénait quelques traits imparables parce que simplement logiques. Or, qu’a-t-on vu ou entendu après le débat ? Du côté, de la candidate, une plainte ad nauseam, au sujet de « l’arrogance » de son adversaire. Pas un mot, après le temps de la réflexion, sur ce qu’elle aurait pu rétorquer dans les moments de silence induits par son incompétence. De même dans l’écho médiatique du débat : quasiment pas un mot sur l’incompétence de l’une. Rien sur la brillante intelligence de l’autre mais tout sur son arrogance…

La loi Netflix aussi

Ce mépris de l’intelligence et de son principal avatar, le succès, se cache également dans la volonté, en Suisse, de taxer Netflix. Née du génie de Reed Hastings, un représentant en aspirateur fatigué de faire du porte à porte, Netflix est une réussite exceptionnelle qui a permis, au-delà du streaming, la production de nombreux chefs-d’œuvre dont le pire tort aux yeux des nostalgiques du « film d’auteur » est d’avoir plu à un vaste public. Face à cela, quel est le réflexe des fonctionnaires de la culture ?  Décrocher des stages chez Netflix à offrir aux jeunes cinéastes en devenir afin de leur permettre de découvrir sur place des pratiques state-of-the-art ? Consacrer une part de la redevance SSR à l’achat d’abonnements Netflix afin de faciliter l’accès des contribuables à un vrai divertissement de qualité ? Non, bien sûr.

Maintenir l’entre-soi

On préfère taxer. Mais, au nom de quel raisonnement farfelu peut-on imaginer un seul instant qu’un pays, comme la Suisse, qui n’a pas de grande disposition naturelle pour le cinéma mais qui en a d’autres (pour l’innovation technologique, pour la démocratie directe, pour la fiscalité un peu moins confiscatoire qu’ailleurs, pour la naturalisation des footballeurs albanais, etc.) puisse tout à coup faire émerger des chefs d’œuvre du 7ème art en taxant Netflix ? L’idée n’est évidemment pas là. Le but est de financer le système d’aides et de subventions qui constitue un petit milieu où règne l’entre-soi, où on se montre dans les festivals (en Suisse, c’est à Locarno) et où, surtout, il s’agit de maintenir un cinéma d’auteur qui est « produit pour être financé, pas pour être vu », comme le dit finement le jeune producteur et scénariste français Laurent Rochette**** (« Paris est à nous », « Années 20 »).
En refusant ce nouvel impôt, car c’est bien de cela qu’il s’agira lorsque Netflix aura adapté ses tarifs et restreint sa tolérance sur le partage des accès, les Suisses feront preuve d’intelligence. Quitte à se faire détester.

 

 

* On consultera avec intérêt l’ouvrage Woke Racism: How a New Religion Has Betrayed Black America, de John McWhorter (2021). Ce professeur de linguistique à la Columbia University de New York démontre comment le wokisme efface la logique au profit d’un système moral de type religieux qui a pour effet, notamment, d’être nuisible à ceux qu’il prétend défendre.

** Quiconque a travaillé avec des consultants sait qu’ils sont triés sur le volet et embauchés en fonction de leurs aptitudes intellectuelles supérieures, dans le domaine des STEM de préférence. On y trouve beaucoup d’ingénieurs, parfois un brin autistes mais capables de résoudre sans broncher, sans répit et, surtout, sans faute de redoutables problèmes.

*** Boris Johnson a appliqué la même recette en confiant la gestion de la vaccination à une consultante. Avec succès.

**** « C’est arrivé demain » de Fréderic Taddeï sur Europe1, le 24 avril 2022.