Le Louvre Abu Dhabi fait fleurir la beauté au milieu du désert

C’est un joyau suspendu entre le ciel et la mer. Un écrin resplendissant de beauté pure, un luxe gracieux qui s’offre celui d’aller sans dire, laissant bouche bée le visiteur ébloui.

Le Louvre Abu Dhabi ne se révèle qu’après un long chemin. Il faut parcourir quelques kilomètres au milieu du désert avant de rejoindre Saadiyat, l’île aux musées d’Abu Dhabi. L’île artificielle dont la capitale des Emirats veut faire une plateforme culturelle qui la place sur la carte universelle des incontournables du genre.

L’entrée du Musée donne le ton, oriental.

Autour du sublime musée de Jean Nouvel, quatre autres projets sont dans les plans des Emirs : un Guggenheim signé Frank Gehry, un musée national signé Norman Foster, un Opéra (Performing Arts) dessiné par feue Zaha Hadid et un musée maritime confié à Tadao Ando. Autrement dit la crème de la crème en matière d’architecture contemporaine. A l’heure actuelle, seul le Guggenheim est en construction. Date d’ouverture annoncée : 2025 ou 2026 pour un projet dévoilé en… 2006. C’est deux fois plus que le temps qu’il n’en aura fallu au Louvre pour voir le jour.

 

Un deal en or (noir)

Fruit d’un accord signé entre la France et l’Emirat en 2007 sous l’impulsion de Jacques Chirac (qui donne son nom à l’avenue qui mène au Musée), il est inauguré en grande pompe par Emmanuel Macron le 8 novembre 2017.

La lumière du soleil : élément central de l’architecture du Musée

Pourtant, son chantier, lui aussi, aura connu de nombreuses vicissitudes entre négociation et renégociation du contrat entre les Etats, retards de chantiers et de nombreuses polémiques : quant aux conditions de travail de la main d’œuvre étrangère tout d’abord et, également, quant à la moralité du Louvre (maison mère) qui ouvrait ainsi sa première succursale hors de France en échange d’une solide « compensation » (env. un milliard d’euros dont une moitié pour l’usage du nom pendant 30 ans). “Peut-on faire tant d’argent en bradant ce nom prestigieux ?” se sont offusqués certains cultureux dont on connaît la défiance pour l’argent (des autres). Bref, un deal intéressant pour l’Emirat qui peut ainsi cocher la case « capitale culturelle » dans les options de son futur post-or noir.  La diversification de son économie passant aussi par des investissements massifs dans ce domaine.

Un village de blocs blancs, épurés, sobres sous un ciel d’acier étoilé

Un joyau incomparable

Le Louvre Abu Dhabi est un village constitué de blocs blancs, sobres et épurés recouverts d’un immense dôme métallique de 180 mètres de diamètre. Formé de plusieurs couches de motifs en forme d’étoile, le dôme filtre le rayonnement solaire pour créer “une pluie de lumière”, projetant des éclats de soleil sur les blocs blancs et les promenades qui constituent l’intérieur du bâtiment. “C’est un projet fondé sur un symbole majeur de l’architecture arabe : la coupole. Mais ici, la coupole est une proposition moderne qui rompt avec la tradition”, avait expliqué Jean Nouvel. On peut y voir aussi une allusion au moucharabieh, cette cloison ajourée qui décore les balcons et fenêtres orientaux.

“Leaves of Light-Tree” (2017). Comme au MCBA, dans l’entrée, un arbre de Giuseppe Penone, l’artiste qui reboise les musées.

Ainsi, la vie du village se déroule à l’abri de ce dôme somptueux, des cheminements serpentant entre les blocs blancs qui, on l’aura compris, contiennent les salles du Musée, et les bras de mer qui s’y introduisent également. Car, oui, vous avez bien lu, la mer entre dans le Musée. Ses reflets dansants ajoutant un mouvement au tamis de lumière créé par le dôme. Des bassins prolongent l’espace et se perdent à l’horizon où pointent de lointains gratte-ciels. Quelques dhows aux voiles élégantes se balancent à portée de main. Dans ce Louvre-là, on est à Venise en même temps qu’à la Kasbah sous un ciel d’acier.

 

Une collection en devenir

“Victor Hugo et  les Muses” (1897-1964) d’Auguste Rodin

Le Louvre Abu Dhabi est vaste. Les cubes abritent 6400 mètres carrés de galeries, sans compter l’auditoire, le restaurant et la boutique. Faisant l’objet d’un accord avec la maison-mère parisienne concernant l’ouverture de ses tiroirs, la collection reçoit des œuvres qu’elle expose pendant un an. La rotation intervient en octobre de chaque année. C’est ainsi que le Penseur de Rodin ou l’auto-portrait de Van Gogh ont passé une année dans l’Emirat. Actuellement, ce sont encore des pièces de Rodin qui tiennent la vedette : notamment Victor Hugo et les Muses.

 

Universalité

Convergence de thèmes…
… à travers les cultures.

La collection permanente est en accord avec le rôle de plaque tournante des grandes civilisations que tient le monde arabe dans sa situation géographique aussi bien que culturelle. L’idée est simple : il s’agit de montrer de manière chronologique l’histoire du monde à travers des œuvres qui sont toujours présentées conjointement à celle d’une autre culture dans la même thématique. Cela permet de présenter des œuvres prêtées (encore majoritaires) comme des œuvres propres (comme la perle la plus vieille au monde, env. 5800 av. J.-C., trouvée dans l’Emirat). Le résultat est très convaincant. L’exposition est passionnante et se suit avec un enthousiasme partagé entre la cohérence des mises en relation et la beauté qui émane de chaque vitrine, de chaque buste, de chaque fenêtre, de chaque détour où se perd la lumière dorée du Golfe.

 

Le soir venu, le Louvre Abu Dhabi se pare d’or.

Bien sûr, la collection du Louvre Abu Dhabi est encore dans sa phase de développement. On est loin des trésors immémoriaux du British Museum, des splendeurs mystérieuses de Naoshima, l’île aux musées japonaise ou encore de la folie exubérante du Musée qui déclasse tous les autres : le MONA de Hobbart.  Mais il a fallu des décennies, voire des siècles pour que les grands musées occidentaux créent leur magie. Ce Louvre-là a déjà l’avantage de reposer dans un écrin de magnificence. Il peut grandir sereinement et prétendre aux plus hautes ambitions dans un monde culturel où il est admis que le contenant dépasse (temporairement) les contenus.

Près de deux millions de visiteurs ont visité le Louvre Abu Dhabi durant les deux ans qui ont précédé la pandémie. Depuis lors, la fréquentation est bien sûr moins abondante. Le 31 décembre, le Musée n’a accueilli qu’un seul visiteur : David Guetta pour un concert du Nouvel-An en streaming. Ce garçon a du goût. A tout le moins pour les beaux espaces.

 

 

 

Christian Jacot-Descombes

Christian Jacot-Descombes a exercé successivement les métiers de neuropsychologue, animateur et journaliste de radio, journaliste de presse écrite et responsable de la communication d’une grande entreprise. Il voyage beaucoup parce qu’il pense que ça ouvre l’esprit et aussi parce que ses différentes expériences professionnelles lui ont démontré qu’il vaut toujours mieux voir par soi-même.

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