Pourquoi la vieille Europe doit sortir de sa déprime

Entre Genève et Lausanne. Samedi autour de minuit. Pluie. Nicolas, la trentaine fatiguée, titube entre les sièges du wagon sale de 2e classe. Il asperge les voyageurs, feignant de s’excuser : « ce n’est que du whisky-coca ». Entre deux bêlements, il nous reproche nos masques : « Tous des moutons ! ». Son désarroi trahit l’angoisse et une peur agressive : le « virus », la « robotique », le « climat », « plus de boulot », « pas de futur », « la nature ? Foutue ! ». Les passagers écoutent, impassibles. Ils n’ont pas le choix tant les cris sont puissants. Seuls visibles, les regards trahissent une anxiété anonyme. Nicolas n’est pas un homeless, c’est un citoyen comme eux.

Séoul. Au même instant. Min-ho admire son reflet dans la vitre immaculée du métro qui l’emmène sur la ligne 211 à l’Université nationale. A 7 heures, ce dimanche matin, le métro est calme. Il y règne une ambiance feutrée que réchauffe le soleil d’automne. Min-Ho se dit qu’il a de la chance. Contrairement à certains de ses camarades, son physique parfait lui a permis de faire l’économie d’onéreuses retouches esthétiques. Avec l’argent ainsi économisé, il peut s’offrir, en plus de son cursus normal de physique, les cours optionnels de codage avancé qui lui permettront de faire la différence plus tard. Assise à côté de lui, Sun-Hi est penchée sur son smartphone. Comme la cinquantaine d’autres jeunes Séoulites présents dans le wagon, elle révise avant les cours.

 

Ces deux situations, vécues, illustrent le fossé qui sépare l’Europe (sans les ex-pays de l’Est) et la région Asie-Pacifique. Le vieux continent broie du noir pendant que l’autre côté du monde prépare le futur comme on se réjouit d’un voyage. Le décalage horaire se compte en heures, celui des avancées technologiques en années, celui des mentalités en années-lumière.

Depuis maintenant bien longtemps, règne sur le Vieux Continent une atmosphère de fin du monde. Entretenue bien sûr par les prophètes de l’Apocalypse verte mais pas seulement. Cela remonte plus loin : lorsque Stéphane Hessel encourageait la jeunesse (qui l’avait déjà quitté depuis longtemps) à s’indigner à tout propos sans jamais songer à se réjouir des incroyables progrès accomplis par l’Humanité grâce à la science et à la technologie. Lorsque les intellectuels de gauche appelaient à se méfier du progrès dès les années 1960. Lorsque le club de Rome s’inventait dans les années 1970 pour dénoncer la croissance. Et voilà maintenant que même la pandémie vient offrir son soutien à toute sorte d’opportunismes dépressifs : « Mother Nature is Angry [i]» souffle Nancy Pelosi[ii], bien rangée dans son carré Hermés.

 

 

Prises lors de la cérémonie de Commencement du Massachusetts Institute of Technology à Boston, le 8 juin 2019, ces photos témoignent de la diversité et de l’enthousiasme des étudiants venus de loin pour acquérir des connaissances de haut niveau

Un problème. Donc, une solution

Pendant ce temps, sur les bords du Pacifique, de Taïwan à la Silicon Valley en passant par la Corée du Sud et même la Chine, on sent qu’on est à l’aube d’une période d’évolution rapide et euphorique où chacun aura la chance de jouer ses cartes. On sait que tous ne profiteront pas de la future prospérité dans la même mesure mais on a compris qu’il vaut mieux tous progresser inégalement que tous régresser également. La question climatique n’y est pas éludée. Elle est considérée comme un problème auquel il s’agit de trouver une solution, comme on en a trouvé à chaque crise précédente. Surtout, on a compris que l’on est entré dans l’économie de la connaissance et que dans la perspective des développements majeurs de l’intelligence artificielle (IA), des NBIC[iii] et des STEM[iv], les têtes bien faites seront demain celles qui dépassent… La partie asiatique de la région pacifique n’en manque pas. Dans certains collèges américains qui n’appliquent pas de quotas de type affirmative action, les élèves d’origine asiatique représentent aujourd’hui près des trois quarts de la population estudiantine. Littéralement rasée à la fin de sa guerre en 1953, la Corée du Sud a tout misé sur l’éducation. Aujourd’hui, 140’000 étudiants du reste du monde se bousculent pour fréquenter l’une des 40 universités de Séoul. Résultat : une économie dynamique et une qualité de vie exceptionnelle.

Chez nous, l’école est le lieu où l’on apprend la socialisation d’abord. L’acquisition des connaissances vient ensuite. Une escarmouche dans le préau à la récré ? Et hop, la demi-journée qui suit est consacrée à la réflexion collective sur l’incident. Résultat quelques années plus tard : si 87% des Bachelors de l’EPFZ sont suisses, ces derniers ne sont plus que 30% au Doctorat… [v]

 

Une solution technologique ? Non merci

Une composante du désarroi occidental contemporain est la résignation suicidaire. A la lecture des commentaires de l’article consacré au nucléaire précédemment publié dans ce même blog, il est frappant de constater à quel point les arguments des anti-nucléaires témoignent des vraies intentions de l’écologie politique qui ne veut tout simplement pas entendre parler de solution au problème climatique. Du moins pas d’autres solutions que l’effondrement pour les plus mystiques ou que la décroissance pour les plus marxistes (qui hissent l’étendard vert là où la bandiera rossa s’est mise en berne). Le but étant d’imposer un changement de société régressif et liberticide.

On n’est qu’à moitié étonné de ces délires apocalyptiques plus ou moins manipulés par la classe politique et opportunément relayés par les médias traditionnels. On l’est plus qu’à moitié lorsqu’on voit des scientifiques ajouter, eux-mêmes, à la déprime ambiante en affichant des convictions politiques plutôt que scientifiques. Quand en ouverture du Forum des 100, on entend le Président de l’une des deux plus grandes universités suisses, interrogé sur la thématique « La technologie peut-elle nous sauver ? », répondre qu’il faut envisager un glissement de la « société de la Shareholder Value » vers une « société de la Citizen Value » et qu’à ses côtés, la Présidente de l’université locale ajoute qu’il nous faut envisager « un changement de valeurs », on est en droit de se demander si ce renoncement à l’espoir de progrès confié à leur institut n’est pas une forme de démission. Sans parler des journalistes, qui semblent n’avoir qu’un souci, quel que soit le sujet (robotique, IA, GAFAM[vi], etc.) qui est de savoir comment mieux réguler.

 

Cérémonie de Commencement du MIT. Boston, 8 juin 2019

Politiques dépassés

On spécule aux Etats-Unis sur une future candidature de Mark Zuckerberg à la Présidence. Il est fort probable que ce job n’intéresse pas quelqu’un qui règne sur une communauté de près de 3 milliards d’utilisateurs et décide de leur manière d’interagir en bidouillant ses algorithmes. Comme d’autres dirigeants des GAFAM, il a pu évaluer lors de ses auditions auprès du Congrès à quel point le personnel politique actuel ne comprend pas les enjeux du futur. S’il ne l’est pas déjà, il sera vite dépassé. Là aussi, le déséquilibre est frappant. L’essentiel du gouvernement communiste chinois est composé de scientifiques et d’ingénieurs. Xi est lui-même ingénieur chimiste. De notre côté, nous continuons d’élire des juristes et des sociologues. Pas une bonne nouvelle pour la démocratie représentative ? Peut-être mais le problème n’est plus vraiment là. Les géants de l’intelligence artificielle, GAFAM d’un côté, BATX[vii] de l’autre, possèdent déjà les clés de l’économie de la connaissance et, du coup, de l’avenir. Ils ont les cerveaux (qu’ils captent à coup de millions de dollars) et les données (que nous leur fournissons gracieusement). Face à cela, nos bonnes vieilles démocraties ressemblent à un Nokia 3210.

 

 

Cérémonie de Commencement du MIT. Boston, 8 juin 2019

Les cerveaux, humains ou pas, clés de l’avenir

Dans ce contexte, la recherche des cerveaux (humains) est encore et plus que jamais un enjeu essentiel. Persuadé que les talents exceptionnels déterminent le rythme et l’ampleur du progrès mondial, Eric Schmid, l’ancien patron de Google, a créé la fondation RISE. Son but ?  Mettre la main sur les hyper-talents que l’on n’a pas encore découverts parce que divers facteurs culturels tels que genre, religion, enseignement, etc. les musèlent. Puis les aider à réaliser leur potentiel d’impact mondial. Eric Schmid consacre un des 15 milliards de sa fortune personnelle à cette nouvelle conquête de la matière grise.

 

Dans cette géopolitique déterminée par l’économie de la connaissance, l’Europe est absente. Elle pense à autre chose. Aucun acteur important de l’IA n’est européen mais ça ne l’empêche pas d’être la championne de l’éthique (et de donner des leçons au monde entier) ; elle a Greta ; elle a des décroissants qui se déplacent en hélicoptère ; elle vénère XR[viii] et encourage les écoliers à faire la grève. Comme l’écrit Laurent Alexandre[ix], « Nous nous abandonnons aux délices morbides de l’opium écologique au pire moment. Celui où, ailleurs, s’arment – au propre comme au figuré – des nations bien décidées à en découdre. La dépression de la vieille Europe fait un contraste saisissant avec l’extraordinaire dynamisme de l’Asie. Occupés à nous lamenter sur notre sort, à culpabiliser de notre passé comme de notre présent, nous ne voyons pas que le monde bouge. Sans nous. Et donc contre nous. Au moment où se joue le grand Yalta du XXIe siècle, nous ne sommes une fois de plus pas à la table des négociations, mais dessus. L’Europe est le plat de résistance du menu que s’offrent les nations qui vont maîtriser l’économie de la connaissance. Comme l’Afrique le fut au XIXe siècle ».

Il paraît ainsi inéluctable que les enfants de Nicolas seront, au mieux, les employés de ceux de Min-Ho. A moins que les Européens sortent de leur dépression et réalisent que Homo Sapiens[x], bientôt Deus, sait résister comme personne à l’adversité et a toujours détrompé les prophètes de malheur, fussent-ils remarquablement talentueux. Dans son entretien historique avec Aldous Huxley, le journaliste américain Mike Wallace[xi] introduit le sujet en expliquant qu’il s’inscrit dans la problématique chaude du moment : « Survival and Freedom [xii]». On est en 1958.

 

[i] « Mère Nature est fâchée »

[ii] Présidente démocrate de la chambre des représentants américains

[iii] Nanotechnology, Biotechnology, Information technology and Cognitive science

[iv] Science, Technology, Engineering, Mathematics

[v] Lino Guzzella, président EPFZ, conférence au Club des Quatre Saisons, Zurich, avril 2017

[vi] Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft

[vii] Baidu, Alibaba, Tancent, Xiaomi

[viii] Extinction Rebellion

[ix] In « Jouissez Jeunesse ! petit manuel à l’attention de ceux qui choisiraient de ne pas croire à la fin du monde » Laurent Alexandre, Lattes, septembre 2020.

[x] « Homo Sapiens » 2011 et « Homo Deus » 2015. L’Humanité vue par Yuval Noah Harari, génial historien israélien de l’Université hébraïque de Jérusalem.

[xi] Père de Chris Wallace, journaliste et modérateur du débat Trump-Biden

[xii] « Survie et Liberté »

 

Christian Jacot-Descombes

Christian Jacot-Descombes a exercé successivement les métiers de chauffeur de taxi, neuropsychologue, animateur et journaliste de radio, journaliste de presse écrite et responsable de la communication d’une grande entreprise. Il voyage beaucoup parce qu’il pense que ça ouvre l’esprit et aussi parce que ses différentes expériences professionnelles lui ont démontré qu’il vaut toujours mieux voir par soi-même.

35 réponses à “Pourquoi la vieille Europe doit sortir de sa déprime

  1. Je me sens enfin moins seule !
    Je partage complétement votre cri du coeur, Maryvonne Lecoultre. Bravo et merci M. Jacot–Descombes pour cette analyse très rare dans le monde médiatique actuel. Probablement qu’il y a plus de nos concitoyens qu’on ne pense qui ont compris ce que vous nous expliquez. En particulier beaucoup de ceux qui sont impliqués par leur spécialité professionnelle dans l’un ou l’autre morceau de ce vaste puzzle du tandem humanité-environnement constatent au quotidien qu’ils ne retrouvent pas la réalité du traain qu’ils côtoient, et connaissent, dans le main stream médiatique. Mais, peu ont le courage de le dire. Regardez ce qui est arrivé à Claude Allègre en France: il a complètement disparu des micros et des écrans pour avoir douté de la sévérité du changement climatique, c’est pire que s’il avait joué avec des petits enfants.
    Pour celles et ceux qui douteraient de la réalité, et de la gravité, de ce que nous explique M. Jacot Descombes de manière solidement argumentée, je recommande la vidéo de la conférence donnée par Aurélien Barrau à l’UNIL le 3 octobre 2019. Regardez juste 30 sec de la conférence elle-même, cela suffit pour comprendre: une vision complètement déjantée et catastrophiste du tandem humanité-environnement. Il use de manière abusive de son activité d’astro-physicien pour assoir sa légitimité, alors que les choses sont loin d’être liées. Mais le plus inquiétant est le comportement moutonnier de la salle et des participants de la table ronde qui suit, dont la rectrice Mme Nuria Hernandez et Jacques Dubochet. Là aussi 30 sec. suffisent. Que les thèses de M. Barrau soient à l’agenda, et discutées, très bien. Mais là il n’y a aucun débat, juste une allégeance totale à un conférencier vénéré comme un gourou. Où est la capacité d’analyse et la liberté de pensée de l’Université? Le sommet: vers la fin, Mme la rectrice Hernandez (t = 1:50:30) conclut qu’il faut voter pour “celles et ceux qui veulent sauver la Planète”. Les élections fédérales étaient le 20 octobre 2019.
    Pour visionner: https://www.youtube.com/watch?v=8Lhl6zE30z4&feature=emb_logo

    1. Merci ! La vidéo que vous mentionnez est effectivement éloquente. Ce panurgisme (pour citer le commentaire suivant) est pathétique. Mais restons optimistes et faisons confiance à la raison qui finira bien par triompher (après le moins possible d’errances de ce type)

    2. Vous aviez éveillé ma curiosité. J’ai donc regardé cette vidéo, et même jusqu’à la fin. Qu’en ai-je retenu? A part près de deux heures de morne ennui, sous un emballage qui se voulait nouveau, rien de très original. Sous les cheveux longs – combien de temps doit-il passer devant sa coiffeuse? – du dandy “post New Age” (pour reprendre les termes d’un autre commentateur), que d’idées courtes.

      Astro-physicien ou désastro-physicien? That’s the question.

      Est-ce pour asseoir sa légitimité ou non, je n’en sais rien, sinon que son “coming out” sur scène ressemblait plutôt, à mes yeux, à du mouvement brownien. Quant à Madame la rectrice de la Dorigny-Beach Knowledge Factory, elle aurait pu soigner son image de marque en cachant ses jambonneaux et l’illustre Du Beau Du Bon Dubochet se fringuer autrement que comme un sac à patates pour se rajeunir aux yeux de cet alme “Convivium” de psittacistes pavloviens.

      Mais d’une université qui s’est distinguée autrefois en délivrant un doctorat honoris causa à un maçon saisonnier italien logé sous le Grand-Pont et inscrit pendant un semestre en sciences po avant d”être promu César de carnaval à Rome, comment s’étonner d’un tel exploit?

        1. Ma certo.

          Nom de Famille: Mussolini
          Prénom: Benito
          Date et lieu de naissance: 29 juillet 1883 à Predappio (Emilie-Romagne)
          Profession: dictateur.

          Le 9 juin 1902, Mussolini termine l’année scolaire et, probablement pour fuir le service militaire, s’établit à Lausanne, après avoir séjourné à Yverdon-les-Bains et Orbe (Denis Mack Smith, Mussolini, Paris, Flammarion, 1981, p. 17). De juin 1902 à novembre 1904, il vit en Suisse, se déplaçant de ville en ville et occupant des emplois occasionnels (maçon, manœuvre, etc.). Vivant misérablement, il est arrêté pour vagabondage par la police dans la matinée du 24 juillet 1902 sous les arches du Grand-Pont à Lausanne, où il avait passé la nuit. Dans ses poches sont trouvés son passeport, son diplôme de l’école normale et quinze centimes (Ibid.).

          Il fréquente deux mois la faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne, où il s’intéresse à la pensée de l’économiste Vilfredo Pareto, critique acerbe de la démocratie libérale et à l’un des cours de qui il assiste (id., p. 20).

          En 1937, Mussolini obtient un Doctorat Honoris Causa décerné par l’Université de Lausanne.

          Pour plus de renseignements, voir l’article “Benito Mussolini” de Wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Benito_Mussolini).

          1. Tante grazie ! J’avais oublié cet infamous épisode de l’histoire de “Dorigny-Beach Knowledge Factory”

  2. ôtez à Aurélien Barrau son étiquette d’astrophysicien, spécialiste des trous noirs et de la gravitation quantique à boucles, et vous avez affaire à un gourou ordinaire post New Age, un peu dévoyé.
    Oubliez le prix Nobel de Jacques Dubochet, et vous voilà face à un simple grand-père qui croit faire le bonheur de son petit-fils en soutenant XR.
    Je suis sidéré par le panurgisme de notre actuelle caste d’intellos.

  3. Quelques petites mises au point:

    Nombre de prix Nobel chinois: 5 (de 1957 à 2015).
    Nombre de prix Nobel suisses: 30 (de 1901 à 2019).

    Le 9 septembre 2020, “Le Temps” annonçait que 34 universitaires suisses avaient été embauchés
    par des universités chinoises à des conditions de salaires pharaoniques:

    “En quête de talents, Pékin recrute dans les universités helvétiques

    La Chine embauche à tout va dans les milieux académiques occidentaux. En Suisse, elle a débauché
    34 scientifiques sous l’égide du programme Thousand Talents. Certains travaillent désormais dans
    des institutions affiliées à l’armée chinoise.” […] Les scientifiques recrutés par Thousand Talents
    reçoivent un salaire mensuel qui peut atteindre 1 million de yuans (132 600 francs), ainsi qu’un
    subside de recherche de 5 millions de yuans (663 000 francs). A cela s’ajoutent des frais de vie
    quotidienne, un logement payé et, souvent, l’obtention de son propre laboratoire. Au total, ils peuvent toucher jusqu’à 15 millions de yuans (2 millions de francs) par an, a calculé dans un papier
    de recherche David Bekkers, attaché scientifique du consulat des Pays-Bas à Shanghai.”
    (https://www.letemps.ch/monde/quete-talents-pekin-recrute-universites-helvetiques).

    Quant au nombre de parlementaires au bénéfice d’une formation scientifique, selon Heidi.News du 5 décembre 2019, sur les 246 élus des deux chambres fédérales, 42 ont suivi une formation dans une branche scientifique et 27 exercent une profession en lien avec les sciences.
    (https://www.heidi.news/sciences/qui-sont-les-42-scientifiques-du-nouveau-parlement-federal).

    A ces conditions-là, on peut s’offrir le luxe de déprimer un peu, non?

    1. Merci. Si l’on compte Asie-Pacifique vs Europe (qui est le sujet ici) on obtient 438 pour les premiers, 559 pour l’Europe (dont 132 pour le UK qui ne souhaite pas faire partie de l’Europe).
      Quant à l’embauche, je ne dis pas autre chose : “Les géants de l’intelligence artificielle, GAFAM d’un côté, BATX de l’autre, possèdent déjà les clés de l’économie de la connaissance et, du coup, de l’avenir. Ils ont les cerveaux (qu’ils captent à coup de millions de dollars) et les données (que nous leur fournissons gracieusement).”
      Je ne suis pas abonné à Heidi (et je n’ai pas l’intention de le faire). Je serais curieux de savoir si pour eux (elle?) “sciences” inclut les sciences humaines.
      Le luxe de déprimer, certes. La question est de savoir combien de temps.

      1. Merci à vous pour votre réponse. Encore conviendrait-il de préciser ce que vous entendez par “Asie-Pacifique”. S’il s’agit d’abord de la Chine continentale, du Japon et de la Corée du Sud, selon Wikipedia (dernière mise à jour au 14 octobre 2019), ces trois pays totalisent 34 prix Nobel pour une population de plus de 1,573 milliards d’habitants en 2018 (Chine: 1,393 milliards, Japon: 126,5 millions, Corée du Sud: 51,64 millions). Si l’on ajoute l’Inde (1,353 milliards d’habitants), on atteint 45 prix Nobel (+ 11) pour cette région.

        Ces chiffres, qui varient selon les sources (par exemple, parmi les 71 lauréats français du prix Nobel figure Henri Dunant, premier détenteur du prix en 1901) et la nationalité (pour les Suisses, qu’ils soient de naissance ou naturalisés, comme Albert Einstein), ne veulent donc rien dire s’ils ne sont mis en rapport avec la population. Ainsi, la Suisse, qui figure au septième rang pour le nombre de prix Nobel (28), en égalité avec la Russie et l’ex-Union soviétique et avant le Canada (26), vient largement en tête par rapport au nombre d’habitants, soit 1 lauréat pour 334615.38 habitants (contre 1 pour 870557.029 habitants aux Etats-Unis, pourtant premier sur la liste des détenteurs de prix Nobel (386) par pays – toujours selon Wkipedia.

        Les Helvètes sont-ils plus intelligents que le reste du monde? Non, en revanche, ils mangent plus de chocolat et, selon Franz Messerli, de l’université Columbia de New York, dans son étude d’octobre 2012 publiée dans le “New England Journal of Medicine”et intitulée “consommation de chocolat, fonction cognitives et lauréats du prix Nobel” (Chocolate consumption, cognitive function, and Nobel laureates), la Suisse arrive en tête parmi les 23 pays étudiés, tant pour la consommation de chocolat par personne que pour le nombre de “nobélisés”. Selon le prof. Messeri, qui indique avoir utilisé des statistiques de consommation fournies par plusieurs fabricants, il existe une corrélation “frappante” entre la consommation de chocolat et le nombre de lauréats du Nobel par habitant (pour une biographie de Franz Messerli, voir: https://www.swissre.com/profile/Franz_HMesserli/ep.0447bb).

        De plus, le chocolat serait un excellent anti-dépresseur.

        Enfin, je me souviens d’une conversation avec un diplomate autrichien, rencontré dans un bureau de poste genevois, qui me disait: “We have more mountains than you have” (nous avons plus de montagnes que vous). “Yes, but we have more Nobel prizes” (oui, mais nous avons plus de prix Nobel”), lui ai-je répondu.

        Toutefois, l’anecdote ne saurait masquer le fait que la mainmise des grandes entreprises sur la recherche et le développement (R&D) est d’abord due à la baisse des subventions étatiques qui lui sont octroyées, et ceci aussi bien dans la région Asie-Pacifique qu’en Europe, comme le montre une récente étude de l’UNESCO sur la R&D au Japon:

        “De graves problèmes de financement pour de nombreuses universités

        De nombreuses universités rencontrent actuellement de graves problèmes de financement, explique le rapport. Sur les huit années entre 2007 et 2014, les dépenses universitaires de recherche n’ont augmenté que d’1,3 % en prix constants. Alors que leurs budgets réguliers déclinent à un rythme d’environ 1% depuis plus d’une décennie, elles se voient contraintes de consacrer énormément de temps et d’énergie à constituer les dossiers de demande de subventions institutionnelles.

        Le temps consacré à cette activité, aux tâches administratives et à l’évaluation des projets génère des effets secondaires de plus en plus visibles : lourde charge sur le corps professoral et le personnel administratif, brièveté des cycles d’évaluation susceptible de nuire à une vision à long terme de la recherche et de l’éducation, difficulté à faire perdurer les activités, les équipes et l’infrastructure après la fin des projets.

        La recherche du meilleur équilibre possible entre financement ordinaire et financement par projets est donc en train de devenir une question de politique de premier plan au Japon.”

        “Les jeunes titulaires d’un doctorat peinent à trouver des emplois stables.

        Par conséquent, les jeunes Japonais titulaires d’un doctorat peinent à trouver des emplois à durée indéterminée dans les universités ou les instituts de recherche. Le nombre de doctorants baisse, car de nombreux étudiants en master n’osent pas s’embarquer dans une carrière apparemment peu gratifiante dans la recherche”.

        – Politique scientifique et renforcement des capacités – Source: Sato, Y. et Arimoto, T. (2015) Japon . Dans Rapport de l’UNESCO sur la science : vers 2030, paru en 2015 (http://www.unesco.org/new/fr/natural-sciences/science-technology/single-view-sc-policy
        news/why_the_increase_in_japanese_nobel_laureates_since_2000/).

        Si le nombre de doctorants suisses baisse en comparaison avec les titulaires étrangers, ce n’est pas un hasard non plus, les perspectives de carrière académique et la précarité croissante des formations universitaires étant de plus en plus problématique. Quant aux diplomés étrangers, dans leur grande majorité ils quittent la Suisse et retournent dans leur pays au terme de leurs études.

        Pourtant, en comparaison internationale, la Suisse est plutôt favorisée, raison pour laquelle elle attire de nombreux universitaires étrangers, y compris en provenance des Etats-Unis. Et le fait que Google ait installé son centre européen à Zurich, à proximité de l’EPFZ et l’Université de Zurich, n’est pas un hasard.

        La situation en R&D n’est guère meilleure dans les autres pays occidentaux, et en particulier en France, si l’on en croit le site français de “Sauvons la recherche” (“sauvonslarecherche.fr”).

        Enfin, les GAFAM n’existeraient même pas sans la proximité de la Silicon Valley avec les hautes écoles de San Francisco et de sa région – Université de Californie à Berkeley et Standford en tête.Ce ne sont pas les géants du Net qui détiennent le savoir mais, malgré la crise grave qu’ils traversent, les centres de recherche universitaires et leurs réseaux. L’exemple récent de l’impact de la recherche menée à l’EPFL dans le cadre du projet COVID-19 sur Google – et non l’inverse – n’est-il pas révélateur à cet égard?

        PS – Au sujet de la formation scienfique des parlementaires fédéraux, le site de “Heidi.ch” (nul besoin d’y être abonné pour le consulter) ne précise pas de quelle filière ils proviennent. Par “scientifique”, on entend d’habitude les disciplines de base, dites “dures”: mathématiques, physique et chimie, qui forment le socle traditionnel des facultés des sciences. Dans les sciences dites “humaines”, si elles constituent le gros des bataillons universitaires, il n’existe encore aucun prix Nobel en dehors de l’économie (attribué depuis 1968), les cinq domaines d’attribution du prix étant la physique, la chimie, la physiologie ou médecine, la littérature et la paix. Les mathématiques, l’informatique et la musique restent les parents pauvres du prix, dont les sciences humaines sont exclues. Peut-être faute de chocolat?

        1. Merci une nouvelle fois de ces précisions intéressantes.
          La région Asie-Pacifique comprend aussi les USA (géographiquement la côte Ouest, intellectuellement l’ensemble du pays, ce qui inclut Boston, Austin et d’autres clusters bien sûr), l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Taiwan mais pas l’Inde qui réapparaît néanmoins à travers l’immigration massive de ses excellents ingénieurs en Australie (https://www.jacotdescombes.ch/post/immigrer-en-australie-présentez-les-diplômes-s-il-vous-plaît.)
          Les prix Nobel. Par tête de pipe, ce sont largement les Iles Feroe qui dominent, suivies par Sainte Lucie (dans les Caraïbes), Luxembourg et la Suisse. Outre le chocolat, faut-il voir une corrélation entre Nobel et insularité ou fiscalité non confiscatoire ? On peut aussi observer la corrélation entre Nobel et religion. Ce qui donne des résultats intéressants : les Juifs, par exemple : 0,2% de la population mondiale, 20% des prix Nobel… Le chocolat casher ?
          Vous avez raison, le Japon connaît quelque difficulté avec la recherche et l’innovation dans certains domaines mais il en est conscient et se prépare à rattraper le retard : https://www.jacotdescombes.ch/post/comment-les-japonais-entendent-s-inscrire-sur-la-carte-mondiale-des-sciences-de-la-vie.
          L’écosystème de l’innovation est un ensemble où l’académie et l’entreprenariat entretiennent une joyeuse, prospère et torride relation. C’est le cas de ceux qui réussissent le mieux : Silicon Valley, Great Boston Area, Israel, Seoul… A cet égard, les ingénieurs formés à l’EPFZ sont particulièrement recherchés dans ces écosystèmes. Le co-fondateur de Duolingo (entrée en bourse prévue en 2021) en est un bon exemple https://www.jacotdescombes.ch/post/luis-von-ahn-duolingo.
          Enfin, une majorité significative des journalistes provenant des sciences humaines (essentiellement Sciences-Po et sociologie), il y a fort à parier que les chiffres qu’ils ne précisent pas recèlent une bonne proportion de diplômés des sciences molles.
          Dilemme de la gourmande vieille Europe : choisir entre la dépression et le diabète ?

  4. Pour avoir voyagé et travaillé au début des années 90 dans la zone Pacifique, j’avais vite compris que le XXIème siècle ne serait fait ni par ni pour l’Europe.
    Je passais alors pour un pessimiste et un oiseau de mauvais augure.

    Je vous rejoins donc en grande partie dans votre analyse avec toutefois une nuance de taille : vous dites que les têtes bien faites seront demain celles qui dépassent.
    Je crains surtout que ce soit les têtes bien pleines qui dépassent (« Science sans conscience … » etc.).

    Si ça devait être le cas cela représenterait, pour reprendre l’expression de Michel Audiard, «l’apocalypse en édition populaire».

    1. S’il faut choisir entre “science sans conscience” et “conscience sans connaissances” (genre wuss generation), mon choix est vite fait. Cela dit, Michel Audiard nous manque.

  5. J’aime votre optimisme, cher Christian.

    Toutefois et peu importe votre haine des “écolos”, il me semble que vous n’ayez pas encore compris que les ressources de la Terre sont limitées.

    Et ça fait toute la différence, quelles que soient ses croyances arc-en-ciel.
    Seriez-vous un baby-boomer?

    1. Il faut prendre soin de la planète. Ce que nous sommes capables de faire de mieux en mieux grâce aux scientifiques et aux ingénieurs. Pas grâce aux écologistes politiques.

  6. Selon M. Olivier Wilhelm, M. Christian Jacot-Descombes ferait donc partie de ceux “…qui n’ont pas encore compris que les ressources de la Terre sont limitées”. La finitude des ressources est certainement une vraie et grave question, mais je crois que M. Jacot-Descombes a raison de penser que la meilleure réponse n’est pas dans l’écologie politique.
    Il se trouve que dans son blog, M. le professeur Dominique Bourg m’a fait récemment le même reproche.
    Pour développer un peu la réflexion, voilà ma réponse à M. Bourg:
    https://blogs.letemps.ch/dominique-bourg/2020/05/10/la-honte-de-benjamin-constant-reponse-a-monsieur-nantermod/#comment-37

    1. Désolé, je prends connaissance de votre commentaire après le mien.
      Pour moi, l’écologie n’a rien à voir avec la politique, comme la nature ou la science.

      En réalité, ce n’est pas tout à fait vrai et c’est bien ce qui dérange, ce sont les biais de l’équation générale, puisque vous évoquiez le (la) Covid.

      Personnellement, je ne crois pas à l’avenir de la Terre, ou sauf après une réduction drastique de sa population, mais comme je n’ai pas de descendant…!

    1. Pas de souci avec Dominique Bourg, il fait ce qu’il veut et moi aussi.

      En revanche l’échange Jacot versus anonyme chiffreux délateur est assez intéressant.
      En fait, Jacot devrait être scientifique ou avocat?

      Comme disait …
      “Les avocats portent des robes pour mentir aussi bien que les femmes”

      Sacha Guitry

  7. « Opportunismes dépressifs » (Od) écrivez-vous. Alors ? on continue à bousiller la nature, plus d’insecte, plus d’hirondelle, de l’eau potable imbuvable, des microplastiques jusque dans nos assiettes, les 70% de disparition des insectes en Allemagne, etc.
    « Bullshit » ou lucidité ?
    J’ai suivi l’exposé d’Aurélien Barrau dans sa totalité et je trouve sa capacité d’analyse plus généreuse que l’apologie de l’énergie nucléaire !
    Je dirai même plus ! cet exposé est intéressant, pose les vraies questions, s’appuie sur des faits concrets et même si personne ne peut prétendre connaitre le futur il a, peut-être, peut-être, un peu raison. (La répétition est volontaire) Ce que j’ai retenu de son exposé ? Qu’il est conscient que son analyse allait provoquer approbation mais aussi raillerie et mépris et qu’au final il nous encourage à faire un choix, choix de se poser les bonnes questions (Celles qui dérangent) ou choix que vous avez fait dans la négation primaire des arguments des scientifiques qui dénoncent depuis le rapport de Rome la situation dégradente de la terre.
    Puis j’ai tenté de comprendre vos motivations, Monsieur Dupont, à fustiger les intervenants qui pourraient avoir une conviction différente de la vôtre. J’en ai trouvé une, je vous site : « La perte de la qualité de vie et les souffrances qui en découlent »
    Ah ! la belle affaire ! Je traduis : « la peur de la perte… » Attitude propre à notre génération de séniors gâtés par les 30 glorieuses, attachés à nos privilèges.
    A mon tour de vous proposer un exposé (selon moi intéressant) mais il est certain que le gourou présentateur a une capacité d’analyse limitée !? (Si on l’écoute 30 sec.)
    https://www.youtube.com/watch?v=Vjkq8V5rVy0
    Et l’Europe dans tout ça ? Dès le 1er janvier 2021 tous les clients de Romande Energie seront fournis en énergies vertes ! (Od ?)
    Vous oubliez dans votre analyse le fait que l’Asie avait beaucoup de retard sur l’Europe. Oui ! l’Europe s’est endormie sur ses lauriers. Mais, (grâce au covid-19) on parle de rapatrier nos industries. (Od ?) Tenter de rattraper notre retard sur les batteries lithium, (Od ?) investir massivement sur les excès d’électricité pour développer le stockage en hydrogène, (Od ?) développer et produire en Europe des panneaux solaires plus performants, (Od ?) Je ne vois pas de dépression ! mais une certaine lucidité.

    1. Merci de la précision concernant Od. Votre idée de faire une marque générique de l’opportunisme dépressif n’est pas déplaisante tant il est vrai que la pratique est répandue et mérite d’être décodée. Toutefois, l’usage que vous en faites dans le reste de votre commentaire ne fait pas de sens. Je pense qu’il faut réserver cet exercice rhétorique aux seuls politiciens qui marchent aujourd’hui au son de trompettes bien désaccordées. Peu de porteurs de vision globale mais des mouvements corporatistes et défenseurs d’intérêts étroits : pour les hirondelles, contre la chasse, pour les LGBTQ+, contre les microplastiques, pour les fourmis (rouges de préférence), contre le vieux mâle blanc, pour les insectes allemands, etc. Ce n’est clairement pas sur eux qu’il faut compter pour trouver les solutions aux défis de cette période extraordinaire.
      Pour le reste, si vous attribuez au virus (“grâce au covid-19”) le fait que l’Europe songe à rattraper son retard, ça en dit long sur la nature de ses motivations à progresser.

  8. @RDEGUG, vous évoquez plusieurs problèmes actuels. Sur ces problèmes il y a un réel manque d’informations fiables, et beaucoup de désinformation. Cette désinformation est à la fois favorisée par une politisation des débats qui nuit à une approche objective et scientifique, par des controverses entre experts et par un main stream médiatique qui pratique souvent la sympathie militante plutôt que les investigations auprès de spécialistes compétents. Il y a donc souvent un biais qui se retrouve évidemment dans l’opinion publique, qui en est plus victime que responsable. Vous faites sur ces problèmes, des affirmations qui reflètent bien ces biais. Je vais reprendre vos opinions et essayer de résumer où se trouve à peu près la réalité, en indiquant chaque fois des liens Internet vers des références et des analyses ad hoc. Je suis conscient que suivre tous ces liens et analyses demande beaucoup d’effort, que l’adhésion aux idées reçues est plus simple, mais l’approche de la réalité derrière les apparences est je crois à ce prix.
    Vous dites « … on continue à bousiller la nature, plus d’insecte, plus d’hirondelle, de l’eau potable imbuvable, … ». La réalité : d’abord, manger bio n’est pas moins dangereux que manger traditionnel (no-bio). Parce que dans une nourriture naturelle on trouve des toxines, qui bien que naturelles, n’en sont pas moins toxiques. Voir Jean de Kervasdoué : https://www.books.fr/contre-bio-pour-glyphosate/ . Ensuite le caractère cancérigène du glyphosate n’a été démontré par aucune étude sérieuse, voir : https://www.pseudo-sciences.org/Le-glyphosate-est-il-cancerogene . La réalité sur la disparition des abeilles n’est pas ce que l’on croit, voir : https://www.europeanscientist.com/fr/environnement/lextinction-de-75-des-insectes-comment-nait-une-legende-scientifique/?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter et aussi : https://www.contrepoints.org/2020/10/10/381874-environnement-ces-decisions-politiques-quon-aurait-pu-eviter . Quant à la peur des OGM, elle a été fabriquée, voir : https://www.lopinion.fr/edition/economie/catherine-regnault-roger-peur-ogm-en-europe-a-ete-fabriquee-toutes-212101 .
    Vous évoquez LE rapport du Club de Rome, mais il n’a pas publié qu’un seul rapport. Vous faites probablement allusion au rapport intitulé « Les limites de la croissance », dit aussi rapport Meadows, publié en 1972. Or le Club de Rome a publié beaucoup de rapports, dont celui intitulé « Remodeler l’ordre international » en 1976 et aussi celui-ci « Au-delà des limites de la croissance » en 1989 qui indiquaient comment l’humanité en utilisant les ressources naturelles, mais aussi les ressources de son intelligence, pouvait développer une croissance durable et échapper à une décroissance inéluctable. Plus sur : https://clubofrome.org/publications/
    Vous indiquez aussi que : « Dès le 1er janvier 2021 tous les clients de Romande Energie seront fournis en énergies vertes ! ». Je viens de voir cette information et je prends quelques contacts pour vérifier. Provisoirement, je signale qu’une même affirmation avait été faite déjà en 2010 par les SIG pour l’approvisionnement du canton de Genève en électricité. Vérification faite à l’époque, il était ressorti que les SIG achetaient environ 70 % de leur électricité à l’extérieur du Canton pour couvrir la consommation de leur réseau. Ces achats se faisaient en 2 temps : 1er temps achat de kWh physiques à la bourse européenne (mix UE avec hydro, fuel charbon, solaire, nucléaire, …). 2e temps : achats de certificats de production hydraulique, en payant une taxe à des producteurs hydrauliques pour la couleur de leur kWh, kWh qui physiquement étaient revendus sur d’autres marchés, mais qui ne portent alors plus le qualificatif hydraulique. Ainsi le kWh pur des SIG ressemblait au vin acheté dans une épicerie dans des bouteilles contenant de l’Algérie mais portant une étiquette « Lavaux ».
    Quant à la vidéo que vous indiquez de Jean-Marc Jancovici, elle est très intéressante : c’est un ingénieur et scientifique qui connaît bien la scène de l’énergie et en explique la complexité, les possibilités comme les limites, avec beaucoup de talent. En particulier il est un des pionniers à avoir développé l’idée que le nucléaire était un atout et non pas un obstacle pour l’écologie et le climat. Son argumentation est solide. Confirmations récentes de ses analyses sur : https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2020/09/renouvelables-defaillants-des-ecologistes-virent-pro-nucleaire-m.-schellenberger-forbes-9-09-2020.docx et aussi sur : https://www.transitionsenergies.com/energie-nucleaire-transition-impossible/
    Je ferais une réserve : J.-M. Jancovici est un peu catastrophiste sur la question du climat. Sur ce point je me limiterai à indiquer que la vision très répandue, selon laquelle il y aurait le GIEC dans le vrai et les climato-sceptiques dans l’erreur, ne résiste pas non plus à une approche réaliste. Une grande partie des centaines de scientifiques qui fournissent des calculs, des analyses et des simulations aux GIEC (une sorte de comité central qui n’est constitué que d’un nombre restreint de fonctionnaires – pas des spécialistes – fournis par leurs gouvernements respectifs, qui font essentiellement un travail de rédaction des « résumés pour décideurs »), ne partagent pas toutes les conclusions du GIEC. Le professeur d’histoire et de philosophie des Sciences de UNIGE, Jean-Claude Pont, lève un coin du voile dans ses fiches d’information. Voir en particulier la dernière, no 15, sur : https://1dex.ch/wp-content/uploads/2020/09/LETTRE-DINFORMATION-JEAN-CLAUDE-PONT-NUMERO-15.pdf . Regardez, c’est édifiant, mais chut… personne n’en parle.
    Merci @RDEGUG, votre intervention était l’occasion de faire une petite révision en matière de perceptions versus réalités.

  9. « Pourquoi la vieille Europe doit sortir de sa déprime »
    Cher Christian, J’ai lu et relu vos arguments et je vous le dis tout cru, vous ne m’avez pas convaincu.
    Le sentiment que j’en retire, en sorte de synthèse : Vous pourriez être un excellent romancier et très bon photographe.
    Mais soyons plus concret, je reprends votre texte.
    « Entre Genève et Lausanne… » Si votre récit reflète la déprime de l’Europe, le mien, celui des USA cher à vos éloges.
    J’ai assisté à Berkeley au pieds des escaliers du métro (Rockridge station) au spectacle pitoyable vraisemblablement d’un rejet des GAFA, assis par terre pour faire la manche. Il n’avait pas la posture du mendiant dégradé mais la quarantaine d’un spécialiste d’un domaine que j’ignore.
    San Francisco, c’est joli sur le « Fisherman’s Wharf » mais J’ai déambulé dans les petites ruelles de la colline du « cablecar ». Je n’y ai pas trouvé une ambiance dynamique et une qualité de vie exceptionnelle.
    A votre deuxième paragraphe, « Séoul… » j’opposerais la récente inauguration du dynamisme Européen (et Suisse) de l’immeuble destiné à 1000 étudiants et doctorants sur le campus de l’EPFL.
    Comme vous le constatez, il est possible de créer un fossé entre des situations particulières qui de toute façon n’ont rien à faire avec la situation difficile de l’Europe. Comparaison n’est pas raison.
    « Une atmosphère de fin du monde » Soyez plus précis, la fin du monde n’est pas le sujet. La terre, le monde, ne s’arrêteront pas de tourner mais oui ! possiblement sans nous, les humains, comme les Aborigènes Australiens, les Indiens d’Amérique, les peuples d’Amérique latine. Non pas à cause d’une catastrophe naturelle (comme les dinosaures) mais à cause d’autres prédateurs humains, convaincus de leur supériorité. De ce constat il est imaginable que ce degré de suffisance propre aux puissants, soit susceptible de nous autodétruire ?
    Quant au club de Rome, je retiendrais que sur la base de questionnements raisonnables, énoncés dès 1970 les hypothèses les plus pessimistes sur le futur se sont vérifiées !! La croissance n’est qu’un paramètre de l’équation.
    « Un problème. Donc une solution. »
    « on sent qu’on est à l’aube d’une période d’évolution rapide et euphorique » C’est une jolie phrase, j’ai l’impression que vous cherchez une réélection ?
    « Trouver une solution comme on en a trouvé à chaque crise précédente » Et bien moi, je sens que les politiciens et le libéralisme n’ont rien résolu. Exemple : Breveter les semences pour favoriser le suicide des paysans ? Créer des « Junk bonds, Obligations pourries, pour permettre à la finance de continuer à jouer au fou ? Taxer les émissions de Carbon pour continuer à polluer avec bonne conscience ? Faire tourner la planche à billets (Comme par hasard sans difficulté !!) sans préoccupation pour les jeunes générations ? (Les financiers appellent cela « Quantitative easing » pour ne pas choquer !)
    Là, je m’arrête tant les problèmes fondamentaux non résolus nous mènent contre le mur. Encore une remarque et je m’arrête. « Intelligence artificielle » Mais qu’est-ce que l’intelligence au fait ? Je n’ai jamais obtenu de mon ordinateur, (qui est c.. comme un balai) que ce que j’avais envie qu’il me donne. Ah ! les algorithmes ? Sont plus « subtils » qu’un programme, mais sont-ils plus « intelligents » et capables de décision ?
    Jusque-là j’ai tenté de démontrer que les comparaisons maladroites et des arguments sans profondeur ne mènent « pas à grand-chose » comme on dit chez nous.
    Ceci précisé, je vois, comme vous, des difficultés en Europe. En voici quelques exemples :
    Une certaine suffisance, un sentiment de supériorité malsaine qui mène à l’immobilisme.
    (Notre culture est marquée par le colonialisme, on peut comprendre)
    L’erreur fatale de penser que le profit à n’importe quel prix (délocalisations, spéculations etc.) est source de bonheur.
    Une course effrénée (qui n’est pas propre à l’Europe) à vouloir créer des richesses fictives, déconnectées du réel en laissant agir la tyrannie des marchés financiers.
    Je vous laisse compléter…
    Merci à Monsieur Dupond dont je viens de lire la réponse que je vais étudier avec attention.

    1. Cher Jean-Paul (oui, je sais, c’est facile, mais l’anonymat laisse une part à l’imagination, j’en profite)
      Je vous remercie de vos pistes concernant mon orientation de carrière. Je les prends comme des compliments mais je vous avoue un certain scepticisme à l’égard de conseils probablement bien intentionnés mais mal fondés. Que diable faisiez-vous à Berkeley alors qu’il y a tellement de choses intéressantes à découvrir dans cette région ? La “People’s Republic of Berkeley” produit certes quelques bons ingénieurs mais aussi beaucoup de “penseurs” spécialisés dans la justice sociale, sans compter l’école de journalisme, qui fournissent le gros du bataillon des bien-pensants américains. En bref, Berkeley est l’Université où l’on s’intéresse volontiers aux problèmes alors que quelques dizaines de kilomètres plus loin, Stanford, épicentre de la Silicon Valley, est le lieu où l’on s’intéresse plus volontiers aux solutions. Et surtout, où on en trouve. Vous auriez dû faire le déplacement, ça en vaut la peine et le climat est très agréable.
      Par ailleurs, vous avez raison: le Vortex est une très sympathique réalisation architecturale à considérer comme un exploit à l’échelle locale dans un environnement où les concours d’architecture sont en fait des concours de pépiniéristes (voir les projets de réaménagement des places lausannoises). Quant à penser qu’il s’agit d’un signe du dynamisme européen, il me semble que vous franchissez un pas… quantique. On n’a, en effet, pas encore démontré une corrélation entre la qualité de la recherche et celle des dortoirs.
      Pour le reste, je constate que vous nous servez, sous toutes ses formes, la soupe habituelle de la bien-pensance médiatique au sujet de l’économie, de la finance, de la science, de la nature et du monde en général au-delà des frontières de la nano-francophonie. Le mieux à faire, dans ce cas est sauter dans un avion (tant que cela n’est pas encore interdit) et d’aller voir par vous-même. A défaut, je vous recommande la lecture d’Ingrid Riocreux, pour la manipulation médiatique, Sylvie Brunel, pour l’écologie, Bret Easton Ellis pour la bien-pensance et, surtout, Steven Pinker pour faire la part des faits et de l’idéologie. Non seulement ce sont des lectures enrichissantes mais en plus, elles seront bonnes pour votre moral.

  10. “La “People’s Republic of Berkeley””… Seriez-vous reaganien?

    Selon le “2007 Index of Silicon Valley” de Joint Venture Silicon Valley, le niveau de vie dans la Silicon Valley et la région de la baie de San Francisco en général reste […] parmi les plus élevés de la planète, et seuls 26% des foyers ont un pouvoir d’achat suffisant pour devenir propriétaires (2007 Index of Silicon Valley: https://jointventure.org/publications/joint-venture-publications/289-2007-index-of-silicon-valley).

    Le rapport de Joint Venture Silicon Valley note aussi une tendance inquiétante dans le domaine de l’éducation, avec un déclin du nombre des diplômés et une augmentation de la délinquance juvénile.

    Dans la Silicon Valley, le niveau de vie est élevé pour les informaticiens de haut niveau et les cadres. Cependant, ce n’est pas le cas pour toute une population de salariés. Beaucoup de personnes travaillant dans les services non-informatiques sont sous-payées et ont les plus grandes difficultés pour se loger ou pour manger à des prix abordables. Même dans les entreprises informatiques des problèmes de recrutement se posent notamment pour les personnels administratifs (secrétaire, comptable, employé) et techniques (services généraux) (Ibid.).

    Fin 2013, il semble que la population de la Silicon Valley se répartisse principalement en deux catégories: “quelques oligarques richissimes et une classe de travailleurs mal payés pour les servir, pas de classe moyenne, ou alors minuscule.” (“Avons-nous vraiment envie de devenir la Silicon Valley ?”, Le Monde, 06 décembre 2013).

    De plus, une étude publiée par l’Université Santa Cruz et Working Partnerships indique qu’entre 1997 et 2017, neuf employés sur dix dans la Silicon Valley ont vu leur salaire diminuer, une fois celui-ci ajusté à l’inflation. Les personnes concernées sont en particulier les employés de soutien et les travailleurs des secteurs de la restauration et des services, qui ne disposent pas non plus d’avantages sociaux comme l’accès à l’assurance maladie (“La Californie, « un concentré des inégalités américaines”, Radio Canada, 7 février 2020).

    Enfin, l’économiste Mariana Mazzucato souligne que « les plus importantes innovations technologiques de ces dernières décennies ont été rendues possibles grâce au financement actif de l’État. […] Si les start-up et le capital-risque jouent un rôle important, ils arrivent dans un second temps, quinze ou vingt ans après que les pouvoirs publics ont fourni le plus gros du financement et assumé le plus gros du risque (Laura Raim, “Idées reçues sur la relance”, Le Monde diplomatique, 1er juillet 2019, p. 17).

    Pour une start-up, combien de… “finish down”?

    1. Je partage avec beaucoup d’Américains le plus grand respect pour Ronald Reagan qui fut un remarquable président.

      Concernant le niveau de vie et, en particulier la question du logement, vous avez raison, la région connaît de sérieuses difficultés. Bien que généralement beaucoup plus libérale que dans la vieille Europe, la politique locale est aussi très en retard dans le développement des infrastructures. Pour des raisons qui lui sont propres. Il y a quelques jours, dans une interview, London Breed, la Maire de San Francisco, pourtant Démocrate, déplorait le blocage de ses projets de développements immobiliers par l’extrême gauche, très présente dans son “Board of Supervisors”.

      “San Francisco has a very, very extremely left group of people on the Board of Supervisors. And I think, in some instances, their focus is to not necessarily do what’s best for people in San Francisco, but do what’s best to stay in the good graces of this whole lefty movement. Rather than trying to work with me as the mayor, it’s mostly trying to undermine the things that I push forward that would allow the city to move forward in building more housing.” (Freakonomics Radio, 14 octobre 2020).

      Pour le reste, vous m’en voyez navré, mais je préfère ne pas entrer en matière sur des considérations, elles-mêmes, basées sur des sources pour le moins douteuses. Les médias centre-gauche (pardon pour la tautologie) et syndicalistes français et québécois (encore plus s’agissant du service public) sont peu crédibles. En particulier lorsqu’ils s’intéressent aux Etats-Unis. Ils me rappellent cette belle journée ensoleillée, il y a déjà quelques années, à New York. Du toit de la tour sud du World Trade Center, on pouvait admirer le fantastique paysage urbain de la capitale du monde (d’avant la barbarie de 2001) grâce à la lumière claire du matin printanier. Le spectacle était grandiose et parfait. A côté de moi, surgit tout à coup un couple de petits touristes. Elle s’accrochant à lui à cause du vent. Lui son béret bien vissé sur la tête. Après avoir jeté un rapide coup d’oeil au panorama, le voilà qui lâche avec son plus bel accent toulousain : “Bah, ça vaut pas la Tour Eiffel”. On a les référentiels qu’on mérite.

      1. Merci pour votre réponse. Je serais bien le dernier à mettre en doute votre estime envers Ronald Reagan et, bien sûr, il ne fallait voir dans ma remarque qu’une boutade. En revanche, si “Le Monde”, partenaire du “Temps”, “Le Monde diplomatique” et même Radio-Canada doivent être assimilés à des sources “pour le moins douteuses”, on peut alors se demander quelle source ne l’est pas.

        Vous évoquez à juste titre le différend qui opposait la maire démocrate de San Francisco et l’extrême-gauche présente dans son “Board of Supervisors” au sujet de ses projets de développement immobilier. Mais je ne crois pas qu’on puisse comparer l’extrême-gauche actuelle avec celle que j’ai connue comme étudiant et journaliste stagiaire en Californie au milieu des années soixante – la Californie, c’est là qu’il fallait être à cette époque pour un apprenti journaliste comme pour un étudiant étranger. Je pourrais même vous dire que j’ai connu le “Grand Timonier” de la “Berkeley People’s Republic”, le président de l’Université de Californie (UC), Clark Kerr, et eu la chance de pouvoir interviewer son meilleur ennemi, le gouverneur nouvellement élu de la Californie, Ronald Reagan, qui l’avait rendu responsable à titre personnel de l’agitation estudiantine régnant sur les divers campus de la prestigieuse université et le considérait comme un “dangereux libéral” coupable d’avoir laissé les factions communistes avoir la mainmise tant sur le corps professoral qu’estudiantin. Là où je vous rejoins tout à fait, c’est que comparé à l’actuel Roi Ubu inculte qui règne à la Maison-Blanche, Reagan était un modèle de distinction, de courtoisie et de correction – sans parler du fait que malgré ses airs de patriarche romain et de Cincinnatus cow-boy, il n’était pas dépourvu de sens de l’humour. Mais ceci est une autre histoire.

        Je ne suis plus retourné aux Etats-Unis depuis très longtemps (bien qu’une partie de ma famille soit américaine) et ne puis donc juger, ni critiquer ce que représente l’opposition d’extrême-gauche autrement que par ce que j’en apprends par la presse. Mais il me semble que les conditions actuelles ne sont pas comparables à celles qui prévalaient au milieu des années soixante, alors au sommet de la guerre froide, où les tensions entre factions opposées frisaient souvent l’hystérie – bien pire que celle qu’engendre de nos jours le coronavirus -, en particulier à l’Université. Déjà, avant-guerre, en pleine période maccarthyste, le corps enseignant de l’UC avait été soumis à l’obligation de jurer sous serment qu’il n’avait jamais été affilié au parti communiste, pourtant légal aux Etats-Unis.

        Mais la révolte estudiantine qui a débuté au campus de Berkeley de l’UC le 2 décembre 1964 par le discours enflammé de celui qui allait bientôt devenir le chef charismatique de la contre-culture, l’étudiant en philosophie Mario Savio, n’avait au début rien à voir avec des considérations idéologiques. Dans un discours enflammé, qui résonne encore à mes oreilles plus d’un demi-siècle après, ce fils d’immigrés italiens, fervent catholique qui rêvait de devenir prêtre (et donc tout sauf un gauchiste incurable) et travaillait la nuit dans un bar de San Francisco pour subvenir à ses besoins, accusait devant quelque trois mille étudiants réunis au Sproul Haul du campus de Berkeley le président de l’Université, Clark Kerr, d’avoir transformé celle-ci, sous prétexte de démocratiser les études, en “fabrique du savoir” (knowledge factory) dont il était devenu le PDG, fait du Conseil des Régents, véritable propriétaire de l’UC, son Conseil d’administration, des professeurs ses administrés et des étudiants la simple matière première facile à revendre à ses principaux bailleurs de fonds, l’administration, les syndicats et la grande industrie – surtout l’industrie militaire avec laquelle Berkeley a toujours entretenu des liens étroits par ses trois laboratoires nationaux de recherche rattachés au Département américain de la Défense.

        La contestation de la guerre du Vietnam, alors en pleine escalade, n’est venue se greffer sur celle des étudiants que plus tard. Elle n’a pas moins incité la faction conservatrice du Conseil des Régents, dont Reagan, devenu gouverneur, était membre, à monter une cabale entre celui-ci, le directeur du FBI et celui de la CIA, ancien alumnus de Berkeley et ami de Reagan, pour licencier Kerr, accusé d’avoir livré l’une des premières universités du pays aux communistes. Je comprends bien votre allusion à la “Berkeley’s People Republic”, d’ailleurs Kerr était souvent caricaturé sur des affiches de groupes d’extrême-droite proches de la John Birch Society à la suite de Lénine, Trotsky, Staline et Mao. Mais, encore une fois, je vois mal comment on peut l’associer à la gauche ou à l’extrême-gauche actuelle.

        Reagan a autorisé l’infiltration et la surveillance du corps professoral et estudiantin par des agents du FBI, qui a abouti au scandale des documents secrets dans lesquels l’agence fédérale avait consigné de nombreux noms de professeurs et d’étudiants, que Kerr avait refusé de livrer, lorsque la presse les a révélés au début des années 1970. Il a fait intervenir sa police et la Garde nationale sur le campus de Berkeley et ailleurs et fait arrêter des centaines d’étudiants. Rien de tel ne s’est encore produit depuis aux Etats-Unis, que je sache.

        Pour conclure, car je m’en voudrais d’abuser de l’hospitalité que vous m’offrez sur votre blog, je pourrais aussi ajouter que Clark Kerr, économiste de renommée mondiale et président déchu de l’UC, a choisi notre journal qui, bien que de tendance républicaine, n’était pas moins réputé pour son indépendance éditoriale (en 1968 il a obtenu le prix Pulitzer du journalisme d’enquête), pour venir raconter sa version des faits. Je le revois encore qui entrait un matin pluvieux de printemps 1967 dans notre rédaction, peu après son licenciement, par la porte de service, son pardessus trempé, l’allure voûtée et le crâne déjà dégarni, avec les airs d’un fugitif aux abois. Il avait de quoi être sur ses gardes, se sachant surveillé par le FBI. “But more about that later”, comme on dit outre-Atlantique.

        Vous l’aurez deviné: j’ai quelques cheveux gris de plus que vous et, bien sûr, puisque “Le Temps” le permet, je m’exprime ici sous pseudo (non, il n’a aucune connotation transgenre), comme je l’ai d’ailleurs déjà fait deux autres fois au cours de ce débat que j’ai suivi avec beaucoup de plaisir – et quitte à enrager certains lecteurs pseudophobes.

        Merci encore pour votre aimable et confraternelle attention.

        1. Un grand merci de ce récit riche et intéressant qui apporte un précieux éclairage sur ce qu’était l’Amérique dans les années 60, autant dire à des années-lumière de celle d’aujourd’hui.
          Pour reprendre quelques points, je dirais tout d’abord qu’il me paraît, hélas, essentiel d’avoir la plus grande méfiance envers les sources journalistiques surtout lorsqu’elles sont inclinées, explicitement ou, pire, sans le dire, vers une cause ou une autre. L’internet et les réseaux sociaux nous donnent l’immense avantage de pouvoir nous tourner vers d’autres sources dont il s’agit, c’est clair, de vérifier l’authenticité. Pour ma part, je préfère le faire moi-même que de faire confiance à un type qui pense que je devrais à tout prix partager son opinion et ses préférences politiques et qu’il peut donc se passer de la présentation objective des faits.
          Concernant Reagan, vous pensez que nous nous rejoignons sur la différence entre lui et le locataire de la Maison Blanche. Dans ce cas, j’imagine que vous parlez de manière anticipée du possible prochain locataire dont la santé intellectuelle évoque, en effet, celle de Reagan en fin de vie. Ce dernier avait toutefois eu la décence de se retirer avant d’exhiber les conséquences de la maladie. Notons au passage, que, Kamala Harris, qui lui succédera(it) lorsqu’il devra(it) se retirer avant terme pour raisons de santé est une alumna de… la People’s Republic of Berkeley. Concernant le président (encore) actuel, je partage l’avis de Houellebecq que ce “navrant guignol (…) paraît un des meilleurs présidents qu’ait connus l’Amérique.” (Interventions 2020).
          Pour le reste, je pense que Clark Kerr s’arracherait les cheveux de voir ce que les Camarades sont devenus aux Etats-Unis. Tiraillés entre des idéologies dont ils ignorent jusqu’au prénom de leur fondateur, ils rivalisent de bêtise fascisante pour interdire, censurer, condamner, annuler et détruire tout ce qui ne cadre pas avec leur courte vue. Sur un campus d’aujourd’hui, votre Mario Savio serait sans doute accusé de pédophilie vu ses projets ecclésiastiques et on tordrait le bras à Clark Kerr pour qu’il mette en place un cours de censure politiquement correct dans son école de journalisme…
          Bref, merci encore de l’évocation de cette période que beaucoup ont certainement oubliée. Bien que les selfies aient été inventés plus tard, j’espère que vous avez des photos de votre entretien avec Reagan. Ça n’est pas un souvenir banal.

  11. Bonjour Monsieur,
    Quand j’ai lu votre article il y a quelques semaines, j’ai halluciné. C’est comme si mon esprit s’était enfin ouvert, qu’il découvrait une raison sociologique limite à toute cette déprime française. La question de l’Effondrement m’a pendant longtemps travaillée, … je me rend compte maintenant qu’il suffit de changer de pays pour avoir une vision nouvelle de cet effondrement possible et le vivre avec joie.
    Pour en revenir à votre article, il m’a tellement marquée que j’ai décidé d’en faire le point de départ pour un projet de recherches dans le cadre de mes études. J’aimerai beaucoup m’entretenir avec vous donc, à ce sujet.

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