Pourquoi il faut vraiment reparler du nucléaire

On pourrait s’étonner, après des mois d’absence liée à la crise sanitaire, de voir nos bien chères têtes blondes retourner à la grève (du climat) dès la rentrée, alors que les          vague(-lettes ?) de pandémie lèchent encore les plages de l’été. Plus sidérant encore l’encouragement officiel et bienveillant, par les autorités, de ces absences propres à aggraver le retard accumulé au printemps. Si l’école est à option, on se réjouit que son financement – les impôts – le soient aussi.

Faut-il voir là un appel de la gauche au soutien le plus large possible de son agenda dont les mesures de prédilection face au réchauffement sont l’interdiction et la taxation ? Possible. Il est vrai que cette approche est peu populaire et, plus grave, elle témoigne d’une manière peu innovante d’empoigner la question. Elle révèle une tendance à se concentrer sur les problèmes plutôt que sur les solutions. Il est intéressant de noter, par exemple, que la rubrique scientifique d’un grand quotidien suisse produit, en une année, deux fois plus d’entrées dans sa sous-rubrique « climat » (47) où l’on relève le danger que dans celle consacrée aux « technologies » (23) ou l’on évoque des pistes d’amélioration…

 

Le nucléaire pour sauver le monde

Pourtant, la technologie n’est pas en reste. Notamment dans le domaine du climat. Une prise de position publiée dans le New York Times, l’an dernier déjà, par trois scientifiques dont Steven Pinker (auteur de Enlightenment now !) titrait : « Nuclear Power Can Save the World » (L’énergie nucléaire peut sauver le monde). De quoi retourner l’estomac de ceux qui considèrent la question du nucléaire réglée depuis la décision du Conseil Fédéral suisse en 2011 de sortir du nucléaire en emboîtant le pas de l’Allemagne. Il faut dire que pour cette génération alors au pouvoir – des boomers + – le nucléaire est un épouvantail absolu, lié à la peur et déconnecté de tout raisonnement. Une peur utile pour certains comme ce membre zurichois de Greenpeace qui déclarait sans ciller en sirotant sa verveine dans un palace lausannois, peu après le tsunami japonais : « on n’aura pas la chance d’avoir Fukushima chaque année ».

Pinker et ses deux acolytes ne sont pas seuls. On a vu aussi, récemment, Jean Marc Jancovici, membre du Haut Conseil pour le climat en France inviter à une réflexion en faveur de l’énergie nucléaire comme seule solution pour sauver le monde et « entamer la décroissance ».

 

Le petit réacteur modulaire de NuScale produit 300 mégawatts et tient dans l’espace de deux bus scolaires mis bout à bout.

Décarboniser et répondre aux besoins

Pour eux, le nucléaire est seul à même de nous permettre de produire, tout en respectant la nécessité impérative de diminuer les émissions carbones, des quantités suffisantes de l’électricité appelée à répondre aux besoins actuels et à venir. Car il faut tenir compte des pays en développement qui, pour l’instant, manquent d’électricité et n’y renonceront pas sous prétexte de danger climatique au moment où ils accèdent enfin à une qualité de vie meilleure. On parle ici d’un milliard d’âmes. Il faudra en outre beaucoup d’électricité pour décarboniser l’atmosphère d’ici 2050.

Tous s’accordent à dire que, dans ce délai, les énergies renouvelables – solaire et éolienne – ne feront pas le job. En l’absence de techniques de stockage massif, elles n’agissent que comme des sources d’appoint et cela pour bien longtemps encore. Quant aux barrages, tous ceux qui s’avèrent efficaces ont déjà été construits… Même à gauche, les énergies renouvelables ne font plus l’unanimité. Michael Moore livre, dans « Planet of the Humans », une critique dépressivo-marxisto-complotiste (et féroce) du spectre complet des énergies vertes.

 

Un enjeu économique non négligeable

Pour ceux qui l’ont adoptée, l’énergie nucléaire fonctionne très bien. Les deux exemples les plus probants sont la France et la Suède qui produisent une électricité bon marché tout en limitant leurs émissions carbones à 10% de la quantité moyenne produite par ceux qui en sont restés (ou sont revenus, comme l’Allemagne) au charbon et au gaz.

Construire une centrale nucléaire coûte cher, c’est vrai. Mais surtout parce qu’on en construit peu. Si l’on est capable de standardiser et d’industrialiser, les prix chutent. Il faut se souvenir que le développement du premier iPhone a coûté USD 150 millions… De nombreuses startups travaillent aujourd’hui dans le monde au développement de réacteurs de la 4e génération, plus petits, moins chers et exportables. La firme américaine NuScale  a reçu, la semaine dernière, l’autorisation finale de commercialiser ses SMR (Small Modular Reactor). Actuellement, les Coréens du sud produisent des centrales pour le sixième du coût américain. Si les Chinois veulent bien remplacer leurs centrales à énergie fossile par des réacteurs nucléaires dont le coût ne met pas en péril leur croissance, ce sera une diminution de 10% des émissions carbones actuelles dans le monde.

 

L’Akademik Lomonosov est la première centrale atomique russe flottante.

Reste la question de la peur

Si l’on s’en tient aux faits et aux chiffres (cités dans les travaux mentionnés), l’énergie nucléaire est la plus sûre. Les accidents de Three Miles Island (USA) et Fukushima (JP) n’ont tué personne. Quant à Tchernobyl (UKR), les autorités de l’époque avaient avoué 31 victimes. Il y en a eu beaucoup plus en réalité (même cas de figure de gestion d’une crise par un parti communiste que pour le virus de Wuhan). Mais, même si l’on estime le bilan ukrainien à plusieurs dizaines de milliers de victimes (à la suite de cancers liés aux radiations), le bilan de 60 ans d’énergie nucléaire reste encore inférieur à celui des victimes liées au charbon en un seul… mois. Par ailleurs, les déchets de l’énergie nucléaire ne représentent que des quantités très faibles. La totalité de ceux qui sont produits par les 98 centrales américaines pourraient tenir dans un supermarché. De plus, les recherches sur la 4e génération de réacteurs, prévue pour 2030, s’orientent vers la surgénération et des solutions orientées gestion des déchets. Bref, la peur du nucléaire, c’est un peu comme craindre de prendre l’avion plus que la voiture : irrationnel et contre-intuitif.

 

Le futur est déjà là

Heureusement, cette vieille frayeur de baba-cool ne paralyse pas toutes les sociétés. La recherche avance dans beaucoup de pays. La Russie progresse vite et possède déjà des centrales flottantes. D’autres pays comme la Chine et l’Inde construisent des réacteurs de moins de 300 mégawatts. Les Chinois prévoient aussi la mise en service, l’année prochaine, d’une vingtaine de centrales flottantes destinées à alimenter leurs îles artificielles dans la Mer de Chine méridionale.

Si l’on est préoccupé, à juste titre, à la fois par la stabilité du climat et par la qualité de vie qui nécessitera d’immenses quantités d’énergie dans trois décennies lorsque l’humanité comptera près de 10 milliards d’individus, il faut reprendre la discussion à propos de l’énergie nucléaire. Sans tabou et sans peur. Et souhaiter que les milléniaux trouvent le courage de dire « OK Boomer » aux vieux anti-nucléaires et que les Gen-Z comprennent, vue la nature des enjeux plus scientifiques que politiques, l’urgence… de retourner à l’école.

Christian Jacot-Descombes

Christian Jacot-Descombes

Christian Jacot-Descombes a exercé successivement les métiers de chauffeur de taxi, neuropsychologue, animateur et journaliste de radio, journaliste de presse écrite et responsable de la communication d’une grande entreprise. Il voyage beaucoup parce qu’il pense que ça ouvre l’esprit et aussi parce que ses différentes expériences professionnelles lui ont démontré qu’il vaut toujours mieux voir par soi-même.

75 réponses à “Pourquoi il faut vraiment reparler du nucléaire

  1. Mouais, la tete dans le sable et vous avez raison, generons des millions de tonnes de dechets radioactifs, sans recyclage, pour continuer a croire que nous pourrons croitre indefiniment, mais de quelle ecole parlez vous?

    1. « generons des millions de tonnes de dechets radioactifs, sans recyclage »
      Manifestement, vous parlez sans rien connaître du sujet.
      On peut aussi parler des 40 milliards de tonnes de CO2 envoyées annuellement dans une poubelle dénommée « ATMOSPHÈRE » et ceci pour des SIÈCLES.
      A votre avis, pourquoi le GIEC travaille depuis 30 sur le réchauffement climatique et pas sur les déchets nucléaires. Tout bêtement, le RC menace une grande partie de l’espèce humaine…

      1. Entre la peste et le cholera, mon coeur balance …
        Sauf si vraiment le nucleaire devient propre et sans dechet, et qu’il reingurgite les anciens dechets, mais ce sont encore des hypotheses.
        Sans parler de l’eau de refroidissement qui va devenir de plus en plus problematique.

        1. Nullement une hypothèse, la surgénération existe depuis des décennies. le danger nucléaire est immense, le risque ridiculement faible, pour le RC le danger est immense le risque immense…

          1. Pas de solutions autres, d’ailleurs personne n’en a, tant le probleme est complexe et les enjeux n’etant pas les memes, entre l'”Occident” et les pays emergents.

            Sinon, rester raisonnable en toute chose.

            Merci pour votre lien que je visionnerai avec grand interet.
            je ne suis pas ferme a la chose nucleaire, mais on raconte beaucoup de promesses cachant de tres grands interets.

          2. Ai fait l’effort de lire votre Jancovici-19. bon pas rien, une heure et demie!
            C’est un orateur de premiere, mais sans solution, sauf des graphiques Excel.

            C’est un peu la vie de fantoche dans laquelle nous sommes, mais ne le recommandez plus a personne, please 🙂

        2. Monsieur Wilhem, l’autre jour dans un autre blog du Temps, vous mentionniez même “des centaines de millions de tonnes de déchets nucléaires”. Qu’en est-il ?
          Pour la Suisse, après 50 ans d’exploitation de l’énergie nucléaire (et aussi 1’200 TWh produits), il y aura 3’600 tonnes de combustible usé à gérer. Vitrifiés dans une matrice de verre à 4% de dilution en volume, ce serait un volume, à stocker en profondeur, de 8’000 m3, soit un cube de 20 m de côté, soit aussi moins de 1 L par personne ; pas de quoi en faire une montagne, au sens propre comme au figuré !
          Au niveau mondial, et avec près de 95’000 TWh produits à ce jour, il y a actuellement moins d’un demi-million de tonnes de combustible usé, un chiffre qui croît d’environ 12’000 tonnes par an. À ce rythme, il faudrait donc plus de 8’300 ans pour arriver à cent millions de tonnes.

          1. Suis un peu discalculique, sorry.
            D’ailleurs, on peut visualiser le probleme sous un autre angle.
            Quelle est la capacite de nuisance de votre cube de 20 m de cote?
            Chacun met le L de dechet vitrifie dans son frizer, qu’en pense-t-on?

            Il y a d’ailleurs tellement de tonnes de dechets enfouis dans les fonds marins (inclus des sous-marins coules) et dont les contenants vont finir par se corroder, que le rejet par Fukushima de ses eaux radioactives sera un test pour le futur.

            Sinon, je ne doute pas que l’energie atomique fasse des progres. Meme si elle n’a pas montre un grand sens de la responsabilite jusqu’ici . Un peu comme le prix du kWh, qui devait etre “demantelement de la centrale inclus” (selon les promesses) et qui va couter des milliards aux collectivites!

  2. Article très intéressant qui a le mérite de relativiser le pour et le contre du nucléaire. Ceci dit, quelles sont vos références en ce qui concerne le nombre de décès dus au charbon en un mois et au nucléaire en 60 ans?

    1. Les taux de mortalité avancés par Christian avec OurWorldInData résonnent en écho avec cet article :
      https://www.lemondedelenergie.com/electricite-allemagne-charbon/2020/07/13/

      La production d’électricité en Allemagne (charbon et gaz pour compléter l’intermittence des renouvelables) ferait 20 Tchernobyl par année… Rien que l’Allemagne et chaque année…
      Même en considérant que c’est exagéré, il n’y a aucun doute que le débat autour du nucléaire a été perverti, ce sont les peurs et non les faits qui ont gagné.
      Partout dans le monde, on nous pousse vers le gaz…

      1. Merci de cette référence. Les chiffres sont éloquents et la part de responsabilité liée aux préoccupations électorales très bien démontrée.

  3. L’organisation économique de nos sociétés ont besoin d’énergie pour fonctionner et cela depuis le néolithique. Après le muscle, l’eau, le vent, le bois, le fossile, est venu le nucléaire et bientôt l’hydrogène. La piste des énergies renouvelables est intéressante, mais encore largement insuffisante, de sorte que des sources complémentaires seront nécessaires, à moins de viser une décroissance énergétique conséquente. Le nucléaire en fait partie, surtout le 4ème generation avec ces centrales quasiment mobiles de 250-300 KW, quasiment sans déchets, sans pollution de notre environnement ! Les analyses et études menées par l’équipe des Jancovici, depuis des années, sont remarquables et j’en recommande la lecture aux anti-nucléaires pour simplement se remettre à niveau.

    1. Je ne comprend pas comment on peut dire que les énergies renouvelables ne pourront pas suffire à alimenter l’ensemble des besoins….Puisque elles le font déjà quasiment dans certains pays alors que leur développement est encore très limité ! Exemple, le Portugal produit régulièrement 60 à 80% de ses besoins par le trio eoliennes, solaire et barrages, et a déjà atteint le 100% sur certains mois ou la demande est plus faible…Pourtant le pays n’est pas couvert d’éoliennes ou de champs de panneaux solaire!
      Toute cette histoire autour du nucléaire est un lobby qui prendra fin rapidement comme le pétrole…

      1. Pas sûr que les 60-80% mentionnés suffisent à assurer les besoins de la part du milliard d’humains qui choisiront de venir s’établir dans la patrie du Fado et de la magnifique Teresa Salgueiro dans les prochaines décennies.

      2. Les énergies renouvelables n’existent pas. L’énergie se transforme. Et à chaque transformation augmente l’entropie. Voir les bases de la physique.
        Il y a un autre problème avec les énergies “renouvelables” c’est qu’elles nécessitent d’énormes quantité de matières premières. Dont beaucoup deviennent de plus en plus en rares d’ailleurs. Leur extraction, raffinage, et transformation utilisent le plus souvent des énergies fossiles, causent des dégâts environnementaux considérables, sans parler de l’exploitation proche de l’esclavage des travailleurs. Ajoutons leur transport par cargos très polluants qui ne fonctionnent pas à la voile….
        Le nucléaire aussi mais dans des proportions bien moindre…..

        1. Et l’uranium n’est pas une matière qui devient de plus en plus rare ?

          Il ne faut pas aller bien loin pour apprendre que la production actuelle n’arrive pratiquement pas à fournir le demande (https://energieetenvironnement.com/2018/07/21/ou-en-est-le-pic-uranifere/) ou que les réserves sont loin d’être inépuisable (https://energieetenvironnement.com/2018/07/21/ou-en-est-le-pic-uranifere/). Si on peut faire tourner les centrales actuelles, c’est en utilisant les stocks militaires qui sont par définition limités et par retraitement des combustibles usés afin d’en extraire du MOX (mélange uranium et plutonium).

          Et merci d’indiquer en quoi les énergies renouvelables sont plus consommatrices de matières premières que le nucléaire. A cause du néodyme dans les aimants des éoliennes ? On peut produire de l’électricité éolienne sans néodyme, au prix d’installations plus grosses et un peu moins efficaces (https://www.revolution-energetique.com/eoliennes-et-metaux-rares-rumeurs-et-realites/). A cause du lithium des batteries ? On a utilisé pendant des décennies des batteries au plomb et au cadmium. Et des batteries au soufre et au sodium se profilent, ces matériaux étant très loin d’être épuisables.

          On pourra produire de l’électricité éolienne et photovoltaïque sans terre rare ou métaux précieux, avec une petite perte d’efficacité, par contre, sans uranium, pas moyen de faire tourner une centrale nucléaire de IIIème génération.

          1. La “pénurie” d’uranium qui empêcherait de continuer le nucléaire est un faux problème. Contrairement au gaz ou au charbon, le coût du minerai est extrêmement faible dans le coût final du kWh pour le nucléaire, de l’ordre de 1-2%. Ce qui veut dire que si le minerai devient cher, on dépense plus pour prospecter et on trouve plus (c’est toujours comme ça, on prospecte quand ça devient intéressant), et cela n’affecte quasiment pas le prix final. Si les mines françaises d’uranium ont fermé, ce n’est pas qu’on ne pouvait plus rien exploiter, c’est qu’on préférait délocaliser les problèmes d’extraction.
            Ensuite, on peut très bien produire de l’électricité avec d’autres minerais fissiles comme le thorium (présent en grande quantité) et en cas de pépin, on peut aussi réutiliser l’ancien combustible usé (MOx, uranium appauvri). Il y a aussi de l’uranium marin et encore pas mal d’autres solutions.

            Quant à la quantité de matériaux par kWh produit, c’est clairement un critère en faveur du nucléaire (comme l’est par exemple l’empreinte au sol par kWh produit) par rapport aux ENR. Vous parlez du néodyme mais la question des terres rares n’est pas la seule à compter…
            16kTons de matériaux pour 1TWh de PV, 10kTons pour l’éolien contre 0,9kTon pour le nucléaire.
            https://environmentalprogress.org/why-clean-energy-is-in-crisis

            Et ceci ne prend en compte que la production, on sait bien qu’un réseau décentralisé bi-directionnel est également plus gourmand en ressources…

      3. Je crains que vos chiffres soient faux. D’abord l’électricité n’est qu’une partie de l’énergie consommée; les transport fonctionnent presque exclusivement au pétrole, le chauffage (peut-être marginal au Portugal) c’est principalement du pétrole ou du gaz, ect…
        Pour reprendre votre exemple du Portugal, selon l’agence internationnale de l’énergie (IEA), nous avons pétrole 40%, gaz 20%, charbon 15%, biomasse et déchets 15%, hydro, éolien et solaire 10%. Pour l’électricité seule, le charbon et le gaz représentent presque 50%, le gaz augmentant au même rythme que l’éolien car il assure l’aprovisionnement quand il n’y a pas de vent. Evidemment, dans les médias on parle beaucoup de solaire et d’éolien mais la réalité est un peu différente.
        Le nucléaire n’est pas la panacée mais entre pas d’électricité ou de l’électricité nucléaire le choix est vite fait.

      4. Désolé Paulo mais citer le Portugal comme exemple relève une méconnaissance du sujet.

        Ce n’est pas parce qu’il y a un bon pourcentage d’énergies renouvelables que le mix électrique est pour autant bon. Il ne faut pas confondre moyens (renouvelables) et objectif (mix bas carbone).

        Malgré tout son éolien, solaire et hydro, le Portugal est complètement dépendant du fossile (gaz et charbon) et son empreinte carbone est entre 5 et 8x celle de la Suisse…

        https://www.electricitymap.org/zone/PT (les données actuelles du Portugal sont indisponibles mais vous pouvez déjà voir le mix d’hier et comparer avec les autres pays d’Europe).

        À part les pays qui arrivent à tourner quasi uniquement avec de l’hydraulique (Norvège, Islande, Costa Rica…), tous les pays qui développent le renouvelable pour se passer de nucléaire obtiennent en fait un mix très médiocre et sont dépendant de compléments fossiles (l’exemple de l’Allemagne est le plus parlant mais de nombreux pays vont dans cette direction).

        1. La Suisse, c’est entre 30 et 50gCO2/kWh (grâce au mix hydronucléaire), la France autour de 60-70g. Et le Portugal tourne autour de 130g les bons jours et 450 les mauvais…

          L’Allemagne qui a investi 500 milliards d’Euros d’argent public dans solaire & éolien (120GW d’installés !), a désormais l’électricité la plus chère d’Europe et pourtant son empreinte carbone oscille entre 220g les bons jours et 500 les mauvais…

    2. « La piste des énergies renouvelables est intéressante »
      Les EnR ne deviendront intéressantes que lorsqu’un système de backup industriel sera opérationnel.
      Par exemple, comme l’indique Jean-Marc Jancovici, comment fait-on une nuit (pas de soleil), avec un anticyclone (pas de vent) sur l’Europe, le jour où on aura démantelé toutes les centrales nucléaires d’Europe !!!???

      1. La notion de stockage peut répondre à votre question. Et il faut de paradigme: fini la notion d’installations centralisées, mais des unités multiples avec une petite capacité de stockage, genre chaque maison individuelle avec 10-25 m2 de panneaux photovoltaïques et une capacité de stockage de 12h.

        Le problème est que la réglementation actuelle empêche le développement du stockage: pourquoi stocker si on achète toute votre production ? Supprimer l’obligation d’achat et les tarifs réglementés du marché de l’électricité et le stockage va faire un bond. Il restera les besoins de l’industrie et du transport, mais on peut économiser quelques centrales si on commence par viser juste.

  4. Très intéressant article qui “remet les pendules à l’heure”. Je ne pense pas que le “nucléaire sauvera le monde”, aucune technologie énergétique seule peut le faire, mais il peut grandement y contribuer. On a trop diabolisé cette technologie énergétique suite à quelques accidents, certes tragiques, déplorables et qui n’auraient jamais dû se produire, maIs qui ne devrait pas occulter un bilan globalement positif (Combien de vies ont été SAUVEES grâce au fait d’avoir pu disposer en tout temps, de jour et de nuit, en été comme en hiver, d’une alimentation en électricité constante et fiable, et par ailleurs ne transformant pas notre atmosphère en poubelle? Comment aurait-on fait en Suisse une fois les limites de l’hydraulique atteintes dans les années 1960-1970? Des centrales au charbon ou au fuel?). Comme toute diabolisation, celle-ci est aussi irrationnelle qu’exagérée. On a appris des accidents susmentionnés et les réacteurs de quatrième génération actuellement développés, comme le mentionne très bien l’article, mettent en oeuvre des techniques de sécurité passive qui réduisent à l’extrême les risque de nouveaux accidents graves, sont plus modulaire, plus économiques, utilisent le combustible de manière plus efficace, … et permettent même pour certains d’entre eux de “brûler” les déchets radioactifs de longue durée de vie des centrale précédentes, tout en produisant ainsi un supplément d’énergie. Qui dit mieux? Pour le moins, cela mérite une nouvelle évaluation du potentiel de cette technologie, sans a priori dogmatique et craintes d’inspiration “diabolique” toujours mauvaise conseillères. Ne nous trompons pas de périls, celui qui menace gravement, et de manière irréversible, le monde actuellement est le changement climatique, pas la technologie nucléaire!

    1. “Pour le moins, cela mérite une nouvelle évaluation du potentiel de cette technologie, sans a priori dogmatique et craintes d’inspiration “diabolique” toujours mauvaise conseillères” : right to the point ! Il n’y a tout simplement pas de débat sur ce sujet. Il faut dire qu’il demande un peu plus de connaissances que l’idéologie de teletubbies qui truste la une des médias actuellement.

  5. Bonjour,
    Cet article est un exemple de Greenwashing pure et simple. Il s’inscrit dans la continuation d’article du lobby pro-nucléaire. Aucune véritable source et aucun bon argument. Le nucléaire ne sauvera pas le monde, il est trop coûteux, les énergies renouvelables étant les moins chères aujourd’hui.

    Avec le temps, l’énergie solaire sera sûrement une des énergies les plus utilisés au monde. Potentiel gigantesque ! Le soleil est “infini” relativement à notre condition d’être humain.

    Le nucléaire actuel consomme une ressource rare : l’eau Et émet des déchets radioactifs dont nous savons que faire aujourd’hui! Très souvent la construction des centrales s’est soldé par des retards et des surcoûts allant jusqu’à 3 fois le prix initial (exemple français).

    Les centrales, si elles respectaient toutes les conditions de sécurité liés au stockage des éléments radioactifs coûteraient beaucoup trop comparé aux autres énergies sur le marché. (En sachant qu’une attaque avec un avion pas très grand contre une de ces centrales pourraient très bien arriver).

    Arrêtons de se voiler les yeux, les énergies renouvelables sont là pour durer et écraserons au long terme toutes formes d’énergies fossiles (charbons, pétrole, gaz) et toutes formes d’énergies trop coûteuses (nucléaire).

    Le mot d’ordre est efficience énergétique, responsabilité et durabilité.

    PS. J’ai 22 ans et je me battrais corps et âme contre les centrales nucléaires. Les énergies renouvelables ont beaucoup évolué en peu de temps. Aujourd’hui, la question n’est plus technique mais politique. Alors changeons le monde en bien … ne revenons pas en arrière s’il vous plait. Merci

    1. On n’a pas la même définition du Greenwashing mais peu importe. A votre âge, je préférais aussi l’idéologie à la connaissance avec une prédilection pour l’usage de l’impératif. Seules différences notables : on arrêtait de se voiler la face (pas les yeux) et on n’utilisait pas l’anonymat.

      1. Le nucléaire est aux à aboies. Comme Fernando le dit, le nucleaire n’est pas rentable. La filière nucléaire à été mise en place pour produire des bombes nucléaires, pas de l’énergie bon marché. Cette filière, particulièrement en France, représente les intérêts d’un lobbys militaro-industriel qui n’est plus en phase avec l’époque. Et si vous voulez jouer la carte du clivage entre les générations, faites le de façon moins cynique ou grossière. On ne sait encore rien de l’impact dans la durée des radio-nucleides.

    2. Message qui reprend tous les “éléments de langage” d’association anti-nucléaires (dont je suppose que vous faites partie) mais qui peuvent tous être réfutés dès qu’on creuse en connaissance de cause (coût, consommation d’eau, centrales qui ne respecteraient pas les normes, quantité de déchets radioactifs…).

      Mais bien évidemment via la loi de Brandolini, ça prend des heures avec énormément d’explications à chaque fois et je ne pense pas que ce qui vous intéresse est de creuser le sujet énergétique… Je conçois tout à fait qu’à 22 ans, on soit passionné et que le nucléaire sur lequel on entend tellement de bêtises soit l’ennemi juré numéro 1, peu importe les faits et les chiffres.

  6. ” Bref, la peur du nucléaire, c’est un peu comme craindre de prendre l’avion plus que la voiture : irrationnel et contre-intuitif. ” voilà une belle conviction, exprimée dans la langue contemporaine, et on a tous le droit d’en avoir et de l’exprimer; le boomer que je suis, cad anti nucléaire, constate seulement qu’on va dans le mur et que personne ne s’en soucie, sauf Gréta Thunberg et Cie; tout ça pour dire que l’ange sauveur qu’est le nucléaire à vos yeux est une tentative parmi d’autres de repousser indéfiniment l’échéance du retour, sinon à la bougie, du moins d’une accalmie conséquente quant à la consommation d’énergie ! clin d’oeil: la Suisse veut se payer des gadgets supersoniques qui coûtent fort cher, ça fait au moins marcher le complexe militaro-industriel, et imaginez donc un crash soudain; par ici il y en a un par an, et c’est toujours les pilotes qui sont fautifs ! pour les accidents nucléaires ont prétend la même chose, bien sûr !

    1. S’il vous plait, soyez franc avec vous même : s’il n’y avait eu ces accidents d’avions militaires, est-ce que vous auriez eu une position différente sur l’achat des nouveaux avions ?
      Si ce n’est pas le cas, permettez-moi d’exprimer mon indignation sur le fait d’utiliser la mort tragique de personnes qui servaient notre pays “en clin d’oeil” pour défendre votre position.

  7. C’est vrai que le rationnel a depuis longtemps largué les amarres dans le domaine de l’énergie nucléaire. Le nombre de morts et de blessés dû au trafic routier en Europe, c’est un Tchernobyl par année ! Avec une logique identique à celle des antinucléaires il faudrait supprimer toutes les voitures et tous les camions.
    La logique des antinucléaires est donc très “sélectives”. Qu’ils n’aillent pas se promener au col des Mines, la radioactivité (naturelle) y est bien plus élevée que près d’une centrale…

    1. La malbouffe et les maladies dites de “civilisation” (diabète, AVC, cancer) ne tuent-elles pas encore plus que la bagnole? Selon la logique des “anti-nuke”, il faudrait donc arrêter de boire, de manger et même de dormir (problèmes d’apnée).

      Un ami ingénieur me disait qu’il dort mieux dans une centrale nucléaire que dans une maison chauffée au gaz. Qu’en pensez-vous?

  8. Les anti nucléaires devraient lire les rapports du GIEC. Leurs scénarios sont basés sur l’utilisation du nucléaire.
    Mais il faut croire qu’ils sont plus compétents 😉

    D’ailleurs, prenez le cas de la France : développement des ENRs = augmentation du gaz = augmentation des émissions de gaz à effet de serre. CQFD.

  9. “Faut-il voir là un appel de la gauche au soutien le plus large possible de son agenda dont les mesures de prédilection face au réchauffement sont l’interdiction et la taxation ? Possible. Il est vrai que cette approche est peu populaire et, plus grave, elle témoigne d’une manière peu innovante d’empoigner la question.”

    Je suis pro-nucléaire mais je suis aussi assez dubitatif sur l’idée que les taxes ne soient pas nécessaire. On parle quand même d’atteindre la NEUTRALITE carbone d’ici 2060 au plus tard pour respecter l’accord de Paris. Je pense réellement que vous sous-estimez l’ampleur de la tâche, comme beaucoup d’autres récalcitrants sur cette idée de taxe. Pour des innovations technologiques, il faut aussi un cadre économique qui va accélérer leur poursuite et leur rentabilité. On parle du réchauffement climatique depuis les années 80 et il faut reconnaître que les innovations tardent à changer le monde, le rythme actuel n’est clairement pas de taille pour s’attaquer à l’ampleur du problème. Il faut un juste milieu et une solution pragmatique mais je doute que celle-ci se trouve du côté d’une approche purement libérale.

    1. Tesla a entraîné un mouvement qui ne change peut-être pas (encore) le monde mais lance la transition vers la mobilité électrique. Le cadre économique dans lequel Tesla opère s’appelle le marché. Il est plus efficace qu’un département ou je ne sais quelle officine d’Etat qui sera chargé par nos amis de réfléchir à des plans quinquennaux.

        1. Merci de l’info. Vous aurez noté qu’il parle d’une “revenue neutral carbon tax” qui suppose que la taxe carbone est compensée – dollar pour dollar – par la suppression d’autres taxes ou impôts. Je peux parfaitement vivre avec cette idée. Pas sûr que ce soit le cas des Camarades…

          1. La question du prix du carbone est au centre du problème. En l’état actuel, son coût est bien en deça des dommages prévisibles. Ce qui est une autre manière de dire que le futur subventionne les fossiles utilisés dans le présent.

            Pour moi une taxe neutre sur le carbone (càd utilisée pour faciliter la transition) est l’outil correct. Idéalement, le prix du carbone devrait augmenter chaque année d’un montant prévisible jusqu’à ce que la transition soit effective.

            Sans un signal de prix corrigé, un marché libre ne va pas donner l’allocation de ressource désirée. Il faut aussi compter que les infrastructures de distribution pour le fossile sont déjà en place, ce qui est un avantage comparatif important.

            Au final, la question de la taxe pose la question de savoir si un marché libre est un outil ou une fin. Mon point de vue est que c’est un outil puissant mais imparfait et potentiellement biaisé par des erreurs de pricing. Corriger ces biais pour obtenir l’effet désiré (une transition rapide) me semble donc naturel.

            En ce qui concerne l’énergie nucléaire : les coût en décès / GWh sont effectivement bas comparé aux autres énergies. Le coût en ressources est modéré comparé au renouvelables et les émissions sont négligeables par rapport au fossile. Personnellement je n’ai pas d’anxiété par rapport au problème des déchets.

            Ce qui me pose problème en terme de risque dans un pays comme la suisse est la taille de la zone d’exclusion en cas d’accident catastrophique. Dans un pays de 41000 km^2 dont 66% sont alpins, une zone d’exclusion de 20km de rayon (1250 km^2) représente une perte de 10% de la surface non alpine, ce qui est simplement inacceptable (de mon point de vue).

  10. Merci pour l’article.

    Je suis plutôt de votre avis. Je pense qu’il y a beaucoup de raisons pour lesquelles le nucléaire pourrait très certainement nous donner l’énergie qu’il nous faudrait à un prix environnemental ridiculement élevé par rapport aux autres sources d’énergie primaire. Particulièrement avec la surgénération et les technologies de réacteurs à sels fondus utilisant du thorium.

    Malheureusement, c’est un combat déjà perdu. 4 personnes sur 5 en France pensent que le nucléaire rejette un peu ou beaucoup de CO2 dans l’atmosphère. Dans l’opinion publique actuelle, les panneaux solaires et les éoliennes ont gagné. Ce qui laisse les personnes dotées de raison et qui argumentent par les chiffres dépourvus de moyens de lutte dans une société de matrixés et brainwashés à coup de médiatisation constante des ENR et bashing intégral du nucléaire.

  11. Les énergies renouvelables n’existent pas. L’énergie se transforme. Et à chaque transformation augmente l’entropie. Voir les bases de la physique. Il y a un autre problème avec les énergies “renouvelables” c’est qu’elles nécessitent d’énormes quantité de matières premières. Dont beaucoup deviennent de plus en plus en rares d’ailleurs. Leur extraction, raffinage, et transformation utilisent le plus souvent des énergies fossiles, causent des dégâts environnementaux considérables, sans parler de l’exploitation proche de l’esclavage des travailleurs. Ajoutons leur transport par cargos très polluants qui ne fonctionnent pas à la voile…. Le nucléaire aussi mais dans des proportions bien moindre…..

  12. L’auteur n’a visiblement pas pris en considération les ressources disponibles en uranium pour son exposé : elles ne sont tout simplement pas suffisantes et ne comblent aujourd’hui que 5% des besoins énergétiques ! Quant au thorium , aucune solution n’est actuellement fonctionnelle et ce n’est qu’un fossile limité dans le temps lui aussi !
    Les centrales nucléaires françaises sont vieilles et dépassées , l’EPR n’est qu’une catastrophe industrielle hors de prix , toujours pas exploitée en France .
    Il en va tout autrement pour l’énergie renouvelable : l’éolien est en train de dépasser la puissance nucléaire installée et peut encore se développer
    Le solaire ne connait pas de limite de temps et sa capacité n’est pas contestable , environ 10 puissance 17 watts qui n’attendent qu’à être transformés , on n’en a pas besoin d’autant .
    Cette transformation peut s’opérer de deux manières , soit par panneaux photovoltaïques , soit thermiques en concentrant les rayons du soleil par de simples miroirs qui ne requièrent donc pas ressources compliquées .
    Le surplus d’énergie récolté le jour peut être transformé en hydrogène et être réutilisé plus tard très simplement .
    NON, le nucléaire est la plus mauvaise idée qui d’ailleurs n’aurait aucun avenir sinon comme déchet !!!

  13. On ressasse ici toujours les mêmes rengaines, me semble-t-il : cela est dû, entre autres, à une méconnaissance de l’énorme quantité d’énergie contenue dans l’uranium et dans le thorium (1,5 million de fois celle du charbon par unité de poids, par exemple ; autrement dit, 0,2 mg d’uranium-235 sont équivalents à 0,3 kg de charbon pour produire 1 kWh d’électricité, le charbon produisant en outre plus d’un kg de CO2 !).
    Le nucléaire, une technique bien plus jeune que l’éolien et le photovoltaïque, n’a de loin pas dit son dernier mot : la génération IV est en préparation qui saura utiliser non seulement les 0,7% d’U235, mais aussi les 99,3% d’U238. Voir à ce sujet un ouvrage important tout récent : “New Ways and Needs for Exploring Nuclear Energy”, Didier Sornette, Wolfgang Kröger, Spencer Wheatley, Springer, 2019. Une croissance économique durable ne sera possible qu’en pouvant compter sur le nucléaire.

  14. Cher Christian, encore une chronique intelligente et écologiquement incorrecte ! Vous avez raison : les problèmes du nucléaire sont l’élimination des déchets et la construction de nouvelles centrales. En France, où j’ai pris ma retraite, la construction de nouvelles centrales EPR tourne à la catastrophe industrielle : coût multiplié par trois, délais dépassés. Le gouvernement planche sur une réorganisation de la filière nucléaire et les consommateurs doivent s’attendre à une hausse des tarifs. Pas si sûr que “le nucléaire sauvera le monde”.

    1. Cher Marc, merci du double compliment. Le modèle étatique et centralisateur de la France n’entraîne évidemment que des catastrophes. L’espoir réside dans les initiatives privées, à échelle locale ou régionale et dans la recherche (plutôt que dans les fonctionnaires “qui planchent”). Il faudra bien suivre les développements de NuScale à l’avenir.

      1. Cher Christian, l’expérience NuScale paraît intéressante. Mais leur technologie DCA, approuvée par le gendarme US du nucléaire, après une procédure qui a coûté près d’un demi-milliard $, ne sera pas opérationnelle avant 2030, selon “L’Usine nouvelle”. Une mini-centrale de 60 MW pour 3 milliards $. En France, la taille moyenne est de 900 MW. EDF et le CEA en France s’y intéressent. Le nucléaire serait rentable à long terme, mais il exige des investissements colossaux, selon EDF : 45 milliards € pour 2014-2025. A suivre !

        1. Le coût est dépendant de la capacité d’industrialiser et de reproduire en quantité significative. Si on avait confié l’invention de l’iPhone à ceux que vous citez, ça aurait coûté quelques milliards et on aurait probablement encore des minitels à prix astronomique.

        2. Correction nécessaire à l’attention de M. Schindler : il s’agit ici du coût de 12 unités de 60 MW, soit une centrale de 720 MW pour 3,024 milliards $ ! Cela donne un coût spécifique de 4,20 $/W, ou 4’200 $/kW, tout à fait convenable.

  15. Soutenir le nucléaire dans sa forme actuelle est un aberration:

    – Le problème du stockage des déchets n’est toujours pas résolu. Plein de projets d’enfouissements, avec 2 échecs en Allemagne (mine de sels envahie par l’eau) et aux Etats-Unis (site prévu sur une faille sismique), quelques projets qui commencent à entrer en service (Finlande et Suède), bref aucun retour d’expérience suffisant à court terme pour permettre une simple extrapolation à très long terme. Augmenter la production de déchets nucléaires alors que l’on n’a encore aucune solution durable pour leur gestion sur le long terme est un manque de discernement.
    Quant à ceux qui calculent le volume des déchets nucléaires en voulant démontrer que cela n’est pas un gros problème, merci de calculer le nombre de kilos de plutonium nécessaires pour rendre le lac Léman impropre à la consommation humaine.

    – La technologie actuelle de la fission nucléaire est tout sauf sûre. Le principe de la cocotte-minute pleine de combustible nucléaire est tout sauf sûre: il faut en tout temps garantir un refroidissement. Le choix de la technologie actuelle s’est fait non sur des critères de sécurité, mais pour 1) produire du plutonium (production de matières pour les bombes nucléaires) et 2) pour garantir une autonomie maximale de production (propulsion nucléaire des sous-marins et des porte-avions). bref, il faut plus de technologie pour garantir la sécurité du procédé que pour faire fonctionner le procédé lui-même. Lorsque l’on veut multiplier le nombre d0unité de production, on multiplie le risque qu’un problème survienne. Donc prétendre que l’on est plus sûr en multipliant le nombre de petites unités sous prétexte que l’on réduit la quantité de substances radioactives n’es pas tout à fait vrai, car en parallèle on augmente la probabilité que quelque chose se passe mal.

    – Utiliser le nombre de mort pour évaluer si les conséquences d’une catastrophe nucléaire est pire ou non que l’exploitation du charbon est à la limite de la mauvaise foi: dans la plupart des catastrophes nucléaires, on ne compte pas les cancers mortels à long terme et la mortalité humaine n’est qu’un paramètre d’une catastrophe. On peut mettre un prix sur la vie humaine, l’homme reste au final un élément mortel de la biosphère, par contre irradier des dizaines de kilomètres carrés de terre pour des dizaines voire des centaines d’années, cela montre un autre aspect d’une catastrophe nucléaire. Des hommes remplaceront des hommes, par contre on ne remplace pas une terre irradiée par une autre. Une mine de charbon ne conduit pas à une telle conséquence et encore moins dans la durée.

    – Parler des réacteurs de IVème génération revient à parler de la capacité de stockage de l’électricité par batterie: il y a à l heure actuelle bien plus de développement industrielle autour des batteries qu’autour de nouveaux réacteurs. Et pour info: le gouvernement français, pourtant bien loin d’être le premier anti-nucléaire, a arrêté le développement d’ASTRID, le futur surgénérateur français (alors que la France avait déjà construit Rapsodie, Phénix et Superphénix). Cela indique bien qu’une solution simple et sûre est à portée de main, non ?

    – Je suis ingénieur-chimiste, je suis confronté régulièrement aux risques d’incidents chimiques sur un site industriel, et par principe, dans le milieu, on préfère gérer le risque en l’évitant plutôt que de prétendre le maîtriser en empilant des systèmes de sécurité (et la chimie industrielle n’est pas le meilleur exemple de production industrielle sûre). Le nucléaire prétend le contraire, on verra quand le nombre de sites nucléaires sera similaire à celui de sites chimiques.

  16. Bravo Monsieur Jacot-Descombes pour votre analyse : vous n’êtes semble-t-il pas un spécialiste, on ne peut donc vous accuser de complaisance, et pourtant vous avez très bien compris la réalité du nucléaire : ses avantages, son utilité et comment sont maîtrisés les risques (accidents de réacteurs et gestion des déchets). De quelle planète êtes-vous ?
    Votre analyse correspond bien aux connaissances établies par beaucoup de spécialistes des hautes écoles, des universités, de l’industrie, de la recherche et des Autorités de sécurité, spécialistes ayant une vraie expérience « du terrain ». Malheureusement, ces spécialistes ne sont pas souvent dans les médias. La cause principale : le sujet est politisé avec un fort et malheureux clivage gauche-droite. Les sympathies et le militantisme l’emporte souvent sur l’analyse objective.
    Il y a au moins quatre sites Internet en Suisse dans lesquels ces spécialistes et professionnels du terrain s’efforcent de « dire la connaissance ». Voilà ces cinq sites:
    • Club Energie 2051 : http://www.clubenergie2051.ch (site romand)
    • Carnot-Cournot-Netzwerk: http://www.c-c-netzwerk.ch
    • Energieclub Schweiz: http://www.energieclub.ch
    • Kettenreaktion: http://www.kettenreaktion.ch
    • Christen & Energie: http://www.christenenergie.ch
    J’essaie de résumer brièvement l’essentiel de la position commune de ces sites et de leurs spécialistes :
    o Les questions de bases qui se posent avec le nucléaire sont des questions de disponibilité, de géopolitique des réserves, de coût, de bilan écologique (dont le CO2 est un paramètre, mais pas le seul) et de maîtrise des risques (accidents de réacteurs et gestion des déchets).
    o Ces questions ont certes des implications politiques, mais ce sont par nature des questions techniques. Ce ne sont pas des questions d’opinion ou des questions de « goûts et couleurs ». Elles doivent faire l’objet d’analyses scientifiques rigoureuses. Elles ne sont pas de l’ordre de l’émotion ou de l’intuition. Les évaluations doivent être transparentes et vérifiables. Certes les sciences et les techniques ne résolvent pas tous les problèmes de l’humanité, mais elles ne sont pas non plus la source de tous les maux. Qui voudrait revenir à une époque où l’anesthésie médicale n’existait pas ? Pour des questions techniques, l’analyse technique est plus utile que des positions dogmatiques ou idéologiques.
    o Les analyses scientifiques montrent les réalités suivantes :
     L’énergie nucléaire est une énergie abondante, bon marché si elle est bien gérée, au bilan écologique favorable et dont les risques sont maîtrisables et maîtrisés si elles sont bien conçues et équipées.
     Il n’est pas possible aujourd’hui, et dans un horizon planifiable, de satisfaire simultanément les trois points du trilemme suivant :
     Réduire les émissions de CO2
     Maintenir la prospérité de la société
     Éliminer le nucléaire
    Il faut choisir laquelle de ces conditions on préfère éliminer.
     La Stratégie Énergétique 2050 de la confédération est irréalisable : elle formule des objectifs sans élaborer les moyens correspondants. Une analogie pour comprendre : elle fait comme un architecte qui fournirait le cahier des charges d’une nouvelle maison, mais ne fournirait pas les plans.
     Il apparaît impossible, ne serait-ce que dans le seul secteur de l’électricité, de supprimer le nucléaire sans augmenter les émissions de CO2 et les coûts de l’énergie (la Suède avait voté un décret de sortie du nucléaire mais en y mettant deux conditions préalables : démontrer que cette sortie est réalisable 1) sans augmenter les émissions de CO2 du secteur électrique et 2) sans générer des coûts excessifs. Elle a constaté qu’elle n’arrivait pas à démontrer ces conditions, elle a annulé son décret de sortie du nucléaire. La raison technique principale est l’intermittence de l’éolien et du solaire et l’absence (encore) de solutions éprouvées pour stocker à un coût raisonnable massivement cette énergie aléatoire.
     S’il apparaît irréaliste de décarbonner le secteur de l’électricité sans le nucléaire, combien la tâche sera-elle encore plus difficile s’il s’agit de le faire pour le reste des besoins énergétiques couverts essentiellement par les combustibles fossiles, à savoir la mobilité et le chaleur (chauffage et applications industrielles), qui représentent 80 % (ordre de grandeur) des besoins énergétiques.
     Est-ce à dire que les renouvelables n’ont pas d’avenir ? Oui, mais cet avenir est à très long terme. Elles ont le potentiel pour couvrir tous les besoins de l’humanité : le solaire fournit chaque année 20’000 fois ces besoins et l’éolien 40 fois. Ce potentiel ne pourra être pleinement exploité que lorsque sera développé un carburant de synthèse, probablement à base d’hydrogène pour stocker cette énergie.
     Le nucléaire dans cette perspective n’est pas l’oreiller de paresse que nous font valoir ses opposants, mais un indispensable tremplin, l’« escabeau », qui nous permettra, un jour peut-être, d’accéder à cet idéal.
     Il vaut mieux faire une utilisation intelligente d’une technique , même à risques, en la sécurisant, que de l’interdire de manière aveugle.

    Ce qui intrigue : pourquoi, si ces réalités techniques sont claires, y-a-t-il encore de telles controverses ? Controverses et jugement moralisateurs illustrés par beaucoup des commentaires que votre blog suscite. Les explications sont à chercher dans un mélange de technophobie et de catastrophisme injustifiés en relations avec la question de poursuivre le développement du niveau et de l’agrément de vie de nos sociétés. Le nucléaire n’est pas analysé, il est diabolisé. Il y a un catastrophisme nucléaire, un catastrophisme des OGM et de l’agrochimie, il y a un catastrophisme du climat. La science et ses techniques ne sont que des outils à disposition de l’humanité. La question n’est pas de diviniser ou de diaboliser ces techniques. La vraie question est de déterminer quel est le bon usage que l’humanité peut en faire. Cette question n’est jamais ni posée, ni débattue.

    Il y a aussi un goût étonnant pour le renoncement et les privations. Décroissance est un mot fétiche. Une question provocatrice : et si le nucléaire était combattu non pas à cause de ses prétendus défauts, mais à cause de ses qualités ? En effet, pour toute la mouvance verte, pour les partis et les ONG qui font beaucoup de voix, et de cotisations, en jouant sur la peur du nucléaire, par méconnaissance, ce serait une vraie catastrophe si le nucléaire se révélait ce qu’il est : abondant, bon marché, favorable à l’environnement et sûr. Ces partis et ONG perdraient une bonne partie de leur pouvoir politique, parce que ce pouvoir est construit sur une peur artificielle. Plus sur cette question à ce lien : https://clubenergie2051.ch/2015/12/02/le-plus-grand-defaut-du-nucleaire-ses-qualites/

    En plus d’être très lucide, votre analyse est très courageuse. En fait beaucoup ont compris que l’opinion publique est victime d’une grande désinformation. Mais peu osent le dire publiquement : à cause de la peur d’être déconsidérés et condamnés moralement.

    1. Cher Monsieur, un grand merci de votre message et de votre riche contribution dans ce débat occulté, comme vous le dites, par le désinformation.

  17. Les centrales nucléaires actuelles souffre dans leur conception et leur technique d’une tare originelle: on a d’abord construit la bombe à fission d’uranium 235, puis on s’est efforcé de croire que cette puissance phénoménale serait notre alliée pour obtenir une production d’énergie électrique infinie et bon marché. Cet aveuglement n’a depuis jamais cessé d’accompagner le développement de l’industrie nucléaire.
    En claire, si l’on avait laissé librement des ingénieurs développer l’industrie nucléaire civil, ils auraient assurément proposés une solution sous-critique qui ne produit pas des déchets aussi dangereux pendant si longtemps. Donc une solution très différente de celle choisie par les militaires pour faire la bombe et se procurer du plutonium. Si l’on veut diminuer la production de CO2, pourquoi ne pas faire tourner les voitures à la nitroglycérine?
    Perseverare diabolicum.

  18. @ CRERAT
    Intéressant votre regard d’un ingénieur-chimiste porté sur l’ingénieur nucléaire, cela stimule la réflexion. Votre approche se veut rationnelle, cependant je vois des semi-vérités et des omissions qui peuvent modifier certaines de vos conclusions.
    Les deux domaines ont un potentiel de risque important et les deux ont connu historiquement des catastrophes de niveaux équivalents qui font l’unanimité sur le fait qu’elles sont inacceptables et ne doivent plus se reproduire. La chimie a connu Seveso, Schweizerhalle, AZF à Toulouse et surtout Bhopal. Le nucléaire a connu Tchernobyl et Fukushima. Mais, et c’est une première omission, il y a une différence de taille entre les deux domaines : Tchernobyl a conduit dans de nombreux pays, dont la Suisse, à une demande politique d’interdiction du nucléaire. Par contre personne n’a demandé dans aucun pays, et pas en Suisse, l’interdiction de la chimie, suite à Bhopal. Tant mieux pour la chimie, cela lui a permis de se concentrer sur le développement – technique – de la sécurité, alors que le nucléaire a dû affronter un conflit idéologique sur son existence-même.
    À propos du développement technique de la sécurité, vous dites : « Je suis ingénieur-chimiste, je suis confronté régulièrement aux risques d’incidents chimiques sur un site industriel, et par principe, dans le milieu, on préfère gérer le risque en l’évitant plutôt que de prétendre le maîtriser en empilant des systèmes de sécurité ». C’est une semi-vérité. La vérité plus complète est que les actionnaires des entreprises chimiques ou électriques n’ont pas tout à fait la même attitude. Dans la chimie beaucoup de vos actionnaires sont issus du monde économique et de l’entreprise privée. Ils comprennent assez bien les contraintes qui pèsent sur les directions techniques. Par contre, les propriétaires des entreprises électriques sont en grande majorité des collectivités publiques, Cantons et Communes. Les actionnaires sont des élus politiques. Une conséquence est que plusieurs de ces actionnaires politiques ne sont pas toujours favorables à une communication claire des électriciens sur les risques du nucléaire. Vous ne voyez pas des Daniel Brélaz où des Robert Cramer inciter EOS, maintenant fusionné dans Alpiq, à expliquer pourquoi la sécurité des réacteurs et des déchets est bien faite. Il y a plus, ces actionnaires disent surtout aux directions techniques des électriciens : prudence, nous ne sommes pas des spécialistes de vos techniques, mais nous ne voulons surtout pas de pépins. Aussi vous faites tout et plus encore pour la sécurité : vous ne regardez pas aux coûts ! Dans une industrie normale, une telle attitude conduit à une impasse économique. Voilà une 2e omission, et une grande différence avec la chimie : le nucléaire peut se permettre des mesures de sécurité très poussées sans compromettre sa viabilité économique. Pourquoi ? Parce que la densité énergétique est telle que la répercussion sur le prix du kWh est pratiquement indolore. Les ingénieurs nucléaires n’y sont pour rien, c’est une des caractéristiques de cette forme d’énergie. Dans le fond ils ont de la chance, et c’est tant mieux pour la sécurité de la population: les propriétaires poussent à un maximum de sécurité, et elle ne coûte pas cher… Pour illustrer : le transport de combustible irradié ou de déchets nucléaires est considéré comme un des transports le plus dangereux. On exige de les mettre dans des conteneurs blindés, qui résistent à des crash test avec choc d’une locomotive lancée à plus de 100 km/h (des vidéos existent sur Internet). Par contre, le transport de chlore, est tout aussi dangereux, si ce n’est pire et, par ex., de nombreux wagon transitent par la gare de Lausanne entre la région de Lyon et Monthey. On devrait exiger des wagons blindés. On ne le fait pas, je pense parce que ce n’est pas payable. Et aussi parce que les activistes écologiques sont focalisés sur le nucléaire : même un déraillement en gare de Lausanne il y a quelques années, avec évacuation du public et des habitants proches, n’a pas soulevé de questions politiques.
    À cet égard, vos propos : « … on préfère gérer le risque en l’évitant plutôt que de prétendre le maîtriser en empilant des systèmes de sécurité » sont une autre semi-vérité. Vous êtes dans cette tendance au renoncement qu’affectionne tant l’écologie politique. Surtout vous occultez une réalité de civilisation. Si nos ancêtres de la préhistoire avaient aussi choisi de « gérer le risque en l’évitant… », plutôt qu’en cherchant sa maîtrise, ils auraient interdit… le feu. Nous n’aurions tout simplement pas de civilisation. Pourtant il y a encore des incendies et des victimes.
    Un point encore : vos propos sur les déchets nucléaires constituent une autre semi-vérité et même omission. D’abord vous reprenez sans autre les propos des anti-nucléaires militants qui n’argumentent pas sur les déchets mais se contentent de répéter que « il n’y a pas de solution ». C’est faux, il y en a une, et elle est même bien éprouvée. La solution s’appelle isolement de la biosphère. Ces déchets ne peuvent être détruits, on ne peut que les isoler : hors de la biosphère ils sont inoffensifs. Il y a plus : les déchets nucléaires font partie des déchets ultimes de la civilisation, ceux qui ne peuvent ni être détruits, ni dilués, ni recyclés. On les appelle les déchets spéciaux. Or il n’y a pas que les déchets radioactifs parmi les déchets spéciaux, ils ne représentent même que 1% en poids. Le 99% des déchets spéciaux de la civilisation sont des déchets chimiques. Des déchets qui peuvent aussi avoir des effets mutagènes et cancérigènes : ils ne sont pas produits que par l’industrie chimique, mais par à peu près toutes les activités humaines. Même les poubelles ménagères en contiennent, qu’on retrouve dans les filtres des cheminées des usines d’incinération. Et si la durée de vie est longue pour certains isotopes radioactifs, c’est encore plus long pour les déchets spéciaux classiques, puis que c’est l’éternité. Leur toxicité ne disparaît pas avec le temps. C’est ce qui permet de concevoir des dépôts de déchets radioactifs en couches géologiques : la sécurité est basée sur le fait que le temps de retour dans la biosphère est plus long que la décroissance de la radioactivité. Les déchets spéciaux chimiques doivent être déposés dans des dépôts en surface surveillés par l’homme. Avec toute l’incertitude que cela implique sur la pérennité des institutions de surveillance sur des millénaires. Ce que l’on sait moins, c’est que l’isolement de la biosphère des déchets spéciaux n’est pas très satisfaisant. Cela se traduit par des contaminations de terrains et de nappes phréatiques par des déchets qui s’échappent dans la nature. Un inventaire de la Confédération recense environ 40’000 sites contaminés en Suisse ( https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/themes/sites-contamines.html). Le nucléaire a déjà accumulé une certaine quantité de déchets surveillés en surface, en attente d’enfouissement. Mais il n’y a pas contamination ni de pollution par des déchets nucléaires. Plus sur : https://clubenergie2051.ch/2015/02/13/dechets-nucleaires-est-il-vrai-quil-ny-a-pas-de-solution/ .
    Voilà, votre commentaire à l’égard du nucléaire était un peu dans le ton du donneur de leçon, voire de l’indignation vis-à-vis de faiblesses inacceptables. J’espère que ces informations vous aideront à nuancer votre sévérité. Je ne souhaite pas entrer dans un conflit corporatiste entre les ingénieurs chimistes et ingénieurs nucléaires. Notre position de base à http://www.clubenergie2051.ch est simplement « Soyez pour, soyez contre, mais soyez informé ». Et nous avons une excellente relation avec un de nos membres, Michel de Rougemont, qui est ingénieur et docteur de l’EPFL en chimie. Je vous recommande son blog : https://blog.mr-int.ch/ .

    1. Désolé, mais votre vision est trop politique alors que mon commentaire est orienté technique.

      A vous entendre, la chimie n’a subit aucune pression politique ou sociale pou définir plus sûre ou plus verte. C’est faux, une entreprise de chimie investit chaque année pour répondre à de nouvelles exigences, au fait que des bonnes pratiques deviennent des normes, que les modèles chimiques ou techniques deviennent plus précis et découvrent des risques ignorés.
      Si la chimie s’en sort mieux que le nucléaire, ce n’est pas parce que la pression politiques est différente, c’est parce qu’en génie chimique, lorsqu’une technique ne parvient pas fournir le degré de sécurité désiré, on la remplace par une autre. C’est le fond de mon commentaire “on préfère gérer le risque en l’évitant plutôt que de prétendre le maîtriser en empilant des systèmes de sécurité”.
      Le cas classique et comparable au nucléaire, c’est la production discontinue ou batch: on met tous les réactifs sans un réacteur en même et on chauffe/refroidit selon la réaction. Si le mélange de réactifs est critique du point de la sécurité, alors on ne va pas doubler ou tripler les moyens de chauffage/refroidissement, on va changer le type de production en utilisant la production continue ou semi-continue où seules de petites quantités de réactifs sont mises en contact durant un temps limité, permettant de garantir qu’à la moindre déviation, les conséquences sont réduites de manière significative.
      Or le nucléaire n’a pas fait ce changement de technologie: entre le réacteur de Tchernobyl et celui de l’EPR à Flamanville, le principe reste le même: vous remplissez votre coeur de barre de combustible, c.-à-d. que vous concentrez une énergie potentielle considérable qui, si elle est libérée dans un laps de temps très court, est ingérable du point de vue de la sécurité et vous prétendez la contrôler.
      Contrairement à la chimie qui cherche le procédé qui présente le moins de risque, le nucléaire conserve le même procédé depuis des décennies et prétend mieux le contrôler.
      Si les mouvements anti-nucléaires perdurent, c’est parce que le principe de fonctionnement du nucléaire ne change pas, c’est parce que le nucléaire ne s’attaque pas au coeur de son problème: cette concentration d’énergie qui demande une montagne de technique pour être maîtrisé.
      Laissez les politiques et les actionnaires de côté, le nucléaire actuel est entaché d’une tare et c’est cette incapacité à admettre qu’il faut changer et revoir tout le système qui attire autant les reproches, c’est cette suffisance à dire que tout est sous contrôle alors que chaque année des incidents ont lieu, que chaque décennie des accidents mineurs ont lieur que chaque siècle des accidents majeurs ont lieu.
      Le pire, c’est que des technologies nucléaires plus sûres existent, il y a notamment les réacteurs à sels fondus, technologie connue depuis les années 70 et testée à l’échelle pilote, mais jamais personne ne l’a développée jusqu’au stade industriel. Pourquoi ? Parce que contrairement à ce que vous avancez, l’industrie nucléaire est incapable de financer le développement d’une nouvelle technologie nucléaire plus sûre, même en diluant les coûts dans les milliards de kWh produits par les centrales existantes. L’industrie nucléaire actuelle n’existe que par la recherche des armes atomiques et pour les investissements et les prises de risque des Etats. Aucune entreprise nucléaire ne peut se permettre d’investir sur ses fonds propres les dizaines voire centaines de milliards nécessaires sur plusieurs décennies pour mettre au point des réacteurs à sels fondus.
      C’est la raison de la surcompensation en mesures et autres systèmes de sécurité dans le nucléaire actuel: il est plus simple de dire (et meilleur marché) que l’augmente la sécurité par ajout de couches de sécurité plutôt que de développer un procédé plus sûr.
      Pour finir, la gestion des déchets. Vous proposez la fameuse solution de l'”isolement de la biosphère”. Cette solution est tellement connue et éprouvée qu’il existe combien d’exemples éprouvés de cette solution ? Les Américains et les Allemands se sont cassés les dents avec leurs premiers essais d’enfouissement des déchets nucléaires, les seuls qui sont au stade de la pratique industrielle sont les Finlandais à Onkalo depuis cette année. Moralité, vous vendez une solution qui n’a pas été testée en version grandeur nature depuis plus d’une année et vous prétendez avoir une solution pour les prochaines centaines de milliers d’années ? La chimie a fait pareil, en prétendant enfouir les déchets, et au final elle est en train de tout ressortir et de traiter de manière définitive ou presque. Tous les composés organiques, les plus toxiques soient-ils, sont incinérables ou oxydables, c.-à-d. capables d’être rendu inertes. Les seuls déchets qui posent problèmes sont les métaux lourds et l’industrie chimique n’est plus le plus gros producteur de ces déchets finaux à surveiller: vous confondez les déchets spéciaux à retraiter avec les déchets à mettre en décharge contrôlée. Encore une fois les déchets spéciaux sont pour la plupart traités, notamment par combustion et ne sont plus des déchets à surveiller pour l’éternité. Maintenant si vous voulez comparer les métaux lourds et les déchets radioactifs, je vous conseille de comparer les volumes pondérés par la toxicité. Et là, même 1% commence à ne plus être négligeable.
      Reprenons votre cas du wagon de chlore à Lausanne: un wagon de 20 tonne de chlore s’éventre en pleine gare, plusieurs centaines de morts, des blessés par centaines également. Et ensuite ? Plusieurs semaines après l’accident, la gare est réutilisable, la vie reprend. Faites pareil avec quelques grammes de plutonium. Que se passe-t-il ? La gare et les quartiers aux alentours deviennent des zones interdites pour des décennies, et pour ceux qui vivront à proximité pendant plusieurs générations, le risque de développer un cancer suite à une exposition pourrait au final conduire à un plus grand nombre de victimes que dans le cas du chlore. Votre incapacité à intégrer ces conséquences ne feront pas de vous un grand expert en sécurité à mon avis.
      Quant à vos 40000 sites pollués, merci de vous renseigner sur ce qu’ils représentent: une grande partie sont des stands de tir ou des places de tir de l’armée, bref merci de comparer ce qui est comparable: des sites n’ont jamais été conçus ou prévus pour retenir quoi que ce soit et surtout sont assainissables. Le seul exemple de site nucléaire pollué en Suisse à ma connaissance n’a jamais été assaini: la centrale de Lucens qui a été enterré sous des tonnes de béton et on surveille toujours les pertes de tritium dans les ruisseaux aux alentours. Au moins les décharges de Bonfol ou de Koelliken et des dizaines d’autres ont été vidé et remis au vert. Qui dit mieux ?

  19. Pour ou contre le nucléaire ? le débat est et sera toujours sans fin. Permettez-moi la remarque suivante.
    Hitler et ses Généraux déclenchent l’opération Barbarossa, persuadés de leur supériorité sur l’armée Russe. Ils avaient négligé : l’histoire (Napoléon) le climat hivernal, la boue, le gel etc.
    On connait le résultat.
    Les Militaires, les Politiques s’accordent sur la fission nucléaire, persuadés de la sécurité sans faille !
    Ils avaient négligé : Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima, etc.
    On connaîtra le résultat.

    1. Vous tombez bien. Je suis actuellement à Gdansk qui possède un musée unique sur la deuxième guerre mondiale. Ici, on n’a pas oublié qu’à la fin de l’histoire que vous mentionnez, l’armée soviétique (et non pas russe) a sombré à son tour avec le reste de la dictature socialiste. Le problème avec les métaphores, c’est qu’elles ont une portée limitée dans le temps.

      1. Malheureusement ma métaphore n’aura pas de crédibilité avant l’évacuation de Paris suite à la dérive du cœur de la centrale de Nogent située à 95Km. Cette remarque ne restera, je l’espère, qu’une mauvaise plaisanterie. Alors ? Restons positif.
        Considérons en premier lieu un fait certain : Tous les pays disposent d’un réacteur à fusion nucléaire sans aucun problème de sécurité et de déchet, le soleil. Il est raisonnable de penser que la solution est bien là si l’on considéré l’énergie considérable à disposition chaque jour.
        Comme je le constate, la voiture électrique va bousculer le marché de la mobilité individuelle. Je roule en Renault ZOE depuis le 1er juin 2020 avec 6000 Km à ce jour sans bruit, sans pollution, sans arrêt à la pompe. C’est magique.
        Cette petite EV est dotée d’une batterie de 52 KWh que je recharge par 55 panneaux solaires.
        Cette source d’énergie importante sera disponible, (dans un avenir proche et pour autant que la législation le permette) pour ma propre consommation à domicile, la nuit ou les jours sans soleil, (Vehicle-to-Grid, technologie en développement) me rendant indépendant du réseau.
        J’ai tenté d’évaluer l’empreinte environnementale des panneaux photovoltaïques. La fabrication du silicium monocristallin est complexe et bien évidemment source de pollution mais mon analyse révèle qu’un panneau de 1,7m2 produit, en 7 jours d’exposition à 50% de sa capacité, la totalité de l’énergie nécessaire à sa fabrication. Sur une durée de vie de 20 à 30 ans cette durée est insignifiante. De plus, le silicium est très abondant sur notre planète. On peut également considérer les améliorations encore possibles dans tous les procédés et surtout l’augmentation du rendement des panneaux (19% actuellement, 29% selon des technologies en voie d’industrialisation.
        https://www.letemps.ch/economie/panneaux-solaires-dinsolight-franchissent-un-record
        Il faut également considérer l’empreinte carbone dans la production et la transformation du silicium. Ce calcul est difficile car le contenu carbone d’un panneau photovoltaïque est directement dépendant du mix électrique pour sa fabrication. On peut cependant raisonnablement admettre que cette pollution, en regard des 20 à 30 ans de production d’un panneau, est négligeable.
        http://www.mineralinfo.fr/ecomune/silicium-element-chimique-tres-abondant-affinage-strategique
        Cette approche montre que le photovoltaïque, implanté massivement, ainsi que les capacités de stockage, répartis sur tout le territoire, est une des solutions pérennes et intelligentes pour nous éviter les déchets et les risques, non nuls, du nucléaire et ceci sans provoquer une pollution excessive.
        «Dans un scénario idéal où la totalité des toitures suisses bien exposées (130 km2) seraient équipées de panneaux solaires à rendement habituel de 18 à 20%, il serait possible de produire de 25 à 30 térawattheures par an, soit la moitié de la consommation annuelle suisse», affirme Christophe Ballif, professeur à l’EPFL »

        1. Il n’est pas question de dénier les avantages “magiques” de votre Zoe, ni les bons conseils de votre entreprise (qui connaît sans doute, je vous le souhaite, une belle prospérité). Ils conviennent probablement à la situation de la Suisse, très sensible à l’hystérie sciemment entretenue sur la question. On parlait ici du problème dans sa globalité, notamment dans ses dimensions démographique, économique et environnementale.

  20. @ RdeGug
    Cette petite phrase, par laquelle vous commencez, mérite un commentaire :
    « Malheureusement ma métaphore n’aura pas de crédibilité avant l’évacuation de Paris suite à la dérive du cœur de la centrale de Nogent située à 95Km. Cette remarque ne restera, je l’espère, qu’une mauvaise plaisanterie »
    C’est vraiment une mauvaise plaisanterie, merci de le reconnaître. Pourquoi ? Parce qu’elle méconnait – et offense – l’effort réel qui a été fait par les professionnels du nucléaire pour sécuriser leurs centrales. Cela mérite une explication sur le fond, en m’excusant d’avance si je n’arrive pas à être plus bref.
    Tchernobyl et Fukushima ne sont pas partout grâce à cet effort. D’abord dans le cas de Tchernobyl c’était le concept même du réacteur (RBMK) qui était dangereux : la réaction nucléaire pouvait y devenir instable, c’est ce qui s’est passé. Les Occidentaux avaient averti les Soviétiques du risque inacceptable de ce type de réacteur. Dans le cas de Fukushima, en apparence seulement, vous pourriez avoir raison de supposer que la centrale de Nogent est une menace en puissance pour Paris. C’est une technologie américaine à eau légère (BWR, comme Mühleberg et Leibstadt) et en plus les Japonais sont des maîtres en matière de technologie. Oui mais c’est ignorer que Fukushima avait aussi quelques défauts rédhibitoires signalés aussi par les Occidentaux et qui n’aurait pas été acceptés par nos Autorités de sécurité. 1er défaut : Les réacteurs de Fukushima étaient construits 20 m trop bas, la digue de 7 m ne les protégeait pas dans une région où il était connu que le Pacifique pouvait subir des tsunamis de 15 m. 2e défaut, suite au retour d’expérience qui a suivi l’accident de Three Miles Island (TMI, Harrisburg, USA, en 1979, fusion du cœur, sans contamination grave, mais on n’était pas passé loin) il avait été analysé que pas moins 3 équipements de sécurité devaient être ajoutés à tous les réacteurs à eau légère. Il s’agissait de :
    • filtres à sable (les circuits de refroidissement étaient équipés de vannes de surpression pour que en cas de surchauffe par manque de refroidissement, la pression ne fasse pas éclater ces circuits. Mais avant TMI ces vannes relâchaient la vapeur en surpression directement dans l’environnement. Or cette vapeur peut être contaminée. La nouveauté alors était de relâcher cette vapeur dans des grands filtres à sable, disposés dans le terrain à côté de la centrale. Ces filtres retiennent 98 % de la radioactivité)
    • des catalyseur à hydrogène (la surchauffe provoque des réactions d’oxydation des gaines du combustible qui libèrent de l’hydrogène et créent un mélange explosif avec l’air. À Fukushima les vidéos ont montré des explosions qui ont fait voler en éclat le bardage de tôles qui tenait lieu de confinement).
    • et des diesel de secours bunkérisés (capable de résister à une vague d’eau et donc de faire fonctionner les pompes de refroidissement).
    Les Japonais n’ont pas tenu compte de la hauteur anticipée de la vague du tsunami. Un bureau d’ingénieurs spécialisé suisse, Electrowatt, est allé sur place leur proposer les rééquipements que les analyses post-TMI suggéraient. Refus encore des Japonais. Enfin, les réacteurs de ce type sont normalement équipés d’un confinement extérieur étanche et résistant, mixte acier-béton. Il n’y avait en lieu et place qu’un simple bardage de tôles que les explosions d’hydrogène ont fait voler en éclat.
    Il faut savoir aussi que malgré la grave contamination radioactive des environs de Fukushima, les analyses sérieuses montrent qu’il n’y a pas eu de victimes de la radioactivité, qu’il n’y en aura pas non plus à terme. Il semble même que l’évacuation n’aurait pas été nécessaire. En comparaison, des calculs ont montré que vivre dans l’atmosphère polluées de Tokyo réduisait d’avantage l’espérance de vie que de vivre dans la zone évacuée. Voire que l’évacuation elle-même provoquait plus de dégâts sanitaires par le stress occasionné aux habitants concernés. Enfin depuis plusieurs dizaines d’années que des centaines de réacteurs tournent dans le monde, aucun réacteur bien conçu ou bien équipé n’a provoqué de contamination grave de son environnement.
    Votre remarque sur Nogent et Paris illustre l’injuste et systématique défaut de l’argumentation des antinucléaires sur la sécurité des réacteurs. Les ingénieurs nucléaires attendent toujours des leaders antinucléaires une argumentation sérieuse qui dirait en substance : « voilà, nous avons analysés les normes de sécurité des réacteurs et leur application, nous avons identifié tels défauts, dans les normes, dans leur application, voire dans les deux. Nous avons toujours écouté les antinucléaires avec beaucoup d’attention. La grande difficulté étant de s’assurer d’avoir tout anticipé, cela nous aiderait si les antinucléaires faisaient ce travail d’enquête et nous signalaient des faiblesses à corriger. Malheureusement ce n’est jamais le discours des antinucléaires. Naïvement je croyais qu’ils voulaient la sécurité des centrales nucléaires. Je me trompais, à l’évidence ils ne veulent pas la sécurité, ils veulent la disparition du nucléaire, et que la disparition. Il y a deux attitudes extrêmes et stupides possibles : vouloir du nucléaire à tout prix, ou le refuser à tout prix. Il n’y a sur ce point, et malgré les apparences, pas symétrie entre les pro et les antis. Si le refus du nucléaire est aveugle et inconditionnel chez les antis, ce n’est jamais le cas de l’acceptation que font les pro : cette acceptation est toujours subordonnée à des conditions : les exigences de sécurité. C’est d’ailleurs sur ces conditions d’acceptation, contenues dans la loi de sécurité, que devrait porter le débat politique, social et technique. Ce n’est jamais débattu : c’est le (mauvais) choix des antis.
    RdeGug, vous ne faites pas exception. Ou alors donnez nous quelles faiblesses nous devons corriger dans les normes de sécurité et leur application. Sans cet effort, votre petite phrase sur Nogent est un mix d’ignorance, de terrorisme intellectuel et de mépris pour le travail des professionnels (Autorités et exploitants).

    1. Le problème de la sécurité de l’industrie est simple: il consiste d’abord à nier le problème de sécurité. Si l’on nie les problèmes de sécurité, si l’on nie l’impossibilité de gérer les déchets et si l’on nie le coût des accidents qui sont, hélas historiques, alors seulement l’industrie nucléaire est sûre et bon marché. La défaillance a toujours une cause humaine. La première est d’avoir voulu absolument recycler une technologie militaire parfaitement adaptée pour faire la bombe.
      La différence entre l’aviation est le nucléaire est que personne ne nie qu’un avion peut tomber. A Tchernobyl, les responsables de la centrale n’avaient pas à savoir que le bouton d’arrêt d’urgence pouvait provoquer la catastrophe majeure.
      Mais Fukushima est encore plus instructif sur l’état d’esprit négationniste qui règne dans l’industrie nucléaire:
      1) Quelqu’un avait décidé que la hauteur maximale du raz-de-marée était deux fois moindre que celui qui a effectivement eut lieu. Cette esbroufe consistant à prétendre être en mesure de calculer la probabilité future en réalisant des statistiques sur des milliers d’années ne semble pas avoir choqué grand monde à l’époque…
      2) Les transformateurs principaux comme les générateurs de secours étaient placés côte-à-côte dans le local le plus inondable.
      3) Les opérateurs n’étaient pas formés pour réagir correctement en cas d’urgence. Par exemple, ils ignoraient que la mesure du niveau d’eau dans le réacteur étaient faussés du fait de la surpression. Ils ignoraient que la vanne du condenseur se refermait automatiquement en l’absence de courant et aurait dû en conséquence être commandée manuellement.

      Bref, le plus gros problème de sécurité dans l’industrie nucléaire, ce sont ses promoteurs. Il est frappant de constater qu’après les accidents majeurs, les promoteurs du nucléaires s’enferment dans le mensonge en continuant de prétendre qu’un accident majeur est trop improbable pour être sérieusement envisagé. Le nombre de centrales construites dans le monde n’est pourtant pas si important. Donc si statistiquement, les avions avaient autant de risques de connaître un accident majeur que les centrales nucléaires, personne n’accepterait de monter à bord.
      Tout cela justifie d’être plus attentif à réduire notre consommation électrique.

    2. @Jean-François Dupont.

      Désolé, mais votre tentative de pointer les Japonais en moutons noirs de l’industrie nucléaire comme principale cause des conséquences de Fukishima ne tient pas: malgré vos affirmations comme quoi les Occidentaux ont des normes plus sévères ou des approches plus conservatives, on peut douter de celles-ci.

      Il suffit de reprendre le cas de Fessenheim: il a été démontré que l’évaluation du risque sismique a été sous-évaluée. Au final, cela ne porte pas à conséquence, car on a une telle marge de sécurité que l’on eut encore se permettre de considérer un séisme plus important que celui initialement prévu. Toutefois cela jette un froid sur la capacité de prévoir les pires scénarios.
      Et pareil pour la rupture du grand canal d’Alsace: EDF a considéré cela comme impossible, alors que si on évaluait ce scénario, on avait un mètre d’eau dans la centrale et un noyage des unités de secours. Bref, la grande rigueur occidentale en prend un coup, car encore une fois on essaie de réduire le risque par des mesures ou des calculs au lieu de le supprimer.

  21. @ Gwaskell
    Si vous pensez que les professionnels du nucléaire sont des cinglés, libre à vous, mais le dialogue ne sera pas possible. Dernière tentative : si vous connaissez les normes de sécurité et leur application dans le nucléaire, alors je vous demande de dire en quoi ces normes et leur application sont déficientes et doivent être corrigées. Je le redis : je n’ai jamais vu cette analyse de la part des antinucléaires, parce que leur refus est inconditionnel. J’aimerais beaucoup être démenti. Si vous ne connaissez pas ces normes et leur application, ou si vous n’êtes pas en mesure d’en décrire les grandes lignes, alors informez-vous. Et faites-en l’analyse critique. Faites-moi parvenir votre nom et adresse e-mail par Monsieur Christian Jacot-Descombes. Vous pouvez aussi prendre contact avec Pierre-André Haldi (voir son commentaire du 6 septembre 2020 à 12 h 14 min) : il a été responsable du réputé cours post-grade sur l’énergie de l’EPFL de nombreuses années, c’est un puits de science sur l’énergie en général et sur le nucléaire en particulier.
    @ CRerat
    Votre argumentation est un peu plus élaborée, mais votre détestation de la technologie nucléaire et de ses professionnels est aussi impressionnante.
    Provisoirement quelques brèves remarques.

    Vous dites qu’une partie des déchets spéciaux (chimiques) sont des composés organiques, qu’ils peuvent donc être détruits par incinération, vous avez raison. Mais pourquoi cette destruction n’est-elle pas faites systématiquement ?

    Vous minimisez l’inventaire fédéral des près de 40’000 sites contaminés par des déchets spéciaux. Il y en a un qui fait l’actualité depuis plusieurs mois, celui de Viège avec du mercure de la Lonza, voir : https://www.rts.ch/info/regions/valais/11606755-premier-pas-vers-un-assainissement-de-la-decharge-de-gamsenried-vs.html. Pas de quoi donner des leçons au nucléaire.

    À propos de mercure, vous avez entendu parler de Minamata? C’est une petite ville dans une baie du Japon. Cela remonte à plusieurs dizaines d’années. On a commencé par observer des impacts sanitaires graves sur la population. Une très longue enquête a permis d’établir que la cause était dans une pollution chronique au mercure par une industrie locale, pollution qui contaminait les habitants de la baie par la chaîne alimentaire (poissons). Plus sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Minamata. Il n’y a jamais eu de Minamata nucléaire.

    Vous me reprochez de « charger » les Japonais à propos des déficiences de sécurité des réacteurs de Fukushima. Je ne fais que reprendre les rapports d’enquête de l’Inspectorat fédéral de la sécurité nucléaire (IFSN), à la suite du Tsunami : https://www.ensi.ch/fr/documents/document-category/rapports-sur-fukushima/ . Par ailleurs le spécialiste d’Electrowatt qui est allé à Fukushima proposer de fournir les équipements de sécurité manquant est un ami.

    Votre façon d’évoquer un éventuel accident avec wagon de chlore à Lausanne ou ailleurs, en disant en substance « il y aurait beaucoup de morts, mais après c’est propre… » est très cynique.

    Enfin pour Fessenheim, l’Académie des sciences de Paris a publié récemment un avis dans lequel elle analyse la réalité de cette centrale et de sa sécurité : https://www.academie-sciences.fr/fr/Rapports-ouvrages-avis-et-recommandations-de-l-Academie/avis-academie-sciences-fessenheim.html. L’Académie conclut que sa fermeture est une erreur. Erreur technique, économique et écologique, qui n’est pas justifiée par des questions de sécurité. Je n’ai vu aucun compte-rendu dans les médias suisses.

    Il y a un tri sélectif orienté des informations dans ce domaine, parce que politisé, qui contribue à la grande désinformation dont il est victime. Victimes collatérales: le citoyen, et sa liberté de penser…

    1. Je tiens à vous remercier sincèrement de votre très précieux apport à cette discussion dont le sujet, faut-il le rappeler, est l’apport du nucléaire dans l’équation décarbonation – démographie – qualité de vie dans une perspective de 30 ans et non de l’industrie chimique dont on peut volontiers reparler à l’occasion. Quelques-uns des commentaires ci-dessus m’ont remis en mémoire l’accident de Schweizerhalle, catastrophe chimique qui a tué toute forme de vie dans le Rhin sur plusieurs centaines de kilomètres, il y a 34 ans. Et qui a vu fleurir un slogan dont seuls nos amis français ont le secret : “Une dose, ça va. Sandoz, bonjour les dégâts”.
      Pour revenir au nucléaire, on voit bien que c’est un domaine complexe mais pas inaccessible – c’est votre talent que de le rendre ainsi – qui mérite à tout le moins un vrai débat citoyen. Hélas, les médias traditionnels, aussi bien que les antinucléaires historiques et leurs avatars contemporains, sont engoncés dans des certitudes plus idéologiques que fondées sur la connaissance. Je pense par ailleurs que vous avez totalement raison : pour beaucoup d’entre eux, le nucléaire est la bonne nouvelle insupportable et inadmissible. Pas question d’admettre que l’on puisse trouver des solutions qui ne passent pas par une remise en cause de tout le système. La question climatique est l’occasion rêvée de réhabiliter la lutte des classes, l’économie planifiée et quelques autres cauchemars dont il semble qu’une bonne partie des nouvelles générations ignore les résultats désastreux aussi bien qu’elle n’a pas conscience des progrès inouïs de l’humanité depuis l’avènement du capitalisme. Ce marxisme d’enfant gâté semble fort heureusement limité à quelques sociétés nanties comme la nôtre. Je reviens de Pologne où je peux vous dire que l’on n’a pas oublié les leçons de l’histoire, ayant goûté coup sur coup à deux socialismes, national et soviétique. Fort de son succès économique depuis sa libération, ce pays assez décontracté vis-à-vis des diktats de l’UE a décidé de fixer son propre agenda quant à la décarbonisation progressive de sa production d’énergie (très liée au charbon abondant sur place). La semaine dernière, il a présenté son plan énergétique qui prévoit une sortie progressive du charbon en développant le solaire et l’éolien (offshore surtout) appuyés par le nucléaire. Ainsi, la construction de six centrales est planifiée d’ici 2040. La première devrait entrer en fonction en 2033.

      1. Cher Christian (Excusez cette familiarité, j’ai le même prénom) Contrairement à vos supputations je ne suis pas revendeur de Renault, mes sociétés sont mortes ou vendues depuis plus de 10 ans. Lorsque vous parlez « d’hystérie sciemment entretenue » je suppose qu’il s’agit de la mobilité ? Je précise alors, pour ne pas avoir été compris, que mon intention est de faire rêver les jeunes générations à des énergies moins dangereuses pour leur futur. Je constate que l’on parle beaucoup et qu’on agit peu et que l’exemple restera une motivation plus concrète que des bavardages sans fin.
        Même si Monsieur Dupont nous assure, avec des arguments convaincants, que tout est mis en œuvre pour une sécurité maximale, personne, non personne, ne peut garantir qu’une erreur humaine majeure (ou un acte de terrorisme) ne surviendra pas demain. La probabilité augmente, de voir cette « erreur » se produire, par la dilution du savoir-faire dans le nucléaire français (Voir Flamanville) par des crédits âprement négociés pour une maintenance absolue (voir la dette d’EDF) Les jeunes générations sont moins intéressées au nucléaire et plus préoccupées par leur avenir et la dégradation du climat, car enfin, que vous le vouliez ou non, le photovoltaïque, l’éolien, l’hydraulique sont moins dangereux que la fission nucléaire et que dans « la globalité du problème » les énergies de substitution font partie du débat.
        « Ce 11 mars 2019, 8 ans se sont écoulés depuis le début de la catastrophe de Fukushima. L’accident continue et Fukushima est encore en état d’urgence. La radioactivité n’est toujours pas confinée. » Comment pouvez-vous prétendre que Fukushima n’aura pas de funestes conséquences ???
        Nous avons en Suisse quelques décennies d’avance sur la Pologne, pour avoir eu le courage de nous affranchir de la fission.

        1. Cher Christian, je pense que vous aurez de la peine à faire rêver les jeunes générations en entretenant leur peur. (Elles sont déjà assez terrorisées comme ça). Tout l’intérêt de la longue discussion qui a eu lieu ici sur ce sujet est de montrer de manière éloquente qu’il y a des solutions qui peuvent se déployer sans pour autant, comme certains le souhaitent, que l’on revienne à l’âge de pierre. Si vous prenez la peine de considérer les chiffres factuels avancés par nombre d’intervenants dans les commentaires ci-dessus, vous voyez bien que le nucléaire est une solution, à améliorer certes (mais comme c’est le cas de toutes les innovations) et qui n’exclut pas les autres. Je suis désolé mais je préfère me tourner vers les solutions plutôt que de jouer à me faire peur avec des problèmes (très opportuns pour tout un mouvement de pensée actuel qui ne dit pas vraiment son nom). PS: lorsque je parle d’hystérie “sciemment entretenue”, c’est à propos de la question climatique (comme de la gestion de la crise sanitaire, d’ailleurs). Michael Schellenberger, désigné “héros de l’environnement” par le magazine Time a un point de vue intéressant sur cette question. A voir ici

          1. Les analyses de Michael Schellenberger sont très intéressantes. Voir aussi cet autre article dans lequel il explique que les défaillances des énergies renouvelables sont telles, que des écologistes notoires changent d’opinion sur le nucléaire et le soutiennent:
            https://www.forbes.com/sites/michaelshellenberger/2020/09/09/as-renewables-falter-environmentalists-stand-up-for-nuclear/
            (en vo anglaise, traduction à ce lien: https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2020/09/renouvelables-defaillants-des-ecologistes-virent-pro-nucleaire-m.-schellenberger-forbes-9-09-2020.docx )

            Michael Schellenberger n’est pas le seul à signaler des écologistes qui changent d’opinion sur le nucléaire. Voir Economie-Matin: http://www.economiematin.fr/news-ecologie-nucleaire-changement-idee-evolution-electricite-redacteur .

            Quand à RDEGUG qui s’indigne: ” Comment pouvez-vous prétendre que Fukushima n’aura pas de funestes conséquences ???”, voilà les analyses de spécialistes : http://www.unscear.org/docs/revV1407898_Factsheet_F_ENG.pdf
            et aussi
            https://www.afis.org/Consequences-sanitaires-de-l-accident-nucleaire-de-Fukushima

            Pour comparaison avec les autres sources d’énergie:
            https://www.afis.org/L-impact-sur-la-sante-des-differentes-sources-de-production-d-energie

  22. Merci pour cet article tres interressant qui sort du dogme mortifere anti-nucleaire. Malheureusement la France a arrete la centrale de Fessenheim, qui bien qu’ancienne fonctionnait tres bien. La France a deja rallume ses centrales au charbon bien plus tot que d’habitude…Heureusement, des pays plus pragmatiques comme la Pologne et les Pays-Bas comptent investir ds cette energie decarbonee: https://www.ouest-france.fr/europe/pologne/la-pologne-va-investir-dans-le-nucleaire-et-accelerer-la-fin-du-charbon-6965438
    https://fr.businessam.be/les-pays-bas-songent-a-construire-10-nouvelles-centrales-nucleaires-objectif-2025-pour-le-premier-coup-de-pelle/?fbclid=IwAR2UrBR9TBJyCcQ1ZR4ypH4p_1NpJQlNkCjO7vs2na0jtSMFA4tF4CAgRA0
    et meme des ecolos allemands anti-nucleaires historiques sont revenus a plus de raison: http://www.economiematin.fr/news-ecologie-nucleaire-changement-idee-evolution-electricite-redacteur

    1. Merci de ce commentaire enrichissant. Les Français et les Belges ont, semble-t-il, des médias capables d’aborder le sujet. Espérons qu’ils inspirent leurs homologues helvétiques.

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