Fox News : bon pour la tête

« Si vous êtes à court de papier toilette, il vous reste toujours le New York Times ». Comme nombre de ses collègues de la sphère médiatique américaine, Greg Gutfeld ne retient pas les coups. Entre Fox d’un côté et CNN, le New York Times, MSNBC de l’autre, la guerre fait rage et même l’union sacrée face à l’adversité qui prévaut généralement aux Etats-Unis lors de graves crises ne parvient pas à calmer le très délétère climat médiatique américain. Comment en est-on arrivé là ?

Bret Easton Ellis, l’auteur des best-sellers American Psycho et Less Than Zero tente une explication dans son dernier ouvrage White paru l’an dernier. « Au cours de l’été 2015, […] quelque chose d’étrange se produisait qui ne semblait pas normal : les médias traditionnels auxquels j’avais fait confiance pendant toute ma vie d’adulte, ces vénérables institutions comme le New York Times et CNN, ne suivaient pas ce qui me semblait être une réalité mouvante. L’écart entre ce que je voyais se passer sur le terrain – par le biais des médias sociaux, d’autres sites d’information et simplement de mes propres yeux et oreilles – et ce que ces médias rapportaient est devenu flagrant comme jamais auparavant. ». L’été 2015 a été marqué par le début de la campagne qui a abouti en novembre 2016 à l’élection de Donald Trump. Comme le reste de la gauche américaine, les médias qui la soutenaient n’ont jamais pu accepter leur défaite. Dès le premier jour, le vainqueur d’Hillary a suscité, chez eux, une haine profonde, violente, systématique et, surtout, obsessionnelle : le « Trump Derangement Syndrom » dont Bret Easton Ellis pourtant de gauche, gay et Californien, relevait les premiers signes en 2015 et qui a trouvé une sorte d’apogée lorsque Barbra Streisand s’est plainte de prendre du poids à cause de Trump. Un trouble obsessionnel aggravé et attisé, dans ces médias, par l’humiliation liée à la disruption engendrée par les fameux tweets du Président. By-passés par la communication directe, non-intermédiée par eux, c’en était fini de la vieille connivence presse-politique où chacun se tient par la barbichette.

 

Les chiens sont lâchés

Nous voilà, donc, en présence de deux camps plus opposés que jamais depuis la présidence Trump, très clivés gauche-droite selon les lignes de démarcation habituelles aux Etats-Unis : rôle du Gouvernement, de l’économie, liberté de marché, système de santé, etc. Sur la forme, les deux camps opèrent plus ou moins de la même manière. Ils lâchent les chiens en Prime Time (début de soirée).

Les studios de Fox sur la 6ème avenue à New York

Chez Fox, ce sont Tucker Carlson, Sean Hannity et Laura Ingraham. Chez CNN, Anderson Cooper, Chris Cuomo et Don Lemon. Ces éditorialistes pratiquent la surenchère dans la prise de position politique. Ils n’ont aucun souci d’objectivité. Au contraire, leur but est de rallier des opinions autour de leur idéologie : conservatrice ou libertarienne chez Fox, «liberal» (centre gauche) ou socialiste chez CNN et le New York Times. Dans chacun de ces réseaux, se trouvent aussi des journalistes, non éditorialistes, qui tentent avec un succès variable de ne pas faire valoir leur penchant dans la livraison de l’information. Fox a par exemple récemment organisé trois « Town Hall » dans le cadre de la campagne présidentielle américaine. L’excellent Bret Baier a remarquablement animé, en compagnie de sa collègue Martha Mc Callum, ces débats publics, l’un avec Donald Trump, les deux autres avec Bernie Sanders et Amy Klobuchar (candidats à l’investiture démocrate). Des débats menés sans complaisance particulière pour Trump, ni agressivité déplacée pour les deux autres. Enfin, sur le plan de la diversité et du politiquement correct, les deux camps sont très prudents avec une égale proportion de présentateurs blancs, noirs, marrons et… obèses. Le tout également en version féminine ou indéterminée bien sûr.

 

Sarcasme versus mépris

Sur le fond et au-delà de leur positionnement partisan (Fox proche des Républicains et CNN et al. proches des Démocrates) de profonds antagonismes se marquent. Fox s’adresse clairement aux patriotes américains. Elle flatte volontiers le sentiment de grandeur nationale qui leur est chère. Elle est proche des Américains de la classe moyenne, bien éduquée et peu fortunée, sur l’ensemble du territoire. Elle accorde beaucoup d’importance à l’économie, n’a pas encore renoncé au « rêve américain » et montre volontiers un certain optimisme quant à l’avenir du monde, parfois limité, il est vrai, à l’Amérique du Nord. Chez les éditorialistes, le ton dominant est plutôt au sarcasme et à l’ironie qui trouvent une cible parfaite avec la bien-pensance dans son spectre large (égalité, diversité, propreté, inclusivité, fiscalité, etc.) A l’inverse, CNN et al. s’adressent plutôt aux élites, aux intellectuels et aux privilégiés des villes côtières, y compris Hollywood, capitale mondiale de la gauche caviar.

Anderson Cooper, mannequin, journaliste et descendant de la riche famille Vanderbilt

Aux milieux dont sont issues leurs principales vedettes, en fait : Anderson Cooper est un ancien mannequin, issu de la famille Vanderbilt, l’une des plus grosses fortunes de l’histoire américaine… Chris Cuomo est le frère d’Andrew, gouverneur démocrate de l’Etat de New York et le fils de Mario ex-gouverneur du même état. Là où Fox fait vibrer la corde patriotique, CNN agite la bien-pensance. Championne de la supériorité morale dans laquelle la gauche se drape depuis l’ère Obama, elle détient la vérité et n’accepte donc pas volontiers la contradiction. Il n’est pas rare de voir un débat, jugeant des méfaits de Trump, bien sûr, composé uniquement de collaborateurs maison et d’un ancien membre de l’administration… Obama. Cherchez la contradiction ! La tentation de la censure n’est pas loin : un éditorialiste a réclamé récemment l’interdiction sur les réseaux de Babylon Bee, un site satirique qui prend volontiers CNN pour cible. Ici, le ton est plutôt à la haine indignée, la haine des Justes. Une haine méprisante légitimée par le combat pour la justice sociale. Quant à l’avenir vu par CNN, comment dire ? On a le choix au mieux entre l’effondrement (bien mérité) du capitalisme, l’incendie planétaire ou, ultime cauchemar, la réélection de Donald Trump.

 

La sanction du public

Chris Cuomo de CNN (à dr.), mis sur la touche par le virus et son frère, Andrew, Gouverneur de l’Etat de New York,

Les chiffres d’audience sont sans équivoque. Entre eux deux, CNN (1 million de téléspectateurs en février dernier) et MSNBC (1,7 million) n’atteignent que les deux tiers de l’audience de Fox News (3,5 millions). L’émission la plus suivie de cette dernière est celle de Sean Hannity, un fidèle supporter du Président. Chez CNN, c’est celle de Chris Cuomo, un fidèle contempteur du Président. Atteint du coronavirus, il a suspendu son show mais témoigne régulièrement de l’évolution de sa condition et soutient son frère dans la gestion de la crise à New York.

En dépit de ce léger déséquilibre, tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes médiatiques. Des médias forts et indépendants, très clivés mais équitablement répartis selon les sensibilités politiques, bénéficiant de toute la liberté d’expression garantie par le 1er amendement et sans distorsion de la concurrence venue d’un média d’Etat de service public financé par l’impôt (comme en Suisse et en Europe). Un monde parfait donc ? Aux Etats-Unis sans doute où les consommateurs d’information peuvent ainsi opérer librement leur choix. Pas du tout en revanche pour le reste du monde.

 

Distorsion à l’international

Lorsqu’il a créé CNN en 1980, le milliardaire géorgien Ted Turner a eu l’excellente idée d’insuffler à son tout nouveau réseau de nouvelles une dimension internationale. En quelques années, CNN International s’est imposée dans le monde entier. Peu d’hôtels aujourd’hui et de réseaux cablés à travers le monde ne proposent pas la chaîne d’Atlanta dans leur service. CNN est donc le canal à travers lequel les audiences non américaines s’informent, notamment au sujet des Etats-Unis. Plus liée à son public cible, Fox News ne se soucie pas beaucoup de l’étranger et laisse le champ libre à sa rivale. Résultat : l’opinion internationale est fortement influencée par le biais d’un canal qui reste un média d’opinion malgré ses tentatives répétées de se présenter comme un média obsédé par la seule vérité des faits.

 

La difficile mission des correspondants

Autre source de distorsion de l’information concernant les Etats-Unis : les correspondants. Depuis que le monde a rétréci, que l’information est accessible en direct et sans intermédiation, le métier de correspondants à l’étranger montre des signes d’extinction. A l’exception des médias de service public, qui se gèrent sans logique économique, peu d’organes de presse peuvent encore s’offrir les services d’un correspondant à l’étranger. Les Etats-Unis sont toutefois le dernier endroit dans le monde où l’on s’efforce d’en maintenir. Souvent dans des conditions difficiles : ils ne sont pas proches des cercles de décisions, sont rarement accrédités dans les événements décisifs, doivent parfois cumuler plusieurs jobs à la fois pour s’en sortir. Alors que font-ils ? Comme tout le monde : ils s’informent à travers les médias américains. Compte tenu de l’inclination commune dans la profession, on peut parier sans risque sur CNN, MSNBC et New York Times plutôt que Fox News, même si, comme on l’a vu, cette dernière semble plus représentative de la sensibilité profonde de la majorité des Américains. Pour preuve : ne sont pas rares ces soi-disant « plongées » au cœur de l’Amérique profonde où les correspondants se mettent en apnée pour se confronter aux « Trump Voters » et produire des reportages débordants de mépris condescendant à l’égard de ces « Red necks » (pauvres ploucs) qui n’ont pas encore découverts les vertus de l’avocat et de Greta.

Pour autant qu’elle ne soit pas reportée, ce qui paraît tout de même improbable, l’élection de novembre et la campagne qui la précède seront plus difficiles à appréhender pour ceux qui se contenteront de l’information déséquilibrée qui parvient en Europe. Multiplier les sources en ajoutant notamment Fox News (une application est disponible) à un univers pas assez riche et contradictoire est certainement recommandable et bon pour la tête.

Christian Jacot-Descombes

Christian Jacot-Descombes

Christian Jacot-Descombes a exercé successivement les métiers de chauffeur de taxi, neuropsychologue, animateur et journaliste de radio, journaliste de presse écrite et responsable de la communication d’une grande entreprise. Il voyage beaucoup parce qu’il pense que ça ouvre l’esprit et aussi parce que ses différentes expériences professionnelles lui ont démontré qu’il vaut toujours mieux voir par soi-même.

22 réponses à “Fox News : bon pour la tête

  1. Cet article pourrait porter la signature de la direction de Fox News. Conclure que Hannity, Carlson et Ingraham sont bons “pour la tête” est franchement triste. Les critiques envers les media “de gauche” sont assez justifiées, mais M Jacot-Descombes est extraordinairement généreux avec Fox, dont la loyauté aveugle et presque inconditionnelle par rapport au leader actuel de la Maison Blanche est bien connue. Quant aux chiffres d’audience, ils semblent sortis d’un article (pas très clair à mon avis) de Fox News du 25.02.2020 concernant les premières semaines de 2020. Selon Nielsen (voir le lien ci-dessus), en 2019 MSNBC et CNN ensemble ont eu une audience de 2.8 millions, tandis que Fox en avait que 2.5 millions. Même avec 3.5 millions d’audience, il n’est pas possible de conclure que Fox News est “plus représentative de la sensibilité profonde de la majorité des Américains”. Pour arriver à un tel jugement, il faudrait prendre l’ensemble des moyens de communication, y compris l’internet et la presse écrite. La conclusion probable serait que la majorité des Américains simplement ne regardent les “news”.

    https://deadline.com/2019/12/cable-ratings-2019-list-fox-news-total-viewers-espn-18-49-demo-1202817561/

    1. Ce qui est bon pour la tête est l’équilibre entre les opinions exprimées afin de pouvoir s’en faire une qui repose sur une appréhension aussi complète que possible de la réalité. Pour cette raison, il est important d’avoir un contrepoids aux médias (de gauche, comme vous dites) qui s’affichent comme les uniques détenteurs de la juste vérité. Et, soit dit en passant, Cooper, Cuomo et Lemon (surtout) ne sont pas moins attristants que leurs homologues de Fox. Vous avez raison, une partie importante des Américains ne regardent pas les “news” mais ceux qui les regardent constituent un échantillon statistique qui nous informe de manière assez crédible au sujet des sensibilités politiques. Or, quelles que soient les sources, Fox News est toujours en tête des audiences…

  2. Vous défendez ceux qui défendent un président qui suggère que le coronavirus est une plaisanterie du parti adverse pour le décrédibiliser et qui soutiennent des théories telles que le parti adverse est une secte pédophile et cannibale….

    La perte de repères, d’idéologies un peu construites et la perte totale de la notion de vérité permettent absolument tout, même le type de réflexion que vous nous proposez.
    Le président actuel en est le premier bénéficiaire et utilisateur, par sa grossièreté, son total mépris, sa compréhension limitée, sa propension à propager des théories complotistes absurdes, et surtout sa capacité à mentir comme un arracheur de dents. Qu’il le fasse au travers de messages directement adressé “au peuple” n’y change rien, sauf que ça rajoute une belle couche de démagogie.

    Il pourrait aussi bien passer par le NYT qui diffuse autant des avis de gauche que de droite. Mais il passe par FOX, media ultra orthodoxe créé dans la foulée de la chute de Nixon avec le seul but de défendre les “valeurs républicaines” les plus conservatrices. FOX est un ramassis de gens très moyens, sans aucune honnêteté intellectuelle (à de rares moments d’exception). Des gens qui suivent béatement le grand leader, et affirment sans vergogne aujourd’hui l’inverse de ce qu’ils avaient dit hier. Ils flattent, créent du suspens avec des théories complotistes et en retirent de l’audience. On est pas dans l’information, on est dans le grand guignol.

    Je ne suggèrerais pas comme vous que cette plus grande audience a peut être raison, mais que le niveau d’éducation moyen de ce pays est incroyablement misérable et que c’est un danger pour la démocratie.

    Comme il est impossible de répondre à l’absurde par des arguments construits, par une recherche de vérité, pas étonnant que ça dégénère. Surtout au vu des efforts des “nouvelles élites” pour faire passer les vérités scientifiques qui ne vont pas dans le sens du grand timonier pour des complots d’un état profond qui ne veut que du mal au bon ouvrier américain. Se référer à la vérité est d’autant plus difficile qu’au plan politique la vérité n’existe pas. Il s’agit tout au plus de visions, et surtout d’un simple consensus qui permet le vivre ensemble. Un vivre ensemble que ce type a parfaitement su fait exploser (il faut lui reconnaitre cette intelligence, si s’en est une), visant à terme les pleins pouvoirs et n’accordant ses faveurs qu’à ses valets, et à FOX.

    Ça s’appelle tout simplement du fascisme. Et par votre dialectique douteuse, ni pour ni contre bien au contraire, considérons une vision alternative, vous apportez de la confusion et de l’eau à ce triste moulin.

    J’attends avec impatience votre prochain article sur les apports de V Orban à la démocratie?

  3. “Elle accorde beaucoup d’importance à l’économie”

    “Elle accorde beaucoup d’importance à une certaine conception de l’économie” serait plus exact.

  4. Comme cela a été déjà relevé par les commentateurs précédents, le vrai problème de Fox est sa proximité avec un président qui profère des contre-vérités et des mensonges, au rythme de plusieurs par jour. La création d’un monde alternatif est possible grâce à Twitter et Fox. L’irruption de la pandémie provoque une confrontation avec la réalité, qui rend les mensonges bien plus difficiles à faire passer.
    Donald Trump a longtemps vécudans une sorte de boucle de feed-back avec certains animateurs de Fox news, dont Sean Hannity.
    Hannity passe des week-ends à Mar à Lago avec le président et la similitude de leurs points de vue est frappante.
    De plus, le président Trump a appelé plusieurs fois téléphoniquement l’émission “Foy and Friends” et est intervenu en live, pour promouvoir ses idées. Dans ce contexte, il est sûr de ne pas être confronté à des points de vue opposés et ” bons pour la tête”.
    On a vu Donald Trump reculer sur certains engagements ( en particulier sur le contrôle de la vente des armes) juste après avoir été violemment critiqué sur Fox.
    Imaginez des scénarios similaires dans un pays européen ! On ne l’accepterait pas. Alors pourquoi s’en accommoder pour les USA ?
    Même s’il existe de bons journalistes sur Fox, c’est la relation un peu symbiotique avec les animateurs d’opinion les plus radicaux qui pose problème.
    Beaucoup d’Américains vivent dans une sorte de bulle, ils prennent leurs informations seulement sur Fox, ou seulement sur CNN ou seulement sur les réseaux sociaux, en choisissant bien de ne pas être dérangés dans leurs certitudes.
    On peut présenter la réalité de façon incomplète, pour se réconforter dans ses idées et choisir de ne prendre connaissance que de ce qui nous arrange.
    Mais est-ce la meilleure façon d’appréhender la réalité dans toute sa complexité ?

    1. Ce n’est pas le “privilège” exclusif des Américains que de vivre dans une bulle cognitive à l’âge des réseaux sociaux et du déclin des médias. Le phénomène est universel. La différence est que les Américains ont le CHOIX entre différentes options. Ce n’est pas le cas pour ceux qui, hors des Etats-Unis, n’ont accès qu’à des informations biaisées, filtrées par CNN qui est un média d’opinion et les correspondants. C’est mon point. Le seul dont il est question ici.

      1. Merci pour cette réponse, qui me permet d’un peu mieux comprendre “the point”.
        Si Fox était largement diffusé en Europe, vous auriez l’impression que la liberté d’expression serait mieux servie.
        Il faudrait demander à Fox, si ça les intéresse et surtout, s’ils ont été empêchés de s’implanter au niveau mondial.
        Comment faites-vous pour les suivre, en attendant ?

        “Les faits alternatifs” restent un problème. Que faire des contre-vérités, dont le long chapelet a commencé avec le nombre de personnes ayant assisté à la cérémonie inaugurale du président Trump ?
        Je continue à avoir un problème avec la proximité du pouvoir ( D.Trump) avec certains journalistes, tel Sean Hannity. Donald Trump refuse d’aller sur CNN, il fustige les journalistes de cette chaîne pendant ses conférences de presse et Stephanie Grisham, ex-secrétaire de presse, n’a jamais fait de briefings, mais est régulièrement apparue sur Fox. Je trouve difficile de voir dans ces faits un combat pour la liberté des médias de la part du pouvoir en place et de Fox News.

        J’ai compris que vous pensez que CNN est avant tout dans l’opinion ( davantage que Fox ?) et que la chaîne n’informe pas. Qu’elle ne donne pas voix au chapitre à des voix discordantes. Est-ce que vous suivez réellement les émissions ?
        J’ai découvert plein de membres du gouvernement Trump sur CNN ( p.ex. chez Jake Tapper, dimanche matin 9h heure côte est). Les élus républicains s’y expriment quotidiennement. Certes, on les contredit, mais n’est-ce pas de bonne guerre ?
        Ces élus, membres du gouvernement et D. Trump me permettent de me forger une opinion sur leur programme, leur argumentation et leurs priorités, puisque je les vois et entends tels qu’en eux-mêmes. Sans explications et commentaires. D’autant plus que D. Trump tweete beaucoup.
        Il ne serait pas correct de dire que les Républicains sont privés de tribune mondiale sans le soutien de Fox News..
        Fox s’est battu contre le gouvernement Obama pendant de longues années, sans états d’âme. Cette forte polarisation semble devoir faire partie du jeu aux USA.

        Que faire, en tant qu’Européen ? Se passionner pour ces oppositions dans d’autres pays, y passer du temps et de l’énergie ? Pourquoi pas !
        Avec internet, on a accès à tout ! Ecouter Rush Limbaugh ou Alex Jones ? Voilà la liberté d’expression à 360 °. On est libre de s’y adonner, mais est-ce vraiment si bon que ça pour le cœur, la santé mentale, la pression sanguine ?

        1. Merci de votre conversation ouverte et intelligente.
          Si FOX était diffusée en Europe et en Suisse, les gens pourraient se former une opinion qui n’est pas basée que sur la version biaisée délivrée par CNN et les correspondants. On voit bien, sur ce blog, dans les réactions agressives à cette idée qu’aucune alternative n’est offerte ici, ce qui se traduit par une certitude idéologique (donc aveugle), un certain confort intellectuel et, surtout un anti-américanisme plus ou moins raciste qui est cultivé depuis des décennies dans les rangs de l’élite auto-proclamée locale.
          Comme je le dis dans l’article, il y des deux côtés des journalistes qui font honnêtement leur travail. Chris Wallace en est un exemple sur FOX. Il y en a chez CNN et au NYT. Ces derniers informent également mais ils sont devenus des médias d’opinion comme FOX (comme le note Bret Easton Ellis) et il convient d’en être conscient. Je suis les news de manière quasi continue sur l’application de FOX (gratuite dans les stores et accessible sans VPN). Exceptés les cadors du Prime Time, la couverture de l’info inclut des critiques de Trump, des invités démocrates et des débats contradictoires. Je ne sais pas s’il faut se passionner pour ces combats d’idées au pays de la liberté, mais c’est toujours moins déprimant que le triste déclin des idées en Europe.

          PS: heureuse alternative à Rush Limbaugh: Dan Rae sur WBZ-Boston (accessible sur l’application I-Heart Radio) mène un agréable talk-show tous les soirs (8pm-12am EST) qui offre une image assez fidèle des préoccupations des Américains. Et en plus, il y a l’accent de Boston 😉

          1. Je prends note des astuces pour écouter les autres sons de cloche.
            Mais ne vous promets pas d’y passer du temps …
            C’est évident que les préoccupations des Américains ne sont pas d’abord d’ordre du débat partisan. Leurs conditions de vie sont forcément leur priorité. De plus, ils font preuve cette forte sensibilité religieuse ( et partant conservatrice) qui m’étonne toujours.
            En restant au niveau des préoccupations quotidiennes et en tablant sur le conservatisme on risque de rester la tête dans le guidon et de ne pas se rendre compte qu’il pourrait y avoir d’autres solutions, d’autres approches de la réalité. Et la bulle médiatique y contribue.

            Pensez-vous qu’il se trouve un public, aux Etats-Unis, pour s’intéresser à nos débats
            européens et certaines de nos solutions ? Par exemple pour essayer de comprendre comment on s’organise pour avoir moins de pauvreté ? Pour que la mortalité infantile ne soit pas au niveau de certains états américains ? Pour que le système de instruction publique soit moins défaillant et l’accès aux universités moins coûteux ?

            Attention : je ne dis pas qu’en Europe, tout va pour le mieux ! Ni dans le domaine médiatique, ni de l’organisation des sociétés.
            Et je me trompe peut-être en ce qui concerne la situation des Américains, en particulier en matière de santé, formation et niveau de vie. Peut-être n’ai-je pas les bonnes informations !

          2. Très peu d’intérêt pour l’Europe. Il y a toutefois un nombre non négligeable de citoyens à qui l’on vend une vision un peu rétrécie de l’Europe, ce sont les électeurs de Bernie Sanders qui ne jure que par le Danemark et la Suède (un peu pour faire oublier tout le bien qu’il pense de Cuba et du Venezuela). Et son discours fonctionne. D’abord parce que c’est un type honnête et authentique (ce qui suffit à le rendre unique dans le paysage actuel) et ensuite parce qu’il trouve un écho chez les millenials américains dont, comment dire, la connaissance est un brin lacunaire: deux tiers d’entre eux ne savent pas à quoi le mot Auschwitz fait référence… (réf. Washington Post). Alors, autant dire que la centaine de millions de morts du socialisme, soviétique et chinois, ils ignorent…
            Cela dit, concernant la pauvreté, la mortalité infantile, l’accès à l’éducation, etc je vous invite à jeter un oeil, si vous avez le temps, au très bon “Enlightenment Now” de Steven Pinker, vous verrez que contrairement à ce que les médias prétendent, l’humanité n’a jamais fait autant de progrès dans ces domaines qu’à notre période, y compris aux Etats-Unis.
            A mon avis, les Etats-Unis et l’Europe devraient s’inspirer du génie de l’Asie-Pacifique (Corée du Sud, Taïwan, Japon, Australie, etc.) qui ont déjà quelques longueurs d’avance avec des systèmes démocratiques, des économies florissantes et une jeunesse ambitieuse. Les Etats-Unis sont déjà bien engagés: leur population d’origine asiatique est nombreuse, brillante, travailleuse et très bien intégrée, tellement que des quotas limitent leur accès aux universités (afin de laisser une chance aux autres)…

  5. Ce qui est surprenant, c’est effectivement la proximité de FOX, un média soutenant les valeurs républicaine conservatrice, avec Donald Trump qui, rappelons-le, est un OVNI même au sein du parti républicain. FOX, comme d’ailleurs la grande majorité des députés et sénateurs républicain, ont été extrêmement rapides à jeter aux oubliettes les doctrines historiques du Grand Old Party. La rigueur budgétaire ? Oubliée ! Qui se souvient encore du Tea Party?

    J’entends le propos de l’auteur de ce blog. Sur le principe, je suis d’accord car personne n’est à l’abri de la facilité intellectuelle d’ignorer toutes les informations qui ne correspondent pas à notre opinion, ce qui est d’ailleurs un biais humain en général. Cela dit, j’ai quand même de la peine à prendre FOX, ou Donal Trump, au sérieux tant ils paraissent extrêmes et ridicule.

    Le vrai problème aux USA c’est la polarisation extrême de la politique. L’objectif d’un média comme FOX n’est plus de fournir une information – orientée mais factuellement pas trop fausse – à destination de l’entier de la société Américaine mais bien plus de cultiver le terreau républicain aux opinions conservatrice préexistantes. En d’autres termes, l’objectifs n’est plus de convaincre 100% des américains mais seulement les 50.1% (voir moins comme on le sait) nécessaire à être élu. Peu importe, dès lors, que l’on raconte n’importe quoi !
    Le même principe s’applique évidemment à l’autre face de la démocratie américaine: le parti démocrate.

    A l’époque des réseaux sociaux, je ne vois pas vraiment comment cela pourrait changer en bien.

    1. “Le même principe s’applique évidemment à l’autre face de la démocratie américaine: le parti démocrate”… et aux médias (CNN, NYT et al.) qui le soutiennent en dérogeant de manière tout aussi “extrême et ridicule” aux grands principes de la profession.
      Mon espoir est que tous puissent être entendus et que tous, médias traditionnels et réseaux sociaux, fassent l’objet d’une saine et constructive méfiance.

      1. Tout les médias méritent-ils d’être entendu? N’est-il pas naif et dangereux de considerer que tous doivent “faire l’objet d’une saine et constructive méfiance”?

        On peux discuter de FOX qui reste quand même relativement mainstream (en comparaison américaine!). Mais que penser, par exemple, de Alex Jones et de son site de “news” Infowars? (www.infowars.com). Ou de ses pendants à l’extrême gauche (que je ne connais pas mais qui existe certainement).

        Où se situe la limite entre information dérangeante mais “bonne pour la tête” et pure manipulation idéologique et/ou commerciale dangereuse pour la démocratie?

        1. Ce n’est pas une question de mérite ! C’est une question de liberté d’abord puis de responsabilité individuelle. Mais on peut préférer les modèles chinois ou de l’URSS qui ont une approche assez élaborée de la manipulation idéologique. Mais je vous concède que le goût la censure revient très fort en ce moment et que le premier amendement est réellement en danger.

  6. Tout cela est d’une stupidité sans borne et les justifications sous prétexte de “liberté d’expression” commencent à trouver leur limite.

    Les médias sont à la dérive et vous arrivez encore à justifier leur existence; c’est du délire. Je suis de ceux qui pensent qu’il faut fixer des limites car les informations sont aussi mortelles que des fusils, des médicaments, etc. Mal utilisées, elle sont le berceau des dérives sociétales et des extrêmes.

    Avec vous, un nouveau Hitler aurait toute sa place dans les médias. Il aurait le droit de dire ce qu’il veut, faire les parallèles qu’il veut et véhiculer toutes les théories plus débiles les unes que les autres. En face, les médias qui amplifieraient ces discours auraient le droit de le faire… il faudrait même qu’il le fasse car la liberté d’expression est sacrée et celle d’informer encore plus.

    Au panthéon de la liberté d’expression, vous auriez la médaille d’or mais sur le plan du progrès de l’humanité à vivre ensemble, votre contribution sera digne de celle de M. Kalachnikov.

  7. Vous écrivez : “Multiplier les sources en ajoutant notamment Fox News (une application est disponible) à un univers pas assez riche et contradictoire est certainement recommandable et bon pour la tête”. Cher confrère, je sais que vous ne renoncez jamais à une petite provocation. Mais, là, franchement, vous poussez un peu loin le bouchon ! Fox News, bon pour la tête ? Les prises de position de Trump sur le virus, sur le contrôle des armes, sur l’OMS, dûment relayées par votre TV favorite, bonnes pour la tête ? Je vous suggère d’ajouter à vos sources Sputnik, pour avoir une large palette d’opinions. Je crains que l’air d’Hawaii ne vous ait monté à la tête ! Bien à vous.

    1. Je ne suis ni fan de Fox, ni de Donald Trump mais je suis toujours à la recherche désespérée d’informations qui ne soient pas honteusement biaisées dans les médias traditionnels en Suisse et là où vous semblez passer votre retraite. Les News de Fox le sont aussi mais dans le sens inverse de vos médias favoris dont vous faites semblant de croire à la probité. Je dis « faites semblant », car vous savez comme moi que le travail des médias d’ici au sujet des Etats-Unis est juste lamentable, la SSR en tête. Leurs correspondants aux USA sont des petits calibres qui ne sont accrédités nulle part et nous rabâchent, comme de vraies informations, ce qu’ils grapillent dans leur média favori : CNN, NYT, MSNBC qui sont des médias d’opinion. Ma conviction est qu’avec la vision de Fox qui est aussi un média d’opinion, celui qui cherche à se faire un avis a au moins des points de vue différents et il est ensuite assez grand pour se faire son opinion sans qu’un journaliste lui indiquent la « pensée juste ». Vous pensez qu’il faut éduquer l’auditeur ou le spectateur et que si on critique la Pravda, c’est parce qu’on est « fana » de l’ennemi. Pas moi, désolé.
      Petites questions au passage :
      Quand avez-vous suivi une émission de Fox pour la dernière fois ?
      Où prenez-vous vos infos sur les positions de Trump ? A la SSR ? dans la TDG ? Dans Libé, le journal des septuagénaires toujours rebelles ?
      Comment formez-vous votre jugement sur le rôle de l’OMS ? avec leurs communiqués docilement relayés par les médias locaux ?
      En fonction de vos réponses, on ne peut pas exclure qu’un petit séjour à Hawaii vous soit profitable, cher Marc… 😉

  8. Bonjour,

    J’ai éprouvé le besoin d’écrire un mot pour tenter d’équilibrer les commentaires sur cet article, pourtant modéré. Sauf erreur de ma part, je n’ai lu que des commentaires sceptiques dans le meilleur des cas, et désobligeants et acerbes dans le pire …j’en déduis que votre analyse, Monsieur Jacot-Descombes est la bonne : en Europe et en France en particulier, l’information sur les Etats-Unis est uniquement relayée par CNN, NYT, MSNBC, etc… Quand on cherche une information objective sur ce qui se passe aux Etats-Unis, il est quasiment impossible de trouver, dans la presse française, de Libération au Figaro, et même dans la presse la plus basique ou futile (20minutes, Marie-Claire, Voici…), un article où Donald Trump n’est traité ni de crétin, ni de menteur, ni de dangereux raciste misogyne, quand ce ne sont pas des attaques sur son physique.
    Entre ceux qui, pour le discréditer, ricanent, reprennent ses propos en les déformant et ceux qui poussent hypocritement des cris d’orfraie sur sa dangerosité, le mépris et le dénigrement sont devenus le seul moyen d’expression des journalistes.
    Impossible de trouver une information, une critique constructive et étayée sur ce qu’il fait aux Etats-Unis.
    Plus subtils mais pas moins malveillants sont ceux qui lui reconnaissent du bout des lèvres des résultats dans certains domaines (parce qu’il est impossible de nier les évidences) mais annulent immédiatement cette bonne impression par une petite “saloperie” bien sentie du style “il ne fait que poursuivre ce qu’a fait Obama” ou “le nombre d’emplois a augmenté mais les inégalités se sont creusées, la pauvreté augmente ” .
    Malheureusement, beaucoup de “quidams” de base s’abreuvent de toutes ces méchancetés gratuites sans sourciller, sans trouver cela injuste et partisan. Pire, ils “en remettent une couche”, excusez-moi pour l’expression, en ricanant à leur tour ou en prenant un air atterré devant “tant de stupidité” ! Incroyable le nombre de personnes qui se croient autorisées à juger de l’intelligence ou de la stupidité des autres. J’en fais autant mais sans prendre mon opinion pour une vérité première…enfin j’espère.
    Comme je déteste aboyer avec la meute et que j’éprouve une sympathie naturelle pour ceux qui se font lyncher, j’en suis arrivée à regarder FoxNews pour avoir un autre son de cloche mais je ne comprends pas bien l’anglais, c’est compliqué.
    Donc, je comprends tout à fait l’objet de votre article et je partage votre avis.
    Bien cordialement,

    1. Bonjour,
      Merci de votre message. Le mépris, la désobligeance font partie du problème car il est très difficile de faire comprendre et admettre qu’on fait l’objet de désinformation. Vous voyez les réactions: vous parlez de Fox, on vous répond Trump. C’est tout à fait compréhensible – vu l’intensité de la désinformation quant aux USA ici en Europe – de la part de braves quidams qui sont allés à l’école aussi longtemps que Greta, qui s’estiment de bonne foi et font souvent partie d’une génération à qui l’on a expliqué que l’indignation est une vertu cardinale. Ca l’est moins de la part des professionnels de l’information qui sont supposés… informer. Mais depuis qu’ils ont cessé de chercher à distinguer le vrai du faux au profit de la promotion du bien (égalité, fiscalité, santé) contre le mal (l’économie, le profit, l’individu), on est obligé de trouver d’autres sources et de croiser les informations. D’où l’utilité de Fox dans nos contrées désertées par l’honnêteté intellectuelle lorsque l’on parle des USA. J’ai tenté d’étayer quelques hypothèses quant au déclin des médias dans l’article de ce blog au sujet de l’Australie et des incendies du dernier été (austral). Je vous conseille aussi vivement Les marchands de nouvelles, essai sur les pulsions totalitaires des médias: le décryptage accablant de la langue des médias par Ingrid Riocreux, une brillante jeune intellectuelle parisienne. J’ajoute enfin, à propos du Président Trump (je fais exprès d’écrire “Président” car ça suffit à enrager la meute) qu’aux Etats-Unis les gens qui le soutiennent ne sont pas des abruits d’extrême-droite comme essaient de nous le faire croire les médias. Ce sont en très grande majorité des gens qui aiment leur pays, qui sont attachés à la liberté, qui ont compris qu’il vaut mieux avoir une économie performante – et les jobs qui vont avec – plutôt que les discours politiquement corrects de l’establishment de Washington – et les privilèges qu’il se réserve – débouchant sur une économie végétative. Il suffit de passer quelques temps là-bas pour s’en rendre compte (en évitant de se limiter à CNN, NYT et MSNBC :)).
      Bien cordialement et merci encore de vos lignes qui montrent qu’il y a encore un peu d’espoir pour la raison

      1. Je vous remercie d’avoir pris le temps de me répondre.
        Oui, j’ai déjà lu des articles d’Ingrid Riocreux, très intéressants. J’ai découvert votre blog aujourd’hui mais vais lire les autres articles, notamment ceux que vous me conseillez, car j’aime votre style modéré et vous m’apportez beaucoup d’informations.
        Je précise que je fais partie des “quidams” de base 😉

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