Une grande radio pas de gauche. Enfin !  

Il faut bien l’avouer : le départ de Nicolas Canteloup m’a fait douter. Que toute une série de légendes quittent la station après des décennies de fidélité n’est pas une catastrophe, mais la disparition du numéro quotidien de l’imitateur sur le coup de 8h45, c’est autre chose. Europe 1 se relèvera-t-elle de l’absence de ses versions hilarantes d’Anne Hidalgo, niaise et nasillarde ou de Macron, malin et prétentieux (deux de ses personnages les mieux réussis) m’angoissais-je en auditeur fidèle de la station qui, il y a longtemps déjà, enchantait mon adolescence ?

Eh bien oui.

Rapide rembobinage : depuis près de dix ans, l’audience de la plus fameuse des premières stations libres de France connaît une forte chute d’audience : près de la moitié de son auditoire évaporée depuis 2010. De nombreux remaniements de grille n’y changent rien jusqu’à l’été dernier où, à la faveur d’une OPA de Vivendi – le groupe de Vincent Bolloré – sur Lagardère, propriétaire d’Europe 1 et de nombreux médias, le grand ménage est lancé. Exit les vieilles gloires, dont Laurent Cabrol et Julie (près d’un siècle de fidélité à la station à eux deux !) et place à la relève. Un risque car l’on sait bien que l’auditeur ne déteste rien tant que le changement de ses habitudes.

 

La grande peur du camp du Bien

Or, ce ne sont pas les auditeurs qui ont protesté. C’est une partie de la rédaction et les autres médias. Une grève de six jours, inédite à Europe 1, a permis aux plus vieux cadors, tels Patrick Cohen soutenu par Anne Sinclair, de dire leur indignation et leur peur de voir disparaître la fameuse neutralité et l’indépendance journalistique qui les animent. Les mêmes valeurs qui, en même temps, ne les poussaient pas à s’offusquer de la propagande écolo-politique quotidienne que la brave Fanny Agostini distillait jusque-là sous un vernis de « conseils pour la planète ».

Sonia Mabrouk, une digne successeuse de Jean-Pierre Elkabbach, munie de redoutables punchlines

La bien-pensance outrée a atteint son paroxysme avec Libération, toujours prompt à donner le ton dans le camp du Bien, qui s’en est pris à Sonia Mabrouk, l’excellentissime journaliste d’origine tunisienne remarquable meneuse de débats sur Europe et CNews. « Directrice de la réaction », « égérie de la droitosphère », «brushing à la Fox News » : les termes employés, largement en dessous de la ceinture, ne témoignent, dans le fond, de rien d’autre que la grande peur de l’élite de gauche, qui archidomine le paysage médiatique, de perdre du terrain au profit de journalistes qui auraient l’outrecuidance de ne pas penser juste. Car, oui, il en existe. En France à tout le moins.
On les trouve notamment sur CNews, où officiait Eric Zemmour jusqu’il y a peu et qui appartient à… Vincent Bolloré. D’où la grande peur chez les Justes. Et pour une fois, leurs craintes n’étaient pas vaines. C’est bien un sérieux rapprochement qui s’est opéré entre la radio et la chaîne d’info continue. Un rapprochement qui fait sens du point de vue de la ligne éditoriale autant qu’économique. Les uns et les autres officiant en synergie, certaines émissions étant même diffusées simultanément en TV et en radio, donnant ainsi raison au grand homme de radio José Arthur qui ne manquait jamais de rappeler que la supériorité de la radio sur la TV tient au fait que la première peut se passer d’images.

 

La politique et la cuisine

La nouvelle grille d’Europe 1 applique une recette originale qui a tout pour plaire au public français. Elle repose sur deux ingrédients majeurs : la politique et la bouffe. L’info est renforcée dans ses créneaux traditionnels, notamment dans la matinale et l’espace laissé libre par Canteloup sous un angle ultra politique centré sur le débat et les tribunes. Quant à la cuisine, elle s’invite à toute heure grâce aux talents de deux remarquables connaisseurs.

 

 

Deux femmes et un Ukrainien aux avant-postes de l’info

Aux commandes des grands rendez-vous de l’info en synergie avec CNews : Sonia Mabrouk et Laurence Ferrari. La première reste la digne héritière de son mentor Jean-Pierre Elkabbach (qui revient à l’antenne sur la chaîne de ses débuts). Il ne fait toujours pas bon passer dans son viseur si l’on transige avec quelques solides valeurs républicaines qui lui sont chères. La pauvre Sandrine Rousseau, candidate présidentielle éco-féministe évoluant en stabulation libre dans l’univers autistique de la cancel culture, en a récemment fait les frais. Tout comme la ministre du budget, Agnès Pannier-Runacher, accueillie par un impératif « joyeux Noël !», introduisant la discussion sur les « cadeaux » du prochain budget au nom de la relance. Il faut encore noter que Sonia Mabrouk a déniché, pour l’accompagner dans les débats une véritable pépite en la personne de Mathieu Bock-Côté, un esprit agile et un regard frais venu du Québec, qui délivre un véritable scoop : non, les sociologues ne sont pas fatalement tous de gauche.

Dimitri Pavlenko pointe les vrais sujets, sans tabous : immigration, insécurité, laïcité…

Non dénué de talent et d’intelligence non plus, Dimitri Pavlenko a pris les rênes de la matinale. Vif et cultivé, il maîtrise les débats et les entretiens avec une aisance qui n’a rien à voir avec la décontraction autosatisfaite de son prédécesseur Matthieu Belliard. En période de brusque lancement de la campagne présidentielle, Pavlenklo et ses camarades pointent les vrais sujets, sans tabous : immigration, insécurité, laïcité, nucléaire, etc. et se montrent très réactifs : ils sont les premiers à recevoir Bertrand Piccard à la sortie de son livre proposant de remettre un peu de raison dans le débat environnemental.

Une info renforcée et nerveuse où il est vrai que le débat a remplacé, en grande partie, le travail d’investigation si cher à la profession et ses traditions. Mais, dans le fond, qui demande de l’investigation ? On voit bien que les grandes enquêtes, Panama Papers, Paradise Papers ou encore Pandora Papers ont, en dehors du microcosme, à chaque fois moins d’impact. A quand les Panini Papers ?

 

Un Belge aux fourneaux

Côté cuisine justement : deux stars. Laurent Mariotte sait comme personne exploiter la convivialité de la cuisine pour que, sous la torture d’une Cancoillotte bien crémeuse, ses invités se mettent à table. Et ça marche : ils se dévoilent sous un jour neuf. Entendre Amélie Nothomb dire sa passion du champagne est… enivrant.
Olivier Poels, lui, est belge d’origine mais français d’estomac. Il pratique une sorte de guérilla urbaine culinaire au niveau de la chaîne. Il intervient à tout moment avec des rubriques gourmandes autant qu’érudites dans nombreuses émissions au fil de la journée. Toujours prêt à dégainer la recette du poulet à l’estragon ou du mi-cuit au wasabi.

 

Un Suisse à la barre de l’humour

Le 26 septembre 1985, Coluche lançait un appel à la solidarité sur Europe 1 et fondait les Restos du Cœur.

Faire dans l’humour à Europe 1, n’est pas chose facile. C’est un segment prestigieux de l’ADN de la chaîne dont un des studios porte le nom de Coluche, ce type qui anima quelques émissions culte de la station à la fin des années 70 comme « On n’est pas là pour se faire engueuler ». Une liberté de ton, de vocabulaire et un maniement du second degré (dont le 21ème siècle a été amputé pour cause d’obésité morale) qui lui vaudrait au minimum la prison aujourd’hui pour autant qu’il ait eu la chance d’échapper à la décapitation.

Canteloup et Anne Roumanoff évacués, le lourd héritage du rire repose désormais à Europe 1 sur les épaules d’un grand gaillard répondant au nom de Matthieu Noël. Il répète à satiété qu’il est le Suisse de la bande. Effet de manche. Pas plus suisse que le Pape n’est italien, il est né à Genève au hasard d’une mission de ses parents traducteurs à l’ONU. En témoigne son incapacité à prononcer correctement le nom d’un lieu suisse en dehors de sa ville natale, comme lorsqu’il se vante faussement d’avoir échangé des balles avec Federer à Ecublansse.

Matthieu Noël, un esprit vif et agile. Il fait oublier Canteloup. C’est tout dire.

Il intervient dans la matinale où il plaide avec autant de talent que de mauvaise foi les causes les plus impossibles et l’après-midi dans « Historiquement vôtre » où il joue admirablement le faux faire-valoir de Stéphane Berne. En compagnie d’Olivier Poels, David Castello-Lopes (beaucoup plus drôle ici qu’à la RTS) et Clémentine Portier-Kaltenbach (une intelligence supérieure comme les familles françaises protestantes savent en accoucher), les deux s’entendent à merveille et produisent deux heures de pur bonheur radiophonique en racontant « l’histoire sans se la raconter ». Matthieu Noël est une perle rare, un esprit vif qui a fait du détournement des propos hors antenne de ses collègues une marque de fabrique. Il fait oublier Canteloup. C’est tout dire.

 

Emerger du vacarme

Le pari d’Europe 1, version Bolloré et abhorrée de l’élite du métier qui y voit bien sûr une dérive populiste, comme à chaque fois qu’elle voit son écrasante domination « progressiste » contestée, réussira-t-il ? Les résultats d’audience de la nouvelle grille ne sont pas encore publics. En revanche, ceux de la grille d’été, après le départ des anciennes gloires, sont prometteurs. Quoi qu’il en soit, on ne peut que l’espérer tant il est important de tendre un micro à ceux qui défendent des valeurs – liberté, prospérité, innovation, esprit d’entreprise, progrès (scientifique notamment) – rendues inaudibles par le vacarme de la pensée médiatique unique.

Avions, sous-marins et esperluette : le triomphe de l’anglosphère.

Avec une pointe d’accent britannique, le jeune garçon nous sert nos cafés avec un grand sourire. Il s’assure que tout se passe bien dans un anglais châtié et fluent. Rien de surprenant sinon que nous sommes attablés à la terrasse d’un café de… Vilnius, capitale de la Lituanie, et non pas de Covent Garden, capitale du shopping londonien.

-Où avez-vous appris ce parfait anglais ?

-Ici. Pourquoi ?

Et le jeune homme de nous expliquer, en toute modestie, qu’à l’âge de quatre ans, il parlait déjà très bien la langue de Ricky Gervais. A tel point qu’en entrant à l’école, il était déjà largement plus à l’aise que son professeur d’anglais. « La faute à Cartoon Network, rigole-t-il. En Lituanie, les dessins animés, tout comme les séries, ne sont pas traduits dans la langue locale. Du coup… c’est quasiment venu tout seul. »

 

Bloody Lingua Franca !

Ils sont nombreux ces jeunes européens de l’Est qui n’ont pourtant jamais mis les pieds plus loin que le pourtour de la Baltique à être parfaitement anglophones. Essayez seulement de demander à une vendeuse polonaise si elle parle anglais ! Vous recevrez en retour un « of course » dont le ton indique aussi bien l’agacement que la fierté. Pour eux, la question de la langue dominante ne se pose tout simplement pas. Un peu, au fond, comme dans l’Union européenne où l’anglais n’est officiellement qu’une des 24 (!) langues officielles mais, en réalité, la langue d’usage et de travail incontestée. Pourtant, à bien y compter, depuis la sortie de la Grande Bretagne de l’Union, l’anglais n’est plus la langue officielle que de deux états membres : l’Irlande et Malte, soit 1,2% de la population européenne. De quoi énerver nos amis français qui revendiquent près de 15% de cette même population. Mais c’est ainsi. L’anglais est omniprésent. Il est précis, sa richesse lexicale (270’000 mots contre 130’000 pour le français) lui permet une plus grande concision et fournit un excellent support à la formulation claire des idées. De plus, l’anglais déborde largement des frontières de l’Europe, il est donc une possibilité de lien partout dans le monde.

 

Des couleuvres hard to swallow

L’Europe politique doit donc se résigner à l’accent germanique de Ursula Gertrud van der Leyden, présidente allemande de sa commission et aux rugosités un brin bégayantes de Charles Michel, son président belge du Conseil, lorsqu’ils présentent en anglais les positions de l’Union. C’est une couleuvre à avaler face au monde anglo-saxon. Ce n’est pas la seule. Le domaine militaire est aussi devenu le terrain de cruelles désillusions. On passera rapidement sur l’échec de la vente des avions de combat européens à l’armée suisse. Après un coup d’œil approfondi sous le capot, les experts suisses ont opté pour le modèle américain. Scandale ! Comme si le seul fait qu’ils soient européens n’était pas suffisant pour qu’on les choisisse ! La gauche, viscéralement anti-américaine, a promis de ne pas laisser faire : elle fera tout pour que l’armée suisse revienne en arrière. C’est vrai que si l’on veut sa disparition, il y a tout intérêt à ce qu’elle soit mal équipée : (idéo) logique !

 

La menace chinoise

L’affaire des sous-marins australiens est du même métal. Entre des navires à moteur diesel, made in France, et des engins à propulsion nucléaire (donc écologiquement propres !) made in USA-UK, les Australiens ont tranché. Ils se sont rendu compte qu’on tentait de leur refourguer une Peugeot 308 à l’heure de la Tesla X. Mais au-delà de cette évidence technologique, l’affaire des sous-marins qui fait tellement tousser les édiles français et européens est édifiante à double titre.

En premier lieu, elle signifie que la menace chinoise dans la région Asie-Pacifique – réel centre de gravité de la géopolitique du 21ème siècle – est enfin prise au sérieux par les pays directement concernés, soit tout le monde sauf l’Europe et l’Afrique. Il suffit d’ailleurs de se rendre en Papouasie-Nouvelle-Guinée, à quelques centaines de kilomètres de Sydney, pour se rendre compte de l’ampleur de la prise d’influence de la République populaire qui agit sous le radar en investissant discrètement la région à travers ses contrées les plus pauvres*.  Côté australien, l’influence grandissante de la Chine de Xi n’est pas ressentie comme un vague danger lointain et exotique. Scott Morrison, le premier ministre libéral, le sait bien. «Scomo» a eu le malheur de demander des comptes sur les origines du virus. En représailles, il doit affronter toute une série de sanctions (taxes à l’importation, citoyens australiens retenus en Chine, etc.).

En second lieu, cette affaire consacre le retour tangible de ce que l’on appelle l’anglosphère. On en avait vu les prémisses dès le lendemain du Brexit. Déjà, le monde anglo-saxon avait discrètement salué la renaissance concrète et bienvenue de cette alliance géolinguistique chère à Churchill qui unit naturellement le Royaume Uni, les Etats-Unis, le Canada, l’Irlande, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Trump en tête à l’époque évidemment, Biden maintenant, mais aussi les Australiens qui ont franchi un pas de plus en choisissant désormais, avec leurs sous-marins, de se ranger sous le parapluie Anglo-américain. Pour eux, le salut ne peut venir que des gens qui leur paraissent fiables, parlent la même langue, mettent Elisabeth sur leur billet de banque, voire Kamala (bientôt) au sommet de leur pouvoir.

 

 

* Rapportée à la manière dont les managers – communistes chinois – qui gèrent les petits commerces de Port Moresby traitent le petit personnel papou, la période coloniale allemande doit aisément passer pour le «bon vieux temps». La Papouasie-Nouvelle-Guinée s’appelait à l’époque Nouvelle-Poméranie. Elle est restée colonie allemande jusqu’en 1914.

Jeux Olympiques de Tokyo : révélateurs de tendances

Malgré les jérémiades médiatiques sans surprise sur les particularités – pandémie, public, finances – de cette édition, les Jeux olympiques à Tokyo ont été une grande réussite, alliant exploits, spectacle, innovation (avec les nouveaux sports : magnifiques !) et émotions sincères. Ils ont aussi été révélateurs de quelques tendances contemporaines.

 

Forts mais fragiles

Il faut tout d’abord relever les performances physiques exceptionnelles des athlètes contemporains. A l’exception de quelques spécialités dans lesquelles les ressources sont plus exclusivement mentales, les sportifs du 21ème siècle sont une sorte d’ode à la beauté et la perfection du corps humain.

Une ode à la beauté et la perfection du corps humain

Fruits de la connaissance, d’un travail et d’une alimentation jamais égalés, ils ont aligné les records importants, mondiaux, nationaux ou olympiques. Autre fait remarquable : la sportivité. Les encouragements, le soutien, les félicitations adressés à des adversaires n’ont pas été rares. Résultant probablement autant d’un bel état d’esprit que de l’effet mondialisation : les sportifs d’élite se côtoient régulièrement sur les meetings saisonniers. Alors heureux, nos sportifs ? Pas vraiment. Voilà qu’ils sont… dépressifs. Et pas n’importe lesquels : Simone Biles, Naomi Osaka, Noah Lyles, le sprinter : les meilleurs et les plus vulnérables. Purs produits de la Gen Z, la génération « flocons de neige », ils n’échappent pas à cette fragilité qui n’a d’égale que sa volonté d’exposition publique. Être fort est parfois mal vu chez ces hyper-émotionnels qui s’étiolent devant un chaton instagramable. Un signe de faiblesse rendrait-il plus « populaire » auprès des fans ?

 

Sans public mais avec audience

Soyons honnêtes : on n’y a vu que du feu. Avec ou sans public, cela ne change rien du moment que les performances sont exceptionnelles, que le suspense est intense et le spectacle grandiose. A l’exception de quelques vieux journalistes confinés et nostalgiques de la belle époque où trois semaines de Jeux olympiques au bout du monde permettaient de faire exploser les notes de frais (pas toujours en relation directe avec le sport…), tout le monde se fout comme de sa première vérole de la présence ou non de public dans les gradins.

Record explosé. Même sans public.

Les athlètes sont parfaitement concentrés et contrairement à ce que l’on croit, les encouragements du public ne jouent quasiment aucun rôle dans leur performance. Des études sur les matches de football ont montré que le seul qui subit la pression du public est… l’arbitre*. Quant au public réel des JO, c’est-à-dire quelques centaines de millions de spectateurs, il vit – très bien – l’événement en ligne grâce aux images, plus somptueuses à chaque édition, jalousement concoctées par le CIO. Ce dernier ayant compris depuis longtemps que sa plus précieuse source de revenus est là, nulle part ailleurs.

 

Premiers mais aussi 87ème

Les Etats-Unis ont tremblé jusqu’au dernier jour. La Chine leur a tenu la dragée plus haute que jamais au classement des médailles, témoignant ainsi d’une ambition à tout le moins égale à celle de son économie et de sa volonté de conquérir le monde. Il est vrai que les Etats-Unis y ont mis du leur. Contre-performants en athlétisme et dans certaines de leurs disciplines de prédilection, ils n’étaient, pour beaucoup, pas dans leur pic de forme. On songe aussi à l’effet dévastateur de la culture woke, dont les dérives ont manifestement poussé certains athlètes comme Megan Rapinoe, footballeuse et activiste, à se concentrer sur la mise à terre de son genou plus que sur la mise au fond du ballon.  Mais finalement, l’ordre mondial est respecté avec les Etats-Unis et la Chine en tête ? Oui, mais si on pondère le classement par la population ou le PIB**, la perspective est très différente. En fonction du nombre d’habitants, les Etats-Unis se classent 60ème, la Chine 78ème, la France 39ème et la Suisse 16ème. Le mieux classé des pays développés étant la Nouvelle-Zélande, 5ème.  En regard de la richesse nationale, le classement est encore moins à l’avantage des pays aisés : les Etats-Unis se classent 87ème, la Chine 85ème, la France 70ème et la Suisse 55ème. Le mieux classé des pays développés restant la Nouvelle-Zélande, 21ème. Prix d’une breloque américaine : USD 190 milliards ; chinoise : USD 163 milliards ; française : USD 82 milliards ; suisse : USD 56 milliards et néozélandaise : 11 USD milliards***.

 

Des femmes mais… alémaniques

Plus sensibles au classement des médailles sans pondération, les observateurs suisses se sont réjouis des performances de la délégation helvétique qui, il est vrai, a vécu de beaux moments, notamment dans le tournoi de tennis. Ils ont salué, à juste titre les performances des sportives qui ont trusté dix des treize récompenses.

Soldates avec médailles

Ce phénomène a aussi mis en lumière le rôle de l’armée suisse qui, tardivement et à l’instar d’autres pays tels la France et son bataillon de Joinville, a joué un rôle direct dans le succès de celles qui, comme les trois femmes qui se sont approprié le podium du VTT, ont bénéficié de son encadrement.

Alors, la Suisse à l’apogée de son histoire sportive (surtout si l’on ajoute la belle fin de carrière légendaire de Federer)? Oui, sans doute mais pas celle des Suisses-romands. A l’exception du nageur genevois Desplanches, personne… Les Romands, volontiers anti-armée, et tout aussi volontiers défiants de leurs frères alémaniques, spécialement les soirs de votations se trouvent là confrontés à un double principe de réalité. La Suisse qui gagne, c’est eux… ou plutôt, elles.

 

Objectif non atteint mais triomphe du collectif

Très en verve à Tokyo, les journalistes sportifs français ont été les meilleurs supporters de leurs athlètes qu’ils tutoient dans la vie comme à l’antenne. Ils s’étranglent à chaque exploit, s’effondrent à chaque revers et frôlent le malaise cardiaque à chaque défaite. Toutefois, s’ils peuvent se consoler avec le record du monde du journalisme de connivence, les Français ont performé en-dessous des objectifs qu’ils s’étaient fixés. Alors échec tricolore à Tokyo ? Pas complétement car il y a les sports d’équipe, les sports co, comme ils disent. Et là, c’est vrai, ils ont excellé. Ce qui est assez logique de la part d’une nation qui prône le collectivisme à tous les stades de son organisation, de l’école à la santé, du travail à l’économie, du syndicat au Président. Ce dernier que l’on a vu exulter (célébrant Paris 2024 au dernier étage de la Tour Eiffel) sur le mot « communis » que le CIO, cédant à l’ambiance dominante, a malheureusement cru bon d’ajouter à sa devise « Citius, altius, fortius ».

 

*In Support of the Supporters? Do Social Forces Shape Decisions of the Impartial? Thomas J. Dohmen, April 2003. Aussi: Scorecasting: The Hidden Influences Behind How Sports Are Played and Games Are Won. Tobias Moskowitz & L. Jon Wertheim. January 25, 2011

 

**Pour calculer le coût d’une médaille, on regarde combien il faut d’habitants (population/médailles) ou combien il faut débourser (PIB/médailles) pour obtenir une breloque.

***source : Le Monde

La Tunisie ou les limites de la démocratie représentative

Il est 5 heures du matin à Tunis ce lundi 26 juillet, notre chauffeur est fatigué. Il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Le « coup d’Etat » constitutionnel du Président de la République a déclenché une telle ferveur dans les rues de la capitale, en dépit du couvre-feu sanitaire, que la clameur de joie s’est prolongée, bruyante et colorée, jusqu’aux petites heures du matin.

Des émeutes dans l’ensemble du pays ont précédé le “coup” du Président.

On l’avait senti venir la veille déjà. Erigés pour soi-disant contrôler les autorisations de déplacements – interdits pendant le week-end – les nombreux barrages policiers étaient disposés à l’envers. En fait, ils contrôlaient les entrées en direction du centre de Tunis alors que si la précaution n’avait été que sanitaire, il eut été plus judicieux de contrôler les mouvements vers les plages. C’est que des manifestations étaient programmées ce samedi un peu partout dans le pays. Les barrages n’ont rien pu y faire. Elles ont eu lieu, ont été bien suivies, parfois débordantes, violentes mais surtout fructueuses puisque le lendemain, le Président Kaïs Saïed limogeait le Premier Ministre et gelait le Parlement en vertu d’un article de la constitution l’autorisant à prendre une telle mesure en cas de « péril imminent ».

 

Mesure légitime

Sur la route des quartiers chics des Berges du Lac de Tunis, c’est une évidence : le pays est à bout de souffle. La conjugaison de la fête de l’Aïd, des effets de la pandémie et de la crise économique plonge le pays dans un état de léthargie proche de l’agonie. Dans les rues vides, il y a plus de moutons que d’humains, les chantiers sont arrêtés, les terrasses de bar désertées et – c’est tout dire à Tunis – la circulation fluide. Ce quartier accueille les ambassades (dont celle des Etats-Unis qui a élargi son périmètre de sécurité en condamnant les rues alentour), des sièges de sociétés, des cafés chics et beaucoup de cliniques. Alors que le système de santé publique s’écroule, les cliniques privées continuent de fonctionner. A tel point qu’on parle de réquisitionner leur service pour lutter contre la pandémie. « Quoi qu’il arrive, on est prêt » assure le Docteur H. qui pratique dans un des établissements de la rue du Lac Léman (dans le quartier, toutes les rues portent le nom d’un lac). Que le privé survive alors que l’Etat se liquéfie n’a en soi rien de vraiment surprenant et, s’il est souhaitable que l’Etat – ce mal (temporairement) nécessaire – soit volontairement réduit à terme à son expression la moins liberticide, coûteuse et nuisible, ce qui se passe en Tunisie montre que cela n’est possible que dans une approche ordonnée et non pas par implosion du système. En ce sens, l’acte autoritaire du Président Saïed est une mesure légitime.

 

Vieilles habitudes coloniales

La gestion de la crise sanitaire en Tunisie, l’une des pires au monde, a suscité l’émoi de la communauté internationale. La Suisse a dépêché du matériel sanitaire pour un montant de CHF 335’000, soit, de mémoire, environ la moitié du coût annuel d’un collaborateur de la DDC*. De son côté, la France, ancienne nation « protectrice », a dépêché sur place un ministre, un million de doses de vaccin, (dont deux tiers d’Astra Zeneca qui, on s’en souvient, a la particularité de vider les vaccinodromes en Métropole…) et 14’000 doses destinées aux Français résidant en Tunisie. Le hic, c’est que pour administrer ces doses réservées, on a réquisitionné le SAMU tunisien et non des privés, comme l’on suppose que l’Ambassade de France en aurait eu les moyens. Un média tunisien** a fait ses calculs : à raison de 100 doses administrées chaque jour, ce sont donc 140 jours des services d’une équipe complète de médecins et de paramédicaux qui ne sont pas à disposition des citoyens/contribuables tunisiens, pourtant totalement en manque de personnel et de soins. Notre chauffeur l’avait bien dit en longeant le mur d’enceinte sans fin du Palais Dar El Kamila et ses trois hectares de jardin, résidence privée de l’Ambassadeur de France : « le prestige de la France » …

 

Kaïs Saïed, élu Président de la République en 2019. Ancien professeur de droit constitutionnel, indépendant et très conservateur sur les questions de société, il a été élu sur son intégrité et le rejet de la classe politique.

Accueil populaire

Dans ces conditions, on comprend que le « coup » du Président, élu sur son intégrité et son indépendance face aux partis, ait été bien accueilli. L’opinion publique tunisienne est totalement remontée contre une classe politique corrompue, très incompétente et occupée à se quereller dans les allées du pouvoir depuis 10 ans au nom de la Révolution. Seule survivante du Printemps Arabe de 2011, la « jeune démocratie tunisienne » est compulsivement adulée par la bien-pensance occidentale à ce seul motif et au mépris de ceux – et ils sont nombreux en Tunisie – qui regrettent le temps de Bourguiba et de Ben Ali ou, à tout le moins, la prospérité, certes inégalitaire, en vigueur lors de leur règne autoritaire. Rien de vraiment étonnant à cela, c’est le credo mondial de la gauche (partis et médias confondus): tous égaux dans la pauvreté plutôt qu’inégaux dans la prospérité.

 

Echec de la démocratie représentative

Un ressentiment pourtant compréhensible car c’est bien la démocratie qui a permis l’émergence de l’un des maux qui la rongent : Ennahdha, le parti islamiste. Un parti qui se fait élire sur son respect de la modernité, en se comparant à la Démocratie chrétienne à l’Européenne mais qui, en réalité se distingue par sa contribution à la destruction de l’économie (par incompétence surtout) et son intolérance idéologique, responsable, notamment, de l’écroulement du tourisme (qui représente tout de même un vital 14% de l’économie tunisienne). Bien au-delà du classique non-respect des promesses électorales, l’agenda caché est un phénomène qui n’est pas spécifique à la Tunisie et Ennahdha. Le parallèle avec les Décroissants occidentaux est frappant : élus représentants du peuple sur un agenda caché destructeur, ils tentent de mettre en œuvre des projets qu’ils n’auraient jamais réussi à faire plébisciter par un vote populaire. Le rejet de la loi CO2 en Suisse, il y a peu, en est un bon exemple qui devrait encourager Kaïs Saïed à introduire une bonne dose de démocratie directe dans le fonctionnement de son pays, si beau et si malheureux.

 

*Direction du Développement et de la Collaboration (aide au développement de la Confédération Helvétique).

**https://www.tunisienumerique.com/tunisie-images-le-samu-navait-il-pas-mieux-a-faire-que-de-vacciner-les-ressortissants-francais/

 

 

 

La génération snowflake et le sport

Il en avait le chignon tout tremblant, le jeune Antoine Griezmann à l’issue du match contre la Hongrie : « on avait nos habitudes avec le silence dans les tribunes et là, on ne s’entendait pas et, en plus, il faisait chaud ». Une véritable torture, donc, que les footballeurs de la nouvelle génération française ont dû endurer à Budapest. Imaginez donc : du bruit qui fait peur et de la chaleur qui fait suer. Un scandale ! Que font les défenseurs des droits humains ?

La nouvelle génération de sportifs a cela d’étrange qu’elle produit des génies purs, munis d’une technique et d’une condition physique exceptionnelles (merci les progrès de l’alimentation et de la médecine sportive) et, en même temps, dotés d’une ultra sensibilité de compétition. Elle appartient donc bien à son époque : celle de la Snowflake Generation (génération flocon de neige) qui fond quand on lui souffle dessus. L’écrivain californien Bret Easton Ellis, qui lui a consacré quelques pages croquignolettes dans « White » *, l’appelle aussi « Generation Wuss» (génération de mauviettes). Elle recrute principalement chez les milléniaux et les Gen Z sans, Dieu merci, les toucher tous.

On reconnaît les « flocons de neige » au fait qu’ils pensent être uniques ou, à tout le moins, spéciaux (sans se sentir obligé de le prouver) et que donc ils méritent toute l’attention du monde. Ils sont hypersensibles à la critique qu’ils considèrent comme une offense et communient volontiers dans la liturgie du politiquement correct. Ils sont totalement réfractaires au second degré. L’indignation est leur nourriture quotidienne et la résilience, en revanche, pas vraiment leur tasse de tisane. Privilégiant l’émotion sur la raison, ils s’attendent à ce qu’on élimine la difficulté plutôt qu’on les oblige à l’affronter. Et ça marche : l’école suisse a obtempéré en simplifiant l’orthographe. (Du coup, on attend, pourquoi pas, la simplification des maths. La suppression de la division peut-être ? La plus difficile pour une génération habituée à additionner les privilèges…).

La fragilité et la légère sensiblerie qui fondent ce nouveau comportement social prend toute sa valeur, en creux, dans le sport-spectacle, le foot en particulier. Ce sont la force (souvent) et l’intelligence (souvent aussi mais un peu moins) qui font la différence et les manifestations d’ultra sensibilité créent d’intéressants contrastes.

Prenez le malheureux épisode du joueur danois qui s’écroule en plein match contre la Finlande à la suite d’un malaise cardiaque. Emoi démonstratif chez les joueurs danois qui passent sans transition du registre offensif 4-4-2 à celui du deuil sans même attendre l’arrivée du défibrillateur. Emoi encore plus marqué chez les commentateurs. A la télévision suisse, le premier réflexe du journaliste sportif est de s’insurger contre le direct : « des images qu’on ne devrait pas vous montrer ! » s’étrangle-t-il la gorge nouée (un curieux réflexe professionnel de la part d’un journaliste de télévision, non ?) avant de rendre l’antenne au studio. Là, l’émotion est à son comble : en proie à une sorte de sidération émotionnelle, les mignons animateurs sont au bord des larmes, leurs yeux de biche sont humides, leur voix blanche et leur vocabulaire encore diminué. On nage en plein « boul’d’hum » (jargon pour bouleversant d’humanité). On connaît la fin. Heureuse pour le cardiaque. Triomphale pour l’émotion.

Les footballeurs suisses y sont également allés de leur petite contribution sentimentale. Après s’être fait détester en oubliant de jouer contre l’Italie, ils ont cherché à récupérer la sympathie de leur patrie d’origine ou d’adoption. Et pour ça, quoi de mieux qu’une lettre ouverte, signée de l’entraîneur (qui fait amende honorable) mais vraisemblablement rédigée par une petite main floconneuse qui en appelle aux grands sentiments : « Yann Sommer (le gardien de l’équipe nationale, ndlr) nous est revenu hier de son petit voyage aller-retour, en tant que nouveau père de sa fille Nayla. Ce fut un moment merveilleux pour nous tous. Les footballeurs et les entraîneurs ont des sentiments, des inquiétudes, des peurs et des joies comme tout le monde. Nous sommes tout aussi vulnérables. » Vulnérables ? Oui, on avait remarqué : 0 à 3 contre l’Italie.

Mais le pire est sans doute dans le militantisme. Lorsque nos amis sportifs se lancent dans le virtue signalling et veulent à tout prix montrer qu’ils savent débusquer la mal-pensance, la catastrophe vaudevillesque n’est jamais loin. C’est arrivé en décembre de l’année dernière, à Paris, lorsqu’un arbitre demande à son collègue, roumain comme lui, de désigner un joueur parmi plusieurs pour l’expulser. Le malheureux répond en roumain « negru », ce qui signifie le noir (et non pas le nègre), pensant désigner la personne par ce qui la différencie des autres, la couleur, (pas la race). Comme il aurait dit « le blanc » pour désigner un blanc dans un groupe de noirs. La linguistique et les langues néo-latines ne figurant manifestement pas au programme de formation des sportifs et des journalistes du même métal, l’occasion était trop belle : tollé anti-raciste garanti. Black Lives Matter en version soccer. Polémique mondiale et éditos hurlants. De l’indignation en réserve pour des dizaines de matches entamés genou à terre.

Au fond, cette génération si cute, comme elle aime le dire à propos de tout, nous pousse en dernier ressort à lutter, avec elle, contre le réchauffement climatique. En effet, il serait dommage que nos jolis flocons ne s’évaporent avant d’avoir mis le pied sur cette terre qu’ils tiennent tant à sauver. Je vous promets que la vie serait moins drôle sans eux. Parole de boomer.

 

*White : Bret Easton Ellis, 2019, PAN MACMILLAN Publisher. BEE est l’auteur de American Psycho et Less Than Zero.

 

 

Les Suisses bientôt champions du monde de la vertu ostentatoire ?

Rosa* est communiste. Ça se voit parce qu’elle ne répond pas quand je la salue au rayon légume de la Migros mais surtout parce qu’elle s’habille en icone soviétique : béret de Lénine et lunettes de Trotsky. Les deux à la fois. Même son caddie véhicule son militantisme : la bannière orange de l’initiative « multinationales responsables » émerge encore des poireaux et des salades. Inutile de dire que son vélo est aux mêmes couleurs. Que l’initiative ait été refusée il y a de cela plusieurs mois ne la gêne en rien. Il faut dire qu’elle n’est pas la seule mauvaise perdante : les quartiers bobos des villes suisses (surtout romandes) dégoulinent encore des restes de la fameuse bannière comme un défi posthume à la démocratie directe, cette ingrate qui n’a rien voulu savoir des bonnes intentions de l’initiative.

 

Les anglo-saxons ont une expression pour décrire cette façon d’exposer ses opinions à tire larigot dans le but de faire la preuve de son caractère vertueux… sans se fatiguer. Ils parlent de virtue signalling. Une sorte d’ostentation vertueuse qui se décline sur une échelle étendue.

On peut commencer petit. Internet et les réseaux sociaux rendent la chose aisée. On parle alors aussi de clicktivisme, un puissant moteur pour les pétitions en ligne où un autre comportement humain trouve un terrain fertile : le social proof**, soit le fait de copier les autres dans une situation où on ne sait pas bien quel comportement adopter, présumant que les autres savent mieux que soi. L’une des plus fructueuses applications du militantisme de canapé trouve aussi son expression dans les slogans dont on peut facilement orner sa photo de profil social, sur le mode « Je suis… » suivi de la cause de votre choix dans le grand panel victimaire contemporain : « Charlie », « la redevance », « notre dame », « Palestinien », etc.

Je suis un hipster et je sauve la planète

Nos amis les cyclistes ont, eux, un moyen quasi naturel de nous assurer de leurs bons sentiments : leur casque. Il leur suffit de le laisser obstinément sur la tête une fois descendu de l’engin pour, en toutes circonstances, nous rappeler que, grâce à leurs efforts, ils sauvent la planète. Le casque est aux cyclistes ce que le bréviaire était aux Pharisiens, ces précurseurs méconnus du virtue signalling, à la différence qu’à l’avantage de ces derniers, le bréviaire ne donne pas un air terriblement stupide à celui qui le porte hors de sa fonction. Dans le registre de la pollution visuelle, on pourrait également évoquer les balcons suisses qui fleurissent de toutes sortes de banderoles signalant la position politique du locataire à chaque votation ou encore les barbes volumineuses et odorantes exprimant la hipsteritude de ces jolis garçons qui se voilent (poilent ?) la face pour être dans le vent… oubliant qu’il s’agit d’une ambition de feuilles mortes.

A son échelle, le microcosme de Hollywood n’est pas en reste. Bill Maher, humoriste américain, a mis en évidence la vocation de la gauche caviar de la Mecque du cinéma à ne sélectionner pour les Oscars 2021 que des films tristes et déprimants. Selon lui, les nominations servaient auparavant à montrer que Hollywood savait faire de beaux films. Aujourd’hui, elles servent à montrer à quel point les experts qui choisissent les films sont de bonnes personnes : « Nommer des films tristes permet d’avoir l’impression de faire quelque chose pour résoudre un problème sans avoir réellement à faire quoi que ce soit ».

Mais, finalement, ce sont les Suisses qui pourraient remporter la palme du signalement vertueux. En adoptant la loi CO2, ils accepteront peut-être de se priver de CHF 2 milliards chaque année pour un impact insignifiant sur le climat à l’échelle mondiale. Et comme toujours, ce sont ceux qui n’ont que peu de moyens qui payeront le prix le plus élevé, comme les jeunes qui se verront, notamment, privés de voyages dont on connaît pourtant les qualités éclairantes pour les yeux fraîchement décillés. Tout ça pour diminuer de l’épaisseur du trait la contribution suisse aux émissions mondiales de CO2. Peu importe, nous aurons montré que nous sommes bien intentionnés… sans avoir rien fait d’utile.

C’est Rosa qui sera contente.

 

*prénom d’emprunt, nom connu de la rédaction

**concept exposé par Robert Cialdini, spécialiste de psychologie sociale et connu pour ses travaux sur la persuasion, dans son livre Influence en 1984.

Sonia Mabrouk, (sauve) l’honneur de sa profession

Il a passé un sale quart d’heure*, Thierry Breton, le chef de la Task Force Vaccin de l’Union européenne (UE), à répondre aux excellentes questions de Sonia Mabrouk, l’intervieweuse sans complaisance d’Europe 1 et de C News.

C’est qu’elle est comme ça, Sonia Mabrouk. Pas du genre à se laisser impressionner par les titres et les fonctions. Elle, c’est plutôt le fond des choses et la vérité qui l’intéressent. Alors les bureaucrates venus débiter des stères de langue de bois, elle les hache menus. Le commissaire européen était venu exposer le nouveau narratif de l’UE destiné à masquer l’échec de la vaccination. En substance : « on a été très bon avec les vaccins. Si on n’en avait pas pour nous, c’est parce qu’on est généreux et solidaire avec les autres, nous ! Pas comme les Américains ! ». Il s’est heurté à ce qui fait la beauté de la profession : la maîtrise (du dossier) et le cran. Lorsqu’il promet la vaccination de 70% des Européens pour le 14 juillet, elle lui demande « de quelle année ? » tout en rappelant de manière documentée les promesses non tenues jusque-là. Elle l’interpelle aussi sur ce qui justifie son « mépris » du vaccin Spoutnik, « c’est parce qu’il est russe ? ».

 

Personnalité atypique

D’une beauté qui n’a d’égales que son élégance et sa pertinence, Sonia Mabrouk mène ses entretiens avec un calme immuable et une courtoisie sans faille. Des armes imparables dans le monde d’apparences de la politique et des médias. Des armes de velours qu’elle acquiert sans doute très tôt lorsque les grandes figures de la politique tunisienne, dont le président Bourguiba lui-même, défilent dans sa maison à Tunis. Sa famille, passionnée de politique, fournira deux ministres à Bourguiba et…  la plus brillante de ses journalistes à la France dont elle acquiert la nationalité en 2010.

Mais si elle sort du lot médiatique actuel, c’est sans doute aussi grâce à sa formation. Dans son cursus, pas de sciences-po, ni de sociologie, creusets habituels du journalisme académisé. Sonia Mabrouk est diplômée d’une haute école de… commerce, celle de Carthage et de l’Université Panthéon – Sorbonne. Au royaume de la monoculture intellectuelle, plutôt de gauche et anti-économie, la voici donc d’emblée en position singulière. C’est Jean-Pierre Elkabbach qui lui met le pied à l’étrier en faisant d’elle la première Tunisienne à présenter un journal télévisé français (Public Sénat). Ce sera ensuite Europe 1 et CNews avec des interviews politiques qui donnent des sueurs froides aux spins doctors hexagonaux.

 

La sémantique du K.O.

Le pauvre Thierry Breton n’est pas le seul à être tombé. Jack Lang, en stabulation libre dans l’expression fleurie de son dégoût pour Trump, se fait cueillir par un premier crochet : « Vous gardez intacte votre capacité à vous indigner. Que pensez-vous alors de l’affaire Olivier Duhamel** ? ».  Sourire jaune du Pape de la gauche caviar qui ne voit pas arriver l’uppercut : « cette affaire éclabousse une certaine gauche soixante-huitarde, un certain milieu intellectuel. Là, je n’ai pas vu d’indignation de votre part… ». Enfin, K.O. final sur la tribune que l’ancien ministre de la culture a signé il y a 40 ans pour décriminaliser les rapports sexuels avec les enfants : « Jack Lang, vous savez ce qu’on dit : la vérité, cette rumeur qui se promène comme un mensonge… Il peut y avoir aussi des rumeurs sur beaucoup de personnes, il y en a également sur vous. Comment vous réagissez ? » Comme le dit un commentateur, Sonia Mabrouk est le Mike Tyson de l’interview : 12 minutes et K.O.

C’est grâce à sa persévérance aussi que l’on en sait un peu plus sur la vraie nature de la pensée dominante dans le syndicat d’étudiants français (UNEF). Sa Présidente, Mélanie Luce, autoproclamée « racisée » (non-blanche) s’est elle aussi liquéfiée au fil de ses délires, joliment démasqués les uns après les autres, sur les « races sociales », les réunions en « non-mixité raciales » (où les Blancs ne sont pas admis) et la mise en joue de professeurs au nom d’une prétendue islamophobie.

 

Un appel à l’opposition

Il est vrai que la question de l’intégrisme est sensible pour Sonia Mabrouk : « Je suis Française et Tunisienne avant d’être musulmane. J’ai grandi dans une famille qui m’a toujours appris le respect des autres, de leurs différences, notamment religieuses. Je n’admets pas qu’une minorité en France cherche à parler plus fort que la majorité silencieuse des musulmans qui vivent dans le respect des règles de la République et de l’amour de leur religion. Ce qui est parfaitement compatible. »

Le dernier ouvrage de Sonia Mabrouk, un appel à l’opposition face à la dictature des minorités.

C’est cette tentation de dictature des minorités qui l’incite dans son dernier livre, Insoumission française***, à mettre en lumière les principales dérives de l’époque. Les « décoloniaux » (déboulonneurs de statues et autres censeurs de tout discours qui leur déplaît), les féministes primaires, les écologistes radicaux et punitifs, les fous du genrisme et les « islamo-compatibles » sont des groupes minoritaires qui sont autant de dangers pour la société, dénonce-t-elle avec courage. En étendant de manière tentaculaire leur influence à tous les niveaux de la société, les réseaux sociaux, les médias, les universités, les églises et aussi, en partie désormais, les entreprises, ces minorités amenuisent le débat démocratique sans que personne ne s’y oppose véritablement, fut-ce au nom du bon sens et des faits. A l’exception peut-être de quelques intellectuels, pas encore « annulés » tels Steven Pinker, mais ses jours sont comptés. Pour la plupart, ces mouvements a priori hétéroclites plongent leurs racines idéologiques dans la pensée d’extrême-gauche où l’on maîtrise depuis bien longtemps la notion de convergence des luttes. Les gardiens de la révolution culturelle d’aujourd’hui appellent ça l’intersectionnalité. De son côté, la bonne vieille lutte des classes est aujourd’hui réorganisée en groupes de victimes (genre, race, génération, faune, flore, religion, etc.) mais le but est le même : imposer à tous la loi de minorités dont le combat s’appuie sur une idéologie qui a laissé de sales traces dans l’histoire. Sonia Mabrouk en appelle donc justement et courageusement à l’opposition.

 

Exemplaire

Au moment où la morale tend à se substituer à la volonté de vérité, l’intransigeance et l’honnêteté intellectuelle qui inspirent le travail de Sonia Mabrouk sont essentielles et devraient servir d’exemples à ses confrères et soeurs. Comme déjà exposé dans ces chroniques, les médias ne sont pas épargnés par ce phénomène. Bon nombre de journalistes ont docilement et volontairement renoncé à la recherche de la vérité pour celle du Bien et soumettent trop volontiers la réalité à l’idéologie, plutôt que l’inverse, sans y voir un danger pour la liberté d’expression qui fonde pourtant leur core-business. On pense à ces chefs de presse, si prompts à s’excuser lorsqu’ils se font dépasser – ce qui paraissait pourtant bien improbable jusqu’alors – sur leur gauche.

 

 

 

* 16 avril 2021, Europe 1, à 8h15

** Politologue français accusé d’agressions sexuelles sur mineur dans « La Familia grande » de Camille Kouchner, sa belle-fille.

*** Insoumission française. Editions de l’Observatoire, avril 2021

Kate Bingham : l’héroïne de la vaccination au Royaume-Uni

« Moi j’ai eu Pfizer. Et toi ? Johnson & Johnson, hier. Sans problème[i] ». C’est un sentiment étrange que d’entendre les bavardages décontractés de ces Américains parlant de la vaccination au présent et dont le ton montre bien qu’ils considèrent le danger de la pandémie comme derrière eux. Un sentiment un peu jaloux que suscitent aussi Israël et le Royaume-Uni au moment où l’Europe reconfine plutôt que de vacciner. Comme c’est le cas en Suisse où la classe politique ne semble pas très pressée. On se livre à de petites blagues entre amis de parti au Parlement et on vote pour le maintien des mesures qui plombent l’économie selon la ligne de fracture habituelle entre les défenseurs historiques de la destruction de valeur et les autres.

Petite blague de parlementaire : publication sur Facebook d’une conseillère nationale vaudoise, le 17 mars pendant la session du Conseil national.

La femme providentielle…

Pendant ce temps, le Royaume-Uni, qui avait pourtant très mal débuté dans son combat avec le virus, réussit parfaitement sa campagne de vaccination. Aucun autre pays d’Europe ne progresse plus rapidement dans la vaccination de sa population. A tel point qu’on y prévoit la levée des mesures de restrictions dès fin juin. Quelles sont les raisons de ce succès ? Il y a bien sûr le fait de n’être plus dépendant de la lenteur et de la bureaucratie de Bruxelles, mais il y a surtout Kate Bingham.

C’est elle que Boris Johnson appelle quelques jours seulement après être lui-même sorti des soins intensifs au printemps 2020. Elle est une amie de sa sœur Rachel. « Par pitié, Kate, faites quelque chose. Il faut que les gens arrêtent de mourir » supplie le Premier.

… est une banquière

Formée en biochimie à l’Université d’Oxford et en business à Harvard, Kate Bingham est une banquière d’investissement. Elle travaille à la City de Londres depuis les années 90. Son job ? Se demander quelles sont les bonnes idées et dénicher des startups dans le domaine médical pour des sociétés d’investissement. Par chance pour les Britanniques, Kate Bingham accepte la mission et la traite selon ses conditions (pas d’ingérence des politiques, rapport direct au Premier ministre) et sa méthode (mandat limité à six mois, petite équipe de professionnels rassemblés autour d’elle). « On a créé une équipe similaire à ce que l’on fait dans la banque d’investissement. Ce n’est pas moi qui décidais des dépenses. Nous ne faisions que des recommandations comme s’il s’agissait de n’importe quel investissement en capital-risque[ii] ». Les décideurs, un groupe de quatre ministres, pouvait, du fait de sa taille restreinte, prendre des décisions rapides. « Si je demandais une décision en 24 heures, je l’obtenais » témoigne Kate. Et c’est ainsi qu’elle organise le choix et l’approbation des vaccins, la logistique et la mobilisation des personnels (militaires, travailleurs sociaux, etc.).

Efficace et pragmatique

Professionnelle de l’évaluation des risques, Kate Bingham convient avec les producteurs de vaccins des quantités d’achat garanties et elle les dégage de la responsabilité d’éventuels effets secondaires du produit. Une différence majeure avec les fonctionnaires de l’Union européenne qui, eux, privilégient le principe de précaution au détriment de l’efficacité réclamée par l’urgence de la situation. « C’est comme tout investissement. Vous regardez quelle est l’opportunité, quel est le potentiel de l’investissement, quels sont les risques et comment vous les avez mitigés. Cela vous indique si c’est la bonne chose à faire ou pas. Ensuite on décide : les gens meurent, donc plus nous prenons de temps, plus de gens mourront. »

Au parlement suisse: la ligne de fracture habituelle entre les défenseurs historiques de la destruction de valeur et les autres lors du vote sur l’assouplissement des mesures anti-covid le 3 mars

Aujourd’hui, près de 40% de tous les adultes britanniques ont reçu au moins une dose de vaccin. C’est presque quatre fois plus que la moyenne européenne. L’entrepreneuse qui a fait pour le Royaume-Uni ce que personne n’a été capable de faire pour l’Europe (et la Suisse) est déjà retournée dans le privé. Mission accomplie.

[i] WBZ Boston News Radio, Night Side, 18.03.2021

[ii] Welt am Sonntag, 7 février 2021

Vaccins : un peu de gratitude, s’il vous plaît !

« Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs », ce précepte de Georges Clémenceau continue d’inspirer bien des politiciens. On se souvient de ces auditions par les sénateurs américains, frisant souvent le ridicule du fait de l’inadéquation des questions, de Tim Cook d’Apple ou de Marc Zuckerberg de Facebook, convoqués pour répondre de la conduite de leurs affaires. Décoiffés par le succès d’entreprises dont ils n’auraient jamais été capables d’imaginer le modèle et effrayés par leur développement, les politiciens feignent de les avoir à l’œil alors qu’ils ne font que sauver les apparences d’un pouvoir dépassé.

Nombre de doses administrées pour 100 habitants

Les Européens ont fait la même brillante démonstration la semaine dernière. Le Président de la commission Environnement du Parlement européen (à qui l’on a également confié les questions de santé publique et de sécurité alimentaire) se vantait dans les médias d’avoir convoqué et auditionné les PDG des laboratoires pharmaceutiques qui produisent les vaccins contre le Covid-19. Le but de l’opération ? Créer une « transparence » sur les difficultés que rencontre l’Union européenne à obtenir suffisamment de doses pour vacciner de manière décente sa population. Il est vrai que la situation de l’UE est loin d’être reluisante. Les chiffres illustrent même l’ampleur d’un désastre certain : là où Israël affiche 92 doses administrées pour 100 habitants, les Emirats 60, les Etats-Unis 22, sans parler du Royaume-Uni (pourtant promis à la faillite après le Brexit) 30, nos voisins n’atteignent pas 8 ! La Suisse ne faisant guère mieux[i].

Pascal Canfin, le Président de ladite commission, affichait pourtant une pleine satisfaction. Il se dit fier d’être le premier Parlement à réaliser une telle audition. Puis d’ajouter, sans rire, « on [ii] a gagné la bataille de la recherche, il faut maintenant produire, produire, produire » avant de s’en prendre, sur le ton de la réprimande, aux retards de livraison d’AstraZeneca, cette firme suédo-britannique qui a eu le culot de livrer le Royaume-Uni avant l’Europe malgré un contrat dont on ne connaît pas le détail. Tout sourire quand même, notre édile termine en saluant « un exercice démocratique de redevabilité »

« Redevabilité » ?

Mais de quelle dette parle-t-on ? Pour Pascal Canfin, transfuge écologiste français rallié à Renaissance Europe et aux Macronistes, il ne fait guère de doute que la dette est celle des patrons des groupes pharmaceutiques sommés de se présenter devant le Parlement, à l’égard des Etats. Comme si les entreprises, en particulier dans le cas de figure de la mise au point miraculeusement rapide des vaccins, avaient à s’expliquer face à des Etats, notamment ceux qui se sont décidés tardivement à passer commande[iii]!

Ne serait-il pas plus judicieux de s’interroger sur les raisons de la lenteur de l’UE dans la mise en œuvre de la campagne de vaccination qui n’a débuté que le 27 décembre, soit 19 jours après le Royaume-Uni ? De se demander si des prix négociés à la baisse et l’ajout de conditions contraignantes quant à la responsabilité des effets secondaires[iv] n’étaient pas de nature à faire passer le client pénible au bas de la pile des livraisons ? Plus fondamentalement, ne serait-il pas légitime de s’interroger sur l’importance accordée à la recherche et à ses applications ?  Selon les classements les plus courants, le top 10 des Universités européennes est trusté par 8 universités britanniques et … les deux écoles polytechniques suisses[v].  Au niveau mondial, 5 dont les trois premières sont américaines, 4 britanniques et 1 suisse (EPFZ)[vi]. Est-il vraiment très surprenant que les vaccins aient été développés avec le succès qu’on sait aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne plutôt qu’à la Sorbonne (qui se consacre, comme l’on sait, plus volontiers aux recherches islamo-gauchistes) ?

 

 

De même, peut-on imaginer comment survivre aux graves conséquences économiques et psychologiques de la pandémie sans les fabricants d’informatique, sans Google pour avoir accès la connaissance, sans Facebook ou Twitter pour communiquer et s’informer, sans Zoom pour se réunir, sans Amazon pour s’approvisionner, sans opérateurs pour faire fonctionner internet, sans smartphone pour maintenir la génération Z en vie ? Aucune de ces ressources essentielles n’est l’œuvre d’un Etat ou d’une administration. Ce sont des entreprises nées d’une initiative souvent individuelle, d’une vision, d’une part de génie, de la volonté de créer de la valeur et de pas mal de travail. Si l’on veut parler de dettes, c’est bien envers elles qu’il faut en honorer[vii]. Un peu de gratitude (et d’humilité) serait bienvenues, mesdames et messieurs les députés.

 

 

[i] Our World in Data, 26 février 2021

[ii] Qui est « on » pour l’eurodéputé ? Sa commission ? La recherche européenne ? L’Union européenne ?

[iii] Les USA (administration Trump) ont passé la première commande à Pfizer le 22 juillet 2020, soit deux jours après la Grande-Bretagne. La Commission européenne n’a passé sa première commande que le 27 août à AstraZeneca. (Touteleurope.eu)

[iv] Euronews, 26 février 2021

[v] Best Universities in Europe – QS World University Rankings 2021

[vi] Best Universities in the World – QS World University Rankings 2021

[vii] On conseillera volontiers à Pascal Canfin la lecture d’Atlas Shrugged, la fable éclairante de Ayn Rand qui met aux prises les Producers qui créent de la valeur et les Looters (« pilleurs ») qui vivent aux dépens des premiers et détruisent de la valeur.

Pourquoi il faut se préparer à désobéir

Prohibition. La bonne vieille interdiction de l’alcool qui a fait la fortune d’Al Capone. C’est l’une des mesures sanitaires qui ont été imposées dans certains pays comme l’Afrique du Sud, l’Argentine et la Colombie. Le but de la manœuvre ? Un refrain connu : éviter la surcharge des hôpitaux en minimisant le risque d’accident.

En Colombie, la prohibition sanitaire se nomme Ley Seca et, bien sûr, elle n’est pas populaire. Mais les Colombiens sont habitués aux frasques d’un Etat, disons, inconsistant et composent avec lui sur une autre gamme : celle de l’économie « informelle ». C’est ainsi, par exemple dans certaines villes, qu’ils payent aux gangs un impôt qui leur assure la sécurité que l’Etat est incapable de leur garantir. On sait donc où trouver à boire et faire la fête jusqu’au bout de la nuit malgré le couvre-feu. Il y a peu, une septantaine de Vénézuéliens – qui sont très nombreux à s’être réfugiés en Colombie – ont été arrêtés au petit matin dans une fête clandestine à Bogota.

Habillés de noir, les manifestants de Medellin réclament la fin de la prohibition

La Ley Seca s’ajoute à d’autres mesures qui, pour beaucoup, conduisent à la destruction de nombreuses activités économiques. C’est le cas des métiers du tourisme et de la culture où il est plus difficile de se retourner vers l’économie «informelle». A Medellin, des manifestations réclament donc régulièrement la possibilité de reprendre ces activités et la réouverture, sans contrainte, de l’économie. Les médias colombiens, comme les autres, se contentent d’indiquer le nombre de morts quotidiens liés au Covid. Ils « oublient » de contextualiser en comparant ce chiffre au nombre moyen habituel de décès quotidiens dans le pays.  Les Colombiens y écoutent les médecins, parés des attributs qui fondent leur légitimité, venus prêcher la bonne parole sanitaire et puis… ils sortent faire la fête. Il en faut plus pour démoraliser ce peuple joyeux et tolérant.

Si la déprime collective qui ravage le Vieux Contient n’existe pas dans la patrie de Shakira, ce n’est pas seulement parce que la misère (sanitaire) est moins pénible au soleil, c’est aussi parce que les Colombiens n’accordent que peu de crédibilité et de légitimité à ceux qui les gouvernent et, par conséquent, ne se soumettent à l’Autorité qu’avec une saine distance.

 

Crise de compétence

Un médecin colombien et son stéthoscope rappellent les consignes sanitaires

On a déjà abordé, dans cette chronique, les aspects de la crise sanitaire liés à la recherche de légitimité par les acteurs principaux du drame : politiques, experts et médias. Au-delà, on voit également émerger les signes d’une crise de compétences. On en avait senti les prémisses dans la valse-hésitation au sujet des masques. L’affaire se corse avec l’incapacité d’anticiper et d’adapter les systèmes de santé entre les vagues. Avec CHF 1,7 milliard de budget d’argent public, 12’000 collaborateurs, le CHUV lausannois sature lorsqu’il accueille… 35 patients en soins intensifs (que se passerait-t-il si un train avait le malheur de dérailler ?). C’était le cas en mars 2020. Ça l’est toujours aujourd’hui.

Mais c’est avec la vaccination que l’incompétence des décideurs se dévoile de la manière la plus évidente. Manque d’anticipation, réticences idéologiques, incompréhension des enjeux et incapacité de formaliser une organisation dans l’urgence. Face au manque de doses en Europe, on a entendu la Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen faire le constat que « l’industrie ne suit pas le rythme de la science ». Vraiment ? Ne serait-ce pas plutôt la politique qui ne suit ni le rythme de la science, ni celui de l’industrie ? Et que faut-il penser de l’administration française, pourtant au bénéfice de l’un des fiscs les plus confiscatoires au monde, obligée de se tourner vers le consultant Mc Kinsey pour lui demander d’organiser sa campagne de vaccination ? Comment interpréter, dans certains cantons suisses, les réticences idéologiques à l’égard des cliniques privées, écartées du système de soin public saturé ?

 

Les limites de la démocratie représentative

“Plus de prohibition, plus de couvre-feu, laissez-nous travailler” : quelques-unes des revendications des travailleurs des secteurs de la culture et du tourisme à Medellin… et dans le monde entier.

Hormis la dimension idéologique, il n’y a probablement pas de mauvaises intentions chez ces décideurs dépassés par la difficulté de la situation. Nous vivons dans un monde passionnant certes, mais dont les problèmes, devenus si complexes, réclament la convocation de compétences hors du commun. A ce jeu-là, nous avons également déjà vu que les vieilles démocraties sont très sérieusement challengées par le changement de paradigme lié à l’économie de la connaissance. Sur quoi, sur quel savoir, un « économiste », propulsé de l’Université à la politique sans passer par la case travail, une sociologue qui suit le même parcours, un vigneron ou un avocat spécialisé dans les divorces peut-il fonder son jugement lorsqu’il se trouve face aux avis d’experts-conseils non dénués d’intérêts personnels ou sectoriels ? La question se pose.

Les campagnes électorales actuelles fournissent l’occasion de sonder la composition de la base des partis. Il est intéressant de constater par exemple que la liste du parti largement majoritaire d’une « grande » ville romande est formé de plus de 60% de fonctionnaires ou de retraités de la fonction publique auxquels s’ajoutent une bonne proportion d’employés du… parti lui-même. Peut-on compter sur leur vision quant aux prochains grands enjeux : transhumanisme, liberté d’expression, résistance aux antibiotiques, terrorisme nucléaire, énergies, climat pour ne citer que les problèmes les plus évidents ? Si on en doute, alors peut-être est-il temps de songer à plus de démocratie directe et moins de représentation.

 

Attention aux agendas cachés

L’interdiction de se déplacer a été la plus liberticides de toutes les mesures sanitaires. Hors confinement, ce sont les voyages que l’on cherche à condamner avec des incitations négatives. CHF 169.- pour un test PCR de voyage (auquel le douanier ou l’employé du check-in jette un bref coup d’œil et que l’on trouve au marché noir) représentent une majoration de CHF 32.- par rapport au même test lorsqu’il est destiné au dépistage. A tel point que les employés de l’hôpital qui encaissent ces tarifs en sont ouvertement honteux.

Dans l’indignité, l’interdiction faite aux citoyens suisses de rentrer chez eux s’ils ne présentent pas un test négatif pousse la limite à un point inégalé jusque-là.  La quarantaine hôtelière au retour et aux frais des citoyens imposée par Justin Trudeau aux Canadiens qui vont chercher le soleil et la chaleur est du même ordre. En fermant la Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern a détruit la plus grande partie d’une industrie touristique qui crée de la valeur pour environ 20% du PIB du pays. Cela ne l’empêche pas de rester l’égérie des médias mainstream. Femme, jeune, attractive, de gauche : une figure parfaite de la bien-pensance contemporaine.

Il conviendra d’être très attentif à ce que les décideurs ne profitent pas de cette situation d’interdiction, motivée par la pandémie, pour transformer ces mesures en nouvelles normes sous l’influence des prophètes de l’Apocalypse verte. C’est l’industrie de l’aviation, de l’hôtellerie, mais aussi les Universités (qui dépendent beaucoup des échanges internationaux de cerveaux) et finalement la possibilité de s’enrichir culturellement et intellectuellement à la découverte de l’Autre qui seront en grave danger.

Rester attentif. Au besoin, désobéir… Et développer une économie «informelle» à la manière des Colombiens ?