La communauté trans* face au suicide

La journée internationale du souvenir trans a eu lieu mardi 20 novembre. Cette journée qui vise à commémorer les personnes trans* victimes de crimes haineux, permet également d’ouvrir la discussion sur le chemin qu’il reste encore à parcourir pour qu’ils et qu’elles soient pleinement reconnue dans la société. Elisa Antonio, stagiaire en communication et médias à STOP SUICIDE, vous présente les enjeux de la prévention du suicide auprès de la communauté trans*.

 

L’identité de genre se réfère au ressenti personnel et intime de chacun et chacune quant à son genre. Une personne transgenre ou trans* désigne une personne dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe qui lui a été assigné à la naissance.

S’il n’existe pas de chiffres officiels sur le nombre de personnes transgenres en Suisse, des enquêtes menées aux Pays-Bas et aux Etats-Unis recensent qu’une personne sur 200 ne s’identifierait pas (ou du moins, pas complètement) au sexe qui lui a été assigné à la naissance [1]. Sur la base de ces estimations, des associations telles que Transgender Network Switzerland (TGNS) évaluent à 40’000 le nombre de personnes trans* en Suisse. 40’000 personnes parfois stigmatisées et discriminées par la société.

 

Des chiffres alarmants

Les personnes transgenres, tout comme la population LGB (lesbiennes, gays, bisexuel.le.s), sont plus susceptibles d’être confrontées aux pensées suicidaires, aux tentatives de suicide et au suicide que les personnes cisgenres [1] et/ou hétérosexuel.le.s. Des études menées en France, en Europe et aux Etats-Unis mettent en évidence des chiffres alarmants : tandis que le risque de passage à l’acte est 2 à 5 fois plus élevé chez les jeunes LGB que chez les jeunes hétérosexuel.le.s [2], les personnes trans* ont jusqu’à 10 fois plus de risque de passer à l’acte que leurs pairs cisgenres [3]. Qui plus est, 69% des jeunes trans* auraient déjà pensé au suicide [4].

Alexia Scappaticci, éducatrice spécialisée et coordinatrice du Refuge Genève (un espace d’accueil, d’écoute et de soutien pour les jeunes LGBTIQ), confirme ces chiffres : « Il y a environ une personne transgenre sur trois qui fait une tentative de suicide au cours de sa vie. Sur les 46 jeunes trans* qu’on côtoie au Refuge, toutes et tous ont eu recours à des gestes d’auto-agression… Ça donne un ordre d’idée de la détresse psychologique qu’ils et qu’elles doivent ressentir. »

 

Une population particulièrement vulnérable

Comment expliquer que la communauté trans* soit plus à risque en ce qui concerne les pensées suicidaires ? La Fondation vaudoise Agnodice, active dans le soutien et l’orientation des jeunes qui se questionnent sur leur identité de genre, rappelle que « ce n’est pas la situation trans* qui conduit les personnes transgenres au suicide, mais c’est le regard que la société porte sur elles qui les rend vulnérables. On est dans une société encore très discriminante. Les actes de discrimination à l’égard des personnes trans* peuvent les amener à se sentir moins légitimes. Certain.e.s d’entre eux.elles vivent un parcours du combattant. »

Des études américaines et européennes montrent que les personnes transgenres font davantage face au rejet, à l’exclusion et au manque d’acception de la société. Ils et elles sont par ailleurs plus susceptibles d’être exposé.e.s à la discrimination, au harcèlement ou à des formes de violence transphobe car leur apparence et leurs comportements (on parle d’expression de genre) ne respectent pas les rôles de genre associés traditionnellement au sexe qui leur a été attribué à la naissance. [5]

Le coming out (dire à son entourage que l’on est trans*) lorsqu’il a lieu à l’adolescence constitue d’autant plus une période à risque car les jeunes trans* redoutent d’être rejeté.e.s à un âge où l’on cherche à s’identifier à ses pairs. [5]

D’autres facteurs tels que le manque d’ouverture des institutions scolaires ou des services de santé doivent finalement être pris en considération. La Fondation Agnodice observe parfois un manque de connaissance et de compréhension dans le milieu hospitalier. C’est pourquoi l’établissement vaudois sensibilise les professionnel.le.s de la santé, le personnel scolaire et les étudiant.e.s car chacun.e d’entre nous a un rôle à jouer dans le bien-être moral d’un proche trans*.

 

Parler, sensibiliser et visibiliser

Si l’environnement peut être source de discrimination, et donc d’angoisse pour les personnes transgenres, la société tend progressivement à changer et à s’ouvrir à la diversité. De plus en plus d’initiatives voient le jour et bousculent les préconçus sur l’identité de genre. C’est le cas du hashtag #MyTransBody qui vise à visibiliser les personnes transgenres sur les réseaux sociaux. Source majeure de harcèlement, ces réseaux sociaux permettent aussi aux jeunes de trouver du soutien auprès d’une communauté et de dénoncer les abus dont ils et elles sont victimes.

Représenter les défis des personnes trans* et faire appel à des modèles trans* au cinéma ou sur petit écran est un acte qui peut sembler anodin, mais qui constitue une démarche essentielle dans la reconnaissance de la communauté trans* dans la société.

 

 

Si les réseaux sociaux peuvent donc devenir un espace de protection pour les jeunes trans*, Alexia Scappaticci rappelle que le soutien familial demeure essentiel : « Les jeunes ont besoin de se construire avec le soutien de leur famille. D’ailleurs les études le montrent, particulièrement pour les personnes trans*. Un chiffre est assez parlant : il y a 93% de moins de conduites à risque et de problèmes liés à la santé mentale lorsque les parents sont soutenants. » S’il arrive que les parents soient démunis suite au coming out de leur enfant, Alexia Scappaticci observe néanmoins que les tensions et les conflits s’apaisent lorsque l’ensemble de la famille est pris en charge et informé : « Depuis que le Refuge a ouvert, nous avons fait une trentaine de médiations familiales, et sur les 30, il n’y en a que 2 qui n’ont pas abouti. C’est très encourageant. Bien évidemment, on passe par des moments difficiles, mais il y a un vrai espoir autour de la discussion avec la famille. »

 

Laverne Cox, actrice devenue célèbre grâce à son rôle dans la série Orange is the new black, est la première femme trans* à faire la une du magazine Time

 

Mieux comprendre et intégrer les personnes trans*

Nous pouvons toutes et tous être amené.e.s à rencontrer une personne trans*. La manière dont on s’adresse à celle-ci lui permettra de se sentir reconnue et respectée dans son identité. Si différentes idées reçues entourent la transidentité, déconstruire ces mythes aide à lutter contre l’ignorance et la discrimination :

  • Se définir comme transgenre est une lubie, une passade, une crise liée à l’adolescence : s’identifier dans un autre genre n’est pas un phénomène de mode ou une passade. Au contraire, la conscience de soi et le sentiment d’appartenir à un genre apparaissent très tôt vers l’âge de 5-8 ans. Les études montrent qu’après le commencement de la puberté, il y a très peu – si ce n’est aucun – changement du ressenti profond de l’identité de genre.
  • C’est contre-nature : le sexe physique interne et/ou externe de naissance d’une personne ne définit pas son genre, mais c’est bien le ressenti intime qui définit comment l’on s’identifie. Toutes les identités de genre sont valides.
  • Une personne trans* est un.e travesti.e : e travestie est une personne qui porte temporairement des vêtements qui ne correspondent pas à son sexe biologique. La plupart des travesti.e.s vivent dans le genre attribué à leur naissance le reste du temps

 

Les formulations auxquelles nous avons recours peuvent également être source de stigmatisation pour les personnes trans*. Inclure et accepter les personnes trans* passe donc également par l’utilisation d’une terminologie respectueuse :

  • « Transsexuel.le » :le est un terme issue de la psychiatrie. A l’époque les personnes trans* étaient catégorisées comme souffrant d’un trouble de la personnalité. Or la transidentité n’est pas une maladie. Le terme transsexuel peut laisser penser que l’on parle de la sexualité alors qu’il s’agit bien d’identité de genre. Il est donc préférable d’utiliser les termes transgenre ou transidentitaire, ou tout simplement trans*.
  • « Transformation » : une personne trans* ne se transforme pas, elle ne change pas de personnalité, mais elle transitionne d’un genre à un autre. Il est donc préférable d’utiliser les termes transition, transitionner.
  • « Né.e dans un corps de garçon/fille » : En général, les personnes trans* expriment que le sexe qui leur a été assigné à la naissance n’a jamais correspondu à leur expérience vécue intérieurement. Il est préférable d’utiliser l’expression « assigné.e garçon/fille à la naissance ».

 

Quelques institutions en Suisse romande

Différentes institutions existent et sont prêtes à accompagner et guider les personnes qui le désirent dans leurs questionnements sur leur identité de genre. Voici une sélection non-exhaustive de quelques organisations en Suisse romande :

  • Le Refuge Genève procède à l’accompagnement individuel de celles et ceux qui s’interrogent sur leur identité de genre ou sur leur orientation sexuelle. Le Refuge Genève procède à des médiations familiales pour résoudre les conflits, fournit un hébergement lorsque le dialogue avec la famille est momentanément rompu et soutient les professionnel.le.s qui sont au contact des jeunes LGBTIQ.
  • Le Groupe Trans de l’Association 360 propose un espace de rencontre, de discussion et de soutien aux personnes concernées par les questionnements d’identité de genre dans le canton de Genève. Le Groupe Trans offre l’opportunité de rencontrer d’autres personnes qui vivent des questionnements identitaires.
  • Totem est un groupe genevois de rencontre, de soutien et d’écoute pour les jeunes LGBT ou tout jeune qui se questionne sur son orientation sexuelle ou son identité de genre. Le groupe organise des soirées thématiques et des rencontres conviviales afin d’écouter et soutenir les jeunes.
  • La Fondation Agnodice offre soutien, conseils et accompagnement pour les jeunes trans* et leur proche dans les domaines social, scolaire, familiale et médical dans le canton de Vaud. La Fondation propose également des formations aux professtionnel.le.s qui travaillent quotidiennement aux côtés des jeunes trans*.
  • SARIGAI est une association fribourgeoise qui offre à toute personne concernée par des questions liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre une structure d’accueil, d’écoute, d’information, d’expression, de convivialité et de solidarité.
  • Alpagai est une association valaisanne qui offre un lieu d’information, de rencontre et de soutien pour les personnes concernées par les questions d’identité de genre et d’orientation sexuelle.
  • Togayther est une association neuchâteloise qui offre une structure d’accueil et de défense des personnes LGBT. L’association organise des soirées d’information, des débats et des rencontres mensuelles en lien avec les problématiques LGBT.
  • La Transgender Network Switzerland (TGNS), association suisse des personnes trans*, est chargée de représenter les intérêts de toutes les personnes qui ne s’identifient pas au genre qu’elles ont reçu à la naissance. L’organisation sensibilise les médias et le grand public quant aux questions liées à l’identité de genre.

 

 

 


Sources / liens utiles :

 

[1] Désigne une personne dont l’identité de genre correspond au sexe qui lui a été assigné à la naissance.

[1] https://www.tgns.ch/fr/information-2/

[2] Häusermann, M. L’impact de l’hétérosexisme et de l’homophobie sur la santé et la qualité de vie des jeunes gays, lesbiennes et bisexuel-les en Suisse. Le droit de l’enfant et de l’adolescent à son orientation sexuelle et à son identité de genre. 2014.

[3] Haas, A., Rodgers P., Herman, J. Suicide attempts among transgener and gender non-conformin adults. American foundation for suicide prevention et The Williams Institute. 2014

[4] Alessandrin, A. Quelle place pour les élèves trans ?. 2013.

[5] Strauss, P., Cook, A., Winter, S., Watson, V., Wright Toussaint, D., Lin, A. Trans Pathways: the mental health experiences and care pathways of trans young people. Summary of results. Telethon Kids Institute.2017.

https://www.telethonkids.org.au/globalassets/media/documents/brain–behaviour/trans-pathwayreport-web2.pdf

 

Autres liens :

 

[1] Désigne une personne dont l’identité de genre correspond au sexe qui lui a été assigné à la naissance.

Charlotte Frossard

Charlotte Frossard

Charlotte Frossard est vice-présidente du comité de STOP SUICIDE. Parallèlement à son engagement bénévole auprès de cette association, elle poursuit une carrière de journaliste.

Une réponse à “La communauté trans* face au suicide

  1. Bonjour encore Mme Frossar,

    En voyant le reportage de Mis au point de dimanche dernier et aussi un autre un peu plus ancien aussi su la RTS sur les “accidents de personne”,je me demande (vous demande) si vraiement la Suisse reste dans la moyenne européene ou si on cache,derrière la “Suisse modèle” qu’on essaye toujours de “nous vendre”,tous ces tabous (ô combien de tabous! en Suisse)
    Votre collègue de Stop suicide dans ce reportage parle eele aussi de ne pas cacher mais d’en parler franchement de ce sujet

    Merci pour votre engagement

    Rafael

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