Briser le tabou avec les jeunes : les ateliers de STOP SUICIDE

Dans cet article, je vous propose de faire la connaissance des deux chargé.e.s de projet à STOP SUICIDE qui vont à la rencontre des jeunes, partout en Suisse romande, pour parler avec eux du suicide. En quoi consiste leur travail ? Comment abordent-ils nos enfants, adolescents et jeunes adultes ? Quelles sont les réactions qu’ils récoltent ? Tour d’horizon dans cet entretien !

 

Neslie et Abbas, bonjour ! Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

 

  • Neslie : Je m’appelle Neslie Nsingi. J’ai intégré l’équipe de STOP SUICIDE en octobre 2017 après avoir terminé un master en socioéconomie. Au sein de l’association, je suis chargée des interventions en milieu scolaire, dans les hautes écoles et les universités. Je m’occupe également de l’organisation des modules de sensibilisation destinés aux encadrant.e.s de jeunes.

 

  • Abbas : Je suis Abbas Kanani, j’ai 27 ans et je travaille pour STOP SUICIDE depuis octobre 2017 en tant que chargé de prévention. Je me suis orienté dans le domaine de la prévention du suicide à la suite de mon master en psychologie clinique et sociale. Je suis en charge des interventions dans le milieu extra-scolaire, c’est-à-dire dans les semestres de motivation, foyers, maisons de quartier, écoles professionnelles et autres associations.

 

 

Comment se déroulent vos ateliers ? 

  • Abbas et Neslie : Un atelier se divise en trois parties : on commence par un tour de table pour que tous les participant.e.s se présentent. Ensuite, on déconstruit quelques “mythes” sur le suicide. Les jeunes peuvent donner leur point de vue, et nous expliquons la position de la prévention vis-à-vis de ces idées reçues.
    Puis, les jeunes travaillent ensuite par groupe sur plusieurs situations en lien avec le risque suicidaire : harcèlement, insultes sur les réseaux sociaux, coming out et pensées suicidaires. On leur propose de réfléchir ensemble sur ce qu’ils feraient pour un.e ami.e dans cette situation : quelles émotions ressentiraient-ils ? Comment pourraient-ils agir ? Quelles personnes de leur entourage mobiliser ?
    Enfin, on termine l’atelier en présentant des ressources d’aide auxquelles les jeunes peuvent faire appel. L’objectif est de faire connaître les services d’écoute comme la ligne Conseil + Aide 147 de Pro Juventute et les institutions qui proposent une prise en charge comme les urgences psys ou l’unité pour adolescent.e.s Malatavie à Genève. L’atelier est toujours préparé en amont avec les responsables de l’institution. Le jour de l’atelier, nous sommes toujours accompagné.e.s par un.e psychologue qui est là pour discuter avec les jeunes en cas de besoin durant ou à la fin de l’atelier.

 

Abbas et Neslie consultent la BD “Les Autres”, créée avec le dessinateur genevois Kalonji pour promouvoir la santé mentale et le bien-être des jeunes.

 

Comment faites-vous pour susciter l’attention des jeunes ?

  • Abbas : Le niveau d’attention dépend non seulement du contenu de l’atelier mais aussi de notre capacité à cibler la réalité à laquelle les jeunes sont confrontés. On peut s’en rendre compte au moment des présentations, quand on demande aux jeunes de partager un de leurs rêves. Ils et elles mettent en avant leurs centres d’intérêt, mais également leurs cercles d’amis, leurs futurs voyages, leurs prochaines sorties ou encore leur quotidien. Durant les ateliers, l’enjeu est de rebondir sur ces informations afin de créer des exemples pertinents pour eux.
  • Neslie : Dès le début de l’atelier, nous essayons de les impliquer, de les faire participer le plus possible. Nous essayons de susciter le débat en les interpellant directement.

 

A quelles réactions êtes-vous confronté.e.s lors de vos ateliers avec les jeunes ? Les

 jeunes sont-ils réceptifs à ce sujet qui est lourd ?

  • Neslie : Je pense que de nombreuses personnes seraient étonnées de la facilité avec laquelle les jeunes abordent cette thématique. S’ils.elles n’y ont heureusement pas tous été confronté.e.s, les jeunes ont souvent des opinions sur la question du suicide, et les occasions de les exprimer sont rares. En leur ouvrant cet espace de discussion, on peut ainsi aborder le sujet librement dans un climat bienveillant. Cela leur permet parfois de reconsidérer leurs points de vue.
  • Abbas : Les jeunes sont plutôt étonné.e.s de voir d’autres jeunes, comme nous, leur parler de ce thème. Ils sont habitué.e.s à voir des intervenant.e.s plus âgé.e.s et sont donc plutôt surpris de notre venue. Notre âge est un facteur qui facilite le dialogue. Ils.elles affirment souvent s’être senti.e.s davantage compris.e.s et proches de nous que lors d’autres séances de prévention. Une fois les présentations terminées, les jeunes sont très ouvert.e.s à aborder la thématique du suicide. En général, ils.elles sont très engagé.e.s dans les moments de débats et donnent volontiers leur avis quand nous déconstruisons les idées reçues sur le suicide.


Les jeunes abordent-ils ce sujet sans peur ou au contraire parler du suicide reste-il toujours aussi tabou ?

  • Neslie : Je n’ai jamais constaté de peur. Une fois que le sujet est lancé, le tabou est levé et les jeunes parlent librement. Par contre, il arrive que des jeunes soient concerné.e.s de manière plus ou moins directe par le suicide, et se sentent mal à l’aise. Dans ce cas, ils.elles n’ont aucune obligation de poursuivre l’atelier : ils.elles sont libres de quitter la salle et peuvent alors s’entretenir de manière confidentielle avec le ou la psychologue accompagnant.e.
  • Abbas : Nous avons tous des a priori sur la manière dont ce type de sujets sera accueilli par les jeunes, mais en réalité c’est surtout une appréhension de la part des professionnel.le.s qui n’est pas partagée par les jeunes.

 

Quelles sont les réactions des institutions où vous intervenez (corps enseignant, directions, etc.) ?

  • Neslie : C’est assez varié. Il y a d’un côté, des personnes qui se sentent très investies sur la thématique et sont en faveur des actions de prévention. De l’autre, nous avons des réactions plus méfiantes, de personnes qui estiment parfois que ce n’est pas le rôle de l’école d’agir dans ce domaine.
  • Abbas : Les établissements qui nous connaissent déjà savent que nos ateliers sont ciblés sur la bienveillance et sur les façons de venir en aide à un.e ami.e qui n’irait pas bien. Il y a une façon de parler du suicide qui est délimitée par la prévention. Les écoles qui nous reçoivent n’hésitent par à renouveler l’expérience chaque année. À l’opposé, les établissements dans lesquels nous ne sommes pas encore intervenu.e.s sont parfois réfractaires à cette thématique et manifestent certaines idées reçues sur le suicide.

 

Quel moment vous a le plus marqué en atelier ?

  • Neslie : Dans une classe, les élèves étaient si bienveillant.e.s entre eux qu’ils ont applaudi un de leur camarade lorsqu’il a raconté son rêve. Ils et elles ont aussi enlacé une autre élève qui avait elle-même été concernée par la thématique.
  • Abbas : Touchée par nos actions, une jeune a demandé à faire un stage au sein de notre association. L’intervention l’a motivée à s’orienter dans la prévention.

 

J’imagine que vous êtes aussi confronté.e.s à des moments plus durs…

  • Neslie : Les jeunes partagent souvent des choses très personnelles lors des ateliers. Le moment le plus dur que j’ai connu, c’est lorsqu’une jeune a témoigné devant sa classe en expliquant qu’elle n’avait pas pu aider un de ses proches, car elle n’avait pas osé parler des pensées suicidaires qu’on lui avait confiées.
  • Abbas : Pour les jeunes concernés par les idées suicidaires, notre atelier est parfois la première occasion qu’ils ont d’exprimer leur mal-être. C’est très touchant quand ils.elles nous confient les difficultés qu’ils.elles ont eu à en parler à leurs proches. Certaines fois, ils ne savent pas non plus qu’ils peuvent trouver de l’aide auprès de professionnel.le.s, dans ce cas, nous les orientons vers les ressources adaptées et nous assurons qu’ils sont pris en charge.

 

Quelles sont les sentiments et les émotions qui prédominent après vos interventions ?

  • Neslie : De la gratitude ! Les jeunes s’ouvrent à nous et à leur classe durant une heure et demie, grâce à la sensibilité de leurs encadrant.e.s à la thématique. De la satisfaction aussi d’avoir pu transmettre les messages de la prévention.
  • Abbas : On donne beaucoup d’énergie durant ces ateliers et on en reçoit énormément en retour. Après un atelier d’une heure et demie, je me sens personnellement épuisé, car il faut maintenir un niveau de concentration énorme. Les retours des jeunes nous encouragent et nous poussent à nous investir davantage pour cette cause. Je suis également fier de nos interventions. J’espère qu’elles aident ou au moins qu’elles donnent quelques clés aux participant.e.s pour aider d’autres jeunes.

 

 

Pour en savoir plus sur nos interventions auprès des jeunes

–> Si vous voulez plus d’informations sur nos ateliers : consultez notre page dédiée

–> Si vous voulez organiser un atelier dans votre établissement : contactez-nous

–> Si vous voulez voir à quoi ressemblent nos ateliers : lisez cet article de la Tribune de Genève ou visionnez le reportage d’Ensemble de la RTS ci-dessous :

 

 

 

 

 

Charlotte Frossard

Charlotte Frossard

Charlotte Frossard est vice-présidente du comité de STOP SUICIDE. Parallèlement à son engagement bénévole auprès de cette association, elle poursuit une carrière de journaliste.

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