Pour se protéger contre le suicide, la bienveillance

Contrairement à ce qu’on pense parfois, le suicide n’est pas une fatalité contre laquelle nous serions totalement impuissant.e.s. Au contraire, il est possible d’agir en amont et de se prémunir contre les pensées et d’éventuelles crises suicidaires, qui peuvent toucher chacun.e d’entre nous dans des périodes de vie difficiles.

Le suicide, rappelons-le, n’est jamais dû à une seule cause : c’est un phénomène complexe et multifactoriel. C’est pourquoi il est possible de le prévenir en agissant sur ses multiples causes.

Il existe en effet des “facteurs de protection” qui nous rendent moins vulnérables à une crise suicidaire. Certains sont liés à notre personnalité elle-même, d’autres à notre environnement. Bien sûr, nous ne pouvons pas agir sur chacun d’entre eux : certains sont indépendants de notre volonté. Nous ne sommes pas égaux dans ce que nous avons reçu dans notre enfance; nous ne choisissons pas notre condition socio-économique ou notre orientation sexuelle.

En revanche, nous pouvons veiller à ce que les enfants, adolescent.e.s et élèves autour de nous soient sensibilisé.e.s et activent ces petits leviers de protection face au suicide. Même à l’âge adulte, ce sont des outils que nous pouvons entretenir toute notre vie, puisqu’ils sont liés à une bonne santé mentale et physique et à une bienveillance générale – envers soi-même et envers les autres.

 

Animation réalisée lors d’un atelier dans un cycle d’orientation à Genève : sur chaque feuille de cet arbre, les élèves ont écrit leurs “raisons d’aimer la vie”.
©Association STOP SUICIDE

Selon la littérature scientifique, les facteurs de protection face au suicide se regroupent en plusieurs catégories différentes. Cette liste n’est évidemment pas exhaustive.

Caractéristiques personnelles

  • Un des plus importants facteurs de protection est une bonne estime de soi : le fait de se connaître et d’avoir confiance en soi, de se traiter avec indulgence et bienveillance, de se percevoir de façon positive;
  • La capacité à demander de l’aide quand on en a besoin;
  • La capacité à résoudre des problèmes et des conflits, à s’adapter aux différentes situations et à gérer son stress (on parle de stratégies de “coping”);
  • La capacité de se faire des amis et de s’intégrer dans un groupe;
  • Un bien-être psychologique et émotionnel général;
  • Un sentiment de sécurité.

Comportements individuels

  • Avoir une image positive de son corps; en prendre soin et le protéger;
  • Participer fréquemment à des activités sportives;
  • Faire des activités valorisantes.

Réseau social : la famille et les amis

  • Bénéficier d’un soutien familial, entretenir des relations harmonieuses avec sa famille et son entourage;
  • La stabilité et la disponibilité de son milieu familial;
  • L’ouverture au dialogue et aux différences dans son cercle familial et amical;
  • Avoir un réseau d’amis et un réseau social en général.

L’environnement : à l’école (pour les jeunes) et de façon générale

  • Bénéficier d’un environnement scolaire sécurisant (spécialement pour les jeunes gays, lesbiennes, bisexuel.le.s et transgenres);
  • Avoir des expériences scolaires positives;
  • Avoir un accès facile aux structures de soin pour les troubles mentaux et physiques, et les addictions;
  • Avoir un programme de prévention du suicide dans la communauté où on réside, avec des services cliniques efficaces;
  • Avoir du soutien quand on cherche de l’aide.

L’environnement : au moment de la crise suicidaire

Au moment de la crise suicidaire, d’autres facteurs de protection entrent également en ligne de compte. Les méthodes de protection suivantes ont fait leurs preuves :

  • Restreindre l’accès aux méthodes de suicide;
  • Réduire l’accès à l’alcool (le risque de suicide augmente dans certains cas lorsque la personne est en état d’ébriété).

 

Et enfin… la parole

Une autre façon, enfin, de protéger nos jeunes face au suicide est tout simplement d’en parler. On a craint pendant longtemps que le simple fait d’aborder le sujet donne des idées noires aux adolescent.e.s déjà fragiles. Encore aujourd’hui, les politiques ou les directions d’établissements scolaires peuvent être sceptiques face à l’idée qu’une discussion sur le suicide ait lieu avec des élèves. Or les études montrent que tout dépend de la façon dont la discussion est amenée : dans un cadre rassurant et interactif, parler du suicide a un effet préventif chez les jeunes.

Depuis sa création, l’association Stop Suicide va à la rencontre des jeunes dans les endroits où ils se trouvent : les foyers, les maisons de quartier, les semestres de motivation, les écoles. Ensemble, ils discutent des moyens de se protéger face au risque suicidaire, notamment avec les questions suivantes :

Comment avoir de la bienveillance envers soi-même ?

Comment en avoir envers les autres ?

Quelles sont les activités qui me font du bien, qui me ressourcent ?

Où vais-je chercher de l’aide quand j’en ai besoin ?

Quels sont les signes qui indiquent que je vais mal ? Ou que quelqu’un de mon entourage va mal ?

 

Animation réalisée lors d’un atelier dans un cycle d’orientation à Genève : en quoi t’engages-tu à être bienveillant ?
©Association STOP SUICIDE

Pour en savoir plus sur nos interventions auprès des jeunes

–> Si vous voulez plus d’informations sur nos ateliers : consultez notre page dédiée

–> Si vous voulez organiser un atelier dans votre établissement : contactez-nous

–> Si vous voulez voir à quoi ressemblent nos ateliers : lisez cet article de la Tribune de Genève ou visionnez le reportage d’Ensemble de la RTS ci-dessous :

 

 


Références

Dossier général d’information sur le suicide des jeunes : https://stopsuicide.ch/wp-content/uploads/2017/07/DOSSIER_INFO_SUICIDE_JEUNES_FINAL.pdf

Office fédéral de la santé publique (2005). « Le suicide et la prévention du suicide en Suisse, Rapport répondant au postulat Widmer (02.3251) »

Rapport de deux études européennes (Seyle et YAM) sur l’impact des interventions en milieu scolaire sur les élèves : https://stopsuicide.ch/wp-content/uploads/2017/07/160712_SEYLE_programme_YAM.pdf

https://www.preventionsuicide.be/fr/je-cherche-des-infos/facteurs-de-risque.html

https://www.aqiism.org/wp-content/uploads/2015/05/Aide-m%C3%A9moire_facteurs_risque_suicide_et_-protection.pdf

www.infosuicide.org

Charlotte Frossard

Charlotte Frossard

Charlotte Frossard est vice-présidente du comité de STOP SUICIDE. Parallèlement à son engagement bénévole auprès de cette association, elle poursuit une carrière de journaliste.

4 réponses à “Pour se protéger contre le suicide, la bienveillance

  1. Juste vous dire que cet article est très pédagogique et reflète bien la réalité .
    Nous avons eu à déplorer le suicide de notre fils ainé en janvier 2014 , malgré toute ma vigilance et mes discussions avec lui , je ne l’ai pas vu venir.
    Bravo pour votre travail , je pense que donner ces clés comme vous le faite sauve des vies

    1. Cher Philippe, un chaleureux merci à vous pour votre message et vos encouragements. Je suis sincèrement désolée d’apprendre que vous avez perdu votre fils. Nous essayons dans notre association de diffuser ces messages de prévention le plus largement possible… tout en rappelant que malheureusement, malgré toutes les informations dont nous pouvons disposer et malgré toute la bienveillance au monde, personne n’est tout-puissant pour autant. Etre attentif aux autres est déjà un grand pas.
      Je vous envoie mes meilleures pensées.

  2. Bonjour Charlotte,

    Merci pour cet article. Vous écrivez qu’une bonne estime de soi est primoriale, ce qui me semble tout à fait juste. Avez-vous des pistes pour travailler ou améliorer cet estime de soi? Que peut-on faire lorsque l’on a une estime de soi défaillante?
    Je connais plusieurs personnes ayant fait des tentatives de suicides avant de se suicider. Elles ont été pris en charge, mais le personnel médical ne les a pas du tout aidées à améliorer l’estime d’elles-mêmes, peut-être même au contraire.
    J’aimerais savoir si vous connaissez les raisons pour lesquelles une personne aura une bonne ou une mauvaise estime d’elle-même, et comment remédier à ce problème.
    Merci.

    1. Bonjour et merci beaucoup pour votre commentaire et vos questions, qui méritent d’être posées ! Voici des éléments de réponse issus d’études sur le sujet, ainsi que quelques références supplémentaires, si vous voulez creuser encore un peu la question.

      L’estime de soi correspond en général à la valeur que les individus s’accordent, donc le fait de s’aimer ou ne pas s’aimer, de s’approuver ou se désapprouver.
      Cette évaluation de soi se fait à travers différents facteurs comme les performances de l’individu (je me sens aussi intelligent que les autres), son apparence (je suis satisfait de l’apparence de mon corps en ce moment) ou encore des contenus d’ordre social (je suis préoccupé par ce que les autres pensent de moi).

      Nous savons également que l’estime de soi est positivement corrélée à l’intégration scolaire, professionnelle et d’ordre général à l’intégration sociale.

      Ainsi, tous les moyens mis en œuvre pour intégrer la personne souffrant de solitude dans un groupe social ou pour mettre en place un soutien social peuvent impacter positivement son estime d’elle-même. Nous pouvons par exemple prendre régulièrement des nouvelles de cette personne, lui proposer une activité valorisante pour elle ou alors lui proposer une nouvelle activité afin de mobiliser et développer de nouvelles compétences et un nouveau groupe social.

      Ajoutons encore que certains facteurs sont plus importants que d’autres en fonction de la valeur que la personne accorde à ceux-ci. C’est pourquoi la perception de l’estime de soi dépend en grande partie de l’individu en question : il est parfois nécessaire d’entamer un travail ciblé avec un psychologue.

      Concernant l’origine d’une estime de soi positive ou négative, c’est impossible de répondre directement à cette question, car la réponse varie d’un individu à l’autre. Cela nécessite un travail personnel et approfondi qui peut être mené avec un professionnel.

      Pour aller plus loin : “Conduites à risques et variation de l’estime de soi chez les adolescents : l’exemple du parkour”, N. Cazenave et G. Michel (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0003448708002990)/ “Connaissance de soi et estime de soi : ingrédients pour la réussite scolaire”, D. Martinot (https://www.erudit.org/fr/revues/rse/2001-v27-n3-rse848/009961ar/).
      N’hésitez pas à consulter également la page dédiée à ce sujet sur le site ciao.ch : http://www.ciao.ch/f/estime_de_soi/. Le site s’adresse plutôt aux jeunes mais il donne des pistes de réflexion et propose des tests et des jeux pour évaluer son estime de soi.

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