Des applis qui font du bien

Ce mois-ci, je vous propose de découvrir un article écrit par Nina Beuret, dans le cadre de son stage en communication et médias à STOP SUICIDE. Originaire de Delémont, Nina a 24 ans et a étudié à l’Université de Neuchâtel. Dans le cadre de son stage, elle participe à la rédaction de la newsletter et de la revue de presse, et publie quotidiennement sur les réseaux sociaux et le site web de l’association. Après son stage, elle souhaite poursuivre une carrière journalistique.

Amatrice de nouvelles technologies, Nina a exploré les applications et sites web qui ont pour but de favoriser l’entraide et la bienveillance entre les utilisateur-trice-s. Elle partage avec vous le fruit de ses recherches !

 

 

Par Nina Beuret

Les réseaux sociaux ont souvent la réputation d’augmenter le risque suicidaire chez les jeunes, notamment parce qu’ils servent de plateforme au cyber-harcèlement. Celui-ci s’ajoute, pour certain-e-s, au harcèlement scolaire, ce qui ne laisse aucun répit aux victimes car leur smartphone les rend atteignables partout et à tout moment. Il a également été constaté que le fait de passer beaucoup de temps sur les écrans – et celui de son smartphone en particulier – avait un effet négatif sur la santé mentale[1]. Des études ont toutefois prouvé qu’une présence sur les réseaux sociaux pouvait aussi avoir un effet préventif en permettant aux individus d’être mieux intégrés socialement[2], ce qui est très important en cas de dépression ou de pensées suicidaires. Le rôle des médias sociaux, qu’il s’agisse de simples applications de messagerie comme Whatsapp ou de plateformes de partage de contenu telles que YouTube, est donc ambivalent. L’effet qu’ils ont sur la tendance au suicide dépend alors de leur utilisation – et plus particulièrement de la bienveillance de leurs utilisatrices et utilisateurs, d’autant que les administrateurs de ces sites et applications restent souvent inactifs en cas de contenus problématiques.

 

La bienveillance existe

Heureusement, il existe des sites et applications conçus pour prendre soin de sa santé mentale et pour favoriser la bienveillance. Nous en avons distingué deux types : d’une part, des applications qui s’utilisent individuellement et aident à gérer le stress et les émotions en tenant une sorte de journal de bord personnalisé. On travaille sur son propre bien-être.

D’autre part, des réseaux sociaux qui ont pour but de favoriser l’entraide et la bienveillance en permettant à leurs membres de partager leurs vécus ou des contenus inspirants. Ces applications et sites restent peu connus et fréquentés, bien moins que les géants d’internet. Ils gagneraient toutefois à l’être car ils peuvent s’avérer très utiles.

Voici quelques exemples qui ont retenu notre attention.

 

Applications pour son bien-être

L’application StopBlues vient d’être lancée en France, mais la plupart de ses fonctionnalités sont accessibles partout. Elle a été mise au point, de même que le site internet du même nom, par des chercheur-e-s de l’INSERM, l’institut national de la santé et de la recherche médicale.

Visuel réalisé par le concepteur du site et de l’application, Edouard Bastide.

L’appli est très complète car elle permet à la fois de faire un journal de bord de sa santé mentale, de prévoir des solutions personnalisées, et offre de la documentation illustrée en vidéo sur le sujet. Grâce à un service de géolocalisation, elle permet même de trouver de l’aide à proximité, qu’il s’agisse d’un thérapeute ou d’une association.

L’une des rubriques de l’application, appelée « Où j’en suis », permet de faire un bilan de son état de santé général et d’en assurer le suivi. Elle comporte un quizz approfondi, mais permet aussi d’évaluer son moral plus rapidement en répondant à 5 questions. Une autre rubrique compile différentes astuces simples pour s’apaiser, comme des jeux, des exercices de respiration et de psychologie positive. Enfin, il est possible d’élaborer un plan de soutien personnalisé, en listant pour soi-même les signes précurseurs auxquels faire attention, les activités qui peuvent aider, et les personnes à contacter en cas de besoin.

C’est une application très bien conçue, et son design a un effet apaisant. Pour en savoir plus et pour s’inscrire : https://www.stopblues.fr/.

Un équivalent en anglais est l’application MY3, qui permet de lister 3 contacts personnels à appeler en cas de crise, mais les numéros d’aides nationaux et les ressources ne sont malheureusement valables que pour les Etats-Unis. Par contre, elle permet d’élaborer un plan de sécurité très complet, ce qui la rend malgré tout utile pour un public suisse.

Dans le même genre quoique plus simple, l’application PsyAssistance fournit également une aide psychologique : son principal rôle est d’évaluer son humeur pour établir un suivi. Elle permet également de réfléchir à une situation ou un problème en les mettant par écrit, d’établir son propre plan de protection et de lister ses ressources utiles. Le design est par contre un peu moins travaillé, et elle est moins intuitive que Stopblues.

 

L’application Bodyguard a une fonction assez différente : elle permet de bloquer les contenus haineux de manière particulièrement efficace sur les réseaux sociaux. Comme elle le montre en simulation, elle reconnaît de manière intelligente les contenus injurieux, même en langage SMS ou en emojis (les pictogrammes utilisés pour remplacer des mots ou exprimer une émotion). Pour l’avoir testée, nous pouvons vous confirmer qu’elle est assez efficace et précise, bien que certaines nuances échappent parfois à son contrôle. Autre petit bémol, elle n’est utilisable que sur Twitter et YouTube, réseaux qui favorisent l’anonymat et présentent donc sans doute plus de risques. Dommage, mais ça reste une bonne initiative pour lutter contre le cyber-harcèlement.

 

Réseaux sociaux bienveillants

Dernière catégorie, les réseaux sociaux bienveillants. Malheureusement, la plupart ont du mal à résister face aux géants tels que Facebook et disparaissent souvent après quelques mois ou années. En voici quand même deux en anglais qui, même si leur communauté est réduite, partent d’un concept intéressant. Le premier, Vent, existe uniquement sous forme d’application. En se créant un compte anonyme, on peut exprimer une émotion en partant d’un mot-clé, à choisir dans une liste. On peut ensuite élaborer en écrivant un petit texte. Les autres membres peuvent réagir et commenter, toujours de manière empathique et bienveillante : plusieurs réactions sont proposées, comparables à la fonction « like » bien connue.

“Seul-e ? A la recherche d’ami-e-s ? Trouve des personnes qui pensent comme toi et partage ton histoire dans une communauté en ligne sûre”. Slogan partagé sur le compte Twitter du site (©heimo)

Le deuxième réseau fonctionne en revanche sous forme de site internet ; il est finlandais et s’appelle heimo. Il s’agit d’une sorte de communauté en ligne où l’on peut rejoindre des « tribus » thématiques, lancer ou rejoindre différents sujets de conversation. Les créateurs du site ont comme but l’entraide et l’empathie.

 

 

Les deux plateformes permettent de se confier anonymement sur des sujets parfois difficiles comme la dépression et les envies suicidaires et favorisent le soutien entre pairs. Les échanges y sont constructifs et bienveillants. Ces réseaux peuvent être une aide pour les personnes souffrant de solitude ou de dépression, en leur offrant un espace sûr où elles peuvent s’exprimer : à encourager, donc.

 

Les nouvelles technologies ne doivent pas être diabolisées, elles peuvent être de bonnes ressources en santé mentale aussi, à condition d’être utilisées à bon escient. Les exemples que nous vous avons proposés émanent d’initiatives bienveillantes, souvent venues de professionnels de la santé. Ce sont des outils qui valent la peine d’être diffusés. Malheureusement, la malveillance existe aussi, et il est crucial de pouvoir en parler si vous êtes confronté-e-s au harcèlement en ligne. N’hésitez pas à demander de l’aide, par exemple en appelant le 147 (la ligne d’aide de Pro Juventute). Vous trouverez aussi des informations sur le site de l’association Action Innocence, qui lance justement cette année une campagne contre le harcèlement, baptisée “Histoires gravées”.

 


Références

[1] Deux études sur le rôle des smartphones dans la dépression : http://www.chicagotribune.com/lifestyles/health/sc-hlth-smartphones-suicide-teen-girls-1122-story.html et https://www.npr.org/2017/12/17/571443683/the-call-in-teens-and-depression

[2] Article de Slate selon lequel les réseaux sociaux peuvent également avoir un rôle préventif : http://www.slate.fr/story/159319/sociologie-taux-suicide-baisse-internet-reseaux-sociaux-antidepresseurs


STOP SUICIDE s’engage pour la formation et l’insertion des jeunes diplômé-e-s et professionnel-le-s. Le stage de communication et médias d’un durée de 6 mois et est remis au concours 2 fois par année. Le recrutement pour le-la successeur.e de Nina est en cours! Retrouvez l’annonce complète sur notre site.

Charlotte Frossard

Charlotte Frossard

Charlotte Frossard est vice-présidente du comité de STOP SUICIDE. Parallèlement à son engagement bénévole auprès de cette association, elle poursuit une carrière de journaliste.

2 réponses à “Des applis qui font du bien

  1. Bonjour,
    Merci à Nina Beuret pour cet article, c’est très agréable d’avoir l’avis de quelqu’un qui connait le sujet et qui a testé ces applications. Félicitations.

    J’aimerais ajouter deux références:
    1. Un site web, http://www.santepsy.ch/fr/, dont j’avais parlé dans un article (http://bit.ly/2IvsDjT). Une source d’information utile sur la santé mentale.
    2. Un article, “Exposure to, and searching for, information about suicide and self-harm on the Internet: Prevalence and predictors in a population based cohort of young adults”, qui montre qu’Internet est pour le suicide et les auto-mutilations à la fois une aide (soutien) mais aussi un danger.

    Votre article est important car il faut que les patients, comme les professionnels de la santé, connaissent ces applications !

    Jean Gabriel Jeannot

    1. Bonjour Jean Gabriel, merci pour votre commentaire et pour les références que vous ajoutez. En particulier, le deuxième article dont vous parlez nous était inconnu et pourra donc nous être bien utile.

      – Nina Beuret

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