L’immense défaite de l’Europe libérale

Avec sa victoire à 51.9%, le Brexit est un terrible coup de massue pour toute la construction européenne et sa stabilité politique et économique. Elle sonne surtout comme un avertissement sans appel pour qu’on prenne en compte les inquiétudes sociales des populations face à la globalisation.  Des inquiétudes que l’Europe libérale ne s’est toujours pas résolue à considérer.

Institutionnellement, le « leave » est annonciateur d’une nouvelle ère pour l’Europe car elle va devoir se concentrer sur elle-même pour se redéfinir après la sortie de l’un de ses membres historiques les plus importants. On imagine sans peine combien seront complexes les négociations, les discussions même sur son fonctionnement et sa nouvelle architecture.

Quant à la Suisse, les retombées sont prévisibles car elle risque bien d’être reléguée en queue de liste des préoccupations européennes. Cette défaite sonne probablement le glas de deux ans et demi de remous et d’incertitudes politiques internes provoqués par l'acceptation de l'initiative comtre l'immigration de masse. Elle signifie que des trois scénarios envisageables avant le 23 juin pour la mettre en œuvre (plan A : solution négociée avec une loi d’application assortie d’une clause de sauvegarde puis référendum ; plan B : solution de réinterprétation de l’article 14.2 ALCP par le Conseil fédéral puis décision négociée via le Comité mixte ; plan C : solution non-négociée via l’initiative RASA qui demande de biffer l’article 121a et contre-projet axé sur une concordance), il ne reste vraisemblablement plus que le plan C. En Europe tout comme en Suisse, il est plus que jamais nécessaire d’arrêter le somnambulisme et de traiter les malaises sociaux par des remèdes sociaux.

Celsa Amarelle

Celsa Amarelle

Professeure de droit à l'Université de Neuchâtel, Cesla Amarelle enseigne actuellement le droit constitutionnel, les droits humains et le droit de la libre circulation des personnes. Elle est également conseillère nationale (PS/VD), membre de la Commission des institutions politiques et de la Commission des finances (présidente de la sous-commission en charge de la santé), et vice-présidente des Femmes socialistes suisses.

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