Se faire vacciner : la carte n’est pas blanche, ni noire, on est dans le gris

Un sujet qui fait polémique partout dans le monde. Des mesures initiatives sont mises en œuvre. En Suisse, la campagne est en cours. Mieux tard que jamais. Faut-il faire plus pour qu’elle soit efficace et pour que l’immunité collective soit atteinte le plus vite possible ?

Réalités

Dans une société où les libertés sont favorisées, toute contrainte – obligation ou interdiction – est inconcevable. D’ailleurs, aucune vaccination n’est obligatoire en Suisse, contrairement à d’autres pays. Souvent, elles sont recommandées mais jamais imposées. « Swiss style », dirons certains : on recommande, mais on ne contraint pas. Des demi-mesures ? La bonne nouvelle est qu’on a le choix. Pourtant, cela complique passablement les choses. A double tranchant !

Premièrement, on agit pour sauvegarder la santé de la population (fermetures, vaccins, etc). Dans un second temps, on pensera aux autres questionnements : que penser du bénéfice qui sera fait grâce aux vaccins, par exemple ? Les enjeux économiques n’ont pas le droit de primer sur la santé publique. Comment le contester ?

Toutefois, le risque principal de celui-ci est le manque d’efficacité. On n’a pas le recul nécessaire pour en tirer des conclusions. Le manque d’adhésion n’est pas à sous-estimer aussi. En partie, à cause de l’excès d’informations. Faute au nombre d’enjeux sociétaux, à la communication instantanée, aux nouvelles technologies ? Une chose est sûre ; cela aurait été moins compliqué il y a quelques dizaines d’années ! On nage dans un océan sans voir de terre. On est perdu. On ne sait plus quoi faire. On ressent des contradictions. Comme l’être humain, méfiant, cherche à se protéger ainsi que les siens, il évitera tout risque qu’il juge trop grand. Cela dépend de l’éducation, la culture et d’autres paramètres. Quelle que soit sa vision, il la transmet et aimerait être suivi, naturellement.

Certaines personnes sont pour. D’autres sont contre. Selon les messages communiqués, il arrive de changer d’avis. Nos pensées fluctuent. L’immunité collective suffisante de la population est un vrai défi. « Vous vous faîtes vacciner, mais pas moi ! » « Laissons les autres essayer d’abord. Ils seront les cobayes. S’ils s’en sortent bien, j’y réfléchirai ».

Que penser de la solidarité pour se tirer d’une affaire sérieuse ? Est-ce un manque de responsabilité individuelle ? Est-ce suffisant de vacciner seulement celles qui en ont le plus besoin (les personnes vulnérables) pour relancer l’économie ? Et s’il ne devait pas protéger d’un ou plusieurs variants qui apparaîtront peut-être ? Finalement, est-ce qu’on le fait ? Si oui, sous quelles conditions ?

La loi

Le fait de se faire vacciner est-il un droit strictement personnel ? En Suisse, la vaccination n’est pas obligatoire. A titre comparatif, la France liste 11 vaccins comme obligatoires depuis 2018.

« Nos autorités se limitent, en effet, à recommander à certaines catégories de personnes de se faire vacciner », selon la Loi fédérale sur la lutte contre les maladies transmissibles à l’homme.

« Une vaccination est une intervention médicale dans l’intégrité physique d’une personne. La vaccination n’est autorisée que s’il y a consentement » : faisant suite à mes articles sur les droits politiques pour tous (Une voix méprisée, une vie sacrifiée et L’universialité du droit de vote fait-elle du sens?), la question est de savoir si la personne concernée est capable de discernement, et dans quelle mesure le cas échéant ? Le hic : la loi ne fait pas cette différence, c’est oui, ou c’est non. Si ce n’est pas le cas, faut-il tenir compte de son avis personnel ou celui du curateur fait-il foi dans toutes les circonstances ? Peut-il vraiment se mettre à le place de la personne concernée et ne pas considérer ses convictions personnelles ? Je relève ce point pour relever des situations bien plus complexes que les nôtres.

Que faire compte tenu des risques ?

Développement en un temps record. Commercialisation en urgence. Processus de fabrication plus vite que jamais. Cela fait peur. Les inconnues sont nombreuses par rapport au vaccin contre le Covid-19, notamment liées à la mortalité et aux autres conséquences.

Est-ce suffisant de prétendre au développement rapide de la science et de la médecine ? Est-ce que se faire vacciner signifie de risquer toucher à sa (bonne) santé ? Est-il utile d’y inciter tout le monde dans le but de vouloir protéger tous les citoyens, mais les personnes vulnérables et âgées surtout ? Dans quel sens va l’éthique ?

Il me semble important de préciser que toutes les réactions sont légitimes, compte tenu de la situation propre à chacun.

Démystification

La crise dure. Elle est interminable. Comment continuer à vivre avec des mesures allant à l’encontre de la nature humaine (garder les distances, ne plus – ou moins – se côtoyer, etc) ? Les vaccins forment l’espoir principal afin de mettre terme à cette situation.

L’humain pense – c’est dans sa nature – qu’une mauvaise expérience peut et donc va lui tomber sur la tête. Normal, on ne parle quasiment que des personnes qui s’en tirent mal. Lorsque l’on entendra de plus en plus de meilleures (ou de moins mauvaises) expériences, plus de personnes pourraient s’y prêter. De plus, on dira que le médecin cantonal ne recommanderait pas quelque chose de dangereux. D’autant plus qu’on n’autorise pas n’importe quel vaccin en Suisse. Ce sont des arguments visant augmenter la participation.

Toutefois, j’aimerai insister sur la notion de proportionnalité. Elle devrait être appliqué à chacun d’entre nous. Pourrait-elle être varier d’une personne à l’autre ? Je ne connais pas la réponse. Ainsi, quelles sont les chances d’atteindre le but visé (se protéger, protéger les autres, tendre vers l’immunité collective, les risques encourus vis-à-vis des bénéfices souhaités, etc) ?

Conséquences possibles

Enjeux supplémentaire. J’apprécie l’adhésion de la population, sans passer par la contrainte. Aujourd’hui, compte tenu de la situation délicate dans laquelle nous vivons, la limite est fine. Doit-on obliger les citoyens à se faire vacciner pour accéder à certaines prestations ? Difficile à concevoir dans notre société. Est-ce un idéalisme dans le contexte que nous vivons ? Que penser des États-Unis ou de la Russie qui sont largement plus avancés, ce qui permet de relancer plus vite l’économie ? Comment concevoir un pays tel que le Suisse avoir du retard ?

Par ailleurs, on pourrait imaginer qu’être contre la vaccination pourrait, dans un futur proche et pour un temps donné (chaque malheur ayant une fin) avoir des conséquences. Un passeport vaccinal va-t-il exister ? Dans quels pays ? Ne ferait-on pas mieux de l’avoir afin de préserver nos libertés ? Autrement dit, peut-on vraiment être restreint de liberté ? Laquelle ? Pour combien de temps ? Quelles sont les chances de passer à côté d’une potentielle quarantaine en cas de contact rapproché avec une personne malade ? Ne pas se faire vacciner, pourrait-ce signifier un risque de se retrouver « isolé » jusqu’à la maîtrise plus ou moins totale du virus ? Il ne faut pas oublier et rester modeste face aux inconnues : on ne sait pas tout, on ne peut pas tout contrôler et on sait que la situation sera différente dans un futur proche ou éloigné. Le temps dépend de nous. De nos actes. Qu’ils soient responsables.

Mon choix

Je me suis fait vacciner (1ère dose en février, 2ème en mars dernier). Compte tenu de mon asthme, de mon activité de sportive d’élite, de mes voyages nationaux hebdomadaires et internationaux quasi mensuels et de mon handicap, je me suis pressée de le faire dès que possible. Résultat : un soulagement. Cela réduit considérablement ma peur d’être infectée, sachant que le risque de contamination est plus élevé (puisque je me déplace plus). Si cela devait se concrétiser, la probabilité de m’en sortir sans conséquences, malgré ma très bonne forme physique, peut-être faible, selon les statistiques (par rapport aux individus en pleine santé).

Quitte à ressentir des symptômes ou d’être malade pendant quelques jours, je préfère diminuer les chances de souffrir en cas de covid. Même si je devais bien m’en sortir, je ne suis pas prête à revivre des symptômes neurologiques sur le long terme (une fatigue chronique ou un état de confusion, par exemple, vécu suite à mon accident en 2008). Je ne pourrais qu’en vouloir à moi-même le cas échéant, si j’avais décidé de ne pas me faire vacciner (cela s’est par ailleurs très bien passé).

En revanche, la science n’ayant pour l’instant pas encore affirmé le fait de ne pas pouvoir être contaminé ni de ne plus pouvoir transmettre le virus, je reste vigilante avec les autres personnes par le respect des règles à la lettre. Je ne pourrai admettre à moi-même le fait de potentiellement mettre en danger mes proches alors que je ne le suis plus, même s’ils ne devaient plus me percevoir comme un « risque » et qu’ils essayeraient de s’approcher de moi. C’est toute la complexité de cette période qui aura, comme pour tout, une fin, malgré qu’un sentiment d’infini nous anime. Tout est possible, dans un sens comme dans l’autre. Mettons tout en œuvre pour faire pencher la balance du bon côté le plus vite possible.

Celine van Till

Celine van Till défie l’impossible. Du dressage équestre au 100 mètres sprint, valide et handisport, elle court d’un extrême à l’autre. L’ennui n’existe pas. Les surprises attendent. Les limites sont remises en question.

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