Puis-je devenir maman ?

Que pensez-vous des personnes « handicapées » qui veulent avoir un enfant ? Plein d’aspects peuvent justifier les difficultés auxquelles elles devront faire face. Vous, personne extérieure, pouvez être emmenée à douter de leurs capacités à les surmonter.

Par exemple, dans la rue, vous apercevez une maman qui a du mal à se déplacer avec son bébé. Vous voyez qu’elle marche avec un canne et qu’elle est limitée dans ses mouvements. Quelle sera votre réaction ?

Hypothèse 1 : « Waw, elle a du courage, quelle richesse pour l’éducation de l’enfant d’avoir un parent en situation de handicap, c’est beau, elle y arrive, etc ».

Hypothèse 2 : au contraire, « ça doit être dur, la pauvre, elle doit avoir du mal, elle ne s’en sortira pas, avoir un parent comme ça peut être source de moquerie pour l’enfant, ce n’est pas juste, il n’aura pas la même vie que les autres, etc ».

Dire non à au souhait de devenir parent serait plus simple. Mais ce refus est inconcevable, si notre société doit favoriser l’égalité et se veut inclusive.

Ai-je le droit ?

La « parentalité » touche toute la population. Pourquoi certains y auraient droit et d’autres non ? Rappelons qu’être parent est une étape de la vie que chacun devrait pouvoir expérimenter s’il le souhaite, quelle que soit sa situation.

Blocage ? On estime souvent que les personnes en situation de handicap mental ou psychique sont inaptes à l’accueil et à l’éducation d’un enfant, alors qu’il existerait moins de contraintes pour celles en situation de handicap physique. Vérité ou idée reçue ? Cela semblerait encore plus vrai si les deux futurs parents se trouvent dans cette situation.

Le but est de mener une réflexion sur cette thématique. Dans cet article, je considère l’ensemble des personnes en situation de handicap.

Pour trouver des compromis, mon avis doit être clair d’entrée :

  • Étant directement concernée, j’ai commencé par remettre ma propre situation en question. Et si cela m’arriverait un jour ? Malgré la sensibilité du sujet, y répondre m’obligeait à être rationnelle.
  • Secundo, je me suis imaginée dans la situation de chacun des acteurs dans des institutions, tant des résidents, souvent avec un handicap lourd, que des soignants et des thérapeutes. De nature empathique et réaliste à la fois, cela m’a aidé à me mettre dans la peau des autres et à considérer les doutes de toutes les parties. Sans oublier les enjeux sociétaux. Concrètement, comment est-ce perçu ?
  • Peut-on l’interdire à quelqu’un ? Est-ce humain ? Égal ? Éthique ?

Comment réaliser mon souhait ?

Il y a la loi (toute personne a le droit d’avoir une famille). Crucial de ne pas l’oublier. Elle fixe les marges de manœuvre. Le champ d’action possible. Pourtant, pour déterminer les conditions, il est nécessaire de répondre à des questions :

Votre opinion change-t-elle selon la nature du handicap ? Si la personne est aveugle, a un handicap mental ou circule en chaise roulante ? Si le handicap touche une ou les deux personnes du couple ? Est-ce possible d’avoir une vie sexuelle ? Comment faire si elles vivent en institution ? Peut-on tirer la même conclusion pour tout le monde ? Serait-ce légitime ? Qui va payer ? Personne ne peut décider si une personne en a les capacités ou non. Le handicap justifie-t-il l’incapacité de s’occuper de son enfant, d’assumer sa fonction, sa qualité de parent ?

Au premier abord, ces questions inquiètent. Envisageons plutôt comment rendre ce projet de vie envisageable. Quel degré d’assistance et d’accompagnement est-il possible de fournir?

Une précision s’impose pour les personnes reconnues incapables de discernement dû à leur handicap : cela signifie-t-il que ladite personne n’a pas sa tête ? Bien-sûr que non ! Elle peut être capable de discernement pour certains actes mais en être incapable pour d’autres. Ne pas pouvoir gérer son administration, par exemple, ne signifie pas d’être incapable dans la vie ! Leur interdire d’office l’acte concerné n’est-il donc pas complètement discriminatoire ? Idem pour le droit de vote (votation genevoise du 29 novembre prochain).

Rappel : selon les conventions internationales (et le droit national), une personne en situation de handicap incapable de discernement devrait jouir des mêmes droits que toute autre personne (L’article 12 CDPH).

Solution

Y suis-je favorable ? Oui. La condition est de s’y préparer soigneusement. Pour qui ne serait-ce pas le cas ? Quand on parle d’adaptations et de solutions, ne s’agit-il pas d’enlever les obstacles qui, directement ou indirectement, empêchent la réalisation de ce projet de vie ? Par exemple, je pense aux difficultés liées aux politiques de contraception et de stérilisation qui ont existé dans certains milieux. Ou encore à la difficulté de rencontrer un partenaire et à établir une relation continue avec lui, faute d’espaces physiques et d’intimité. On peut y remédier !

Néanmoins, il est nécessaire de tenir compte des arguments allant à l’encontre du fait de devenir parent : l’enfant ne doit en aucun cas subir de tort (protection), le degré d’assistance et d’accompagnement à fournir aux parents ne doit pas être au-delà de leurs moyens financiers.

Pourtant, ces conditions sont essentielles dans toutes les situations : ne faut-il pas agir de la même manière avec les personnes en situation de handicap qu’avec les personnes dites « valides » (celles-ci n’ont pas à demander quoi que ce soit !), à l’exception de leur fournir une aide plus importante ? Cela passe-t-il par un accompagnement vers une institution ou vers prise en charge partielle de l’enfant ? Qu’en pensez-vous ? Votre avis a-t-il évolué ?

La piste de réflexion est ouverte à l’imagination, la créativité et la recherche de solutions. Idem dans tous les domaines de la vie.

Conclusion

Pour moi, si je devais éprouver le souhait d’avoir un enfant un jour, je m’assurerais d’être en mesure de l’assumer. De lui offrir la belle vie qu’il mérite. Je pense avant tout à la charge financière et humaine. Comme tout le monde devrait le faire. Le plus important est que cela se fasse dans de bonnes conditions, considérant l’aide que les familles peuvent obtenir.

L’on se doit de veiller à l’accessibilité d’un tel projet de vie, particulièrement pour les personnes jugées incapables de discernement. Rappelons que tout le monde doit être écouté. Impensable de refuser tout dialogue ou de fonder le refus sur la mauvaise raison, sur la pression sociale uniquement.

Dans toute situation, handicap ou non, tout acte devrait être réfléchi par rapport au principe de proportionnalité : est-il apte à atteindre le but visé ? La réussite est-elle proportionnelle aux risques éventuels encourus par la personne et son entourage ? Finalement, le handicap justifie-t-il d’imposer des conditions supplémentaires ?

 

Photo: Jean-Pierre Isabella

Celine van Till

Celine van Till

Celine van Till défie l’impossible. Du dressage équestre au 100 mètres sprint, valide et handisport, elle court d’un extrême à l’autre. L’ennui n’existe pas. Les surprises attendent. Les limites sont remises en question.

5 réponses à “Puis-je devenir maman ?

  1. La tentation du 0 risque est bien présente dans notre société, c’est bien sûr impossible.
    La France avait instauré un certificat prénuptial entre 1945 et 2008, imposant pour tout mariage civil, une consultation médicale et des examens en laboratoire.
    Elle y a heureusement, de mon point de vue, renoncé depuis.
    L’état et les autorités sanitaires n’ont donc aucune légitimité à établir des critères de capacités au mariage, basés sur des critères physiques ou/mentaux.
    Restent les cautèles légales.
    Une décision de justice peut décider d’une mise sous curatelle, imposant la gestion de la partie financière au quotidien, mais à ma connaissance pas des autres droits, ou la mise sous tutelle qui impose en plus un droit de regard sur toutes les autres décisions, avec transfert de responsabilités.
    Dans ce dernier cas, la personne sous tutelle, se retrouve dans la situation d’un enfant mineur, le tuteur devant donc donner son autorisation…ou non.
    En dehors de ce cas précis, je ne vois pas au nom de quoi on pourrait limiter le droit d’une personne de se marier ou/et de procréer.
    Les critères de décision pour contracter un mariage sont multiples, par pressions sociales, pour faire plaisir aux parents, pour obtenir un statut ou parce qu’un enfants est attendu ou bien sûr par amour, fonder une famille etc!
    Mais cela ne présage en rien de la capacité de réussir, le nombre de divorces étant là pour nous le rappeler.
    Nous faisons tous des erreurs , car nous sommes loin d’être parfait(heureusement) et nous pouvons considérer, de ce point de vue, que nous avons tous des handicaps, physiques, mentaux, sociétaux, éducatifs etc!
    Délicat donc de déterminer une limite de capacité au mariage ou à la procréation, surtout que pour beaucoup, être confrontés à ses limites, est un moteur de progression déterminant!
    Pour répondre à Céline, non le handicap ne justifie pas d’imposer des conditions supplémentaires!
    Bien cordialement
    François Vittori

    1. Merci pour votre message. Je suis heureuse de constater votre vision du handicap! Cependant, le “handicap” (si on peut le dire ainsi) peut même être vu comme un atout: je ne peux m’imaginer revenir en arrière si j’avais le choix. Le but est de diminuer les appréhensions et d’emmener le plus de personnes possibles à le voir positivement!
      Je connais Alexandre Jollien et j’ai eu de magnifiques échanges avec lui. C’est une merveilleuse personne!

      1. Bravo, mais malgré votre énergie débordante, n’oubliez jamais de rester humble.

        Ni le handicap, ni rien, ne l’excuse de l’être et c’est pas simple.

        Bon parcours, chère Céline, vous serez un phare pour beaucoup, tout de bon, sincèrement 🙂

        1. Merci, oui, c’est le plus important. Simplement, j’ai pour mission de continuer à sensibiliser la population. J’ai la possibilité de le faire, je le ressens comme un devoir d’exposer des thèmes liés à la situation du handicap, de réduire des barrières et de créer une “ouverture”. Je serai toujours prête à militer pour cela. En plus de devoir travailler dur pour maintenir toutes mes capacités, ce qui me permet de garder les pieds sur terre.
          Puis, je m’inspire des autres, car j’estime que l’on a quelque chose à apprendre de tout le monde et ça, ça donne de l’énergie 🙂

          Merci beaucoup pour vos vœux, je vous souhaite plein de bonheur!

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