Accroche-toi ou abandonne !

On en parle en politique… On le sait, le besoin d’être aimé par la population existe dès qu’on y est investi. À la fois, il est parfois nécessaire d’être blindé afin de continuer à avancer ou pour se protéger. Lors de chaque défi rencontré, on a toujours le choix : on se demande souvent s’il est mieux de décrocher et d’arrêter ou si le projet mérite d’être mené. Malgré l’ampleur que cette interrogation peut avoir, elle s’expérimente dès notre plus jeune âge… Doit-on continuer à étudier jusqu’à finir l’université ? Doit-on prendre son envol ou rester cloué chez ses parents adorés ? Des choix devront être fait. Et assumés.

Dans mon cas, après l’accident, ayant vécu des hauts et des bas, j’ai choisi la vie. Depuis, je suis parvenue à réaliser ce dont j’avais toujours rêvé : les Jeux (para)olympiques. Plus tard, prenant le risque de ne plus jamais y retourner, j’ai opté de changer de carrière : certes, mon plan d’action est clair (voir article, L’envie du défi bouleverse la vie »).

Organisé par mon entraîneur, mon premier stage s’est très bien déroulé, des repas aux nuitées, en passant par les sessions d’entraînement.

Sachant que j’ai un handicap, les responsables espéraient que j’allais franchir le « cap ». Ils m’ont fait signe qu’ils souhaitaient rendre les conditions d’autant plus agréables… En effet, ils ignoraient ce qui pouvait m’aider… Or, je n’osais pas leur demander plus…  Je me sentais bien et je ne souhaitais surtout pas être liée à l’incapacité…

Malgré que cela puisse paraître utopique ; n’étant pas en fauteuil roulant, mon appartement est adapté… Certaines conditions pouvaient alors éviter de se blesser (me faire mal sur une marche, par exemple).

Les entraînements devaient me permettre d’aller de l’avant… En plus, ils allaient être suffisamment contraignants tant physiquement que mentalement. Par conséquent, il était question de ne pas dépenser de l’énergie inutilement. L’organisation ne doit alors pas être une interrogation : elle doit être (ré)évaluée et bien planifiée, c’est-à-dire qu’après une première expérience, des améliorations pourraient être apportées…

 Ainsi, lors de mon deuxième séjour, je n’aurai pas pu être mieux de jour en jour… Blessée, ce qui n’est pas si étrange à cette période de l’année (après des mois d’entraînement exigeants), je peux parfaitement me reposer et récupérer, tout en continuant de m’entraîner… Ces semaines m’ont permis à nouveau d’augmenter les intensités sans trop impacter mon péroné (l’os de ma jambe qui fût légèrement abîmé).

Certes, la question se posait, si, déjà maintenant après une série d’entraînements, mes jambes ne tenant pas, c’était une bonne idée de continuer sur cette voie ? Pourtant, en huit mois, c’était la première fois où une jambe m’a lâché…

Etant encadrée, j’ai un plan où figurent les séances d’entraînement à exécuter… Puis, je dois le compléter par la réalité… Je suis donc surveillée… Bref, concourant à un niveau élevé, mon entraîneur a créé le moyen d’avoir un suivi régulier.

Un événement survient. Quel est l’impact de ses pensées ? Sont-elles sereines ou au contraire malsaines ? Les spécialistes m’ont appris que l’une entraîne une autre… Nos croyances pouvant finalement être justifiées, il ne faut jamais les négliger…

Le plus important est de prendre soin de tous les petits pépins afin de s’assurer de pouvoir recommencer. Si une chose doit être modifié, cela ne signifie pas que la vie a carrément changé ou est en train de s’écrouler !

Étant donné que progresser était pour moi la clef, bien que les entraînements n’avaient pas été réalisés comme je l’aurai souhaité, je n’allais pas déprimer. J’essayais de ne pas rester focalisée sur l’actualité de mes difficultés : la faculté à récupérer était primordiale et il ne fallait pas rester concentré sur ce qui va mal…

Etant aujourd’hui plus ou moins guérie (un handicap peu visible) et le sport étant devenu mon métier, la prévention de blessure en est la moitié. Cependant, je reste la même personne : je dois prendre en considération mes limites d’équilibre et de coordination. Mon entraîneur a transformé ces difficultés en opportunités : il a utilisé la possibilité de travailler d’autant plus ma (moins bonne) stabilité… J’ai toujours essayé d’exécuter tous les exercices qu’il m’avait donné ! Même si j’en ai souvent bavé !! Ayant souhaité expérimenter la difficulté, la seule option était d’assumer. Finalement, les exercices poussant à me déséquilibrer étaient mes plus grands alliés…

Des petites améliorations peuvent paraître plutôt banales… Pour vous, il s’agit de choses normales… Pour moi, c’est surprenant et cela me prouve que même dix ans après l’accident, il faut « rester ouvert » à de nouveaux (petits ou grands) changements. Et ce pendant toute sa vie, à tout moment !

 Avec le « temps », tout est possible car le cerveau suffisamment tangible… Un but doit être souvent découpé afin d’espérer un jour arriver à la finalité.

Je mesurais mon évolution en la comparant aux données relatives à mon handicap (la quantité de spasmes et de pertes d’équilibre lors d’un geste précis). Par exemple, depuis longtemps, je ne pouvais pas marcher avec du thé ou une soupe réchauffée… C’était dangereux et le renverser ne serait même pas hasardeux ! Pourtant, je suis parfois tentée à essayer, bien que j’apperéhendais de me brûler… Aucune déviation ne pouvait être acceptée sans être blessée… Certes, je me sentais prête (à nouveau) à essayer (quelques pas).  Un peu d’imagination et de créativité furent nécessaires afin de diminuer les risques (se protéger les mains et vider la tasse à moitié avant de marcher). J’y suis finalement arrivée…

Chaque amélioration est relative et doit être comparée à la situation concernée. J’étais une éponge qui absorbait tout ce qu’elle pouvait… Parfois, j’estimais que la quantité d’informations était illimitée… Mais elle ne l’était pas et la réalité m’a vite rattrapée. La qualité fût alors privilégiée et je dû accepter de devoir trier, plutôt que de penser à la globalité…

Mon entraîneur était clair et strict : lors de départ en « starting blocks », je devais avoir les membres sous tension, pousser très fort dessus et les bras devaient suivre… Cependant, ils ne m’obéissaient pas… Impliquer l’impulsion de la volonté quand il est impossible d’y penser était compliqué…

Une première compétition allait donner une indication de mon potentiel aux fédérations (sur 60m)… Je savais alors plus ou moins ce qui m’attendait… et les enjeux qu’ils y auraient !

Au moment de rejoindre la compétition, j’étais assez stressée… De nombreuses personnes s’attendait à voir si ma performance allait être bonne. Mes partenaires, mon club, la Fédération, l’entraîneur national… Je devais tenter de ne pas trop me mettre de la pression et d’évacuer toutes les tensions…

Sommes-nous arrivés à la limite de la volonté ? Par conséquent, quel est son impact si l’on ne peut plus rien en tirer ? Il se développe sur le travail à effectuer en amont pouvant créer des réactions automatiques et ainsi impacter son efficacité.

Je me prépare. Jusqu’à là, tout se déroule comme prévu. Je me sens bien. Peut-être trop… L’échauffement se passe bien. Je préserve mon énergie tout en étant focalisée sur « ce que j’avais à faire ». C’était mon tour. Une personne m’appela. C’était faux ! Quel chamboulement !

Je n’avais pas confiance en mes jambes et j’avais peur de tomber ! En démarrant, je me redresse alors trop vite… A dix mètres du départ, perdant l’équilibre vers l’arrière, je bascule de droite à gauche… Ce que je voulais éviter s’est produit. Ce fût une sensation catastrophique ! Au point que je n’aurai pu dire si j’étais restée dans mon couloir… Je me rattrape et finis la course en 10 secondes 59 ! J’aurai dû faire une seconde de moins ; celle que le déséquilibre m’a coûté. Le résultat est décevant. J’étais déçue. Mon entraîneur aussi. Comme avec chaque athlète, il fait un bilan et m’a parlé de la même façon, avec les mêmes règles, le même ton, handicapée ou non. Ayant toutes les excuses de lui demander de l’empathie, j’étais finalement ravie. J’appris. Il me considérait comme tout autre athlète qu’il aimerait inciter à évoluer.

Ainsi, j’en ai déduit qu’il en valait la peine de continuer à travailler. Je devais encore me renforcer mentalement et me préparer au changement. Toutefois, il est important de relever les choses qui ont bien fonctionnées : à la mi-course, j’avais retrouvé l’amplitude du mouvement qui me mena au-delà de l’arrivée. De plus, je suis parvenue à gérer ma spasticité. En soi, c’était déjà un exploit…

 Ayant fait le choix de continuer, le plus important était de ne pas avoir abandonné et terminé. Le bilan me permettra d’avantage d’avancer. 

Malgré un stage intensif, les compétitions allaient pourtant s’enchaîner… Le défi se trouvait là : comment pouvais-je faire face à l’intensité élevée ?

Soyons prudents !

Étant trois jours à la maison, cette coupure allait m’aider face à l’usure… Enfin, je ne devais pas rouiller si je voulais tenir plusieurs années… Puisque quelques jours plus tard seulement, tout allait recommencer…

Contrairement à l’équitation où tout était si bien planifié ; l’organisation pouvait parfois paraître moins bien gérée. Je ne pouvais donc pas stresser et j’allais voir comment cette deuxième expérience en compétition allait se passer. Il fallait suivre le mouvement et être prête à temps. Echauffée, j’ai alors sprinté…

C’était une course de 50 mètres. Je me suis améliorée par rapport à dimanche dernier et ma course fût déjà plus “équilibrée” : après un départ mieux géré, j’ai terminé ma course en 8 secondes 76 !

 Afin de continuer, il est alors indispensable de se ressourcer et « se retrouver ». Il s’agit de rester un instant focalisé sur ses propres valeurs, le lien qui nous unit à la terre et à la vie. C’est alors confirmé qu’afin de s’améliorer, il y a plusieurs piliers sur lesquels jouer…

 

Remarque : cet article a été écrit dans la réflexion d’établir un futur manuscript.

Celine van Till

Celine van Till

Celine van Till défie l’impossible. Du dressage équestre au 400 mètres sprint, valide et handisport, elle court d’un extrême à l’autre. L’ennui n’existe pas. Les surprises attendent. Les limites sont mises en question.

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