Franc fort et exportations de produits de qualité

Le franc fort a réorienté les exportations suisses vers des produits de haute qualité. Paradoxalement, ceci n’est pas forcément une bonne nouvelle.

Les produits de haute qualité plus résilients

Le SECO a publié une série d’études analysant l’effet du franc fort sur l’économie suisse. Un de ces travaux montre que le niveau de qualité moyen des exportations suisses a augmenté.

Voilà qui semble réjouissant. Mais à y regarder de plus près la situation est nuancée, car la qualité moyenne peut augmenter pour deux raisons. Premièrement, les firmes exportant des produits de moins bonne qualité ont des marges plus faibles et ne peuvent pas supporter le franc fort. Ces firmes cessent alors d’exporter et la qualité moyenne des exportations augmente mécaniquement. Notez que dans ce cas la qualité des produits d’une entreprise spécifique n’a pas changé. Deuxièmement, la pression du franc fort peut conduire les entreprises à des efforts d’innovation pour accroître la qualité de leurs produits.

L’étude montre que la hausse de la qualité moyenne reflète le premier cas de figure, à savoir un changement de la composition des exportations des produits de moyenne qualité vers ceux de meilleure qualité, et non pas d’innovation supplémentaire. Rien de surprenant à cela, c’est exactement ce que les modèles de commerce international prédisent, comme l’étude le reconnaît pleinement.

L’innovation n’est pas nécessairement bonne

Si l’analyse ne démontre pas un accroissement de qualité au niveau d’une entreprise, on pourrait rétorquer que l’effort d’innovation porte sur d’autres aspects. Il est par exemple fréquent d’entendre l’avis que le franc fort a poussé les entreprises à accroître leur productivité.

Mais un tel investissement n’est pas forcément une bonne nouvelle. Imaginez que vous marchez tranquillement dans la rue, et que soudainement un chien féroce court vers vous en aboyant. Vous allez sans doute prendre vos jambes à votre cou pour lui échapper, et après une course effrénée vous serez en sécurité, mais clairement essoufflé. Un passant vous dis alors « ce n’est pas si grave, au moins vous avez pu faire un peu de sport ». Le remercieriez-vous pour ce commentaire ? Moi non plus.

On peut analyser à l’innovation via cette métaphore. Tout effort de recherche – développement est un investissement, avec un bénéfice et un coût. L’entreprise choisit son niveau d’innovation par une analyse coût-bénéfice, tout comme je choisis mon niveau d’activité sportive en comparant l’effort demandé et le bienfait apporté. Si l’entreprise rencontre un obstacle comme le franc fort, elle va accroître son effort d’innovation pour y répondre (le bénéfice est accru), tout comme je cours pour échapper au chien. Mais au final, elle s’en serait bien passée.

Ce raisonnement s’applique à tout obstacle que l’entreprise peut rencontrer, pas seulement le franc fort. A-t-on jamais entendu quelqu’un proposer de nouveaux impôts ou de nouvelles régulations pesant sur les entreprises sous prétexte que ceci stimulerait l’innovation ?

Un besoin de politique industrielle ?

Mon argument part de l’idée que l’entreprise choisit le niveau optimal d’innovation avant le franc fort. Peut-être n’est-ce pas le cas, et qu’il serait plus judicieux d’investir plus, tout comme je ne fais peut-être pas assez de sport.

Une intervention de l’état pour soutenir l’innovation serait alors justifiée. Mais le franc fort est une manière plutôt brute d’agir. Il serait nettement préférable de subventionner les efforts de recherche – développement par exemple.

Strong Swiss franc and the quality of exported goods

The appreciation of the Swiss franc in recent years has increased the average quality of Swiss exports. Paradoxically, this is not necessarily good news.

High quality exports have proved resilient

The Swiss Secretariat for Economic Affairs (SECO) recently published a set of studies on the economic impact of the strong Swiss franc. One of the papers shows that the average level of quality of Swiss exports has risen.

This sounds like good news. But on closer examination things are more nuanced, as the average quality can increase for two reasons. First, firms exporting low quality goods have lower profit margins and cannot bear the stronger Swiss franc. They thus stop exporting and the average quality of exports mechanically increases. Note that in this scenario the quality of goods of a given firm has not changed. Second, the pressure from a stronger exchange rate can induce firms to step up their effort of innovation to increase the quality of their products.

The study shows that the higher average quality reflects the first mechanism, namely a shift of export composition from medium to high quality goods, and not additional innovation. Nothing surprising here, this is exactly what international trade models predict, as the study clearly acknowledges.

Innovation is not necessarily a good thing

While the paper does not show a rise of quality at the level of individual firms, one could object that their innovation efforts were on other aspects. For instance, we often hear that the strong Swiss franc led firms to optimize their processes and increase productivity.

But such an effort is not necessarily good news. Imagine that you are walking down the street and suddenly a ferocious dog comes charging at you. You will likely run to get away from it, and after a hectic run you will reach a safe spot, but totally out of breath. A passer-by then says “it’s not that bad, at least you got to do some sport”. Would you thank him for such an insightful comment? Neither would I.

We can think of innovation through this metaphor. Any effort in research and development is an investment, with a cost and a benefit. A firm chooses its optimal innovation effort to balance these two, in the same way as I choose how much sport to do by comparing the sweating involved against the enjoyment I get. If the firm is faced with a stumbling block, such as a strong currency, it will react by increasing its innovation (the benefit is now higher), just as I decide to run to get away from the dog. However the firm would have gladly done without this problem.

We can apply this reasoning to any obstacle that a firm can face, not just a strong currency. I don’t recall ever hearing someone argue for new taxes or regulations on firms just because this would stimulate innovation.

A need for industrial policy?

My reasoning considers that firms have chosen their optimal level of innovation before encountering an obstacle. Maybe it is not so, and it would be better for society if firms invested more (maybe I don’t do enough sport after all).

A government intervention to support innovation would then be warranted. But a strong currency is quite a blunt way to get there. I would be much better to subsidize research and development for instance.

Congé paternité et service militaire

En refusant le congé paternité sans contre-projet le Conseil Fédéral manque de vision et de cohérence.

Un coût bien faible

Le congé paternité ne casserait de loin pas la tirelire des finances publiques. Les 420 millions de francs annuelles seraient couverts en augmentant les cotisations APG de 0.11 % du salaire – en fait seulement 0.06 % si nous prenons un compte la baisse des cotisations prévue de toute manière. C’est seulement 0.06 % du PIB. En termes « techniques » cela s’appelle une erreur d’arrondi.

Deux poids deux mesures

Mais les opposants craignent un poids trop lourd pour l’économie. A les entendre, le fait qu’un employé prennent deux congés de 20 jours chacun durant sa carrière (modulables avec son employeur) serait insupportable. En revanche, qu’il passe 3 fois plus de jours dans des cours de répétion non-modulables, à raison de 6 cours de 19 jours (6 fois plus de temps sous les drapeaux si nous considérons aussi l’école de recrue) ne semble pas poser le moindre problème. S’il grade, le contraste est encore plus saisissant. Il y a des logiques qui m’échappent…

En fait nos politiciens ont semble-t-il trouvé une recette miracle pour booster la compétitivité de nos entreprises. Avec 61’570 naissances par années, l’économie perdrait 1.2 millions de journées à cause du projet parental. Elle en perd 5 fois plus (près de 6 million) à cause du service militaire. Il suffit donc de réduire les cours de répétition pour libérer nos entreprises d’un poids écrasant. Bon, je ne retiens pas mon souffle en attendant que cela se produise.

Un peu de vision S.V.P

Tous les pays européens ont une forme de congé paternité, en particulier les pays nordiques dont l’économie ne s’en porte pas plus mal. Au lieu de faire un geste en faveur d’une meilleure répartition des charges familiales entre hommes et femmes, le monde politique reste enfermé dans une attitude de comptable angoissé. Quel gâchis, notre pays peut faire nettement mieux.

Parental leave and military service

By turning down the proposal for parental leave for fathers the Federal Council lacks vision and consistence.

A low cost policy

The parental leave would be far from weighting on Swiss public finances. The required 420 million francs per year would be covered by increasing the APG contributions (used to compensate the lost earnings due to military service and maternity leave) by 0.11 % of wages – in fact only by 0.06 % as contributions are anyway set to be reduced under current policy. This amounts to a mere 0.06 % of GDP. In “technical” terms this is called a rounding error.

Double standards

Still, the opponents to parental leave fear a heavy burden for the economy. According to them, an employee taking two leaves of 20 days each during his career (which can set flexibly in coordination with the employer) would be an unbearable cost. But then, having the employee spent 3 times as many days in annual military drills, with 6 training drill of 19 days each (6 times as many days if we count the initial recruit training) does not seem to be a problem at all. If the employee rises in army ranks the contrast is even more striking. Some reasoning leave me puzzled…

Thinking again, our politicians appear to have found a magic wand to boost the competitiveness of Swiss firms. With 61’750 births annually, firms would lose 1.2 million days because of parental leave. They currently lose 5 times as many days (close to 6 million) because of military training. All we have to do is then to reduce the army training deal to lift a massive burden from the shoulders of Swiss firms. Oh well, I am not holding my breath for this to happen.

Some vision if you please

All European countries have some form of parental leave, especially in Nordic countries where the economy seems to handle this just fine. Instead of taking a step towards a better sharing of domestic obligations between men and women, politicians remain stuck in a frightened accountant attitude. What a pity, Switzerland can do so much better.

Frein à l’endettement : une expertise quelque peu timide

Le rapport d’experts sur le frein à l’endettement expose les récents problèmes rencontrés avec cet outil. Il ne considère pas qu’ils justifient de gros changements, et ce malgré un environnement profondément changé.

« Déçu en bien » année après année

Le groupe mandaté par le Conseil Fédéral a rendu son rapport bienvenu sur le frein à l’endettement. Cet outil a fortement réduit la dette de la Confédération depuis 2005, en grande partie via les dépenses budgétées mais non réalisées. Ces écarts entre budgets et dépenses effectives ont excédé un milliard de francs par année depuis 2005, comme le montre le graphique ci-dessous.

Le rapport indique que ces excédents pourraient bien être fortement réduits dans le futur avec le nouveau système de planification budgétaire de la Confédération. Une bonne partie de ces écarts sont attribuables à une surestimation des dépenses dans le budget : dans un système où obtenir une rallonge en cours d’année est difficile, il vaut mieux prendre un peu de marge et budgéter 100 si on compte vraisemblablement dépenser 98.

On ne peut que souhaiter une meilleure précision des budgets. Cela dit, elle forcerait une discussion de fonds sur la dette. Illustrons ce point par un exemple où les recettes sont de 100, les dépenses planifiées de 100, mais les dépenses effective de 98 pour se ménager une marge. Année après année nous avons une « surprise » de 2 (dépenses budgétées mais non réalisées) utilisée pour repayer la dette. Comme cette différence vient après coup, il n’y a jamais vraiment de discussion de fonds.

Si les prévisions sont maintenant améliorées, le budget des dépenses est de 98 et l’excédent de 2 est maintenant prévisible. Cette visibilité demande une claire discussion. Toutefois, si le rapport souligne que la meilleure visibilité évitera les « surprises » années après années, il ne souligne pas la nécessité de cette discussion de fonds.

Taux d’intérêts et inflation

Une bonne partie des surprises budgétaires de ces dernières années découle d’une sous-estimation des intérêts sur la dette et de la hausse des prix. Le rapport souligne que rien n’est certain et que les taux et les prix pourraient remonter.

Il est vrai que rien n’est jamais certain, mais celui qui attend les certitudes ne fera jamais de planification. Il est en fait très probable que les taux restent bas car la situation Suisse reflète une tendance de fonds dans l’économie mondiale depuis des années qui poussent les rendements des actifs sans risque à la baisse. L’inflation quant à elle reste faible depuis des années, et le risque sur ce plan est plutôt à la baisse. Cette situation est en fait un des sujets majeurs – si ce n’est le sujet principal – de la recherche macroéconomique actuelle.

Le scénario fort plausible de taux d’intérêt et d’inflation basse implique que les dépenses pourraient bien rester faibles dans la durée. Il est dommage que le rapport n’ait pas présenté quelques projections de dépenses et de dette sous ce scénario ou d’autres, un exercice qui n’aurait pas été compliqué.

Plus de dépenses ou moins d’impôts ?

Le rapport reconnaît que les excédents pourraient éventuellement persister, et conclut qu’il faudrait mieux les affecter aux baisses d’impôts qu’à des dépenses supplémentaires. Sur ce point, le rapport ferme trop rapidement la porte aux dépenses. Certes il est difficile de discuter un tel choix en quelques pages, mais le rapport aurait alors dû ne pas prendre position si nettement.

Le rapport considère que des dépenses supplémentaires n’augmenteraient que peu la croissance, sauf en cas de récession prononcée. C’est tout à fait exact, mais considérer les dépenses seulement sous l’angle conjoncturel est réducteur. Par exemple, des ressources supplémentaires pour la santé ou les retraites génèreraient un bien être indépendamment de leur impact sur la croissance.

La dette peut être trop faible

Le rapport considère les avantages et inconvénients d’une réduction de la dette. Il admet que la réduction de dette n’est pas nécessairement souhaitable (page 19), mais ce point est assez vite évacué.

C’est dommage car ce point est important. Avec une dette de seulement 15 pourcent du PIB, la Confédération a peu à gagner de remboursements supplémentaires. Comme le souligne le Pr. Bacchetta, la dette publique Suisse pourrait bien être trop faible. Une récente analyse du FMI souligne un point similaire (pages 9-11).

Les marchés sont également de cet avis : ils prêtent à la Confédération pour seulement 0.06 pourcent sur dix ans, et même 0.46 pourcent sur trente ans. En d’autres termes, les marchés implorent Berne de ne pas rembourser sa dette, car ils sont très friands de ce placement sans risque. Bien des économistes soulignent le besoin de prêter attention au message des marchés. C’est correct, mais il faut avoir la cohérence de les écouter en tout temps, et pas seulement lorsque les taux sont hauts.

Un status quo étroit

Le rapport recommande de ne pas changer la règle du frein à l’endettement. Cependant, un ajustement simple et pertinent n’y est pas discuté, à savoir la stabilisation de la dette par rapport au PIB, et non pas en valeur absolue. Le frein tel qu’il existe ne suit en effet pas la croissance de l’économie, et implique que la dette représentera une part au PIB tendant vers zéro.

Ce scénario n’est pas optimal : d’un point de vue économique rien ne justifie de pousser la dette publique à zéro, au contraire. Une stabilisation par rapport au PIB n’est pas pire. Avec une dette de 99 milliards, une croissance du PIB (prix+quantité) de 3 pourcent permettrait à la dette d’augmenter sans problème de 3 milliards chaque année.

Le rapport souligne qu’une dette faible donne une marge de manœuvre plus large en cas de coup dur économique. Etant donné le niveau faible de la dette actuellement, nous avons cependant déjà une marge substantielle. En outre, une marge supplémentaire ne serait pas d’une grande utilité en cas de gros problème comme une crise de nos grandes banques. La faible dette publique de l’Irlande en 2007 ne lui a pas servi à grand-chose lorsqu’elle a subi une crise bancaire majeure. Pour contrer ce problème mieux vaut se concentrer sur la supervision du secteur financier via des politiques de « too big to fail » par exemple.

Swiss debt brake: an expert report that is too timid

The expert report on the Swiss public debt brake shows the recent issues encountered with this tool. It however does not think that substantial changes are warranted, despite the profound changes in the economic environment.

Positive “surprises” year after year.

The experts mandated by the Swiss Federal Council have published a welcomed report on the debt brake that limits the indebtedness of the Swiss Federal government. This tool has substantially lowered the Federal debt since 2005, to a large extent via expenditures that were budgeted but in the end not undertaken. This gap between budgets and effective spending has exceeded 1 billion franc annually since 2005, as shown by the figure below.

The report points that this gap should be substantially narrowed in the future thanks to a new budgetary planning system. A sizable share of the gap reflects an overestimation of spending in the budget: in a system where obtaining extra funds during the year is quite hard, there is an incentive to build in some margin and budget spending of 100 even if one really plans to spend 98.

One can only welcome more precision in the budget. This said, this precision will highlight the need for a deep debate on the debt. We can illustrate this point by an example where tax receipts amount to 100, planned spending to 100, but effective spending to 98 because of the margin discussed above. Year after year we have a “surprise” of 2 (expenditures that have been budgeted but not undertaken) that is used to repay some debt. As this gap only materializes ex post, there never is a discussion of whether repaying the debt is appropriate.

If forecast are now improved, the spending is now accurately budgeted at 98 and the surplus of 2 is perfectly foreseeable. This clearer planning then calls for a discussion of what to do with the surplus. While the report recognizes that the improvement in the budgetary process will avoid the “surprises” of unrealized spending year after year, it does not stress the ensuing need for use of the surplus.

Interest rates and inflation

A large component of the budgetary surprises of recent years stem from an under-estimation of interest payments on the debt and of increases in prices. The report points that nothing is certain and that both interest rates and inflation could increase in the future.

Well, it is true that nothing is certain, but if one waits for certainties, one will never do any planning. In fact, it is quite likely that interest rates will remain low as the Swiss case fits in a deep trend in the world economy since many years that pushes the yields on safe assets down. Inflation in addition remains stubbornly low, and the risk is rather on the downside. This pattern is in fact one of the major topics – if not the most pressing one – in macroeconomic research currently.

A likely scenario of low interest rates and inflation implies that public expenditures could grow at a low pace for quite a few years. It is too bad that the report did not present some projection of expenditures and debt under this scenario and others, which would have been a relatively simple exercise.

Higher spending or lower taxes?

The report acknowledges that surpluses could possibly persist, and concludes that it would be better to then lower taxes than increase spending. On this issue, the report is too keen to close the door to higher spending. Of course, it is difficult to discuss such a complex choice in a few pages, but then the report should not have taken such a sharp stance.

The report considers that additional spending would not boost growth by much, except in a case of sizable recession. This is perfectly true, viewing expenditures only through their impact on GDP is too narrow an approach. For instance, additional resources for health care or retirement benefits would generate additional well-being aside from any impact on growth.

Debt can be too low

The report considers the pros and cons of a reduction of debt. It acknowledges that a debt reduction is not necessary a good policy (page 19), but this point is not discussed at length.

It’s too bad, because it is a central issue. With the Swiss Federal debt amounting to a mere 15 percent of GDP, the Federal government would not gain much by paying it down further. As pointed in a recent research by Pr. Bacchetta, the Swiss public debt may well be too low. The recent IMF annalysis of Switzerland raises similar concerns (pages 9-11).

Markets seem to share this view: they are willing to lend to the Swiss Confederation at a yield of only 0.06 percent at a ten year maturity, and even 0.46 percent at a thirty year maturity. In other words, markets are begging Bern not to repay its debt, as they are craving such a riskfree asset. My economists point to the need to pay attention to what markets say. This is a good point, but one should be consistent and listen at all times, not just when interest rates are high.

A narrow status quo

The report recommendation is to keep the debt brake rule as is. Unfortunately, it does not discuss a simple and relevant alternative, which would be to stabilize debt relative to GDP instead of in absolute terms. As it stands, the debt brake is not adjusted for economic growth, and thus implies that the ratio of debt to GDP will ultimately trend towards zero.

This is not an optimal scenario: from an economic standpoint nothing calls for public debt to fall to zero, to the contrary. A steady debt relative to GDP is not a worse outcome. With the Swiss federal debt now amounting to CHF 99 billion, a growth of nominal GDP of 3 percent would allow for an annual increase of the debt by CHF 3 billions.

The report points that a low debt frees some margin for adjustment in case of bad times. Given the already low level of Swiss public debt, the country already has a substantial margin. In addition, an extra margin would now be of much use in case of major problems, such as bnaking crisis. The low level of Irish sovereign debt before the crisis did not help much once the country was faced with the turmoil of its banking system. The risk of such major event is better handled through financial supervision, through “too big to fail” rules for instance.

L’impact de la réforme 2020 sur l’AVS en images

La réforme prévoyance 2020 va nettement renforcer l’AVS pendant 15 ans, et la hausse des rentes a un impact modéré, qui ne justifie pas la focalisation du débat sur cet aspect.

Le paquet de la réforme prévoyance 2020 est un ensemble complexe et ambitieux, et la documentation détaillée fourni par l’OFAS est particulièrement bienvenue pour y voir plus clair. Elle présente entre autres l’impact sur l’AVS de manière détaillée, alors que la hausse des rentes du premier pilier est un point central de l’argumentaire des opposants.

Un assainissement durable

Les graphiques ci-dessous présentent les trajectoires futures de la fortune de l’AVS et de son résultat (recettes – dépenses + rendement de la fortune) dans le régime actuelle (lignes rouges) et avec la réforme (lignes bleues). Le constant est on ne peut plus clair. Alors que l’AVS va bientôt commencer à manger son capital dans le système actuel, la réforme retarde cette échéance de 10 ans. Durant cette période la fortune se renforcera et demeurera substantielle en 2035, quand bien même le résultat de l’AVS sera négatif.

Evidemment, ces graphiques montrent que la réforme ne règle pas la situation une fois pour toutes, et qu’il faudra remettre l’ouvrage sur le métier. Notons quand même trois points. Premièrement, les projections faites dans le passé ont eu tendance à être pessimistes, et il est tout à fait possible que les choses se passent mieux que prévu (bien sûr, cela reste à voir). Deuxièmement, la réforme repousse substantiellement le moment où l’AVS sera en situation délicate, ce qui n’est pas rien. Enfin, l’AVS pourra être pérennisée dans le futur relativement facilement, un point sur lequel je reviens en fin d’article.

La réforme affecte avant tout les revenus de l’AVS

Les chiffres de l’OFAS permettent de cerner la manière dont l’AVS est renforcée. Le graphique ci-dessous décompose l’impact de la réforme sur le résultat entre les recettes, les dépenses, et le rendement de la fortune. Nous voyons clairement que la hausse du résultat (ligne rouge) reflète une hausse des recettes (ligne verte). Le rendement de la fortune augmente également (ligne bleue), la hausse de la fortune de l’AVS ayant là un effet bénéfique. Ces rentrées supplémentaires sont en partie compensées par la hausse des dépenses (ligne violette).

La hausse des dépenses reste modérée et ne représente dès lors par un fort vent contraire qui nécessiterait de fortes recettes supplémentaires.

D’où viennent les recettes supplémentaires ? Essentiellement de la hausse de la TVA (ligne violette ci-dessous), et également de la hausse des cotisations (ligne rouge). Les versements de la Confédération à l’AVS (ligne bleue) apportent en outre une petite contribution.

La hausse des rentes a un impact modéré

Les dépenses supplémentaires proviennent, sans surprise, de la hausse des rentes (les fameux 70 francs mensuels), laquelle est indiquée par la ligne rouge dans le graphique ci-dessous. Cette hausse est substantiellement compensée par le relèvement de l’âge de la retraite pour les femmes (ligne bleue) lequel réduit les dépenses.

Comme indiqué plus haut, la hausse des dépenses est modérée par rapport à celle des recettes. Il est intéressant d’examiner les projections pour les dépenses. La figure ci-dessous contraste les dépenses entre trois scénarios : le système actuel (ligne rouge), la réforme (ligne bleue), et le système actuel plus la hausse des rentes (ligne verte), ou en d’autres termes la réforme sans la hausse de l’âge de la retraite.

Il est frappant de constater combien les trois scénarios sont proches (les lignes seraient très difficile à distinguer si l’échelle verticale partait de zéro). Ceci montre bien que la réforme ne représente pas un « arrosage » massif au profit des bénéficiaires de l’AVS. Le haro des opposants sur la hausse des rentes n’est pas justifié par les chiffres.

L’AVS n’est de loin pas condamnée

Les projections de l’OFAS montrent que l’AVS peut être remise durablement sur les rails avec des mesures assez simples. Certes, il faudra faire un effort supplémentaire d’ici à une quinzaine d’année, mais la tâche n’est de loin pas insurmontable (par exemple la hausse d’une année de l’âge de la retraite pour une moitié de la population suffit à dégager 1 milliards de francs). Il n’y a pas de raison d’adopter une attitude catastrophiste et déclarer la mort du premier pilier.

The impact of the Swiss pension reform in pictures

The Swiss 2020 pension reform, put to a vote on September 24, will substantially strengthen the AVS (the pay-as-you-go component of the Swiss system) for 15 years, and the increase in benefits only has a moderate impact, which does not justify the focus of the reform’s critics on this point.

The pension reform is a comprehensive and complex package, and the detailed documentation provided by the Federal Office of Social Insurances (OFAS) is very much welcome to build a clearer assessment. Among other points, the documents show in details the impact on the AVS, which is particularly useful given the criticism of the increase of benefits from this component of the pension system.

A lasting strengthening of the pay-as-you-go

The two figures below show the projected paths of the AVS assets and its operating surplus (incomes – expenditures + earnings on assets) under the current system (red lines) and with the reform (blue lines). The message couldn’t be clearer. While the AVS will soon start eating in its assets to pay for benefits under the current system, the reform delays this stage by 10 years. During that time the wealth of the system will keep increasing and will remain sizable in 2035, even though the operating balance will then show a deficit.

Of course, the figures show that the reform will not settle things once for all, and further measures will be needed in the future. Nonetheless, three points are worth stressing. First, the forecasts made in the past tended to be on the pessimistic side, and it is quite possible that things will turn out better than expected (of course, only time will tell). Second, the reform substantially delays the time at which problems will occur, which is valuable. Finally, the AVS could be strengthened in the future through relatively simple measures, a point discussed below.

The reform primarily operates through the AVS income

The OFAS figures allow us to see more in details how the AVS is strengthened. The figure below splits the impact of the reform on the operating surplus between income, expenditures, and the earnings on assets. We clearly see that the increase in the overall surplus (red line) is driven by higher income (green line). The earnings on assets also increase (blue line), a side benefit from the higher wealth of the system. These higher inflows into the AVS system are partially offset by higher expenditures (purple line).

The increase in expenditures remains moderate and does not constitute a strong headwind that would require substantial additional resources.

Where is the additional income coming from? Primarily from an increase in the value added tax (purple line below), and also from higher contributions by workers and employers (red line). The payments from the Swiss Federal Government will also increase a bit.

The increase in benefits only has a moderate impact

The additional expenditures are unsurprisingly driven by the increase in benefits (70 francs per month for individual retirees), which is shown by the red line in the figure below. This increase is substantially offset by a higher retirement age for women (blue line), which reduces expenditures.

As mentioned above, the rise in expenditures is small next to the extra income. It is interesting to look at the forecasts for these expenditures. The figure below contrasts three cases: the current system (red line), the reform (blue line), and the current system plus the increase in benefits (green line), which is also the reform without the higher retirement age.

It is striking to see how close the three lines are (they would actually be very hard to tell apart if the vertical axis started at zero). This clearly shows that the reform is not a large gift to the beneficiaries of the AVS. The vocal criticism by the reform opponents on the higher benefits is not supported by the figures.

The AVS is not doomed by far

The projections by the OFAS show that the AVS can be put back on track for a sustained period with relatively simple measures. Of course, we will have to implement an additional round of adjustments in about fifteen years, but this is far from an impossible task (for instance the one year increase of the retirement age for half the population is enough to bring 1 billion francs into the system). There is no reason to take a catastrophic attitude and declare the pay-as-you-go system dead.

L’UBS appelle à manifester ?

« Ils [les jeunes] devraient être en train de manifester violemment » : voilà bien une phrase que je ne m’attendais pas à lire dans une brochure d’UBS (News Prévoyance, no 2, juin 2017). La plus grande banque suisse aurait-elle engagé M. Mélenchon comme porte-parole ?

En fait non. Cette phrase est tirée de la chronique de M. Martin Spieler sur la réforme de la prévoyance vieillesse. Il y argumente que les jeunes sont les grands perdants de la réforme, et que la solution est – oh surprise – pour leur parents de leur ouvrir un compte épargne 3ème pilier.

L’épouvantail du conflit de génération

Marketing mis à part, la jeune génération n’est pas sacrifiée. Evidemment que les jeunes auront un système de retraite moins généreux avec la réforme qu’actuellement : s’il avait été possible de maintenir le système actuel, nous ne serions pas en train de parler de réforme après tout. Et rejeter la réforme empirerait encore plus les choses.

Certes, les personnes actives et relativement proches de la retraite seront moins prétéritées que les jeunes (encore que la situation soit contrastée par niveaux de revenu). Ceci résulte simplement du fait que la planification de la retraite est un exercice de longue haleine, et qu’il convient de ne pas abruptement changer les règles pour les personnes n’ayant plus assez d’années de cotisations pour se rattraper.

Regardons au-delà de la prévoyance

Si on veut vraiment contraster les générations, alors prenons d’autres aspects que les retraites en compte. Les jeunes bénéficient – à juste titre – d’un excellent système de formation offrant bien plus de possibilités que par le passé. Ils ne souffrent pas plus du chômage que les générations précédentes, comme le montre le graphique ci-dessous. Le chômage de longue durée est en fait plutôt un problème pour les ainés.

Je comprends pleinement que des jeunes aient des motifs de grief dans des pays émergents, ou dans certains pays européens où ils ont récemment souffert d’un chômage massif qui les pénalise pour le reste de leurs vies. Mais en Suisse ? Si tout n’est bien sûr pas rose, y compris les changements dans la prévoyance, les jeunes suisses ne sont de loin pas une génération perdue.

Il faut cesser de faire de la réforme de la prévoyance un conflit de générations. Ce d’autant plus que les opposants ne se distinguent d’habitude pas par un souci marqué envers la jeunesse sur d’autres sujets, comme les bourses d’études ou l’assurance chômage par exemple.

UBS calls for protests?

« They [young people] should be protesting violently » : here is a sentence that I did not expect to read in a UBS brochure (News Prévoyance, no 2, june 2017, my translation). Did the largest Swiss bank just hire M. Mélenchon as a spokesman?

Well, no. This sentence is taken from the chronicle by M. Martin Spieler on the reform of the Swiss retirement system. He argues that young people are losing the most from the reform, and that the solution is – surprise, surprise – for their parents to open a tax-free retirement savings accounts.

The strawman of a conflict of generations

Marketing aside, the young generation is not sacrificed. Of course, young people will have a less generous retirement system than the current one: if it had been possible to keep the current scheme, we would not be talking about retirement reform, wouldn’t we? In addition, rejecting the reform would make matters even worse.

It is true that working age people relatively close to retirement will face a less stringent deal than younger people (with the caveat that the situation is contrasted depending on income). This simply results from the fact that retirement planning is a long-haul exercise, and one shouldn’t abruptly change the rules for people who do not have enough contributing years remaining to make up for the change.

A look beyond retirement

If we really want to contrast generation, then let’s take other aspects into account than just retirement. Today young people benefit – rightly so – from an excellent education system offering them more opportunities than in the past. They do not suffer from higher unemployment than previous generations, as shown by the figure below. Long term unemployment is actually much more of an issue for older workers.

I fully understand that young people have reasons for grief in emerging countries, or in some European countries where they recently suffered from mass unemployment which will weight on them for many years. But in Switzerland? While of course not everything is rosy, including changes in the retirement system, the young Swiss are far from being a lost generation.

One should not turn the debate on the retirement reform into a generational conflict. Especially so given that the opponents are usually not noticed for any deep concern towards young people on other topics, such as scolarships or unemployment insurance for instance.