UBS 2008 : monnaie pleine n’aurait rien changé

 

L’initiative monnaie pleine aurait-elle permis de mieux gérer la crise d’UBS en 2008 ? Malgré les articles dans ce sens ce n’est pas le cas. Le problème ne venait pas de la création monétaire, et les autorités auraient quand même dû intervenir.

Les multiples activités d’UBS (et d’autres banques)

Dans notre vie de tous les jours nous avons essentiellement affaire aux banques commerciales classiques auprès desquelles nous avons nos comptes courants, plaçons notre épargne, et empruntons nos hypothèques par exemple. Ces banques créent la monnaie fiduciaire en octroyant les crédits : lorsque la banque m’accorde un prêt, elle dépose le montant sur mon compte et je deviens à la fois son créancier et son débiteur. C’est ce mécanisme qui préoccupe les initiants et qu’ils veulent supprimer, ce malgré le fait qu’il est strictement encadré.

Mais la banque commerciale n’est qu’une des multiples facettes de l’activité bancaire. Les banques ne sont de loin pas un tout homogène. Outre la banque commerciale, les métiers incluent la gestion de fortune, le financement du commerce international, la banque d’investissement en titres (« investment bank »), pour n’en citer que quelques-uns. Notez qu’aucune de ces activités n’est basée sur la création de monnaie fiduciaire. Certaines banques se spécialisent dans quelques activités, alors que d’autres comme UBS couvrent une palette plus large.

Une grande banque comme UBS regroupant plusieurs de ces différentes activités, il est important de bien établir où les problèmes sont apparus en 2008. C’était au sein de la banque d’investissement qui avait investi dans des titres toxiques. Ce choix malheureux n’avait rien à voir avec la création de monnaie fiduciaire sur laquelle l’initiative se concentre.

Une intervention aurait de toute manière été nécessaire

Que ce serait-il passé si monnaie pleine avait été en vigueur en 2008 ? Les dépôts des particuliers chez UBS auraient été dans une filiale isolée déposant la totalité de ces montants à la Banque Nationale. Le reste de la banque aurait regroupé les autres activités, dont la banque d’investissement et les prêts aux entreprises et ménages suisses.

Les pertes réalisées sur les actifs toxiques auraient remis en question la survie de cette deuxième partie de la banque. Cela aurait créé de gros problèmes pour les financements hypothécaires et aux entreprises, avec le risque d’une récession majeure. Les autorités auraient alors dû intervenir dans le cadre de leur mandat de préservation de la stabilité financière. Cela aurait pris une forme similaire à ce que nous avons effectivement observé.

La situation a évolué depuis 2008

Il faut rappeler que la régulation financière a substantiellement évolué depuis 2008 et que les autorités ont fortement poussé les banques à augmenter leur capacité à absorber les pertes. La Banque Nationale, par exemple, ne se prive pas de mettre la pression sur les banques. Cela ne fait de loin pas plaisir à ces dernières comme le cas du Crédit Suisse en 2012 l’a bien montré.

En particulier, la structure des grandes banques dites «systémiques » a évolué en vue de pouvoir protéger leurs activités suisses contre des problèmes venant des placements à l’étranger. Est-suffisant ? On peut raisonnablement en débattre, et soutenir qu’une séparation explicite et immédiate entre ces deux pans d’activités aurait dû être mise en place. Peut-être, mais une telle séparation ne ressemble en rien à ce que l’initiative propose.

UBS 2008 : « sovereign money » wouldn’t have changed anything

Would the « sovereign money » system (on which we’ll vote on June 10) have allowed for a better handling of the UBS crisis in 2008? While some argue that it would have, this is not the case. The problem did not come from money creation by the bank, and the authorities would have had to step in anyway.

The multiple activities of UBS (and other banks)

In our everyday life we essentially deal with standard commercial banks where we have our deposit accounts, put our savings, and borrow for our mortgages, for instance. These banks create fiduciary money by granting loans: when my bank grants me a loan, it deposits the amount on my account and I become both its creditor and its debtor. It is precisely this mechanism that the advocates of the sovereign money system want to end, despite the fact that it is tightly regulated.

But the commercial bank is only one of the many facets of financial intermediations. Banks are far from a homogeneous block. In addition to commercial banking, the activities include wealth management, trade finance, investment banking, among others. Note that these activities are not based on the creation of fiduciary money. Some banks specialize in specific activities, while others including UBS offer a broader range of services.

As a large bank such as UBS covers many activities it is important to clearly identify where problems occurred in 2008. It was in the investment bank which had invested in toxic US assets. This unfortunate investment had not connection with the fiduciary money creation on which the sovereign money proposal focuses.

A public intervention would have been necessary anyway

What would have happened if the sovereign money system had been in place in 2008? Retail deposits would have been in a separate subsidiary of UBS which would have invested them entirely at the Swiss National Bank. The other part of the bank would have covered the remaining activities, including investment banking and lending to Swiss firms and households.

The loss on US assets held by the investment bank would have put into question the survival of thus second part of the bank. This would have created substantial problems for mortgage finance and lending to firms in Switzerland, with the risk of a major recession. The authorities would then have had to step in as part of their mandate to preserve financial stability. The form of this intervention would likely have been very similar to what actually happened.

Things have changed since 2008

It is important to remember that financial regulation has substantially evolved since 2008 and the authorities have clearly pushed banks to increase their ability to absorb losses. For instance the Swiss National Bank is not shy to put pressure on the banks. This unsurprisingly does not make them happy, as the case of Crédit Suisse in 2012 clearly illustrated.

In particular the structure of systemic banks has evolved with the aim to be able to insulate their activities in Switzerland from problems stemming from abroad. Is it enough? One can reasonably debate this and argue that an explicit and immediate splitting of these two fields of activities should have been put in place. Maybe, but such a split is not at all what the sovereign money proposal is about.

L’initiative Monnaie Pleine rate sa cible

L’objectif de lutte contre la spéculation financière est louable, mais la création monétaire par les banques n’est pas la cause de la crise financière. L’initiative se trompe en pensant avoir trouvé une baguette magique, et la régulation ciblée reste la meilleure option, même si elle reste un exercice difficile.

La régulation financière n’est pas endormie

Il faut rappeler que les diverses instances de régulation financières en Suisse et à l’étranger ne sont pas restées l’arme au pied depuis 2007, bien au contraire. Toute une série de règles prudentielles ont été adoptées et renforcées pour encadrer le secteur. Il suffit de lire les critiques émanant du monde financier pour se rendre compte que ces efforts sont bien loin d’être cosmétiques. Loin d’être en retard, la Suisse est parmi les pays les plus stricts, car vu notre petite taille nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre une crise.

Le travail de régulation financière est compliqué et n’est jamais fini. Il faut constamment suivre les évolutions du secteur et s’y adapter. Nous ne pouvons pas être sûrs à 100 % que tous les problèmes ont été traités. Mais croire qu’il suffit d’instaurer la monnaie pleine pour que tout soit réglé une fois pour toute est illusoire.

La création monétaire par les banques n’a pas causé la crise

Il est tout à fait compréhensible que les gens soient surpris d’apprendre que les pièces et billets ne représentent qu’une partie des moyens de paiements, les dépôts bancaires en constituant la majorité. Mais ceci n’est pas nouveau et est depuis longtemps encadré par une série de règles (par exemple les banques doivent placer une part des dépôts dans des actifs liquides).

La crise de 2007-2008 aux Etats-Unis n’a pas éclaté parmi les banques de dépôt. Nous pouvons scinder les intermédiaires financiers en deux groupes. Les banques de dépôt auprès desquelles les particuliers ont des comptes constituent le premier groupe (par exemple Citigroup ou Bank of America aux Etats-Unis). Le second comprend les autres intermédiaires, dont les banques d’affaires (« investment banks ») qui se financent autrement que par dépôts (par exemple Bear Stearns ou Lehman Brothers), ainsi que toute une palette d’intermédiaires non régulés qui constituent le système financier dit de l’ombre (« shadow banking sector »).

La création monétaire sur laquelle l’initiative se concentre est limitée aux banques de dépôt. Lorsque ma banque m’accorde un prêt elle en verse immédiatement le montant sur mon compte. Je deviens à la fois son débiteur (via le prêt) et son créancier (via mon compte courant). En revanche une telle opération ne se produit pas dans le second groupe. Lorsque Lehman Brothers achetait des actifs elle ne créait pas de nouveau crédit mais achetait des produits existants sur le marché Elle se finançait par des emprunts à court terme auprès d’autres investisseurs. Ses débiteurs et créanciers n’étaient pas les mêmes personnes.

Or c’est bien parmi les banques d’affaires que la crise a éclaté en 2007-2008. Du reste Bear Stearns et Lehman Brothers ont été emportées. Bien entendu cela a entraîné des ondes de choc qui ont affecté les banques de dépôts, mais le cœur du problème n’était pas la création monétaire par ces banques (plus de détails sont donnés en fin d’article).

Le risque ne disparaît pas, il se déplace

L’initiative rendrait les banques de dépôt parfaitement sûres car elles ne détiendraient que de la monnaie de banque centrale. Cette stabilité est cependant trompeuse car le système dans son ensemble ne serait pas renforcé, au contraire.

Les prêts risqués aux entreprises se déplaceraient vers les autres intermédiaires. Cela revient à pousser le risque sur un segment du système financier, qui est beaucoup moins transparent, et le problème que l’on ne voit pas s’avère toujours beaucoup plus explosif que celui que l’on peut suivre. Comme indiqué plus haut, ces intermédiaires moins régulés que les banques peuvent amener une crise majeure. Au final, l’initiative ne ferait que recréer Lehman Brothers.

Il ne faut pas surcharger la BNS

Les initiants placent la Banque Nationale au cœur du système en lui donnant comme tâches supplémentaires de déterminer le volume du crédit et sa composition, et de servir de source de financement pour toutes sortes d’investissements. Cela est problématique pour deux raisons. Certes la BNS fait bien son travail, mais l’octroi de crédit n’est pas son métier. On voit mal comment elle accomplirait cette tâche mieux que les banques actuellement.

En outre l’indépendance nécessaire de la BNS lui est accordée précisément car son mandat est ciblé. Lui donner des tâches supplémentaires affaiblirait son indépendance. Nous pouvons sans peine imaginer le défilé des lobbyistes plaidant que leurs clients sont uniques et vitaux pour la santé économique du pays.

C’est aux pouvoirs publics de soutenir certains secteurs

Les initiants demandent à ce que le crédit soit déterminé par « une commission composée de représentants de l’ensemble des parties prenantes de l’économie », dont la mission serait « d’offrir aux banques la possibilité de faire des prêts additionnels selon les cibles économiques, sociales et environnementales du gouvernement, validées par la commission ».

Pourquoi recréer ce qui existe déjà ? La Confédération et les Cantons sont libres de soutenir financièrement certains secteurs et activités, comme la production d’énergies vertes. Il existe déjà des commissions représentant les parties prenantes : les Chambres Fédérales et les Grands Conseils. Certes le coût de la subvention est alors explicite, et il faut dûment la motiver. Mais dans une démocratie c’est encore heureux.

 

Complément : la crise de 2007

La crise de 2007-2008 a vu une abrupte contraction du crédit, mais sans rapport avec les dépôts bancaires. Le problème s’est produit au niveau des prêts à court terme entre les différents acteurs du système financier. Ceci est clairement illustré par le marché des « commercial papers » qui sont des prêts à court terme. Le graphique ci-dessous montre le volume hebdomadaire des encours entre début 2005 et fin 2009. La ligne rouge est les montants prêtés à des intermédiaires pour financer des investissements dans des titres notamment adossés à l’immobilier. La ligne bleue représente les montants prêtés à d’autres entreprises, certaines dans le secteur financier et d’autres dans l’économie réelle. Le graphique montre on ne peut plus clairement l’effondrement des prêts liés à l’immobilier durant l’été 2007 lorsque le marché a perdu ses illusions sur la santé de l’immobilier. Les crédits aux autres entreprises ont aussi diminué, mais de manière bien plus graduelle, et cette baisse était largement une conséquence de la forte récession, et non pas le détonateur de la crise.

Qu’en a-t-il été des dépôts bancaires ? Ceux-ci sont illustrés dans le second graphique qui montre les volumes hebdomadaires des comptes courants et d’épargne. Là encore les choses sont on ne peut plus claires : loin de chuter les dépôts se sont renforcés. La raison est simple : comme tous les investissements semblaient risqués, les particuliers ont préféré mettre leurs avoirs dans la sécurité des dépôts bancaires. Le coup d’arrêt du crédit en 2007-2008 n’est clairement pas lié aux dépôts dans les banques qui correspondent à la création monétaire tant décriée par les initiants.

The « sovereign money » initiative misses its target

The aim to counter speculation is valuable, but money creation by banks has not been the root cause of the financial crisis. The “sovereign money” initiative on which the Swiss will vote on June 10 errs by thinking that it found a magic wand by requiring that retail deposits in banks be fully backed by reserves held by banks at the central bank. A well targeted regulation of banks remains the best option, even though it is a challenging task.

Financial regulators are not asleep at the wheel

It is important to keep in mind that the regulatory institutions in Switzerland and abroad have not remained passive since 2007, far from it. A broad range of prudential rules have been put in place and strengthened. One only has to read the vocal criticism of these rules coming from the financial sector to understand that they are not mere cosmetic changes. Far from lagging behind Switzerland has been one of the stricter countries, simply because our small size implies that we cannot take the risk of simply waiting for the next crisis.

Financial regulation is a tough job, and one that is never fully completed. Regulators have to constantly track the changes in the environment and adapt to them. We can never be 100 % sure that all problems have been handled. But the view that all it takes to solve the issue once and for all is a move to a sovereign money system is an illusion.

Money creation by banks has not caused the crisis

It is fully understandable that people are surprised to learn that coins and banknotes only make a small part of the means of payment, with the bulk consisting of deposits in banks. But this is nothing new and a set of rules have long been in place to stabilize money creation (for instance banks have to put a share of deposits in liquid assets).

The 2007-2008 crisis in the United States did not originate in deposit-taking banks. We can split financial intermediaries in two groups. Deposit banks where households hold accounts are the first one (including for instance Citogroup or Bank of America). The second group consists of other intermediaries, including investment banks which do not rely on deposits to fund their activities (for instance Bear Stearns or Lehman Brothers), as well as a range of unregulated intermediaries which make the shadow banking sector.

The monetary creation on which the initiative focuses takes place only in deposit banks. When my bank grants me a loan, it immediately puts the money on my checking account. I become both its debtor (via my loan) and its creditor (via my account). By contrast no such operation takes place in the second group. When Lehman Brothers bought a security it did not create new credit but instead bought assets that already existed. The funding came from short-term borrowing from other investors. Therefore the debtors and creditors were different entities.

But it is precisely in investment banks that the crisis originated. This explains why neither Bear Stearns nor Lehman Brothers are still around. Of course the crisis set shock waves that impacted deposit banks, but the heart of the problem was not money creation by these banks (more details are given at the end of this post).

Risk does not disappear, it only moves

The initiative would make deposit banks perfectly safe as they would be restricted to only hold claims on the central banks. This safety is however very misleading because the financial system overall would not be strengthened, to the contrary.

Risky lending to firms would migrate towards other financial intermediaries. This amount to pushing the risk onto a segment of financial markets that is much less transparent, and the problem is that the risk we do not see always ends up making more damage that the risk we can track. As pointed above intermediaries that are less regulated than banks can create a major crisis. Ironically, the initiative would re-create Lehman Brothers.

Do not overburden the central bank

The initiative puts the Swiss National Bank center stage by assigning it the additional task of setting the volume and composition of credit, and to be a funding source for all kinds of investments. This is a bad idea for two reasons. While the SNB does a good job, evaluating and granting credit to firms is not its expertise. It is hard to see how it would do a better job at this than banks currently do.

In addition the independence that is necessary for the SNB is granted to it precisely because its mandate is well targeted. Giving it additional tasks would weaken this independence. We can easily imagine the parade of lobbyists pleading how special and vital their clients are.

Supporting some sectors is the job of the government

The proposal requires that credit be set by a « committee made of representatives from all stakeholders in the economy » [my translation], whose task would be to « offer banks the opportunity to make additional loans along economic, social and environmental targets of the government, validated by the committee» [my translation].

Why reinvent what already exists? The Swiss Condédération and Cantons are free to financially support some sectors and activities, such as the production of green energy. There already are committees representing stakeholders: the Federal and Cantonal Parliaments. Of course the cost of any subsidy is then explicit, and its supporters must motivate why the support is necessary. But in a democracy, this is how it should be done.

 

Appendix: the 2007 crisis

The 2007-2008 crisis saw an abrupt credit crunch, but with no relation with bank deposits. The problem instead was with short term lending between various financial intermediaries. This is clearly illustrated by the short term « commercial paper » lending market. The figure below shows the weekly value of outstanding loans between early 2005 and late 2009. The red line shows the loans to intermediaries investing in securities backed by assets, primarily mortgages. The blue line shows the amounts lent to other firms (financial and non-financial firms). The figure shows very clearly the collapse of asset-backed lending in the summer 2007 when the market lost its illusions on the health of the housing market. Lending to other firms also decreased, but in a less abrupt way, and that decrease was primarily a consequence of the sharp recession, instead of the spark that ignited the crisis.

What about deposits in banks? The second figure shows the weekly values of demand deposits and savings deposits. The picture is again crystal clear: far from collapsing deposits instead increase. The reason is simple: at a time when all investments looked risky, households preferred to put their money in the safety of bank deposits. The credit crunch of 2007-2008 is clearly unrelated to bank deposits, and thus to the money creation by banks that the initiative views as the source of all financial crises.

 

Sale temps pour les petites retraites

Il est difficile de comprendre la décision du Conseil National de tailler dans les prestations complémentaires AVS/AI.

500 millions de moins, alors que le Conseil Fédéral n’en demandait pas tant. Au vu de la bonne santé des finances publiques, ces économies ne changent rien aux comptes de l’Etat. Elles changent en revanche tout pour les personnes concernées.

Certes les prestations augmentent fortement. C’est normal car la population vieillit, et le montant limité des rentes fait passer la charge vers les prestations.

Vous souvenez-vous que les opposants à la modique hausse de 70 francs des rentes dans le projet de réforme des retraites soulignaient que les prestations complémentaires étaient bien mieux adaptées ? Il est des actions qui parlent bien plus que les mots.

Lousy times for small pensions

It is hard to understand the decision by the Swiss Parliament lower chamber to cut into the additional benefits that are paid to low-income retirees on top of their regular pension.

500 millions less, even though the Federal Council was not asking for so much. Given the healthy situation of Swiss public finances, these savings won’t change much for the public purse. They however change everything for the people affected.

It is true that the amount of these additional benefits is increasing fast. That’s to be expected as population is aging and the amount of the standard benefit remains low.

Let’s remember that the people against a monthly 70 franc increase in benefit that had been put forward in the pension reform proposal a few months ago pointed to the additional benefits as a better tool to support low income retirees. Some actions speak much louder than words.

Ne taxons pas les robots. Subventionnons le travail

Le progrès rapide des robots soulève des craintes pour le revenu des travailleurs. Un subside aux salarié(e)s peut résoudre le problème, mais il ne faut pas le financer par une taxe sur les robots. Utiliser la TVA est bien plus efficace.

Une approche complète du problème

Analyser l’impact du progrès technique et la réponse à y apporter est complexe, car il faut prendre en compte l’interaction entre plusieurs variables : salaires, investissement, consommation, taxes, et j’en passe. Si l’on essaie de réfléchir de manière purement verbale cela relève de l’impossible.

Les modèles macroéconomiques sont faits précisément pour ce genre de question. Ils permettent de se concentrer sur les points clefs et prennent rigoureusement en compte les interactions entre les diverses variables. Voyons donc quel message ressort de cette analyse (je vous épargne les équations et autres détails techniques).

Bénéfices et coûts du progrès technique

Le développement des robots représente un progrès technologique asymétrique qui augmente la productivité du capital plus que celle du travail. Avoir un robot à disposition va certes augmenter ma productivité, mais il va avoir un impact encore plus important sur la productivité d’autres robots car ils se complètent directement.

Le progrès technique est bénéfique pour l’économie dans son ensemble. Ce gain est cependant mal distribué et le revenu du travail peut en souffrir. Cette tension entre un bénéfice global et une distribution déséquilibrée est d’autant plus forte qu’il est facile de substituer entre capital et travail dans la production.

Comment la technologie affecte l’économie

Le progrès apporte un gain global parce qu’il permet de produire plus avec une quantité donnée de capital et de travail. Plus il est aisé de substituer entre capital et travail, plus ce gain est élevé : une réorientation de la production vers une utilisation accrue du capital permet de tirer pleinement avantage de la meilleure productivité de celui-ci.

Le progrès peut également affecter la distribution du revenu. Tout d’abord, il entraîne un renchérissement du travail par rapport au capital (1). Les entreprises réorientent alors leur production vers plus de capital, diminuant ainsi le ratio entre les quantités de travail et de capital. Un point crucial est la mesure dans laquelle il est possible de remplacer les travailleurs par les machines.

Dans le cas le plus standard en analyse économique une hausse de 10 % du coût du travail (par rapport au capital) entraîne une baisse de 10 % du ratio travail-capital. Les deux aspects se compensent exactement et le ratio entre le revenu du travail (salaire multiplié par emploi) et celui du capital est constant. En d’autres termes, le progrès bénéficie à tout le monde dans la même mesure. Cette stabilité de la distribution des revenus est précisément ce pourquoi les économistes se sont concentrés sur ce cas, car les statistiques montrent une distribution très stable jusqu’à récemment.

Mais la venue des robots change la donne car ils peuvent plus facilement se substituer à un travailleur que ne pouvait le faire une machine. Une hausse de 10% du salaire entraîne une baisse de l’emploi (par rapport au capital) de plus de 10 %. Le revenu du travail baisse alors par rapport à celui du capital (voire même en termes absolus). Plus il est facile de remplacer le travail par le capital, plus le progrès technique va entraîner une inégalité de revenu.

Comment redistribuer ?

Contrer la péjoration du revenu des travailleurs demande un transfert du capital vers le travail, par exemple par un subside versé aux salariés. Si ce subside est clairement une bonne idée, il faut faire très attention à la manière de le financer.

Une recette souvent avancée est de taxer les robots (c’est-à-dire le revenu du capital). Le problème est que cette taxe pénalise l’investissement, car personne ne va accumuler beaucoup de capital si son revenu est ensuite fortement imposé. Nous pouvons montrer qu’une taxe stabilisant la part du revenu des travailleurs dans le PIB casse l’incitation à investir. Plus précisément, l’économie se retrouve dans la même situation que lorsque travail et capital ne sont pas facilement interchangeables (le cas où une hausse de salaire de 10 % réduit le ratio travail-capital de 10%). Certes l’économie bénéficie quelque peu du progrès, mais ce gain reste bien en deçà de celui qui serait réalisable.

Comment faire alors ? Une meilleure recette est de taxer la consommation. Cette taxe est payée par les consommateurs indépendamment de la source de leur revenu et ne péjore pas leur incitation à investir dans un capital plus productif. On pourrait objecter que les travailleurs sont péjorés car ils paient la taxe sur la consommation. Ce n’est pas un problème car leur paiement est plus faible que le subside qu’ils reçoivent. Les propriétaires de capital quant à eux paient la taxe mais ne reçoivent rien en retour. Nous avons donc bien une redistribution du capital vers le travail, mais d’une manière qui ne plombe pas l’investissement.

En pratique : impôt négatif sur le revenu et TVA

Comment un tel système pourrait-il être mis en pratique ? Une manière simple est de modifier le barème de l’impôt sur le revenu pour introduire un impôt négatif (c’est-à-dire un subside) pour les personnes aux revenus faibles, dont les ressources proviennent essentiellement du travail. Ce subside serait payé par une hausse de la TVA.

Il est donc tout à fait possible de corriger l’impact du progrès technique sur la distribution des revenus, mais ceci ne doit pas être fait via une taxe sur le progrès lui-même.

 

(1) Pouvoir travailler avec un robot me rend plus productif et augmente mon salaire. En revanche, le coût du capital ne change pas. Ce résultat apparemment étrange reflète le fait qu’il est possible d’accumuler du capital, c’est-à-dire d’investir, option qui n’existe pas pour le travail. La hausse de productivité stimule l’investissement, et l’abondance du capital qui en résulte réduit son prix.

Don’t tax robots. Instead, subsidize workers.

The fast pace of technological progress with the growing role of robots is fueling concerns for workers’ income. A subsidy paid to workers can solve the issue, but it should not be funded by a tax on robots. A value-added tax is better.

A comprehensive view

Assessing the impact of technical progress and the appropriate policy response is complex, as we need to take account of the interaction between several pieces: wages, investment, consumption, taxes, and more. Trying to think about the issue only verbally is near impossible.

Macroeconomic models are designed precisely with such analysis in mind. The allow us to focus on the key points and rigorously take account of the interactions between many variables. So let’s review what they have to say (I’ll spare you the equations and technical details).

Benefits and costs of technical progress

The rise of robots can be viewed as an asymmetric technological progress that boosts capital productivity more than labor productivity. I am more efficient if I can use a robot, but it boosts the productivity of other robots even more as they are directly complementary.

Such progress is clearly positive for the economy as a whole. The gain is however unevenly distributed and the income of workers can suffer. This tension between an overall gain and an unbalanced income distribution is more pronounced when it is easy to substitute capital for labor in the production of goods and services.

How technology impacts the economy

The gain from better technology simply reflects the fact that we can produce more when using the same quantity of labor and capital. The easier it is to substitute between these two inputs, the higher the gain: re-orienting production towards more use of capital allows the economy to take full advantage of the higher efficiency of this input.

Progress can also impact the distribution of income. First of all, it leads to a higher cost of labor relative to the cost of capital (1). Firms then adjust their production by using less labor relative to capital. A crucial point is the extent to which one can replace workers with machines.

The mast standard case in economics is the one where a 10 % increase in the cost of labor (relative to capital) lowers the labor-capital ratio (in terms of quantities) by 10 %. The two aspects exactly offset each other and the ratio between the income of labor (wages times employment) and that of capital is unchanged. In other words, progress benefits everyone equally. This stability of the income distribution is precisely why economists have focused on this case as the data show that the income distribution between capital and labor has been broadly stable until recently.

Robots however change the picture because they can take the place of a worker much more easily than machines could. A 10 % increase in the wage then lowers employment (relative to capital) by more than 10 %. The income of labor then falls relative to that of capital (and can even fall in absolute value). The easier it is to replace labor with capital, the larger the impact of progress on income distribution.

How can we redistribute?

To offset the worsened situation of workers we need to transfer income from labor to capital, for instance with a subsidy paid to workers. This is clearly a good idea, but one needs to be very careful about how we pay for this.

An option that is often considered is to tax robots (that is tax the income of labor). The problem with this tax is that it discourages investment, as no one is keen to accumulate much capital if the income is then heavily taxed. We can show that a tax that stabilizes the share of labor in GDP breaks the incentive to invest. More precisely, it puts the economy in the same situation as when labor and capital are not so easy to substitute (the case where a 10 % increase in wages lowers the labor-capital ratio by 10 %). While the economy does benefit from progress to some extent, this gain remains well below the one that could be achieved.

So what can we do? A better strategy is to tax consumption. This tax is paid by consumers regardless of where they get their income from and thus does not weight on their incentive to invest in productive capital. One may object that workers are adversely affected as they pay the consumption tax. This is not a problem however as what they pay is lower than the subsidy they receive to supplement their wages. The owners of capital on the other hand pay the consumption tax but get nothing in return. We thus have a redistribution from capital to labor but without any unpleasant side-effect on the incentive to invest.

In practice: negative income tax and VAT

What would such a scheme look like in practice? A simple way is to adjust the schedule of income tax to introduce a negative tax (i.e. a subsidy) for people with low incomes, who get their income predominantly from wages. This subsidy would be paid for by a value-added tax.

We have the policy tools to correct the impact of technological progress on income distribution. We should simply be careful not to do it via a tax on progress itself.

 

(1) If I work using a robot my productivity increases, and so does my wage. The cost of capital however remains constant. This apparently puzzling pattern reflects the fact that we can accumulate capital by investing, while no such option exists for labor. The higher productivity boosts investment, and the resulting abundance of capital keeps its price low.

 

 

Inégalité salariale : Hâtons-nous (bien trop) lentement

Le renvoi en commission par le Conseil des Etats d’une loi bien modeste sur l’égalité salariale entre hommes et femmes montre que le monde politique peine à prendre le sujet avec le sérieux qu’il mérite. L’argumentaire économique tient difficilement la route.

L’inégalité est un fait

L’écart de revenu entre hommes et femmes a été étudié en détail et ne s’explique pas entièrement par des différences de professions ou de formation. Même en tenant compte de toute une palette de facteurs, il reste un écart inexpliqué de 7.4 pourcent. Cela correspond à un 13ème salaire, ou à 600 francs par mois environ.

L’approche volontaire ne fonctionne pas

L’approche pragmatique suisse cherche d’abord à résoudre les problèmes sans établir une loi contraignante. C’est une bonne approche, mais au bout d’un moment il faut qu’elle produise des résultats. L’écart persistent alors que le principe d’égalité est dans la Constitution depuis 37 ans est un échec. Aucune entreprise ne garderait un cadre qui n’aurait pas mené son projet à terme en 37 ans !

Une pression est donc – hélas – nécessaire. Notons que la lenteur de l’approche volontaire ne montre pas nécessairement de la mauvaise volonté, mais peut simplement refléter une situation classique de complémentarité entre choix des entreprises. Admettons que toutes les entreprises aimeraient bien augmenter le salaire des employées. La décision d’une entreprise dépend cependant du choix des concurrents. S’ils laissent leurs salaires inchangés, l’entreprise qui veut être équitable se trouvera alors pénalisée. Si en revanche les concurrents augmentent les salaires, alors notre entreprise pourra le faire facilement. Il y a donc besoin d’une coordination des comportements. Si le monde économique ne peut pas le faire de lui-même, une loi contraignante peut remplir ce rôle.

Egalité et coût du travail

Augmenter les salaires des femmes de 7.4 pourcent représente un coût pour les entreprises. Nous pourrions cependant très bien étaler cette hausse dans le temps. Et si le problème est là, il y a une solution toute simple (et provocatrice): au lieu d’augmenter le salaire des femmes de 600 francs par mois, augmentons-le de 300 francs et baissons celui des hommes de 300 francs. L’égalité serait ainsi atteinte avec un coût modéré pour l’économie, coût qui semblait être le souci majeur des sénateurs cette semaine. Allons messieurs, pourquoi pas un geste bon pour l’égalité et la compétitivité de nos entreprises ?

Wage inequality: a (much too) gradual approach

The Swiss Parliament upper chamber sent a bill on men-women wage equality back to committee, showing that politicians still struggle to take this issue as seriously as it should. The economic case put forward does not hold.

Inequality is a fact

The wage gap between Swiss men and women has been studied in detail and is only partially accounted for by differences in training or sector of activity. Even when taking a broad range of factors into account, an unexplained gap of 7.4 percent remains. This amounts to a 13th monthly paycheck, or about 600 Swiss francs per month.

The voluntary approach has not worked

The Swiss pragmatic approach is to first try to solve problem without putting in place a constraining law. This is a sensible approach, but after a while it has to lead to results. The persistent wage gap, despite the fact that wage equality has been put in the Constitution 37 years ago, is a failure. No company would keep a manager who would not have brought a project to completion after 37 years!

Some pressure is thus – unfortunately – necessary. Note that the slow pace of the voluntary approach does not necessarily reflect bad will, but could simply be due to a standard problem of complementarity between the choices of different firms. Let’s consider that all firms would like to raise the wage of women. The decision of an individual firm depends however on what its competitors do. If they leave their wages unchanged, the firm trying to be fair will face problems of competitiveness. If however competitors raise wages, then our firms can easily do so. There is thus a need for coordination of choices. If the business world cannot achieve it on its own, a constraining law is necessary to fill this role.

Equality and labor cost

An increase of women’s wages by 7.4 percent is a real cost for firms. We could however spread it through time to make it more bearable. And if this is the core of the problem, there is a very simple (and provoking) solution: instead of raising women’s monthly wages by 600 francs, let’s raise them by 300 francs and lower men’s by 300 francs. Equality would be reached with only a moderate cost to the economy, cost that seemed to be front and center in Swiss Senators’ mind this week. So gentlemen, how about a gesture good for equality and firms’ competitiveness?