Frein à l’endettement : une expertise quelque peu timide

Le rapport d’experts sur le frein à l’endettement expose les récents problèmes rencontrés avec cet outil. Il ne considère pas qu’ils justifient de gros changements, et ce malgré un environnement profondément changé.

« Déçu en bien » année après année

Le groupe mandaté par le Conseil Fédéral a rendu son rapport bienvenu sur le frein à l’endettement. Cet outil a fortement réduit la dette de la Confédération depuis 2005, en grande partie via les dépenses budgétées mais non réalisées. Ces écarts entre budgets et dépenses effectives ont excédé un milliard de francs par année depuis 2005, comme le montre le graphique ci-dessous.

Le rapport indique que ces excédents pourraient bien être fortement réduits dans le futur avec le nouveau système de planification budgétaire de la Confédération. Une bonne partie de ces écarts sont attribuables à une surestimation des dépenses dans le budget : dans un système où obtenir une rallonge en cours d’année est difficile, il vaut mieux prendre un peu de marge et budgéter 100 si on compte vraisemblablement dépenser 98.

On ne peut que souhaiter une meilleure précision des budgets. Cela dit, elle forcerait une discussion de fonds sur la dette. Illustrons ce point par un exemple où les recettes sont de 100, les dépenses planifiées de 100, mais les dépenses effective de 98 pour se ménager une marge. Année après année nous avons une « surprise » de 2 (dépenses budgétées mais non réalisées) utilisée pour repayer la dette. Comme cette différence vient après coup, il n’y a jamais vraiment de discussion de fonds.

Si les prévisions sont maintenant améliorées, le budget des dépenses est de 98 et l’excédent de 2 est maintenant prévisible. Cette visibilité demande une claire discussion. Toutefois, si le rapport souligne que la meilleure visibilité évitera les « surprises » années après années, il ne souligne pas la nécessité de cette discussion de fonds.

Taux d’intérêts et inflation

Une bonne partie des surprises budgétaires de ces dernières années découle d’une sous-estimation des intérêts sur la dette et de la hausse des prix. Le rapport souligne que rien n’est certain et que les taux et les prix pourraient remonter.

Il est vrai que rien n’est jamais certain, mais celui qui attend les certitudes ne fera jamais de planification. Il est en fait très probable que les taux restent bas car la situation Suisse reflète une tendance de fonds dans l’économie mondiale depuis des années qui poussent les rendements des actifs sans risque à la baisse. L’inflation quant à elle reste faible depuis des années, et le risque sur ce plan est plutôt à la baisse. Cette situation est en fait un des sujets majeurs – si ce n’est le sujet principal – de la recherche macroéconomique actuelle.

Le scénario fort plausible de taux d’intérêt et d’inflation basse implique que les dépenses pourraient bien rester faibles dans la durée. Il est dommage que le rapport n’ait pas présenté quelques projections de dépenses et de dette sous ce scénario ou d’autres, un exercice qui n’aurait pas été compliqué.

Plus de dépenses ou moins d’impôts ?

Le rapport reconnaît que les excédents pourraient éventuellement persister, et conclut qu’il faudrait mieux les affecter aux baisses d’impôts qu’à des dépenses supplémentaires. Sur ce point, le rapport ferme trop rapidement la porte aux dépenses. Certes il est difficile de discuter un tel choix en quelques pages, mais le rapport aurait alors dû ne pas prendre position si nettement.

Le rapport considère que des dépenses supplémentaires n’augmenteraient que peu la croissance, sauf en cas de récession prononcée. C’est tout à fait exact, mais considérer les dépenses seulement sous l’angle conjoncturel est réducteur. Par exemple, des ressources supplémentaires pour la santé ou les retraites génèreraient un bien être indépendamment de leur impact sur la croissance.

La dette peut être trop faible

Le rapport considère les avantages et inconvénients d’une réduction de la dette. Il admet que la réduction de dette n’est pas nécessairement souhaitable (page 19), mais ce point est assez vite évacué.

C’est dommage car ce point est important. Avec une dette de seulement 15 pourcent du PIB, la Confédération a peu à gagner de remboursements supplémentaires. Comme le souligne le Pr. Bacchetta, la dette publique Suisse pourrait bien être trop faible. Une récente analyse du FMI souligne un point similaire (pages 9-11).

Les marchés sont également de cet avis : ils prêtent à la Confédération pour seulement 0.06 pourcent sur dix ans, et même 0.46 pourcent sur trente ans. En d’autres termes, les marchés implorent Berne de ne pas rembourser sa dette, car ils sont très friands de ce placement sans risque. Bien des économistes soulignent le besoin de prêter attention au message des marchés. C’est correct, mais il faut avoir la cohérence de les écouter en tout temps, et pas seulement lorsque les taux sont hauts.

Un status quo étroit

Le rapport recommande de ne pas changer la règle du frein à l’endettement. Cependant, un ajustement simple et pertinent n’y est pas discuté, à savoir la stabilisation de la dette par rapport au PIB, et non pas en valeur absolue. Le frein tel qu’il existe ne suit en effet pas la croissance de l’économie, et implique que la dette représentera une part au PIB tendant vers zéro.

Ce scénario n’est pas optimal : d’un point de vue économique rien ne justifie de pousser la dette publique à zéro, au contraire. Une stabilisation par rapport au PIB n’est pas pire. Avec une dette de 99 milliards, une croissance du PIB (prix+quantité) de 3 pourcent permettrait à la dette d’augmenter sans problème de 3 milliards chaque année.

Le rapport souligne qu’une dette faible donne une marge de manœuvre plus large en cas de coup dur économique. Etant donné le niveau faible de la dette actuellement, nous avons cependant déjà une marge substantielle. En outre, une marge supplémentaire ne serait pas d’une grande utilité en cas de gros problème comme une crise de nos grandes banques. La faible dette publique de l’Irlande en 2007 ne lui a pas servi à grand-chose lorsqu’elle a subi une crise bancaire majeure. Pour contrer ce problème mieux vaut se concentrer sur la supervision du secteur financier via des politiques de « too big to fail » par exemple.

Swiss debt brake: an expert report that is too timid

The expert report on the Swiss public debt brake shows the recent issues encountered with this tool. It however does not think that substantial changes are warranted, despite the profound changes in the economic environment.

Positive “surprises” year after year.

The experts mandated by the Swiss Federal Council have published a welcomed report on the debt brake that limits the indebtedness of the Swiss Federal government. This tool has substantially lowered the Federal debt since 2005, to a large extent via expenditures that were budgeted but in the end not undertaken. This gap between budgets and effective spending has exceeded 1 billion franc annually since 2005, as shown by the figure below.

The report points that this gap should be substantially narrowed in the future thanks to a new budgetary planning system. A sizable share of the gap reflects an overestimation of spending in the budget: in a system where obtaining extra funds during the year is quite hard, there is an incentive to build in some margin and budget spending of 100 even if one really plans to spend 98.

One can only welcome more precision in the budget. This said, this precision will highlight the need for a deep debate on the debt. We can illustrate this point by an example where tax receipts amount to 100, planned spending to 100, but effective spending to 98 because of the margin discussed above. Year after year we have a “surprise” of 2 (expenditures that have been budgeted but not undertaken) that is used to repay some debt. As this gap only materializes ex post, there never is a discussion of whether repaying the debt is appropriate.

If forecast are now improved, the spending is now accurately budgeted at 98 and the surplus of 2 is perfectly foreseeable. This clearer planning then calls for a discussion of what to do with the surplus. While the report recognizes that the improvement in the budgetary process will avoid the “surprises” of unrealized spending year after year, it does not stress the ensuing need for use of the surplus.

Interest rates and inflation

A large component of the budgetary surprises of recent years stem from an under-estimation of interest payments on the debt and of increases in prices. The report points that nothing is certain and that both interest rates and inflation could increase in the future.

Well, it is true that nothing is certain, but if one waits for certainties, one will never do any planning. In fact, it is quite likely that interest rates will remain low as the Swiss case fits in a deep trend in the world economy since many years that pushes the yields on safe assets down. Inflation in addition remains stubbornly low, and the risk is rather on the downside. This pattern is in fact one of the major topics – if not the most pressing one – in macroeconomic research currently.

A likely scenario of low interest rates and inflation implies that public expenditures could grow at a low pace for quite a few years. It is too bad that the report did not present some projection of expenditures and debt under this scenario and others, which would have been a relatively simple exercise.

Higher spending or lower taxes?

The report acknowledges that surpluses could possibly persist, and concludes that it would be better to then lower taxes than increase spending. On this issue, the report is too keen to close the door to higher spending. Of course, it is difficult to discuss such a complex choice in a few pages, but then the report should not have taken such a sharp stance.

The report considers that additional spending would not boost growth by much, except in a case of sizable recession. This is perfectly true, viewing expenditures only through their impact on GDP is too narrow an approach. For instance, additional resources for health care or retirement benefits would generate additional well-being aside from any impact on growth.

Debt can be too low

The report considers the pros and cons of a reduction of debt. It acknowledges that a debt reduction is not necessary a good policy (page 19), but this point is not discussed at length.

It’s too bad, because it is a central issue. With the Swiss Federal debt amounting to a mere 15 percent of GDP, the Federal government would not gain much by paying it down further. As pointed in a recent research by Pr. Bacchetta, the Swiss public debt may well be too low. The recent IMF annalysis of Switzerland raises similar concerns (pages 9-11).

Markets seem to share this view: they are willing to lend to the Swiss Confederation at a yield of only 0.06 percent at a ten year maturity, and even 0.46 percent at a thirty year maturity. In other words, markets are begging Bern not to repay its debt, as they are craving such a riskfree asset. My economists point to the need to pay attention to what markets say. This is a good point, but one should be consistent and listen at all times, not just when interest rates are high.

A narrow status quo

The report recommendation is to keep the debt brake rule as is. Unfortunately, it does not discuss a simple and relevant alternative, which would be to stabilize debt relative to GDP instead of in absolute terms. As it stands, the debt brake is not adjusted for economic growth, and thus implies that the ratio of debt to GDP will ultimately trend towards zero.

This is not an optimal scenario: from an economic standpoint nothing calls for public debt to fall to zero, to the contrary. A steady debt relative to GDP is not a worse outcome. With the Swiss federal debt now amounting to CHF 99 billion, a growth of nominal GDP of 3 percent would allow for an annual increase of the debt by CHF 3 billions.

The report points that a low debt frees some margin for adjustment in case of bad times. Given the already low level of Swiss public debt, the country already has a substantial margin. In addition, an extra margin would now be of much use in case of major problems, such as bnaking crisis. The low level of Irish sovereign debt before the crisis did not help much once the country was faced with the turmoil of its banking system. The risk of such major event is better handled through financial supervision, through “too big to fail” rules for instance.

L’impact de la réforme 2020 sur l’AVS en images

La réforme prévoyance 2020 va nettement renforcer l’AVS pendant 15 ans, et la hausse des rentes a un impact modéré, qui ne justifie pas la focalisation du débat sur cet aspect.

Le paquet de la réforme prévoyance 2020 est un ensemble complexe et ambitieux, et la documentation détaillée fourni par l’OFAS est particulièrement bienvenue pour y voir plus clair. Elle présente entre autres l’impact sur l’AVS de manière détaillée, alors que la hausse des rentes du premier pilier est un point central de l’argumentaire des opposants.

Un assainissement durable

Les graphiques ci-dessous présentent les trajectoires futures de la fortune de l’AVS et de son résultat (recettes – dépenses + rendement de la fortune) dans le régime actuelle (lignes rouges) et avec la réforme (lignes bleues). Le constant est on ne peut plus clair. Alors que l’AVS va bientôt commencer à manger son capital dans le système actuel, la réforme retarde cette échéance de 10 ans. Durant cette période la fortune se renforcera et demeurera substantielle en 2035, quand bien même le résultat de l’AVS sera négatif.

Evidemment, ces graphiques montrent que la réforme ne règle pas la situation une fois pour toutes, et qu’il faudra remettre l’ouvrage sur le métier. Notons quand même trois points. Premièrement, les projections faites dans le passé ont eu tendance à être pessimistes, et il est tout à fait possible que les choses se passent mieux que prévu (bien sûr, cela reste à voir). Deuxièmement, la réforme repousse substantiellement le moment où l’AVS sera en situation délicate, ce qui n’est pas rien. Enfin, l’AVS pourra être pérennisée dans le futur relativement facilement, un point sur lequel je reviens en fin d’article.

La réforme affecte avant tout les revenus de l’AVS

Les chiffres de l’OFAS permettent de cerner la manière dont l’AVS est renforcée. Le graphique ci-dessous décompose l’impact de la réforme sur le résultat entre les recettes, les dépenses, et le rendement de la fortune. Nous voyons clairement que la hausse du résultat (ligne rouge) reflète une hausse des recettes (ligne verte). Le rendement de la fortune augmente également (ligne bleue), la hausse de la fortune de l’AVS ayant là un effet bénéfique. Ces rentrées supplémentaires sont en partie compensées par la hausse des dépenses (ligne violette).

La hausse des dépenses reste modérée et ne représente dès lors par un fort vent contraire qui nécessiterait de fortes recettes supplémentaires.

D’où viennent les recettes supplémentaires ? Essentiellement de la hausse de la TVA (ligne violette ci-dessous), et également de la hausse des cotisations (ligne rouge). Les versements de la Confédération à l’AVS (ligne bleue) apportent en outre une petite contribution.

La hausse des rentes a un impact modéré

Les dépenses supplémentaires proviennent, sans surprise, de la hausse des rentes (les fameux 70 francs mensuels), laquelle est indiquée par la ligne rouge dans le graphique ci-dessous. Cette hausse est substantiellement compensée par le relèvement de l’âge de la retraite pour les femmes (ligne bleue) lequel réduit les dépenses.

Comme indiqué plus haut, la hausse des dépenses est modérée par rapport à celle des recettes. Il est intéressant d’examiner les projections pour les dépenses. La figure ci-dessous contraste les dépenses entre trois scénarios : le système actuel (ligne rouge), la réforme (ligne bleue), et le système actuel plus la hausse des rentes (ligne verte), ou en d’autres termes la réforme sans la hausse de l’âge de la retraite.

Il est frappant de constater combien les trois scénarios sont proches (les lignes seraient très difficile à distinguer si l’échelle verticale partait de zéro). Ceci montre bien que la réforme ne représente pas un « arrosage » massif au profit des bénéficiaires de l’AVS. Le haro des opposants sur la hausse des rentes n’est pas justifié par les chiffres.

L’AVS n’est de loin pas condamnée

Les projections de l’OFAS montrent que l’AVS peut être remise durablement sur les rails avec des mesures assez simples. Certes, il faudra faire un effort supplémentaire d’ici à une quinzaine d’année, mais la tâche n’est de loin pas insurmontable (par exemple la hausse d’une année de l’âge de la retraite pour une moitié de la population suffit à dégager 1 milliards de francs). Il n’y a pas de raison d’adopter une attitude catastrophiste et déclarer la mort du premier pilier.

The impact of the Swiss pension reform in pictures

The Swiss 2020 pension reform, put to a vote on September 24, will substantially strengthen the AVS (the pay-as-you-go component of the Swiss system) for 15 years, and the increase in benefits only has a moderate impact, which does not justify the focus of the reform’s critics on this point.

The pension reform is a comprehensive and complex package, and the detailed documentation provided by the Federal Office of Social Insurances (OFAS) is very much welcome to build a clearer assessment. Among other points, the documents show in details the impact on the AVS, which is particularly useful given the criticism of the increase of benefits from this component of the pension system.

A lasting strengthening of the pay-as-you-go

The two figures below show the projected paths of the AVS assets and its operating surplus (incomes – expenditures + earnings on assets) under the current system (red lines) and with the reform (blue lines). The message couldn’t be clearer. While the AVS will soon start eating in its assets to pay for benefits under the current system, the reform delays this stage by 10 years. During that time the wealth of the system will keep increasing and will remain sizable in 2035, even though the operating balance will then show a deficit.

Of course, the figures show that the reform will not settle things once for all, and further measures will be needed in the future. Nonetheless, three points are worth stressing. First, the forecasts made in the past tended to be on the pessimistic side, and it is quite possible that things will turn out better than expected (of course, only time will tell). Second, the reform substantially delays the time at which problems will occur, which is valuable. Finally, the AVS could be strengthened in the future through relatively simple measures, a point discussed below.

The reform primarily operates through the AVS income

The OFAS figures allow us to see more in details how the AVS is strengthened. The figure below splits the impact of the reform on the operating surplus between income, expenditures, and the earnings on assets. We clearly see that the increase in the overall surplus (red line) is driven by higher income (green line). The earnings on assets also increase (blue line), a side benefit from the higher wealth of the system. These higher inflows into the AVS system are partially offset by higher expenditures (purple line).

The increase in expenditures remains moderate and does not constitute a strong headwind that would require substantial additional resources.

Where is the additional income coming from? Primarily from an increase in the value added tax (purple line below), and also from higher contributions by workers and employers (red line). The payments from the Swiss Federal Government will also increase a bit.

The increase in benefits only has a moderate impact

The additional expenditures are unsurprisingly driven by the increase in benefits (70 francs per month for individual retirees), which is shown by the red line in the figure below. This increase is substantially offset by a higher retirement age for women (blue line), which reduces expenditures.

As mentioned above, the rise in expenditures is small next to the extra income. It is interesting to look at the forecasts for these expenditures. The figure below contrasts three cases: the current system (red line), the reform (blue line), and the current system plus the increase in benefits (green line), which is also the reform without the higher retirement age.

It is striking to see how close the three lines are (they would actually be very hard to tell apart if the vertical axis started at zero). This clearly shows that the reform is not a large gift to the beneficiaries of the AVS. The vocal criticism by the reform opponents on the higher benefits is not supported by the figures.

The AVS is not doomed by far

The projections by the OFAS show that the AVS can be put back on track for a sustained period with relatively simple measures. Of course, we will have to implement an additional round of adjustments in about fifteen years, but this is far from an impossible task (for instance the one year increase of the retirement age for half the population is enough to bring 1 billion francs into the system). There is no reason to take a catastrophic attitude and declare the pay-as-you-go system dead.

L’UBS appelle à manifester ?

« Ils [les jeunes] devraient être en train de manifester violemment » : voilà bien une phrase que je ne m’attendais pas à lire dans une brochure d’UBS (News Prévoyance, no 2, juin 2017). La plus grande banque suisse aurait-elle engagé M. Mélenchon comme porte-parole ?

En fait non. Cette phrase est tirée de la chronique de M. Martin Spieler sur la réforme de la prévoyance vieillesse. Il y argumente que les jeunes sont les grands perdants de la réforme, et que la solution est – oh surprise – pour leur parents de leur ouvrir un compte épargne 3ème pilier.

L’épouvantail du conflit de génération

Marketing mis à part, la jeune génération n’est pas sacrifiée. Evidemment que les jeunes auront un système de retraite moins généreux avec la réforme qu’actuellement : s’il avait été possible de maintenir le système actuel, nous ne serions pas en train de parler de réforme après tout. Et rejeter la réforme empirerait encore plus les choses.

Certes, les personnes actives et relativement proches de la retraite seront moins prétéritées que les jeunes (encore que la situation soit contrastée par niveaux de revenu). Ceci résulte simplement du fait que la planification de la retraite est un exercice de longue haleine, et qu’il convient de ne pas abruptement changer les règles pour les personnes n’ayant plus assez d’années de cotisations pour se rattraper.

Regardons au-delà de la prévoyance

Si on veut vraiment contraster les générations, alors prenons d’autres aspects que les retraites en compte. Les jeunes bénéficient – à juste titre – d’un excellent système de formation offrant bien plus de possibilités que par le passé. Ils ne souffrent pas plus du chômage que les générations précédentes, comme le montre le graphique ci-dessous. Le chômage de longue durée est en fait plutôt un problème pour les ainés.

Je comprends pleinement que des jeunes aient des motifs de grief dans des pays émergents, ou dans certains pays européens où ils ont récemment souffert d’un chômage massif qui les pénalise pour le reste de leurs vies. Mais en Suisse ? Si tout n’est bien sûr pas rose, y compris les changements dans la prévoyance, les jeunes suisses ne sont de loin pas une génération perdue.

Il faut cesser de faire de la réforme de la prévoyance un conflit de générations. Ce d’autant plus que les opposants ne se distinguent d’habitude pas par un souci marqué envers la jeunesse sur d’autres sujets, comme les bourses d’études ou l’assurance chômage par exemple.

UBS calls for protests?

« They [young people] should be protesting violently » : here is a sentence that I did not expect to read in a UBS brochure (News Prévoyance, no 2, june 2017, my translation). Did the largest Swiss bank just hire M. Mélenchon as a spokesman?

Well, no. This sentence is taken from the chronicle by M. Martin Spieler on the reform of the Swiss retirement system. He argues that young people are losing the most from the reform, and that the solution is – surprise, surprise – for their parents to open a tax-free retirement savings accounts.

The strawman of a conflict of generations

Marketing aside, the young generation is not sacrificed. Of course, young people will have a less generous retirement system than the current one: if it had been possible to keep the current scheme, we would not be talking about retirement reform, wouldn’t we? In addition, rejecting the reform would make matters even worse.

It is true that working age people relatively close to retirement will face a less stringent deal than younger people (with the caveat that the situation is contrasted depending on income). This simply results from the fact that retirement planning is a long-haul exercise, and one shouldn’t abruptly change the rules for people who do not have enough contributing years remaining to make up for the change.

A look beyond retirement

If we really want to contrast generation, then let’s take other aspects into account than just retirement. Today young people benefit – rightly so – from an excellent education system offering them more opportunities than in the past. They do not suffer from higher unemployment than previous generations, as shown by the figure below. Long term unemployment is actually much more of an issue for older workers.

I fully understand that young people have reasons for grief in emerging countries, or in some European countries where they recently suffered from mass unemployment which will weight on them for many years. But in Switzerland? While of course not everything is rosy, including changes in the retirement system, the young Swiss are far from being a lost generation.

One should not turn the debate on the retirement reform into a generational conflict. Especially so given that the opponents are usually not noticed for any deep concern towards young people on other topics, such as scolarships or unemployment insurance for instance.

Un dédain choquant envers les retraités modestes

Les opposants à la réforme des retraites s’offusquent qu’un tiers des bénéficiaires de l’AVS soient domiciliés à l’étranger, arguant que ces retraités ne font pas bénéficier l’économie suisse de leurs dépenses. L’impact économique est cependant minime, et ces vives critiques montrent bien que le 24 septembre nous voterons essentiellement sur une vision de société.

Les rentes payées à l’étranger sont minimes

Si les rentiers domiciliés hors de nos frontières représentent un tiers des bénéficiaires, ils ne touchent que 14 pourcent des prestations versées par l’AVS (13 pourcent si nous nous concentrons sur les seules rentes vieillesse). En d’autres termes, la rente moyenne perçue à l’étranger est nettement plus faible que celle perçue en Suisse (563 francs par mois contre 1’818 francs). Les personnes concernées ont donc travaillé dans des emplois à faible salaire, ou n’ont passé que quelques années à travailler et cotiser en Suisse. C’est leur droit le plus strict de vivre leurs années de retraite ou bon leur semble.

Le montant total des rentes AVS payées hors Suisse (5’968 millions de francs par année) est une goutte d’eau par rapport à notre économie, ne représentant que 0.9 pourcent du PIB. En fait, les dépenses de tourisme des Suisses voyageant à l’étranger sont trois fois plus importantes (les importations de service tourisme représentent 15’768 millions de francs). Or aucun politicien ne jette la pierre aux vacanciers suisses qui vont chercher le soleil sous d’autres cieux.

Au fonds, nous ne parlons pas vraiment d’argent, n’est-ce pas ?

Il est frappant de lire qu’un politicien regrette que les gens aillent vivre une « belle retraite » hors de nos frontières. En quoi au juste le fait de vivre dans la dignité est-il un problème ?

Cette remarque a au moins le mérite de la clarté. Les opposants à la hausse mensuelle de 70 francs des rentes AVS sont-ils vraiment soucieux des aspects financiers, ou considèrent-ils au fonds que les personnes touchant des rentes auraient comme un devoir de vivre chichement ?

Nous voterons donc bien sur un choix de société, à savoir la place que les personnes avec un revenu modeste ont dans notre pays. C’est clairement un choix, et non pas une contrainte. Il est vrai que le système de retraite doit être ajusté, mais il faut encore et toujours rappeler que la Suisse est un pays prospère qui peut pleinement se permettre les ajustements prévus par la réforme.

A shocking disdain towards low-income retirees

On September 24 the Swiss will vote on an extensive reform to the retirement system. The opponents to the reform complain that a third of the beneficiaries of the AVS (the pay-as-you-go leg of the Swiss system) live outside Switzerland, arguing that these retirees’ spending does not benefit the Swiss economy. The economic impact is however minimal, and such sharp criticism clearly shows that the vote is essentially about the type of society Swiss citizens want.

The benefits payed abroad are small

The beneficiaries living outside Switzerland account for one third of all beneficiaries, but they only received 14 percent of the money paid out by the AVS (13 percent if we exclude survivors’ benefits). In other words, the average pension payment to a retiree abroad is much smaller than the one to a retiree living in Switzerland (563 Swiss francs per month vs. 1’818 francs). This shows that the retirees living outside Switzerland worked in low-paying jobs, or only worked in Switzerland for a few years (limiting their right to benefits). It is their full right to live their retirement right wherever they see fit.

The overall pension amount paid abroad (5’968 million Swiss francs per year) is a drop compared to the size of the economy, accounting for a mere 0.9 percent of GDP. In fact, the spending by Swiss tourists abroad is three times as large (imports of tourism services amount to 15’768 million Swiss francs). But no politician blames Swiss tourists for enjoying a beachside vacation in another country.

All in all, this is not really about money, is it?

It is striking to read that a politician regrets that some retirees get to live a “nice retirement” outside Switzerland. How exactly is the fact to live in dignity considered to be a problem?

Such comments at least have the merit of clarity. Opponents of the reforms are particularly upset with a monthly increase of benefits by 70 francs to all retirees. Are they really concerned about financial aspects, or do they after all consider that people benefiting from the Swiss social system have some kind of a duty to live cheaply?

On September 24 the Swiss will really vote on the type of society they want, specifically about the place that people with a limited income should have. This is clearly a matter of choice, not necessity. It is true that the retirement system needs to be adjusted, but it is important to repeat again and again that Switzerland is a prosperous country that can fully afford the adjustments planned under the reform.

Merci aux technocrates

Les Républicains ont échoué dans leur tentative d’affaiblir l’Obamacare en petit comité, un échec qui permet – pour l’instant – à des millions d’Américains de garder leur assurance maladie. Un élément crucial dans ce coup d’arrêt est l’analyse du Congressional Budget Office montrant clairement que la nouvelle loi se résumait à des coupes d’impôts pour les plus riches au détriment de l’assurance maladie des plus humbles.

Il est frappant voir combien ce rapport sommes toutes technocratique a changé la donne, et mis les membres du Congrès devant leurs responsabilités. Auparavant, rares étaient les Républicains qui osaient s’opposer à la volonté du parti de défaire Obamacare, alors même que les conséquences étaient prévisibles.

A l’heure des « fake news » il est donc plus que jamais crucial de pouvoir disposer d’analyses factuelles des politiques économiques. Si les technocrates ont rarement bonne presse, leur travail de fonds n’en demeure pas moins un élément essentiel du bon fonctionnement des démocraties. On ne fait pas de bonne politique sans bonne analyse.

In praise of technocrats

The Congressional Republicans have failed in their rushed attempt to roll back Obamacare, a setback which – for now – allows millions of Americans to keep their health insurance. A crucial step in this development has been the analysis of the proposed law by the Congresional Budget Office clearly showing that the law boiled down to tax cuts for the highest incomes at the expense of health coverage for the rest.

It is striking to see how much that technical report changed the dynamics and led members of Congress to face their responsibilities. Before then, rare were the Republicans who dared stand up to their party objective to roll back Obamacare, even though the consequences were not hard to foresee.

In the age of fake news, it is more than ever crucial to have factual analyses of economic policies. While one is rarely fond of technocrats, their ground work is nonetheless a central element for the sound functioning of democracies. There is not good policy without a good analysis.