Réforme des cotisations LPP : évitons le catastrophisme

Reform of pension contributions: don’t be frightened

L’initiative proposant un taux de cotisations unique pour la LPP rendrait le système plus égal, sans générer de surcoût. La hausse temporaire des cotisations serait modérée et totalement compensée par les gains futurs.

Réformer un système discriminatoire

Le taux de cotisations à la LPP augmente actuellement avec l’âge, ce qui pénalise les perspectives professionnelles des personnes de 50 ans et au-delà en les rendant plus chères pour les employeurs. En outre le système va à l’envers du bon sens, car pour financer sa retraite il vaut mieux cotiser le plus tôt possible.

Un surcoût transitoire

Tout le monde s’accorde à dire qu’un taux de cotisation unique quel que soit l’âge est une bonne idée. Par rapport au système actuel, cela impliquerait une hausse des cotisations pour les jeunes et une baisse pour les personnes plus âgées. Passer du système actuel à un régime de cotisations uniques implique un surcoût transitoire. Les personnes en fin de carrière devront toujours cotiser à l’ancien taux, car elles ne peuvent évidemment pas remonter dans le temps pour ajuster les cotisations payées dans leur jeunesse. En même temps les jeunes cotiseraient à un nouveau taux plus élevé. Le montant de cotisations augmenterait donc tant que des personnes ayant commencé leur carrière sous l’ancien système seraient toujours en activité.

L’argument des opposants est que ce coût supplémentaire serait tel qu’il rend la réforme tout simplement impossible. Le chiffre avancé est de 1 milliard de francs par an pendant une vingtaine d’années.

Ne nous laissez pas impressionner par les milliards

Un milliard par an semble être un très gros montant. En fait non. Lorsque l’on fait de l’analyse macro-économique, tous les chiffres ont beaucoup de zéros. Cela surprend au début, mais on s’y habitue vite, et l’on apprend à mettre les choses en perspective. Concrètement, 1 milliards par an représente 2.23 % des cotisations LPP (44.8 milliards en 2016), 0.26 % des salaires payés aux employés (391.4 milliards) et 0.15 % du PIB (659.1 milliards). Il convient de rappeler que depuis 2010 les salaires ont augmenté de 0.68 % par an en moyenne. Le surcoût de la réforme représente alors l’équivalent de 4 mois et demi de hausse de salaire. Pas de quoi prendre peur.

Une image parlant plus que de longues phrases, la figure ci-dessous présente l’évolution des salaires sous deux scénarios. Sans réforme, considérons que les salaires augmentent régulièrement de 0.7 % par an, à partir du niveau actuel de 32.6 milliards par mois. Leur niveau est alors présenté par la ligne bleue. Que se passerait-il si la réforme était adoptée à la fin de l’année 1 ? Les entreprises devraient alors supporter un coût supplémentaire de 1 milliard par an. Admettons qu’elles n’augmentent plus les salaires pendant 5 mois, après quoi ceux-ci augmentent de nouveau de 0.7 % par an. L’évolution des salaires serait alors donnée par la ligne rouge, qui est légèrement plus basse. La différence entre les deux lignes représente les salaires que l’entreprise paie maintenant sous formes de cotisations LPP supplémentaires. Cela correspond à 1 milliards lors de la première année, puis à 1-1.5 milliard par année, comme le montrent les barres grises.

Ce simple exemple chiffré montre bien que le coût de la réforme ne briserait pas les reins des entreprises. Il pourrait être couvert simplement en renonçant brièvement à des hausses de salaires.

Mais au fait, y-a-t’il vraiment un coût ?

En fait la situation est encore moins difficile que ce que le calcul précédent indique. Pour s’en rendre compte, il convient d’évaluer l’impact de la réforme sur la durée. Afin de faire cela de manière claire et concise, il est utile de considérer un simple modèle économique. Certes un tel outil est très simplifié, mais cela permet précisément de cerner les points clefs de manière claire (les personnes intéressées par les détails peuvent les trouver dans cette note technique et cet exemple chiffré).

Dans notre modèle les salariés travaillent durant deux périodes, où ils sont respectivement jeunes et âgés (une période corresponds environ à une vingtaine d’années). Jeunes et vieux gagnent le même salaire brut, et ce salaire reste constant à travers les générations (pour faire simple). Dans le système actuel, les jeunes paient un taux de cotisation LPP plus faible que celui payé par les travailleurs âgées. Avec la réforme, le taux est égal pour les deux. Ce nouveau taux est fixé de manière à ce que l’avoir LPP d’une personne en fin de carrière soit le même dans les deux systèmes. En d’autres termes, la réforme ne change pas la générosité du deuxième pilier.

La figure ci-dessous présente l’évolution des taux de cotisations pour jeunes (en bleu) et âgés (en rouge). La réforme est mise en place à la période T. Par rapport à l’ancien système (lignes traitillées) le taux de cotisation des jeunes augmente immédiatement, alors que le taux de cotisation des âgés ne diminue qu’à la période T+1. Comme ces personnes étaient sous l’ancien système lors de leur jeunesse, elles  doivent cotiser à l’ancien taux pour préserver leur avoir.

Il y a donc clairement un surcoût temporaire à la période T, comme illustré par la figure ci-dessous. Avec la réforme (ligne continue) les cotisations augmentent, puis ensuite diminuent à un niveau plus faible que celui sans réforme (ligne traitillée). Il y a donc une baisse permanente du montant de cotisation une fois que la réforme est en place. Avec la réforme les personnes cotisent plus fortement lors de leur jeunesse. Ce capital supplémentaire génère un rendement qui permet d’atteindre un avoir de retraite donné avec moins de cotisations.

Nous pouvons montrer que le surcoût temporaire (période T) est exactement compensé par la réduction des cotisations à partir de la période T+1. En d’autres termes, la réforme ne change pas la valeur actualisée des cotisations payées par les entreprises du point de vue de la période T (la valeur actualisée considère les paiements sur toutes les périodes, prenant en compte le taux d’intérêt pour pondérer les paiements futurs). En outre, la réforme réduit la valeur actualisée des cotisations du point de vue de la période T+1, une fois le nouveau système complètement en place. Ceci reflète simplement le fait qu’avec des cotisations en début de carrière un avoir de retraite donné est plus facile à financer.

Utiliser l’emprunt pour répartir la charge

Notre exemple montre que dans l’ensemble la réforme n’entraîne pas un coût supplémentaire, car la hausse des paiements en période T est compensée par la suite. En fait la réforme ne fait que changer le timing des paiements des entreprises.

Un cas de figure avec une hausse temporaire des cotisations suivie d’une baisse permanente peut être géré par l’emprunt. Les entreprises peuvent lever sur les marchés financiers le montant nécessaire à payer la hausse temporaire des cotisations. Mais où trouveraient-elles l’argent ? Simplement auprès des caisses LPP. En effet, les cotisations supplémentaires payées en période T doivent bien être investies quelque part. Le plus simple est de le prêter aux entreprises. En d’autres termes, la réforme augmente la demande de crédit des entreprises en même temps qu’elle augmente l’offre de crédit de la part des fonds de pension. Certes la période de transition serait longue en pratique, et l’on peut douter que les entreprises puissent facilement emprunter. Mais cela peut se gérer par un fonds de compensation dans lequel les caisses de pension pourraient investir l’épargne supplémentaire et qui prêterait aux entreprises.

Au final, notre exemple montre bien que la réforme ne fait que changer le timing des cotisations payées par les entreprises. Le « surcoût » lors de la transition n’en est donc pas vraiment un. Supprimer le caractère discriminatoire du système actuel est donc faisable.

Congé parental : ne tirez pas sur le messager

En proposant un congé parental de 38 semaines la Commission fédérale de coordination pour les questions familiales (COFF) a fait son travail. Le Parlement est libre de ne pas suivre la proposition, mais à lui d’assumer alors cette décision. Ce n’est pas aux analyses techniques d’intégrer en amont le degré de volonté politique. De surcroît, le coût de la proposition est bien modique.

A chacun son métier

Le rapport de la COFF présente les leçons tirées de l’expérience internationale et contraste la situation de la Suisse par rapport aux autres pays. Le document montre bien à quel point nous sommes est en queue de peloton. Il souligne les avantages d’un congé parental, par exemple l’intégration facilitée des femmes dans la vie active. Il est important de rappeler de tels points positifs alors que la discussion tend à porter seulement sur les coûts.

Sur base de ce rapport, la COFF propose un congé de 38 semaines, pour un coût de 1 à 1.5 milliards par an. Mal lui en prend : elle reçoit en retour une volée de bois vert, les critiques trouvant le rapport trop extrême et pas assez en phase avec les rapports de force politiques.

C’est bien mal comprendre la tâche de la COFF. Son devoir est de présenter des analyses et de résumer l’état des connaissances, ni plus ni moins. Le Parlement est libre de se montrer frileux dans ses projets de loi. C’est son bon droit, et ce sera aux électrices et électeurs de réagir lors des prochaines élections si elles/ils le souhaitent. Mais le Parlement doit pleinement assumer ce choix. Il est inapproprié d’attendre de la COFF qu’elle modère ses recommandations pour des considérations de tactique politique. Comme académique je ne peux que m’insurger contre une telle forme d’autocensure.

Un peu de rationalité dans l’appréciation des coûts

Plutôt que de pousser des cris d’effroi pour un coût de 1-1.5 milliards, gardons la tête froide. Cela fait effectivement beaucoup comparé aux 823 millions du congé maternité en 2016. Mais en fait, un tel calcul ne fait que montrer le niveau limité du congé maternité existant.

Il est plus pertinent de mettre le coût en perspective avec le PIB, lequel se montait à 668 milliards en 2017. Voilà qui change la donne : le congé parental coûterait entre 0.15 % et 0.22 % du PIB, soit l’équivalent d’une demi-journée de travail par année (sur base de 52 semaines à 5 jours). Une charge insupportable ? Allons donc.

Parental leave : don’t shoot the messenger

By proposing a parental leave of 38 weeks the Swiss Federal Commission of Coordination for Family Matters (COFF) did its job. The Swiss Parliament is free not to take up the proposal, but then should take responsibility for this choice. Technical analyses should not be influenced by the degree of political willingness. On top of that, the cost of the proposal is quite low.

Everyone should focus on his task

The COFF report presents the lessons learned from international experience and put the Swiss situation in international perspective. The document clearly shows how much Switzerland lags behind. It also highlights the positive impact of a parental leave, for instance through higher labor force participation by women. It is important to point these positive aspects as the discussion tends to be only about costs.

Based on the report the COFF proposes a parental leave of 38 weeks, at an annual cost of 1 to 1.5 billion Swiss francs. It got an earful in return: critics find the report to be extreme and out of tune with the positions of the main political parties.

This reaction misunderstands the task of the COFF. Its duty is to present analyses and to sum up the state of knowledge, no more no less. Parliament is free to display limited ambition when crafting laws. That’s its right, and it will be up to the voters to react at the ballot box if they so wish. But the Parliament must then own up to its choice. It is not appropriate to expect the COFF to water down its conclusions because of tactical political considerations. As an academic I can only protest against such a form of self-censorship.

Be rational when weighting the cost

Instead of being frightened at the cost of 1-1.5 billion Swiss francs, let’s be even-headed. It is indeed a high amount compared to the 823 million spent on maternity leave in 2016. But this merely shows how limited the existing Swiss maternity leave benefits are.

It is more relevant to contrast the cost against GDP which amounted to 668 billion francs in 2017. This drastically changes the perspective: parental leave would cost between 0.15% and 0.22% of GDP, which is equivalent to half a day of work per year (based on 52 weeks of 5 days). An unbearable burden? Come on.

« Un jour sans fin » pour les finances fédérales

Et ça recommence : aux dernières nouvelles les finances fédérales devraient afficher un surplus de 2.3 milliards de francs cette année, soit 2 milliards de mieux que prévu. Voilà une décennie que l’histoire se répète.

Cette bonne « surprise » ira-t-elle encore réduire la dette de la Confédération sans que l’on pose trop de questions ? Espérons que non, car il est grand temps de dépoussiérer le frein à l’endettement.

Au risque de me répéter, je tiens à rappeler les points suivants :

  • La situation difficile des finances publiques dans les années 1990 est loin derrière nous.
  • Le frein à l’endettement doit donc être ajusté. Le patient n’est depuis longtemps plus aux urgences, il est temps de modifier le traitement.
  • La dette de la Confédération a nettement baissé et est faible (14 pourcent du PIB). La réduire encore n’apporte aucun gain économique.
  • La dette pourrait augmenter de 2 milliards par année en restant stable par rapport au PIB – ce qui est le critère économiquement pertinent.
  • Les investisseurs sont friands de la dette : ils ne demandent que 0.04 pourcent pour prêter à 10 ans, soit nettement moins que l’inflation.
  • Il y a un problème global de manque de placements sûrs, tels que la dette de la Confédération. Ceci a fait l’objet d’analyses scientifiques solides aussi bien globalement que dans le cas de la Suisse.

Il est grand temps d’ajuster le frein à l’endettement. Rembourser systématiquement la dette dans les circonstances actuelles est un gaspillage.

« Groundhog day » for Swiss public finances

Here we go again: the latest data indicate the Swiss Confederation accounts will show a Chf 2.3 billion surplus in 2018, which is 2 billion more than expected. Such positive surprises have been repeating themselves for about a decade now.

Will this « surprise » again go towards paying down the debt without asking deeper questions ? Let’s hope not, as it is about time to update the debt brake rule.

At the risk of repeating myself, let me make some key points.

  • The delicate situation of Swiss public finances in the 1990’s is long past.
  • The debt brake rule must be updated. The patient has long left the emergency room, it is time to adjust the treatment.
  • Swiss Confederation’s debt has substantially decreased and is now very low at a mere 14 percent of GDP. Reducing it further brings no economic gain.
  • Instead the debt could increase by Chf 2 billion per year while remaining steady as a share of GDP – which is the relevant economic yardstick.
  • Investors are craving Swiss debt. The only ask for a 0.04 percent yield to lend at a 10 years horizon, well below inflation.
  • There is a global issue of a shortage of safe assets, such as Swiss government debt. This has been the object of serious analyzes at the global level, as well as for the Swiss case.

It is time to adjust the debt brake. Paying down debt in the current environment is simply a massive waste.

4.1 pourcent de croissance ! On se calme

Au deuxième trimestre le produit intérieur brut américain a augmenté de 4.1 pourcent. Cela ne démontre pas du tout un éventuel succès de la politique économique du président Trump, même si le chiffre est respectable.

La croissance est volatile

Un adage de l’analyse des chiffres conjoncturels pourrait être «sur les chiffres d’un seul trimestre jamais tu ne te concentreras ». La croissance de l’économie est en effet très volatile comme le montre le graphique ci-dessous. Cela reflète toutes sortes de facteurs économiques temporaires, ainsi que l’inévitable imprécision des statistiques.

Une croissance de 4.1 pourcent (en termes annualisés) n’est de loin pas sans précédent. Lors de la présidence d’Obama l’économie a connu quatre trimestres avec une croissance supérieure à ce niveau. C’est toujours bienvenu, mais personne n’en a fait tout un plat, à juste titre.

Une perspective plus longue

Si l’on veut évaluer la performance économique d’un président, il faut alors prendre les chiffres sur la durée. Un billet précédent de ce blog l’a fait, et les graphiques ci-dessous montrent les chiffres mis à jour. Pour ce qui est de la croissance du PIB, Trump reste dans une moyenne basse par rapport aux autres présidents. La baisse du taux de chômage n’est pas spectaculaire. En fait seule la bourse se porte plutôt bien. Mais il n’y a là rien de surprenant. La forte baisse de la fiscalité des entreprises les a conduites à racheter leurs propres actions, faisant ainsi monter les cours.

 

4.1 percent growth! Don’t get carried away

In the second quarter the US gross domestic product expanded by 4.1 percent. This in no way proves any success of President Trump’s economic policies, even though the number is strong.

Growth is volatile

A wise advice for an analyst of economic data could be «on the figures of one quarter never exclusively focus you shall». Economic growth is volatile as the figure below shows. This is due to all kind of temporary economic factors, as well as the unavoidable limited precision of data.

A growth of 4.1 percent (annualized) is far from unprecedented. During the Obama presidency the economy experienced four quarters with growth above that value. It’s always pleasant, but nobody made a big fuss about it, and rightly so.

A longer view

If we want to assess the economic record of a President, we need to look at data over some length. A previous blog post did so, and the figures below show the actualized data. In terms of GDP growth, Trump remains moderately below the average compared to other Presidents. The decrease in the unemployment rate is not spectacular. In fact only the stock market is doing well. But this is not surprising. The big corporate tax cuts have led firms to buy back their own stocks, thus pushing prices up.

 

 

 

 

 

 

Une étrange expérience sur le revenu de base

La commune zurichoise de Rheinau projette de tester le revenu de base inconditionnel (RBI) pendant une année. Le projet laisse perplexe car il fait abstraction du principal problème, à savoir son financement.

Le coût du RBI est le problème majeur

Le débat lors de la campagne de juin 2016 a souligné que le problème majeur avec le RBI était son coût. Il aurait en effet nécessité des taxes substantielles qui auraient fortement réduit les incitations à travailler.

Il est dès lors étonnant de voir que le projet de Rheinau fait abstraction de ce point. Plus précisément, le coût du RBI pour les 500-600 personnes que le projet espère recruter ne sera pas supporté par la commune. Or ce coût est substantiel : on parle de 3 à 5 millions, ce qui semble plutôt optimiste (si 500 personnes touchent 2’000 francs par mois le coût est de 12 millions). Ce montant devrait être couvert par d’autres sources, comme le financement participatif ou fondations (soit dit en passant, si les gens sont prêts à investir de tels montants dans la recherche économique, mes collègues et moi avons une longue liste de projets à proposer).

Les habitants de Rheinau recevraient donc un transfert massif du reste de la Suisse. C’est tout le bien que nous pouvons leur souhaiter. Le problème est que les leçons de l’expérience seront d’un intérêt au mieux très limité : le comportement des personnes touchant le RBI sera très différent selon que ce revenu soit un cadeau ou qu’elles doivent en supporter le coût. Or un RBI appliqué sur l’ensemble du pays de manière durable devrait être financé par les Suisses eux-mêmes. A moins que par un soudain élan de générosité les pays voisins ne décident de nous subventionner, on peut toujours rêver.

L’effet dépend de la durée du RBI

En plus du coût, la courte durée de l’expérience limite son intérêt. La réaction des personnes recevant un transfert est très différente selon qu’il soit limité ou durable. Si vous me dites qu’un généreux donateur va payer mon salaire pendant une année sans conditions, je vais continuer à travailler car dans un an la fête sera finie et il faudra que je subvienne de nouveau à mes besoins. Si en revanche ce donateur me paye à vie je réduirais fortement mon temps de travail.

Nous pouvons donc nous attendre à ce qu’un RBI limité dans le temps comme à Rheinau n’ait que peu d’effet sur les choix des gens concernés. Mais cela ne nous dira rien sur l’effet qu’aurait un RBI versé sur une longue période.

A strange experiment on the minimum income

The town of Rheinau in the Canton of Zürich plans to experiment with a minimum guaranteed income during a year. This project leaves me puzzled as it overlooks the main problem of such an income, namely its funding.

The cost of guaranteed income is the main problem

The debate when Switzerland voted on the guaranteed income in June 2016 showed that cost was the main problem. Funding such a scheme would have required heavy taxes which would have substantially reduced the incentive to work.

It is then surprising to see that the Rheinau project does not address this problem. More specifically, the cost of providing the income to the 500-600 people that the project aims to support will not be borne by the town itself. This cost is however substantial: a figure of 3 to 5 million Swiss francs is mentioned, and if anything this looks optimistic (if 500 people get 2’000 francs per month the cost reaches 12 million). The plan is to cover this amount from other sources, such as crowdfunding and donations (by the way, if people are willing to invest such amounts in economic research, my colleagues and I have a long list of projects to offer – just saying).

The people of Rheinau would then receive a massive transfer from the rest of Switzerland. We can only wish such a pleasant experience to them. The problem is that the lessons drawn from the experiment would be of very limited interest at best: the response of people getting a guaranteed income will be very different depending on whether it is a gift or they have to bear the full cost of it. This is important as a guaranteed income applied to the whole country would have to be funded by the Swiss themselves. Unless a sudden surge of generosity among neighboring countries leads them to subsidize Switzerland, one can always dream.

The duration of the experiment matters

In addition to cost the limited duration of the guaranteed income limits what we can learn from it. The behavior of beneficiaries will be different depending on how long they get the transfer. If you tell me that a generous philanthropist will pay my wage for an entire year without any conditions, I will continue to work because the party will be over at the end of the year and I will then have to work to pay my bills. If however the philanthropist is willing to pay me for life, be assured that I will substantially reduce the time spent in the office.

We can thus expect that a guaranteed income over a short period as in the Rheinau project, will have a minimal impact on beneficiaries’ work choices. But this will tell us nothing on what we could expect in the case of an income paid over many years.

Les banques font des bénéfices – et alors ?

Les partisans de l’initiative monnaie pleine veulent que la population se réapproprie les bénéfices des banques. Mais ces bénéfices ne sont pas preuve d’un abus, et l’initiative ne diminuerait pas les coûts pour la population.

Bien comprendre la concurrence

Les initiants soulignent que les banques ont le monopole de la création monétaire via les prêts et dépôts (processus strictement encadré par la régulation, rappelons-le). Au même titre que les pressings ont le monopole du nettoyage de vêtements délicats, les garagistes le monopole des réparations de voitures, et j’en passe.

Est-ce un problème ? Pour répondre à cette question il faut se demander si la concurrence fonctionne parmi les entreprises individuelles et non pas raisonner au niveau du secteur dans son ensemble. Avec la concurrence les entreprises ne peuvent pas faire de bénéfices exagérés car d’autres s’implanteraient alors sur le marché. Le monopole du secteur (et non pas des entreprises) ne représente pas un coût pour les consommateurs.

Est-ce qu’il y a peu de banques / pressings / garagistes en position de monopole, ou au contraire y-en-a-t-il beaucoup qui se font concurrence (d’où l’accent sur les « s » dans le paragraphe ci-dessus) ? Il y a clairement concurrence parmi les pressings et les garagistes. C’est aussi le cas parmi les banques : si vous n’êtes pas content des prestations offertes par une grande banque, vous êtes libre d’aller vers l’autre grande banque, votre banque cantonale, votre caisse Raiffeisen locale, et d’autres. Les bénéfices servent alors à compenser le risque que les banques prennent en octroyant des crédits.

Des économies trompeuses

Si l’initiative est acceptée, nos comptes de dépôts seront auprès de banques qui ne feront que les redéposer à la Banque Nationale. Mais ces banques auront des agences, des employés, et devront dégager une marge (sinon qui se lancerait dans ce business ?). Il faudra bien payer tout cela d’une manière ou d’une autre.

Une première possibilité est que les banques prélèvent des frais sur nos comptes. Une deuxième option est que la BNS rémunère les avoirs des banques. Vu le volume concerné cela réduirait substantiellement les profits de la BNS et par là la distribution aux Cantons et à la Confédération. Au final le public passera à la caisse, soit via ses comptes bancaires, soit en tant que contribuable.

Si l’on considère que les banques font des bénéfices excessifs (un point de vue qui peut tout à fait se défendre), la solution passe par une promotion de la concurrence via les outils « antitrust » usuels, pas par une alchimie telle que monnaie pleine.