Congé parental : ne tirez pas sur le messager

En proposant un congé parental de 38 semaines la Commission fédérale de coordination pour les questions familiales (COFF) a fait son travail. Le Parlement est libre de ne pas suivre la proposition, mais à lui d’assumer alors cette décision. Ce n’est pas aux analyses techniques d’intégrer en amont le degré de volonté politique. De surcroît, le coût de la proposition est bien modique.

A chacun son métier

Le rapport de la COFF présente les leçons tirées de l’expérience internationale et contraste la situation de la Suisse par rapport aux autres pays. Le document montre bien à quel point nous sommes est en queue de peloton. Il souligne les avantages d’un congé parental, par exemple l’intégration facilitée des femmes dans la vie active. Il est important de rappeler de tels points positifs alors que la discussion tend à porter seulement sur les coûts.

Sur base de ce rapport, la COFF propose un congé de 38 semaines, pour un coût de 1 à 1.5 milliards par an. Mal lui en prend : elle reçoit en retour une volée de bois vert, les critiques trouvant le rapport trop extrême et pas assez en phase avec les rapports de force politiques.

C’est bien mal comprendre la tâche de la COFF. Son devoir est de présenter des analyses et de résumer l’état des connaissances, ni plus ni moins. Le Parlement est libre de se montrer frileux dans ses projets de loi. C’est son bon droit, et ce sera aux électrices et électeurs de réagir lors des prochaines élections si elles/ils le souhaitent. Mais le Parlement doit pleinement assumer ce choix. Il est inapproprié d’attendre de la COFF qu’elle modère ses recommandations pour des considérations de tactique politique. Comme académique je ne peux que m’insurger contre une telle forme d’autocensure.

Un peu de rationalité dans l’appréciation des coûts

Plutôt que de pousser des cris d’effroi pour un coût de 1-1.5 milliards, gardons la tête froide. Cela fait effectivement beaucoup comparé aux 823 millions du congé maternité en 2016. Mais en fait, un tel calcul ne fait que montrer le niveau limité du congé maternité existant.

Il est plus pertinent de mettre le coût en perspective avec le PIB, lequel se montait à 668 milliards en 2017. Voilà qui change la donne : le congé parental coûterait entre 0.15 % et 0.22 % du PIB, soit l’équivalent d’une demi-journée de travail par année (sur base de 52 semaines à 5 jours). Une charge insupportable ? Allons donc.

Cédric Tille

Cédric Tille

Cédric Tille est professeur d'économie à l'Institut des IHEID de Genève depuis 2007. Il a auparavant travaillé pendant neuf ans comme économiste chercheur à la Federal Reserve Bank of New York. Il est spécialiste des questions macroéconomiques, en particulier des politiques monétaires et budgétaires et des dimensions internationales comme les flux financiers.

2 réponses à “Congé parental : ne tirez pas sur le messager

  1. Quel avenir donner à vos enfants, car telle est la question! Ce n’est pas parceque les parents bénéficierons de…x mois pour abreuver leur rejeton que le monde va changer…discours de nantis inutiles?

    1. Cher Monsieur Wilhem,
      En fait c’est tout le contraire d’un discours de nanti. Les personnes riches n’ont pas vraiment besoin d’un congé parental car elles peuvent se payer les service d’une nanny à plein temps. C’est au contraire les gens de la classe moyenne, et surtout les gens les moins aisés, qui bénéficient d’un congé parental.
      Quand à “abreuver les rejetons” comme vous le dites (un tel language est-il bien nécessaire?), je vous renvoie au document de la COFF qui montre bien comment l’implication des parents en début de vie est bénéfique. Voyez cela bien comme un investissement plutôt qu’un coût.
      Meilleures salutations
      Cédric Tille

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