Inégalité salariale : Hâtons-nous (bien trop) lentement

Le renvoi en commission par le Conseil des Etats d’une loi bien modeste sur l’égalité salariale entre hommes et femmes montre que le monde politique peine à prendre le sujet avec le sérieux qu’il mérite. L’argumentaire économique tient difficilement la route.

L’inégalité est un fait

L’écart de revenu entre hommes et femmes a été étudié en détail et ne s’explique pas entièrement par des différences de professions ou de formation. Même en tenant compte de toute une palette de facteurs, il reste un écart inexpliqué de 7.4 pourcent. Cela correspond à un 13ème salaire, ou à 600 francs par mois environ.

L’approche volontaire ne fonctionne pas

L’approche pragmatique suisse cherche d’abord à résoudre les problèmes sans établir une loi contraignante. C’est une bonne approche, mais au bout d’un moment il faut qu’elle produise des résultats. L’écart persistent alors que le principe d’égalité est dans la Constitution depuis 37 ans est un échec. Aucune entreprise ne garderait un cadre qui n’aurait pas mené son projet à terme en 37 ans !

Une pression est donc – hélas – nécessaire. Notons que la lenteur de l’approche volontaire ne montre pas nécessairement de la mauvaise volonté, mais peut simplement refléter une situation classique de complémentarité entre choix des entreprises. Admettons que toutes les entreprises aimeraient bien augmenter le salaire des employées. La décision d’une entreprise dépend cependant du choix des concurrents. S’ils laissent leurs salaires inchangés, l’entreprise qui veut être équitable se trouvera alors pénalisée. Si en revanche les concurrents augmentent les salaires, alors notre entreprise pourra le faire facilement. Il y a donc besoin d’une coordination des comportements. Si le monde économique ne peut pas le faire de lui-même, une loi contraignante peut remplir ce rôle.

Egalité et coût du travail

Augmenter les salaires des femmes de 7.4 pourcent représente un coût pour les entreprises. Nous pourrions cependant très bien étaler cette hausse dans le temps. Et si le problème est là, il y a une solution toute simple (et provocatrice): au lieu d’augmenter le salaire des femmes de 600 francs par mois, augmentons-le de 300 francs et baissons celui des hommes de 300 francs. L’égalité serait ainsi atteinte avec un coût modéré pour l’économie, coût qui semblait être le souci majeur des sénateurs cette semaine. Allons messieurs, pourquoi pas un geste bon pour l’égalité et la compétitivité de nos entreprises ?

Cédric Tille

Cédric Tille

Cédric Tille est professeur d'économie à l'Institut des IHEID de Genève depuis 2007. Il a auparavant travaillé pendant neuf ans comme économiste chercheur à la Federal Reserve Bank of New York. Il est spécialiste des questions macroéconomiques, en particulier des politiques monétaires et budgétaires et des dimensions internationales comme les flux financiers.

2 réponses à “Inégalité salariale : Hâtons-nous (bien trop) lentement

    1. Chère Madame Betchov,
      Merci pour votre message. Les mesures contraignantes ne me font jamais plaisir, mais il y a des situation où elles sont nécessaires pour corriger le marché.
      Meilleures salutations
      Cédric Tille

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