L’Etat n’est pas un cancer

(english text below)

A en croire l’UDC l’Etat est comme une « tumeur cancéreuse » dont il convient de limiter la croissance afin de ne pas étouffer l’économie. Face à un tel alarmisme il est important de rappeler quelques faits et de remettre l’église au milieu du village.

Tout d’abord, le poids de l’Etat est stable depuis un quart de siècle. Les statistiques de la comptabilité nationale montrent que les dépenses publiques ont certes une tendance à la hausse en termes absolus, mais c’est le cas pour toutes les composantes du PIB. Dans une économie en croissance regarder la valeur absolue des dépenses n’a pas de sens et il faut les examiner en pourcent du PIB, comme le fait le graphique ci-dessous.

Depuis le début des années 1990 la part de l’Etat au PIB n’affiche aucune tendance à la hausse, étant stable autour de 11.1 pourcent. Sans surprise, cette part fluctue avec la conjoncture, avec une hausse lors des périodes de faible croissance économique. C’est tout à fait normal car les dépenses publiques jouent un rôle de stabilisateur. Demander un part stable d’année en année exigerait une politique d’austérité lors des périodes de récession, ce qui amplifierait les cycles conjoncturels. Les conclusions sont les mêmes si nous prenons une mesure plus large de la taille de l’Etat, incluant notamment les transferts.

Ensuite, la dette publique suisse est faible et en baisse. La figure ci-dessous montre que si la part de la dette au PIB a augmenté jusqu’en 1998, elle a ensuite nettement diminué. C’est particulièrement le cas pour le Confédération dont la dette ne représente que 16 pourcent du PIB actuellement. La situation des finances publiques est donc saine. Cet avis est clairement partagé par les marchés qui acceptent actuellement un rendement de -0.36 pourcent sur les obligations à 10 ans de la Confédération.

Si la baisse du ratio d’endettement reflète en grande partie la croissance du PIB, elle est également due au fait que la Suisse a réduit le montant de sa dette. Celle de la Confédération est par exemple passée de 130 à 102 milliards de francs entre 1995 et 2015. Cette évolution reflète le fait que les bonnes « surprises » récurrentes des comptes publics sont affectées au paiement de la dette, une pratique discutable car elle n’est pas compensée par un traitement symétrique des mauvaises surprises. D’un point de vue économique il suffit de stabiliser la dette par rapport au PIB (ce qui permet d’augmenter la dette de la Confédération de 2 milliards par an). Il n’est nul besoin de réduire ce ratio qui est déjà bas, et encore moins d’effectuer des remboursements de la dette.

Il faut donc rappeler encore et encore que le poids de l’Etat est stable en Suisse et pas à un niveau problématique. Si certains souhaitent un amaigrissement de l’Etat, il leur faut alors motiver leur préférence sur le fonds (y compris sur le bien-fondé de réduire des prestations publiques pourtant appréciées de la population) plutôt que de peindre le diable sur la muraille.

 

The state is not a cancer

According to the UDC the state is like a « cancerous tumor » and its growth should be curtailed so as not to suffocate the economy. Against such alarmist statements, it is important to recall some facts and set things straight.

First the economic weight of the state has been steady for a quarter of a century. The national accounts data show that public spending clearly shows a positive trend in absolute terms, but this is the case for all the components of GDP. In a growing economy it makes no sense to look at the absolute value of spending and instead we should express it as a percentage of GDP, as done in the figure below.

Since the early 1990’s the share of public spending to GDP shows no increasing trend, and is instead steady around an average of 11.1 percent. As can be expected this share fluctuates with the business cycle, increasing in times of weak economic growth. This is perfectly normal because government spending acts as a stabilizing force. If we were to require that a constant share year-after-year this would imply cuts in government spending during recessions, which would amplify the business cycle. The conclusions are the same if we consider a broader measure of the size of the state, including transfers.

In addition Swiss public debt is low and decreasing. The figure below shows that while the ratio of debt to GDP increased until 1998, it has since clearly decreased. This is especially the case for the debt of the Confederation which currently amounts to only 16 percent of GDP. Swiss public finances are in a healthy situation. This assessment is clearly shared by financial markets which are willing to hold 10 years Confederation bonds at a current yield of -0.36 percent.

If the reduction of the debt to GDP ratio is partly driven by GDP growth, it also reflects the fact that Switzerland has reduced the absolute amount of its debt. The debt of the Confederation for instance decreased from 130 to 103 billion francs between 1995 and 2015. This change is a consequence of the policy to apply to recurrent positive « surprises» in public accounts to debt repayment, a questionable practice as it is not offset by a symmetric handling of bad surprises. From an economic standpoint it is enough to stabilize the ratio of debt to GDP (this would allow an annual increase of the Confederation debt by 2 billions). There is no need to lower the ratio from its already low level, and even less to actually repay some of the debt.

We thus must repeat over and over that the economic weight of the Swiss state is steady and not at a worrying level. While some would prefer to see a reduction of the size of the State, they should motivate this preference on merits (including why one should reduce public activities that the population views favorable) instead of claiming that things are out of control.

Cédric Tille

Cédric Tille

Cédric Tille est professeur d'économie à l'Institut des IHEID de Genève depuis 2007. Il a auparavant travaillé pendant neuf ans comme économiste chercheur à la Federal Reserve Bank of New York. Il est spécialiste des questions macroéconomiques, en particulier des politiques monétaires et budgétaires et des dimensions internationales comme les flux financiers.

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