Politique fiscale de Trump : open bar sur le Titanic

Si l’on m’avait demandé de mettre au point un plan creusant au maximum le déficit budgétaire tout en générant le moins possible de bénéfices économiques, j’aurais proposé celui que le Sénat américain vient d’adopter.

Cette réforme fiscale abaisse massivement les impôts sur les entreprises et les ménages les plus riches, et fait payer ce cadeau à la vaste majorité des ménages. Ceux-ci bénéficient tout juste de quelques baisses temporaires d’impôts afin d’enjoliver l’emballage.

Un déficit sans stimulus de croissance

Un tel déficit ne fera rien pour la croissance. Un grand nombre de travaux de recherche ont montré que la relance budgétaire peut fonctionner, mais selon des critères très précis. Le meilleur effet est atteint par des mesures ciblées sur les ménages qui vont dépenser l’aide reçue plutôt que de l’épargner, ou sur des investissements soutenant l’activité économique comme les dépenses d’infrastructure. Le plan du Sénat va à l’encontre de ces recettes.

Les ménages les plus aisés ne vont en effet pas accroître leurs dépenses. Quant aux entreprises américaines, leurs bénéfices se portent très bien comme le montre le graphique ci-dessous. Elles ne font face à aucune contrainte financière qui briderait leurs investissements.

En termes d’infrastructure, le plan va à l’encontre du bon sens. Il augmente par exemple fortement la facture fiscale des étudiants dont les bourses ne seront plus déductibles.

En marche vers la prochaine crise

Ces coupes fiscales prennent place dans un environnement de relâchement de la régulation économique. En plus des changements règlementaires, l’atmosphère est à une attitude plus conciliante des régulateurs envers le monde économique en général et financier en particulier.

Nous risquons bien d’aller au-devant d’un nouvel épisode de subprimes sous une forme ou une autre. Sauf que lorsque le problème éclatera l’Etat américain aura les coudées financières bien moins franches qu’en 2008.

Au final les plus démunis paieront

Le prochain chapitre de la politique budgétaire américaine n’est pas difficile à deviner. Ceux-là même qui ont adopté les coupes d’impôts malgré l’impact sur le déficit budgétaire viendront alors annoncer d’un air grave que ledit déficit est un problème majeur. Oh, pas en vue d’augmenter les impôts, non, mais afin de demander des coupes dans les programmes de retraites et de santé.

Finalement, comme pour le Titanic, se seront les passagers de troisième classe qui paieront le plus lourd tribut, comme le montre le graphique ci-dessous. Au moins en 1912 les hommes voyageant en première classe se sont pliés à l’adage « les femmes et les enfants d’abord » et ont payé le tribut en conséquence, 67 % d’entre eux ayant péri. Je doute hélas que ceux de 2018 aient une attitude aussi correcte.

Trump’s tax cuts : open bar on the Titanic

If I had been asked to design a plan maximizing the fiscal deficit while minimizing the economic gains, I would have proposed the one just adopted by the US Senate.

This reform massively lowers taxes on corporations and the wealthiest households, passing the bill to the vast majority of households. At best, they will just get some temporary tax cuts to sweeten the pill.

A deficit without any stimulus

The budgetary deficit from the tax reform will do little for growth. A large body of economic research has shown that fiscal stimulus works, under very specific conditions. The strongest effect is reached by measures targeted to households who will spend the extra income instead of saving it, or measures in support of growth-promoting investments such as infrastructure. The Senate plan goes in the opposite direction.

The wealthiest households will not increase their spending. US corporations are enjoying high levels of profits as shown below. They are not facing any funding constraint that would hold back their investments.

In terms of infrastructure, the plan goes in the wrong direction. For instance the tax bill of students will increase as scolarships will be considered as taxable income.

Sleepwalking towards the next crisis

These tax cuts take place in an environment of loosening of economic regulation. In addition to formal changes, the atmosphere is one of a conciliatory attitude of regulators towards firms, in particular in finance.

We may well be headed to a sequel of the subprimes crisis in one form or another. Except that when the problem will blow up the US government will have much less financial spare room than it did in 2008.

In the end the most vulnerable ones will pay

The next chapter of US fiscal policy is not hard to guess. The very same people who pushed for the tax cut despite the impact on the budget deficit will come and tell us with a concerned face that the deficit is a major problem. Of course, not in order to raise taxes, no, but in order to cut public retirement and health programs.

In the end, as on the Titanic, the third-class passengers will be the one paying the heaviest cost, as shown in the figure below. At least in 1912 men traveling in first class did follow the “women and children first” rule, and paid the associated cost with 67 % of them losing their life. Unfortunately, I doubt that those of 2018 will show such a decent attitude.

Un consommateur informé est essentiel pour l’économie

Le soutien financier de la Confédération aux associations de consommateurs, comme la Fédération Romande des Consommateurs, est central pour la capacité des acheteurs à faire des choix informés.

Les coupes massives proposées par certains parlementaires dans ce soutient sont dès lors préoccupantes. Il est non seulement question de couper les budgets de moitié, mais en plus de supprimer le Bureau Fédéral de la Consommation.

La concurrence a besoin d’information pour fonctionner

L’analyse économique montre que la concurrence est une excellente manière d’orienter les ressources de l’économie là où elles sont le plus utiles. Mais tout bon cours d’économie souligne également que ceci nécessite plusieurs conditions essentielles, dont l’absence de monopole et une information transparente. Si l’information est partielle la concurrence fonctionne mal, voire pas du tout.

Une grande partie de l’information est compliquée à obtenir. Je réalise facilement si les aliments que j’achète ont un bon goût ou non. Il m’est par contre très difficile de savoir si les conditions dans lesquels ils sont produits correspondent pleinement à ce que je recherche. Les tests conduits par les organismes de consommateurs me permettent de décider en connaissance de cause.

Certes l’Etat offre déjà un cadre de protection du consommateur, mais son activité se concentre sur les exigences inscrites dans la loi notamment au niveau de la sécurité. Or les préférences des consommateurs couvrent un éventail plus large de questions, d’où le besoin d’information supplémentaires.

Etre pro-marché ne signifie pas être pro-business

La concurrence permet une meilleure utilisation des ressources, et cela implique un cadre contraignant pour les entreprises. Il est toujours tentant pour un producteur de faire quelques économies et de fournir une prestation qui n’est pas vraiment celle que le consommateur attend, en espérant qu’il ne s’en rende pas compte. Il y a rien là de nouveau : Adam Smith, le père spirituel de l’économie de marché, soulignait déjà ce problème.

Les entreprises qui jouent le jeu sont aussi pénalisées par le manque de transparence. Sans information le consommateur peut difficilement les distinguer de celles offrant des services au rabais. Il y a alors un risque de nivellement par le bas.

Une information de qualité au consommateur ne se fait pas au détriment de l’économie, mais au détriment d’acteurs peu scrupuleux. En fait, la concurrence entre naturellement dans le cadre d’une vision libérale de la société car elle revient à donner à l’individu un vrai pouvoir de décision. Un consommateur informé est un consommateur exigeant. N’est-ce-pas là au fonds que le bât blesse ?

An informed consumer is essential for the economy

The financial support by the Swiss government to consumers groups, such as the Fédération Romande des Consommateurs, is central for consumers to be able to make informed decisions.

The deep cuts proposed by some members of Parliament in this support are thus a concern. In addition to cut this funds in half, the cuts would lead to the shutting down of the Federal Consumption Office.

Competition needs information to work

Economic analysis shows that competition is an excellent approach to steer economic resources where they are most useful. But any good economics course also stresses that this requires a serie of essential conditions, including the absence of monopoly and transparent information. With partial information competition does not work well, if at all.

To a large extent information is hard to get. I can easily assess whether the food I buy is to my taste or not. On the other hand, it is very difficult for me to know whether the conditions under which it is produced match what I look for. The tests conducted by the consumers groups allow me to take informed decisions.

While the government already provides some protection to consumers, its activity focuses on legal requirement, particularly regarding the safety of consumer products. But consumers’ preferences cover a broader range of aspects, and thus require additional information.

Being pro-market is not being pro-business

Competition allows for a better use of resources, and this translates into constraints for firms. It is always tempting for a producer to take some shortcuts and deliver a service that is not what the consumer expects, hoping that he will not notice. Nothing new here: Adam Smith, the father of market economics, was already concerned by this problem.

Firms that play by the rules are also adversely affected by lack of transparency. Without information consumers have a hard time telling them apart from firms offering substandard services. This can lead to a race to the bottom.

Providing consumers with detailed information is thus not at the expense of the economy, but at the expense of provider that cut corners. All in all, competition naturally fits in a liberal vision of society as it amounts to giving a meaningful decision power to individual. A well-informed consumer is a demanding consumer. In the end, isn’t that what makes some uncomfortable?

Franc fort et exportations de produits de qualité

Le franc fort a réorienté les exportations suisses vers des produits de haute qualité. Paradoxalement, ceci n’est pas forcément une bonne nouvelle.

Les produits de haute qualité plus résilients

Le SECO a publié une série d’études analysant l’effet du franc fort sur l’économie suisse. Un de ces travaux montre que le niveau de qualité moyen des exportations suisses a augmenté.

Voilà qui semble réjouissant. Mais à y regarder de plus près la situation est nuancée, car la qualité moyenne peut augmenter pour deux raisons. Premièrement, les firmes exportant des produits de moins bonne qualité ont des marges plus faibles et ne peuvent pas supporter le franc fort. Ces firmes cessent alors d’exporter et la qualité moyenne des exportations augmente mécaniquement. Notez que dans ce cas la qualité des produits d’une entreprise spécifique n’a pas changé. Deuxièmement, la pression du franc fort peut conduire les entreprises à des efforts d’innovation pour accroître la qualité de leurs produits.

L’étude montre que la hausse de la qualité moyenne reflète le premier cas de figure, à savoir un changement de la composition des exportations des produits de moyenne qualité vers ceux de meilleure qualité, et non pas d’innovation supplémentaire. Rien de surprenant à cela, c’est exactement ce que les modèles de commerce international prédisent, comme l’étude le reconnaît pleinement.

L’innovation n’est pas nécessairement bonne

Si l’analyse ne démontre pas un accroissement de qualité au niveau d’une entreprise, on pourrait rétorquer que l’effort d’innovation porte sur d’autres aspects. Il est par exemple fréquent d’entendre l’avis que le franc fort a poussé les entreprises à accroître leur productivité.

Mais un tel investissement n’est pas forcément une bonne nouvelle. Imaginez que vous marchez tranquillement dans la rue, et que soudainement un chien féroce court vers vous en aboyant. Vous allez sans doute prendre vos jambes à votre cou pour lui échapper, et après une course effrénée vous serez en sécurité, mais clairement essoufflé. Un passant vous dis alors « ce n’est pas si grave, au moins vous avez pu faire un peu de sport ». Le remercieriez-vous pour ce commentaire ? Moi non plus.

On peut analyser à l’innovation via cette métaphore. Tout effort de recherche – développement est un investissement, avec un bénéfice et un coût. L’entreprise choisit son niveau d’innovation par une analyse coût-bénéfice, tout comme je choisis mon niveau d’activité sportive en comparant l’effort demandé et le bienfait apporté. Si l’entreprise rencontre un obstacle comme le franc fort, elle va accroître son effort d’innovation pour y répondre (le bénéfice est accru), tout comme je cours pour échapper au chien. Mais au final, elle s’en serait bien passée.

Ce raisonnement s’applique à tout obstacle que l’entreprise peut rencontrer, pas seulement le franc fort. A-t-on jamais entendu quelqu’un proposer de nouveaux impôts ou de nouvelles régulations pesant sur les entreprises sous prétexte que ceci stimulerait l’innovation ?

Un besoin de politique industrielle ?

Mon argument part de l’idée que l’entreprise choisit le niveau optimal d’innovation avant le franc fort. Peut-être n’est-ce pas le cas, et qu’il serait plus judicieux d’investir plus, tout comme je ne fais peut-être pas assez de sport.

Une intervention de l’état pour soutenir l’innovation serait alors justifiée. Mais le franc fort est une manière plutôt brute d’agir. Il serait nettement préférable de subventionner les efforts de recherche – développement par exemple.

Strong Swiss franc and the quality of exported goods

The appreciation of the Swiss franc in recent years has increased the average quality of Swiss exports. Paradoxically, this is not necessarily good news.

High quality exports have proved resilient

The Swiss Secretariat for Economic Affairs (SECO) recently published a set of studies on the economic impact of the strong Swiss franc. One of the papers shows that the average level of quality of Swiss exports has risen.

This sounds like good news. But on closer examination things are more nuanced, as the average quality can increase for two reasons. First, firms exporting low quality goods have lower profit margins and cannot bear the stronger Swiss franc. They thus stop exporting and the average quality of exports mechanically increases. Note that in this scenario the quality of goods of a given firm has not changed. Second, the pressure from a stronger exchange rate can induce firms to step up their effort of innovation to increase the quality of their products.

The study shows that the higher average quality reflects the first mechanism, namely a shift of export composition from medium to high quality goods, and not additional innovation. Nothing surprising here, this is exactly what international trade models predict, as the study clearly acknowledges.

Innovation is not necessarily a good thing

While the paper does not show a rise of quality at the level of individual firms, one could object that their innovation efforts were on other aspects. For instance, we often hear that the strong Swiss franc led firms to optimize their processes and increase productivity.

But such an effort is not necessarily good news. Imagine that you are walking down the street and suddenly a ferocious dog comes charging at you. You will likely run to get away from it, and after a hectic run you will reach a safe spot, but totally out of breath. A passer-by then says “it’s not that bad, at least you got to do some sport”. Would you thank him for such an insightful comment? Neither would I.

We can think of innovation through this metaphor. Any effort in research and development is an investment, with a cost and a benefit. A firm chooses its optimal innovation effort to balance these two, in the same way as I choose how much sport to do by comparing the sweating involved against the enjoyment I get. If the firm is faced with a stumbling block, such as a strong currency, it will react by increasing its innovation (the benefit is now higher), just as I decide to run to get away from the dog. However the firm would have gladly done without this problem.

We can apply this reasoning to any obstacle that a firm can face, not just a strong currency. I don’t recall ever hearing someone argue for new taxes or regulations on firms just because this would stimulate innovation.

A need for industrial policy?

My reasoning considers that firms have chosen their optimal level of innovation before encountering an obstacle. Maybe it is not so, and it would be better for society if firms invested more (maybe I don’t do enough sport after all).

A government intervention to support innovation would then be warranted. But a strong currency is quite a blunt way to get there. I would be much better to subsidize research and development for instance.

Congé paternité et service militaire

En refusant le congé paternité sans contre-projet le Conseil Fédéral manque de vision et de cohérence.

Un coût bien faible

Le congé paternité ne casserait de loin pas la tirelire des finances publiques. Les 420 millions de francs annuelles seraient couverts en augmentant les cotisations APG de 0.11 % du salaire – en fait seulement 0.06 % si nous prenons un compte la baisse des cotisations prévue de toute manière. C’est seulement 0.06 % du PIB. En termes « techniques » cela s’appelle une erreur d’arrondi.

Deux poids deux mesures

Mais les opposants craignent un poids trop lourd pour l’économie. A les entendre, le fait qu’un employé prennent deux congés de 20 jours chacun durant sa carrière (modulables avec son employeur) serait insupportable. En revanche, qu’il passe 3 fois plus de jours dans des cours de répétion non-modulables, à raison de 6 cours de 19 jours (6 fois plus de temps sous les drapeaux si nous considérons aussi l’école de recrue) ne semble pas poser le moindre problème. S’il grade, le contraste est encore plus saisissant. Il y a des logiques qui m’échappent…

En fait nos politiciens ont semble-t-il trouvé une recette miracle pour booster la compétitivité de nos entreprises. Avec 61’570 naissances par années, l’économie perdrait 1.2 millions de journées à cause du projet parental. Elle en perd 5 fois plus (près de 6 million) à cause du service militaire. Il suffit donc de réduire les cours de répétition pour libérer nos entreprises d’un poids écrasant. Bon, je ne retiens pas mon souffle en attendant que cela se produise.

Un peu de vision S.V.P

Tous les pays européens ont une forme de congé paternité, en particulier les pays nordiques dont l’économie ne s’en porte pas plus mal. Au lieu de faire un geste en faveur d’une meilleure répartition des charges familiales entre hommes et femmes, le monde politique reste enfermé dans une attitude de comptable angoissé. Quel gâchis, notre pays peut faire nettement mieux.

Parental leave and military service

By turning down the proposal for parental leave for fathers the Federal Council lacks vision and consistence.

A low cost policy

The parental leave would be far from weighting on Swiss public finances. The required 420 million francs per year would be covered by increasing the APG contributions (used to compensate the lost earnings due to military service and maternity leave) by 0.11 % of wages – in fact only by 0.06 % as contributions are anyway set to be reduced under current policy. This amounts to a mere 0.06 % of GDP. In “technical” terms this is called a rounding error.

Double standards

Still, the opponents to parental leave fear a heavy burden for the economy. According to them, an employee taking two leaves of 20 days each during his career (which can set flexibly in coordination with the employer) would be an unbearable cost. But then, having the employee spent 3 times as many days in annual military drills, with 6 training drill of 19 days each (6 times as many days if we count the initial recruit training) does not seem to be a problem at all. If the employee rises in army ranks the contrast is even more striking. Some reasoning leave me puzzled…

Thinking again, our politicians appear to have found a magic wand to boost the competitiveness of Swiss firms. With 61’750 births annually, firms would lose 1.2 million days because of parental leave. They currently lose 5 times as many days (close to 6 million) because of military training. All we have to do is then to reduce the army training deal to lift a massive burden from the shoulders of Swiss firms. Oh well, I am not holding my breath for this to happen.

Some vision if you please

All European countries have some form of parental leave, especially in Nordic countries where the economy seems to handle this just fine. Instead of taking a step towards a better sharing of domestic obligations between men and women, politicians remain stuck in a frightened accountant attitude. What a pity, Switzerland can do so much better.

Frein à l’endettement : une expertise quelque peu timide

Le rapport d’experts sur le frein à l’endettement expose les récents problèmes rencontrés avec cet outil. Il ne considère pas qu’ils justifient de gros changements, et ce malgré un environnement profondément changé.

« Déçu en bien » année après année

Le groupe mandaté par le Conseil Fédéral a rendu son rapport bienvenu sur le frein à l’endettement. Cet outil a fortement réduit la dette de la Confédération depuis 2005, en grande partie via les dépenses budgétées mais non réalisées. Ces écarts entre budgets et dépenses effectives ont excédé un milliard de francs par année depuis 2005, comme le montre le graphique ci-dessous.

Le rapport indique que ces excédents pourraient bien être fortement réduits dans le futur avec le nouveau système de planification budgétaire de la Confédération. Une bonne partie de ces écarts sont attribuables à une surestimation des dépenses dans le budget : dans un système où obtenir une rallonge en cours d’année est difficile, il vaut mieux prendre un peu de marge et budgéter 100 si on compte vraisemblablement dépenser 98.

On ne peut que souhaiter une meilleure précision des budgets. Cela dit, elle forcerait une discussion de fonds sur la dette. Illustrons ce point par un exemple où les recettes sont de 100, les dépenses planifiées de 100, mais les dépenses effective de 98 pour se ménager une marge. Année après année nous avons une « surprise » de 2 (dépenses budgétées mais non réalisées) utilisée pour repayer la dette. Comme cette différence vient après coup, il n’y a jamais vraiment de discussion de fonds.

Si les prévisions sont maintenant améliorées, le budget des dépenses est de 98 et l’excédent de 2 est maintenant prévisible. Cette visibilité demande une claire discussion. Toutefois, si le rapport souligne que la meilleure visibilité évitera les « surprises » années après années, il ne souligne pas la nécessité de cette discussion de fonds.

Taux d’intérêts et inflation

Une bonne partie des surprises budgétaires de ces dernières années découle d’une sous-estimation des intérêts sur la dette et de la hausse des prix. Le rapport souligne que rien n’est certain et que les taux et les prix pourraient remonter.

Il est vrai que rien n’est jamais certain, mais celui qui attend les certitudes ne fera jamais de planification. Il est en fait très probable que les taux restent bas car la situation Suisse reflète une tendance de fonds dans l’économie mondiale depuis des années qui poussent les rendements des actifs sans risque à la baisse. L’inflation quant à elle reste faible depuis des années, et le risque sur ce plan est plutôt à la baisse. Cette situation est en fait un des sujets majeurs – si ce n’est le sujet principal – de la recherche macroéconomique actuelle.

Le scénario fort plausible de taux d’intérêt et d’inflation basse implique que les dépenses pourraient bien rester faibles dans la durée. Il est dommage que le rapport n’ait pas présenté quelques projections de dépenses et de dette sous ce scénario ou d’autres, un exercice qui n’aurait pas été compliqué.

Plus de dépenses ou moins d’impôts ?

Le rapport reconnaît que les excédents pourraient éventuellement persister, et conclut qu’il faudrait mieux les affecter aux baisses d’impôts qu’à des dépenses supplémentaires. Sur ce point, le rapport ferme trop rapidement la porte aux dépenses. Certes il est difficile de discuter un tel choix en quelques pages, mais le rapport aurait alors dû ne pas prendre position si nettement.

Le rapport considère que des dépenses supplémentaires n’augmenteraient que peu la croissance, sauf en cas de récession prononcée. C’est tout à fait exact, mais considérer les dépenses seulement sous l’angle conjoncturel est réducteur. Par exemple, des ressources supplémentaires pour la santé ou les retraites génèreraient un bien être indépendamment de leur impact sur la croissance.

La dette peut être trop faible

Le rapport considère les avantages et inconvénients d’une réduction de la dette. Il admet que la réduction de dette n’est pas nécessairement souhaitable (page 19), mais ce point est assez vite évacué.

C’est dommage car ce point est important. Avec une dette de seulement 15 pourcent du PIB, la Confédération a peu à gagner de remboursements supplémentaires. Comme le souligne le Pr. Bacchetta, la dette publique Suisse pourrait bien être trop faible. Une récente analyse du FMI souligne un point similaire (pages 9-11).

Les marchés sont également de cet avis : ils prêtent à la Confédération pour seulement 0.06 pourcent sur dix ans, et même 0.46 pourcent sur trente ans. En d’autres termes, les marchés implorent Berne de ne pas rembourser sa dette, car ils sont très friands de ce placement sans risque. Bien des économistes soulignent le besoin de prêter attention au message des marchés. C’est correct, mais il faut avoir la cohérence de les écouter en tout temps, et pas seulement lorsque les taux sont hauts.

Un status quo étroit

Le rapport recommande de ne pas changer la règle du frein à l’endettement. Cependant, un ajustement simple et pertinent n’y est pas discuté, à savoir la stabilisation de la dette par rapport au PIB, et non pas en valeur absolue. Le frein tel qu’il existe ne suit en effet pas la croissance de l’économie, et implique que la dette représentera une part au PIB tendant vers zéro.

Ce scénario n’est pas optimal : d’un point de vue économique rien ne justifie de pousser la dette publique à zéro, au contraire. Une stabilisation par rapport au PIB n’est pas pire. Avec une dette de 99 milliards, une croissance du PIB (prix+quantité) de 3 pourcent permettrait à la dette d’augmenter sans problème de 3 milliards chaque année.

Le rapport souligne qu’une dette faible donne une marge de manœuvre plus large en cas de coup dur économique. Etant donné le niveau faible de la dette actuellement, nous avons cependant déjà une marge substantielle. En outre, une marge supplémentaire ne serait pas d’une grande utilité en cas de gros problème comme une crise de nos grandes banques. La faible dette publique de l’Irlande en 2007 ne lui a pas servi à grand-chose lorsqu’elle a subi une crise bancaire majeure. Pour contrer ce problème mieux vaut se concentrer sur la supervision du secteur financier via des politiques de « too big to fail » par exemple.

Swiss debt brake: an expert report that is too timid

The expert report on the Swiss public debt brake shows the recent issues encountered with this tool. It however does not think that substantial changes are warranted, despite the profound changes in the economic environment.

Positive “surprises” year after year.

The experts mandated by the Swiss Federal Council have published a welcomed report on the debt brake that limits the indebtedness of the Swiss Federal government. This tool has substantially lowered the Federal debt since 2005, to a large extent via expenditures that were budgeted but in the end not undertaken. This gap between budgets and effective spending has exceeded 1 billion franc annually since 2005, as shown by the figure below.

The report points that this gap should be substantially narrowed in the future thanks to a new budgetary planning system. A sizable share of the gap reflects an overestimation of spending in the budget: in a system where obtaining extra funds during the year is quite hard, there is an incentive to build in some margin and budget spending of 100 even if one really plans to spend 98.

One can only welcome more precision in the budget. This said, this precision will highlight the need for a deep debate on the debt. We can illustrate this point by an example where tax receipts amount to 100, planned spending to 100, but effective spending to 98 because of the margin discussed above. Year after year we have a “surprise” of 2 (expenditures that have been budgeted but not undertaken) that is used to repay some debt. As this gap only materializes ex post, there never is a discussion of whether repaying the debt is appropriate.

If forecast are now improved, the spending is now accurately budgeted at 98 and the surplus of 2 is perfectly foreseeable. This clearer planning then calls for a discussion of what to do with the surplus. While the report recognizes that the improvement in the budgetary process will avoid the “surprises” of unrealized spending year after year, it does not stress the ensuing need for use of the surplus.

Interest rates and inflation

A large component of the budgetary surprises of recent years stem from an under-estimation of interest payments on the debt and of increases in prices. The report points that nothing is certain and that both interest rates and inflation could increase in the future.

Well, it is true that nothing is certain, but if one waits for certainties, one will never do any planning. In fact, it is quite likely that interest rates will remain low as the Swiss case fits in a deep trend in the world economy since many years that pushes the yields on safe assets down. Inflation in addition remains stubbornly low, and the risk is rather on the downside. This pattern is in fact one of the major topics – if not the most pressing one – in macroeconomic research currently.

A likely scenario of low interest rates and inflation implies that public expenditures could grow at a low pace for quite a few years. It is too bad that the report did not present some projection of expenditures and debt under this scenario and others, which would have been a relatively simple exercise.

Higher spending or lower taxes?

The report acknowledges that surpluses could possibly persist, and concludes that it would be better to then lower taxes than increase spending. On this issue, the report is too keen to close the door to higher spending. Of course, it is difficult to discuss such a complex choice in a few pages, but then the report should not have taken such a sharp stance.

The report considers that additional spending would not boost growth by much, except in a case of sizable recession. This is perfectly true, viewing expenditures only through their impact on GDP is too narrow an approach. For instance, additional resources for health care or retirement benefits would generate additional well-being aside from any impact on growth.

Debt can be too low

The report considers the pros and cons of a reduction of debt. It acknowledges that a debt reduction is not necessary a good policy (page 19), but this point is not discussed at length.

It’s too bad, because it is a central issue. With the Swiss Federal debt amounting to a mere 15 percent of GDP, the Federal government would not gain much by paying it down further. As pointed in a recent research by Pr. Bacchetta, the Swiss public debt may well be too low. The recent IMF annalysis of Switzerland raises similar concerns (pages 9-11).

Markets seem to share this view: they are willing to lend to the Swiss Confederation at a yield of only 0.06 percent at a ten year maturity, and even 0.46 percent at a thirty year maturity. In other words, markets are begging Bern not to repay its debt, as they are craving such a riskfree asset. My economists point to the need to pay attention to what markets say. This is a good point, but one should be consistent and listen at all times, not just when interest rates are high.

A narrow status quo

The report recommendation is to keep the debt brake rule as is. Unfortunately, it does not discuss a simple and relevant alternative, which would be to stabilize debt relative to GDP instead of in absolute terms. As it stands, the debt brake is not adjusted for economic growth, and thus implies that the ratio of debt to GDP will ultimately trend towards zero.

This is not an optimal scenario: from an economic standpoint nothing calls for public debt to fall to zero, to the contrary. A steady debt relative to GDP is not a worse outcome. With the Swiss federal debt now amounting to CHF 99 billion, a growth of nominal GDP of 3 percent would allow for an annual increase of the debt by CHF 3 billions.

The report points that a low debt frees some margin for adjustment in case of bad times. Given the already low level of Swiss public debt, the country already has a substantial margin. In addition, an extra margin would now be of much use in case of major problems, such as bnaking crisis. The low level of Irish sovereign debt before the crisis did not help much once the country was faced with the turmoil of its banking system. The risk of such major event is better handled through financial supervision, through “too big to fail” rules for instance.