Le crash de l’A320, un copilote au « moral cassé » ?

De nombreux commentaires et hypothèses sont entendus autour du suicide présumé du copilote du crash de l'A320. Nous sommes tous en choc de cet acte inconcevable. Cela nous semble complètement fou qu’un pilote puisse décider intentionnellement de faire tomber l’avion dont il a la responsabilité. Comment un professionnel parfaitement formé, sportif, intelligent et responsable peut-il commettre cet acte consciemment et faire ainsi mourir tous les passagers, ses collègues et lui-même ? C’est complètement absurde !

Je laisse le soin aux divers experts chargés de mettre de la lumière sur les raisons personnelles ainsi que les causes spécifiques de l’acte désespéré de ce copilote. Il est impossible en l’état actuel des informations véhiculées par les médias de comprendre ce qui s’est réellement passé.

Il me semble important d’élargir le débat. Si un pilote d’avion a effectivement commis un tel acte, est-ce que d’autres professionnels que nous côtoyons dans notre vie courante pourraient nous mettre en danger aussi ? Nous mettons régulièrement notre vie dans les mains de certains professionnels : que ce soit un chirurgien, un médecin anesthésiste, un conducteur de bus, un agent de sécurité, selon le domaine dans lequel nous travaillons cela peut aussi être un simple collègue de travail ou notre chef direct, un moment d’inattention et c’est l’accident… Comprendre ce qui s’est passé pourrait nous aider à prévenir d’autres tragédies à l’avenir.

Pour moi la question à se poser suite à ce drame est : quelle est la place que nous donnons à la vie émotionnelle au travail. Si mon moral est au plus bas ou alors que l’agressivité monte en moi, si j’ai des idées noires, que je suis à bout, à qui puis-je en parler parmi mes proches ? A qui puis-je me confier dans mon entreprise ? Que vont penser mes collègues ou mes supérieurs si j’ose avouer que je me sens tellement mal dans ma peau que je ne sais pas si je suis capable de faire face à mes responsabilités professionnelles habituelles ? Avoir une jambe cassée est un mal visible et incontestable, on ne verra jamais un pilote se présenter à son poste une jambe dans le plâtre soutenu par des béquilles. Mais avoir un « moral cassé » et être soutenu par des anti-dépresseurs est-ce visible ? A quel moment dois-je m’arrêter car je suis trop à risque pour faire mon travail ? Même si un médecin me prescrit un arrêt de travail, je peux me convaincre que je suis encore valide, je peux temporairement minimiser la gravité de mon état et me dire que cela va aller, je tiens le coup encore un peu, mon travail est très important, c’est peut-être la dernière chose qui tient encore debout dans ma vie, je ne veux pas le perdre… Que vont penser mes supérieurs s’ils reçoivent un certificat d’arrêt de travail délivré par un psychiatre ?

Dans la formation professionnelle, nous accumulons des connaissances logiques et intellectuelles, nous apprenons des gestes techniques, nous développons une connaissance des risques et de la sécurité. Mais nous apprenons rarement à connaître notre vie émotionnelle, à savoir identifier nos émotions, à les nommer, à les vivre au mieux, à les gérer de façon saine, à sentir nos besoins, nos limites. Et si j’identifie le mal qui m’habite, suis-je capable d’en parler ? Ai-je appris à demander de l'aide ?

De plus, dans le monde du travail, aucune place n’est donnée à la vie émotionnelle : ce n’est pas professionnel d’être émotif. Il est probable que si je me montre vulnérable, je serais très mal évalué, mis en doute dans mes capacités.  Ainsi il y a un fort risque que nous soyons déconnectés de notre sensation émotionnelle au travail, nous avons tendance à nier nos émotions le temps d’effectuer notre mission professionnelle, il est nécessaire de serrer les dents, de s’accrocher comme on s’est toujours accroché dans les passages difficiles de notre vie. Mais à force de se déconnecter, de se dire « même pas mal » comme le disent souvent les enfants pour se montrer grands, le mal-être peut soudainement nous déborder, nous envahir, devenir totalement insupportable d'autant plus si nous sommes complètement seul. Cette souffrance intérieure extrême peut nous pousser à des actes inconscients et complètement irrationnels.

On ne soupçonne pas la puissance de la vie émotionnelle qui peut devenir un vrai tsunami intérieur. Lorsque nos émotions sont trop contrôlées, niées, lorsqu’il n’y a aucun espace pour pouvoir les vivre, les nommer, en parler sans crainte d’être jugé incompétent, oui, alors le danger est grand que quelque chose échappe à notre contrôle mental.

Et dans de rares cas, dans une solitude profonde, cela peut amener à une tragédie.

Tout le monde est connecté mais personne n’écoute !

Une enseignante m’a raconté une expérience qu’elle a faite avec ses élèves adolescents. Elle ne voulait plus que les élèves soient tentés de regarder leurs smartphone en cachette pendant ses cours, elle leur a ordonné à tous de poser leur portables sur une table à l’entrée de la classe et de le reprendre à la fin du cours. La réaction des élèves a été très forte : « mais… Madame… vous ne pouvez pas nous prendre notre vie !!! »

Nous avons appris à utiliser techniquement les mails, les smartphones, internet, Facebook, etc. Par contre, savons-nous vivre avec ces nouvelles technologies humainement parlant ? Sommes-nous présents aux choses importantes de la vie ? Etre connecté constamment, est-ce réellement la vie que nous souhaitons ?

Nous occupons tous les « temps morts » en consultant nos smartphones. Auparavant, ces « temps vivants » nous permettaient une réflexion, une saine prise de distance de notre quotidien, ou simplement une rencontre humaine plaisante ou riche d’enseignement.

Maintenant, le bureau ne nous quitte plus, nous manquons de moments de vacuité, de réflexion, de pensée créative…

Parfois même, lorsque nous n’avons pas reçu de nouveaux messages, une petite appréhension monte : Je suis déconnecté de l’action en cours ? Je me sens exclu ? Je ne suis plus utile ? Il ne se passe plus rien dans ma vie ???

Au début de leur introduction dans le monde du travail, les nouvelles technologies semblaient être des outils magiques pour être plus performants. Aujourd’hui, elles sont devenues polluantes et encombrent l’efficacité au travail.

J’entends de plus en plus régulièrement des personnes qui réalisent qu’elles ne peuvent plus faire le travail réel car elles passent trop de temps à devoir traiter leurs mails.

Une patiente a fait une expérience intéressante : submergée de mails, elle décide un matin de n’ouvrir sa boîte mail qu’à 16h00. Elle travaille toute la journée de façon très efficace, elle avance beaucoup de tâches et elle est très satisfaite. A 16h00, elle ouvre sa boîte mail avec un peu d’appréhension. Parmi les nombreux mails reçus, elle voit qu’une dizaine de mail se rapportent à la même question de départ d’un collègue. La question adressée à elle d’abord mais avec une copie à d’autres collègues, voyant qu’elle ne répondait pas tout de suite, les collègues ont répondu à sa place et donc, à 16h00 tout était résolu sans sa contribution active !

Que faire alors ?

Certaines entreprises ont pris des mesures draconiennes pour limiter les effets néfastes sur la santé des nouvelles technologies : "la déconnection forcée" : par exemple, vos courriels sont détruits automatiquement pendant vos vacances (gloups!). Ou alors les serveurs informatiques sont déconnectés en dehors des heures de travail, d’autres vont jusqu’à couper l’électricité dans les bureaux à partir d’une certaine heure le soir pour éviter les heures supplémentaires. Des cadres paient très cher des séminaires où ils sont mis au vert, déconnectés en l’absence de toute antenne pendant plusieurs jours pour leur permettre de réfléchir, de prendre distance avec les préoccupations de leur quotidien professionnel, de revenir à eux-mêmes.

Sans devoir en arriver à ces extrêmes, voici quelques pistes pour apprendre à vivre bien avec les nouvelles technologies :

Sans rien changer, faites d’abord le constat du temps total que vous passez devant un écran par jour (TV, ordinateur, smartphone). Soyez honnête, est-ce bien ce que vous souhaitez ? Que feriez-vous d’autre si vous n’étiez pas devant un écran ? Si le constat vous amène à voir que vous êtes dans la qualité de vie que vous souhaitez, il n’y a rien à changer. Si ce n’est pas le cas, lisez ce qui suit.

  • Remettez systématiquement en question l’obligation d’une réponse immédiate dans votre travail. Faites le tri et habituez les collègues à se débrouiller sans vous. Ne répondez pas aux mails qui ne vous concernent pas !

  • Privilégiez et préservez absolument les liens humains et intimes dans votre vie privée de l’intrusion de votre travail et / ou des écrans.

  • Cadrer les moments « d’écran » dans votre vie privée en décidant à l’avance combien de temps vous souhaitez surfer sur internet ou sur Facebook, mettez un sonnerie qui vous arrêtera lorsque le temps que vous aviez décidé sera écoulé.

  • Autorisez-vous à ralentir, rendez-vous disponible à vos proches dans votre vie privée.

  • Portez votre attention sur vos 5 sens pour apprécier le moment présent. Ne mangez jamais devant un écran quel qu’il soit !!!

  • Ré-apprivoisez les moments de vide, ne vous précipitez pas immédiatement sur votre smartphone lorsque vous attendez quelque part mais profitez de ce moment pour revenir à vous, pour réfléchir, laissez votre esprit vagabonder en relâchant l’attention, cela vous aidera à retrouver un esprit créatif. 

Savoir « contenir » son émotion au travail…

Aujourd’hui, j’avais rendez-vous à la rédaction d’un magazine romand pour aller manger à midi avec 2 journalistes. Impossible d’entrer à la rédaction pour moi « étrangère » : entrée de l’immeuble fermée, il faut un code d’accès, puis entrée de la rédaction fermée aussi. Tout est bien sécurisé, déjà avant les terribles évènements de Paris me précise-t-on. Je sens la peur instinctive monter en moi suscitée par le drame de Charlie Hebdo. Nous sommes tous affectés par ce drame. Je demande à une des journalistes comment a-t-elle vécu ce jour tragique ? Elle me raconte que le matin de ce mercredi-là, toute son équipe était aussi en séance de rédaction. La réunion terminée, ils ont appris la nouvelle. D’abord c’est l’état de choc : c’est pas possible… tous tués ? Puis une sorte de détermination intérieure : il faut participer activement à médiatiser ce sujet. Exercice difficile : comment donner l’information avec professionnalisme, sous-entendu de façon neutre, tout en étant personnellement concernée ? Les médias parlent des leurs qui ont été sauvagement assassinés dans l’exercice de leur métier. La journaliste me dit avoir oscillé entre être affectée par ses émotions et rester professionnelle. Elle a su assumer son rôle toute la journée. Ce n’est qu’une fois chez elle, le soir, auprès de ses proches, qu’elle a pleuré, qu’elle s’est autorisée à vivre son émotion librement.

Cette femme a su contenir son émotion : « Je reviens à moi un instant, j’accepte de sentir l’émotion, je prends le temps de l’identifier, de la reconnaître, je diffère son expression et je l’évacue plus tard, au bon endroit et de façon saine ».

Elle s’est probablement appuyée sur son ressenti pour trouver la force de travailler efficacement durant cette sombre journée. Le soir, une fois à la maison, elle lâche son rôle, elle peut être vulnérable. Entourée de ses proches, en confiance, elle prend le temps et l’espace pour sentir et vivre pleinement les émotions qu’elle ne pouvait pas exprimer dans l’exercice de son métier.

Il est ainsi tout à fait possible de différer l’expression des émotions sans conséquences négatives sur notre équilibre. Lorsque, au contraire, les émotions sont réprimées, niées, non assumées, si la personne ne prend pas le temps ni l’espace pour sentir et digérer ses émotions, elles vont s’accumuler. Elles risquent alors de se manifester par la confusion et l’inefficacité ou pire par des passages à l’acte déplacés : coups tordus, abus de confiance, ironie, résistance au changement, insensibilité relationnelle, attitude négative et dégradante avec les autres. Un désastre pour une collaboration efficace et l’ambiance d’équipe !

Le cadre donné à notre vie émotionnelle au travail est très exigeant : il faut savoir s’affirmer, argumenter, être motivé, parfois être discret, encaisser les coups sans réagir.

Savoir contenir ses émotions au travail sans les nier ni les réprimer est une gestion saine et respectueuse de l’être humain que nous restons au-delà de notre rôle professionnel.

Une vie bien remplie, une vie réussie ?

Les personnes que j’accompagne dans mon cabinet ont vécu un burn-out. Chacune s’est perdue dans la performance, les objectifs à atteindre coûte que coûte, le stress des attentes des autres, leur exigence à bien faire. Pour se reconstruire, elles apprennent à « revenir à soi », c’est la colonne vertébrale de leur nouvel équilibre de vie.

Dans notre quotidien, nous souffrons d’un excès d’objectifs à atteindre, de performances à réaliser, autant dans notre travail que dans notre vie privée. Nous sommes submergés de devoirs à remplir, l’idée même de tout ce qu’il faut encore faire nous empêche de profiter du moment présent. Parfois, nous trouvons la performance « grisante », comme si c’était satisfaisant de réussir à surfer sur la vague sans se noyer. Mais cette satisfaction du devoir accompli est éphémère, nous ne nous sentons jamais vraiment apaisés. En réalité, nous vivons dans un quotidien de constantes distractions de ce qui est essentiel pour nous.

Plutôt que  d’« aller vers le toujours plus, toujours mieux, de chercher à s’améliorer constamment, de vouloir toujours être autrement », nous aurions davantage besoin de développer l’aptitude à « revenir à soi… »

Revenir à soi c’est lorsque : « je m’accepte tel que je suis, dans l’instant, je ne cherche pas à correspondre à une image idéale socialement admise, ni à un rôle, je sens mon propre élan intérieur, je me sens intime avec moi-même, comme à la maison, l’esprit léger et libre».

Chacun d’entres-nous a ses portes d’entrée vers soi. Nous pouvons identifier nos propres modes qui nous permettent de sortir du stress, du devoir à accomplir, pour revenir à soi. Par exemple : s’accepter tel que nous sommes sans objectif de devoir changer, contempler la vue du sommet d’une montagne, flâner au bord du lac, se concentrer dans une activité physique qui nous met dans notre corps, bénéficier de l’écoute privilégiée d’un ami, écouter de la musique, prendre soin de son corps.

Revenir à soi c’est s’abstraire du monde extérieur pour porter notre attention sur notre vie intérieure. Il s’agit donc de lâcher l’extérieur, de prendre distance avec les attentes collectives, pour nous centrer sur nos propres priorités de vie, nos valeurs, notre parcours unique. C'est aussi développer une intimité avec nous-même, une disponibilité intérieure, une possibilité de sentir nos besoins, de digérer nos émotions, de prendre du recul sur notre vie. Nous pouvons alors mettre des mots sur votre vécu, la sensation, le senti intérieur, témoigner, s’écouter, rétablir notre communication intérieure.

Lorsque nous avons l’impression de manquer de temps, n’est-ce pas plutôt le signal d’un manque de contact avec nous-même ?

Lâcher-prise pour mieux agir…

Pour certains d'entre-vous, le terme « lâcher-prise » vous exaspère et vous évoque : la défaite, l’abandon, la soumission, l’incapacité à faire face, un manque de pouvoir ou de force. Ou au contraire, vous rêveriez de pouvoir lâcher-prise avec certains problèmes qui vous envahissent l’esprit mais vous n’y arrivez pas. Ou encore, peut-être avez-vous la chance de pratiquer le lâcher-prise régulièrement dans votre vie courante ?

Ce qui est certain, c’est que dans notre société occidentale, nous sommes encouragés et formatés pour opposer une résistance à toute situation négative. Dans cette attitude, nous souffrons : notre corps se contracte, il devient dur et rigide, notre mental est surchargé de pensées toxiques et d’émotions négatives.

Habituellement, lorsque tout va mal, nous essayons de nous défendre et d’agir pour améliorer les choses. En réalité, nous « réagissons » en fonction de la colère, de la peur, du désespoir. Ou alors nous sombrons dans l’inertie et la frustration. Se dire « ça m’est égal » est une autre forme de résistance… déguisée !

Résister c’est dire non à la réalité, soit par le jugement mental soit par l’émotion négative.

Lâcher-prise c’est quitter cette attitude de résistance en acceptant totalement la situation telle qu’elle est dans le présent. Mais attention, lâcher-prise ne signifie pas subir une situation désagréable ou difficile sans vouloir s’en sortir. Il s’agit d’accepter le moment sans jugement, sans opposition émotionnelle, de constater la réalité de façon neutre. L’absence de résistance nous permet de restaurer une qualité de détente intérieure et une conscience différente de la situation. Nous pouvons en sentir les effets positifs immédiatement : allégé, apaisé et détendu dans notre corps, sont les indicateurs que nous lâchons-prise.

Le calme intérieur retrouvé nous permet d’identifier clairement ce qui doit être fait et d’agir sainement. Il s’agit alors de nous concentrer sur le premier pas à faire pour améliorer la situation maintenant. 

Effets du stress sur la vie de couple

Le stress et la vie de couple ne font pas bon ménage! Voici une explication de Monsieur Stephen Vasey, thérapeute de couple et auteur. Dans le cas d’un burn-out grave, la relation de couple est usée par le désinvestissement progressif de la victime de burn-out. Le conjoint ne comprend pas toujours ce qui se passe. Mais même sans en arriver à ce degré de gravité, le couple est mis à rude épreuve lorsque notre vie déborde de stress et est encombrée par toutes les activités passionnantes et nécessaires que nous nous infligeons. Le climat est tendu au travail mais aussi à la maison. Et de dissiper ces tensions en déchargeant sur le conjoint ou les enfants n’est certainement pas la bonne manière.

Il y a trop de stress, il n’y a pas assez de temps consacré à vivre et (re-) vitaliser notre couple. Le couple actuel n’est pas si solide et enraciné que celui de nos ancêtres et semble vraiment avoir besoin d’entretien, de soutien, de nourriture élémentaire:

Pour parler aux rationnels, oui, le couple a besoin de tunning, de passer au garage, comme on le fait pour une précieuse voiture de sport qui a son prix: huiler, nettoyer, réparer et même un peu d’essence pour la faire avancer!

Pour parler aux sensibles, le couple a besoin de temps de qualité, de moments où s’échangent de bons ingrédients comme du toucher, des rires, de l’affection, de la folie, du silence, de l’écoute.

Lorsque vous renforcez votre couple, les épreuves de votre quotidien et de votre travail vous sembleront surmontables. Mais si votre couple se fragilise, ou pire, devient le terrain d’une guerre froide ou chaude, alors là, fini le ressourcement dans le sweet home. Il y aura certainement surcharge et sentiment d’être dépassé.

Mais dans des conditions saines, le couple peut être le refuge, l’endroit où l’on trouve du soutien, du réconfort, on peut aussi se régénérer en vitalité dans son corps et dans ses émotions.

Comment faire? En résumé, être vivant dans votre corps seul et aussi le plus possible ensemble. Lorsque vous respirez et bougez le corps, vous déchargez les tensions et les lourdeurs, vous devenez davantage vivant, et les prétextes que vous pouvez créer à deux sont toujours sympas et efficaces: danser ensemble, se battre amoureusement sur le lit, courir ensemble, ranger la cave avec de la musique forte et entraînante, se séduire et s’aimer de manière plus animale ou tropicale (!), chanter dans la cuisine ou sous la douche etc… Inventez-vous une origine «Brésilienne»!

Nous vivons tous beaucoup dans nos têtes sérieuses, parfois il suffit de vivre un peu plus dans nos corps pour y retrouver de la vitalité, du ressourcement. Après une bonne décharge, la relaxation et le sommeil réparateur deviennent plus facile.

Bien à vos couples!

 

Stephen Vasey

Thérapeute de couple à Lausanne, (membre du réseau Noburnout) et auteur du livre «Laisser Faire l’Amour», éd. LoveOfthePath, 2013

 

Simplifions notre vie, étape 1 : identifier le trop-plein

Le challenge qui s’offre à chacun d’entre nous dans notre société occidentale est de faire face à la surcharge…

Trop d’informations, trop d’activités, trop de sollicitations, trop d’objets, trop de consommation, trop de liens virtuels, trop de devoirs à accomplir, trop d’exigences, trop de complexité mentale, trop de technologie, trop de pensées à la minute…

La qualité de vie à laquelle nous aspirons, le bonheur que nous souhaitons s’installeront en limitant les compromis et en allant à ce qui est essentiel pour nous. Chacun a sa vision unique des différentes dimensions essentielles. Je vous partage quelques bonnes idées d’un livre de Léo Babauta : « L’art d’aller à l’essentiel ». Selon cet auteur américain, simplifier notre vie repose sur deux étapes :

1.   Identifier l’essentiel

2.   Eliminer tout le reste !

Ce processus semble simple et trop facile, pourtant il nécessite tout une remise en question et une réflexion sur nos objectifs de vie. Les patients qui souffrent d’un burn-out sont dans cette recherche d’épurer leurs vies. Aller à l’essentiel devient une nécessité vitale. Ils se sont perdus dans le devoir à accomplir, les urgences, les attentes des autres, de la société. Pour retrouver un équilibre de vie sain, ils vont revenir à eux, revenir à leurs valeurs, leurs besoins, leurs objectifs de vie. Rester proche de l’essentiel est le garant de leur guérison. C’est ce qui leur permettra à l’avenir de poser des limites aux autres et à eux-mêmes.

Voici les questions préalables proposées par Léo Babauta pour déterminer l’essentiel dans notre vie :

Quels sont les domaines de ma vie dans lesquels je me sens débordé ? Qu’est-ce que je souhaiterais simplifier ? A quels moments je me sens éloigné de ce qui est important pour moi ? Où est le trop-plein ? Le superflu ? Est-ce que je souhaite limiter la quantité de biens que je possède, d’informations que je reçois ou de responsabilités qui m’incombent ?

Ce constat personnel vous permettra de mieux identifier le trop-plein de votre vie.

 

La suite du processus dans mon prochain message-blog…

Cause principale de burn-out après 50 ans: un conflit de valeurs

«55 ans… encore 10 ans à tirer»est une remarque que j’ai entendue dans mon cabinet. Mais contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, cette vision est très rare dans les consultations pour burn-out au-delà de 50 ans. Les patients de cet âge pensent plutôt que c’est le dernier moment pour réaliser leur idéal, leurs valeurs dans le travail, espoir d’être encore utile et de faire bénéficier les compétences professionnelles acquises dans leur carrière.

J’entends dire qu’avec les années d’expériences professionnelles, on devrait savoir gérer le stress et ne plus risquer le burn-out… Ce n’est pas tout à fait la réalité. Il existe des facteurs de risque différent au-delà de 50 ans.

A cet âge, il devient évident que le corps ne fonctionne plus comme à 20 ans. La récupération est beaucoup plus lente, l’usure du corps rend vulnérable aux changements de rythme, décalages horaires, stress ambiant, confrontations. A 50 ans, le corps n’est plus aussi solide, il est absolument nécessaire d’apprendre à le protéger, d’accepter d’avoir besoin de travailler autrement. Ainsi, le besoin se fait ressentir d’être moins au front, plus en retrait des confrontations du terrain pour jouer davantage un rôle de conseil, de supervision des jeunes, de transmettre ses expériences, son savoir-faire.

Léonard*, directeur de département RH de 52 ans, après 20 années d’une belle progression dans la même banque, s’est retrouvé dans un épuisement professionnel très avancé et très grave. La cause principale était un conflit de valeur: lui désirant soutenir l’humain dans l’entreprise, ses collègues ayant une vision très financière et froide. En voyant les « jeunes loups » arriver dans l’entreprise avec une volonté affichée de réussir, il se disait: «ma carrière est réussie, j’ai largement prouvé que je pouvais réussir, j’ai sacrifié une partie de ma vie privée, j’ai parfois dû faire des compromis avec mes valeurs profondes, j’ai reçu une reconnaissance sociale, j’ai réalisé de beaux projets… et alors?»

La clé est dans ce «…et alors?».

Alors… Au-delà de 50 ans, un bouleversement intérieur s’amorce, nos valeurs qui étaient centrées sur nous-mêmes évoluent vers une vision globale, un désir de contribuer au monde autrement.

Les valeurs essentielles se positionnent en premier plan, il devient beaucoup plus difficile de faire des compromis, une nécessité intérieure d’agir en fonction de ces valeurs émerge. Les priorités de vie se transforment aussi, l’idéal à réaliser évolue autrement, la question de l’essentiel de notre vie devient dominante: «j’ai déjà vécu plus de la moitié de ma vie, qu’est-ce que je souhaite vivre?»

«Et alors?» Léonard réalise qu’il ne pourra pas réaliser et agir ses valeurs profondes au sein de la banque, les possibilités sont trop restreintes et cela l’a épuisé. Il décida de prendre les 3 mois sabbatiques auxquels il avait droit de part son poste et son engagement durable dans l’entreprise. Ce temps lui a permis de mettre en œuvre ses valeurs humanistes dans un voyage à l’étranger. De retour de ce congé très enrichissant, il a acquis une sérénité intérieure, une saine distance avec son travail, un investissement modéré dans son poste car il était évident pour lui que la priorité de sa vie n’était plus la réussite dans son travail…

Quelques chiffres de terrain de ma pratique de cabinet :

  • Environ 15 % des victimes de burn-out ont entre 50 et 60  ans

  • Plus de 50 % des burn-out sont causés principalement par un conflit de valeur

  • Plus de 80% sont des cadres ou chef d’entreprise

(*prénom d’emprunt)

 

Le retour au travail: phase de traitement indispensable à la guérison

Suite à l'arrêt maladie, la victime d'épuisement professionnel reviendra à son travail  en tremblant.

Vivre un burn-out crée la peur du retour au travail. Cette crainte est justifiée : une blessure enclenche un mécanisme interne de protection qui nous fait craindre toute même situation. Le travail nous a brûlé, il est normal d’en avoir peur. Prendre le risque de revenir au travail est indispensable pour guérir entièrement d’un épuisement professionnel; le patient a besoin du même terrain de stress, de contraintes, d’exigences qui l’avait rendu malade pour guérir complètement. Il va devoir changer les attitudes et les pratiques qui l’ont conduit à l’épuisement. Sans ce changement radical, une rechute est assurée ! Il n’est pas possible d’expérimenter une nouvelle façon d’être et de travailler dans le cabinet du médecin ou du psychologue.

Ainsi, lorsque la victime de burn-out revient à son poste de travail, elle est encore en convalescence : elle a peur de ne pas y arriver, elle peut ressentir la honte et la culpabilité d’avoir craqué, elle n’a pas encore ses réserves d’énergie habituelles. Elle peut se sentir rapidement fatigué, elle doit se réhabituer au rythme de travail stressant et contraignant, elle va devoir reconstruire sa confiance en elle et en ses compétences à faire face au stress.

Un retour à 50 % du taux d’avant le burn-out est vivement conseillé pour quelques semaines. Ce taux de travail réduit lui permettra d’être protégée d’une surcharge réelle existante, de récupérer encore de la fatigue. Cela lui permettra aussi de mettre en place une autre façon de travailler et de reconstruire petit à petit un nouvel équilibre de vie plus sain.

Et malgré le fait que la personne sera à nouveau à 100 % après ces quelques semaines à 50 %, cela lui prendra plusieurs mois encore pour réussir à reconstruire un nouvel équilibre salutaire.

Passage d’un horaire 3 x 8 à un horaire libre: un piège?

Il existe dans certains secteurs un système d’organisation d’horaires de travail en 3 x 8. Cela consiste à faire tourner par roulement de 8 heures consécutives 3 équipes sur un même poste afin d’assurer un fonctionnement continu sur 24 heures. Les horaires irréguliers, le passage du travail de nuit au jour sont des causes de perturbation du sommeil et du rythme biologique. Le corps est fortement éprouvé et une fatigue chronique peut s’installer sur un moyen à long terme. Certains opérateurs ont eu la chance de pouvoir évoluer dans leur carrière ; ils ont passé d’un horaire 3 x 8 à un horaire libre de jour et en semaine uniquement.

Habituellement, ce changement d’horaire est favorable à la santé du travailleur. Mais dans certains cas, ce changement se révèle être un facteur de risque de burn-out. En effet, l’organisation en 3 x 8  protège les collaborateurs qui auraient tendance à trop s’investir dans leur travail. Chaque opérateur transmet au suivant les tâches en cours. Il sait que le travail avancera grâce à l’équipe suivante pendant son repos. Il quitte son poste l’esprit libéré des préoccupations. Il peut s’engager à fond pendant son temps de travail qui reste cadré, il est obligé de quitter son poste selon l’horaire établi.

Par contre, en passant à un horaire libre, ce collaborateur devra apprendre à s’auto-cadrer. Il devra accepter de s’arrêter même s’il n’a pas pu finir le travail en cours. Son travail n’avancera pas pendant son temps de repos, l’horaire libre ne le protègera plus de ses excès d’engagement. Et si, en plus, son cahier des charges est indéfini et flou, il aura encore davantage de risque de s’épuiser s’il ne change pas sa façon de voir le travail accompli.

Un poste clairement défini dans les horaires, l’organisation et le cahier des charges fonctionnera comme cadre protecteur des collaborateurs qui ont tendance à trop s’investir et à vouloir trop bien faire leur travail. Pour de tels collaborateurs, le changement vers un poste libéré de toute contrainte horaire ou de définition de poste nécessite d’apprendre à travailler autrement.