Mode d’emploi pour les HPI qui se respectent

 Efficacité de penser, curiosité intellectuelle, soif d’apprendre, hypersensibilité émotionnelle permettent une vie riche et passionnante. Ce fonctionnement original des HPI (=haut potentiel intellectuel) peut aussi créer des difficultés au quotidien et être la source d’une réelle souffrance au travail (voir article précédant). Dans ce cas, il n’existe aucun médicament ni aucune méthode miracle ! Pour retrouver et maintenir l’équilibre de santé et un climat intérieur serein, vous pouvez développer une stratégie construite sur mesure, en respectant certaines règles :

  • Cultivez votre originalité et préservez-vous du regard des autres !

La définition du HPI est d’avoir une intelligence « hors norme », cela signifie que les autres ne fonctionnent pas de la même façon que vous ! Vous mettre la pression d’être quelqu’un d’autre ou entrer en conflit avec vous-mêmes s’avèrent enfermant et stressant. Autorisez-vous de faire des choix de vie opposés aux attentes sociales. Le piège serait de vous sur adapter constamment, d’essayer de correspondre à un moule social ou à ce qu’on attend de vous et d’être à l’envers de vos propres besoins. Entraînez-vous à vous accepter tel-le que vous êtes !

Le jugement des autres ou le regard critique de votre entourage risquent de contaminer votre climat intérieur. Préservez-vous de toute comparaison intempestive, car cela peut éroder la confiance en vous. Dans certaines situations ou dans certains milieux, il peut être utile de porter une « tenue de camouflage », c’est-à-dire de ne pas dévoiler le fond de votre réflexion afin de vous préserver de conséquences relationnelles négatives (incompréhensions, rivalités, résistances, conflits). Fuyez les situations d’injustice ou détournez le regard (votre attention) si ce n’est pas possible de réellement fuir.

  • Revenez au corps le plus souvent possible !

Le plus grand danger pour les HPI est de surinvestir le niveau intellectuel au détriment du corps. Lorsque vous travaillez plusieurs heures d’affilée sans mouvements physiques, le risque de « dérapage cognitif » (les pensées s’accélèrent, s’emballent et deviennent ingérables) apparaît, d’autant plus lorsque votre mental est passionné ! Lorsque vous revenez aux sensations corporelles par des exercices d’équilibre, d’activités manuelles ou d’intensité physique et de décharge de stress, vous désamorcez un éventuel surinvestissement cognitif. Soyez très prudent si vous utilisez des béquilles comme l’alcool ou d’éventuelles drogues pour débrancher votre tête, ou des somnifères, l’addiction peut rapidement s’installer. Le fonctionnement cognitif est souvent froid et exigeant. Vous pouvez revenir à votre cœur, à ce qui vous donne de la joie ou un sentiment de gratitude, aux « petits bonheurs » du jour. Posez-vous la question tous les soirs : « Qu’est-ce qui m’a touché le cœur aujourd’hui ? ».

  • Faire le vide de vos pensées ? Un sans-issue !

La fonction de notre cœur est de battre, la fonction de notre mental est de penser, réfléchir, planifier. Lorsque vous avez l’impression que vos pensées s’emballent et que vous en perdez le contrôle, il ne s’agit pas de tenter de « faire le vide mental », il s’agit plutôt de ne pas vous accrocher à chaque pensée et/ou de débrancher la prise émotionnelle de certaines situations qui envahissent votre esprit (je capte l’information sans le « son » émotionnel). Vous pouvez cultiver le « désintéressement sélectif ». Vous avez identifié certaines pensées comme inutiles voire même toxiques ; faites comme si vous les connaissiez par cœur, il n’y a rien de nouveau ni d’intéressant à s’y accrocher, vous les voyez et vous les laisser passer !

  • Prudence pour ne pas vous disperser

Votre curiosité insatiable et la peur de vous ennuyer sont les pièges qui régulièrement vous font faire des choix qui risquent de vous surcharger sur un moyen terme et votre potentiel est vaste. Lorsque de nouveaux projets se présentent, il peut être utile d’avoir une stratégie pour discerner ce qui vous est essentiel. Un filtre personnel pour dire non vous sera utile. Accordez-vous un instant pour vous donner l’occasion d’apprivoiser le sentiment d’ennui sans forcément passer tout de suite à du nouveau. Le rien, le vide et l’ennui peuvent donner accès à une disponibilité plus profonde, terrain propice pour cultiver votre vie intérieure et vos idées créatives.

  • Cultivez la « sensation » de confiance en soi

Le manque de confiance en soi est très fréquent pour une personne HPI. Tenter d’améliorer la confiance par des solutions mentales comme les pensées positives est moins efficace que de construire une « sensation de confiance » : vous la renforcerez, par exemple, dans une posture physique stable et enracinée qui favorisera une attitude intérieure plus sûre.

Le « syndrome de l’imposteur » pris à la lettre en vous remettant en question à chaque fois est un désastre pour la confiance en vous. Lorsque vous avez l’impression que les autres vont se rendre compte que vous n’êtes pas si formidable, considérez cet orage de doutes comme un baromètre : « Ce climat intérieur m’alerte que je suis en déséquilibre, c’est le moment de revenir à moi et à mes besoins ».

  • Votre méthode de mise en action des mesures de prévention

Inutile de développer davantage de savoir sur la prévention. Le grand challenge pour préserver ou rétablir votre équilibre de santé est d’agir : expérimenter, explorer, faire des essais et des erreurs, ajuster le tir, répéter et intégrer les bonnes mesures de prévention dans votre quotidien. Le cerveau prend du temps pour sortir des habitudes de penser (d’une semaine à 28 jours), l’important est de garder le cap du changement souhaité, persévérer dans le temps, mettre en place des rappels réguliers. Imaginez ce qu’il se passerait si vous mettiez votre intelligence au service de votre équilibre de santé, si vous activiez votre curiosité et votre créativité afin d’explorer les différentes façons de répondre à vos besoins quotidiens, à appliquer les bonnes mesures de prévention, à renforcer votre équilibre. Cela vous permettrait de changer avec intelligence et de façon durable !

  • Revenez au réel humblement

Les HPI sont simplement hors norme, ni moins bons ni meilleurs ! Etre HPI n’est pas la bonne excuse pour subir passivement la frustration et l’incompréhension du monde comme une fatalité. Et à l’inverse, la vivacité d’esprit, le potentiel qui se déploie, le côté extra-terrestre sont parfois interprétés comme de l’arrogance : à côté d’un HPI les autres peuvent se sentir rabaissés. Vous pouvez trouver votre propre voie, révéler le potentiel qui vous habite tout en restant humble dans votre ambition, accepter les limites du réel et de votre entourage (différent de la vision idéalisée et illimitée du mental !).

 

Le message essentiel à retenir pour vous préserver est que mis à part la période de « lune de miel » d’un nouvel emploi, le travail n’est jamais extraordinaire, il peut être intéressant mais il ne suffira jamais à vous satisfaire entièrement car il ne vous sollicitera pas suffisamment dans tout votre potentiel intellectuel et créatif. Cultivez et nourrissez votre vivacité cognitive indépendamment des défis professionnels, ne misez pas tout sur votre sphère professionnelle !

Pour celles et ceux qui ont besoin d’aller plus loin, participez à une démarche active de prévention du burn-out spécifiques aux HPI (suivez ce lien).

Article de blog précédent : les HPI en danger de burn-out

Harcèlement au travail : comment s’en sortir ?

La vie professionnelle est très exigeante, nous sommes contraints de travailler avec des collègues ou des responsables que nous ne choisissons pas, en cas de difficultés nous ne pouvons pas fuir aisément. Le stress et la surcharge peuvent détériorer les relations professionnelles. Le harcèlement est une forme spécifique de conflit particulièrement destructeur car il vise l’exclusion de l’autre.

 

Qu’est-ce que le harcèlement psychologique (mobbing) ?

C’est un enchaînement de propos et d’actes hostiles, actifs ou passifs qui se répètent à l’encontre d’une personne en particulier. Ces actes hostiles se répètent au moins un par semaine pendant 6 mois. Habituellement, chaque acte pris isolément, peut encore être considéré comme supportable alors que l’ensemble des agissements constitue une déstabilisation de la personnalité, poussée jusqu’à l’élimination professionnelle. (TF 8C_358/2009).

Ces actes hostiles détériorent la possibilité de communiquer de la victime, les relations sociales au travail (l’ignorer, l’exclure, lui attribuer un poste éloigné), la réputation de la victime (propager des rumeurs, se moquer), sa qualité de vie et sa situation professionnelle (tâche absurde ou retrait de responsabilités) et/ou sa santé (mise en situation de travail dangereux). Il est rare que toutes les dimensions d’actes hostiles soient touchées en même temps. Il s’agit d’agissements subtils et non d’un enchaînement aussi « évident ». Chaque acte pris isolément peut paraître supportable mais c’est l’enchaînement de ceux-ci qui a des répercussions sur la santé psychique et physique jusqu’à l’exclusion professionnelle (arrêt de travail pour maladie, démission).

 

Quelques exemples de harcèlement psychologique

Par exemple, ce serait couper fréquemment la parole de la victime, « oublier » de la mettre en copie d’un mail qui la concerne, oublier de la mettre dans la liste des destinataires d’une information. La victime est souvent ignorée (regard, oubli de dire bonjour, elle devient insignifiante), exclue de réunions « parce qu’il n’est pas nécessaire d’y participer » mais toute l’équipe est conviée, exclue de la pause-café (on a oublié d’aller la chercher), exclue d’autres « petits évènements » du quotidien de l’organisation. Elle est rarement moquée en face mais plutôt raillée sur ses réponses, ses propositions (regards complices et rieurs, on lui coupe la parole en lui faisant comprendre que son intervention est stupide…), cela peut concerner sa manière de s’habiller, son mode de vie à une frontière très fine avec des rumeurs qui seraient lancées dans son dos (également considérées comme agissements hostiles). Il s’agit de lui retirer des responsabilités, des projets et/ ou donner des tâches absurdes, en dessous de son niveau de compétences ou alors très en dessus comme ça il est fort probable qu’elle n’y arrive pas, ce qui montre bien à tout le monde son « incompétence ».

 

Le harcèlement sexuel.

Toute référence dévalorisante liée au sexe est considérée comme harcèlement sexuel. Il s’agit en particulier de paroles, d’actes ou de gestes sexistes, homophobes ou à connotation sexuelle, non désirés et provoquant l’inconfort auprès de la victime ou empoisonnant le climat de travail. Les plaisanteries déplacées, propos obscènes et sexistes, remarques concernant les qualités ou défauts physiques, présentation de matériel pornographique en sont quelques exemples. Le harcèlement sexuel se produit dans un rapport de travail y compris cafétéria, place de travail à domicile, locaux externes où sont organisés des rencontres avec la clientèle ou repas de Noël du personnel. À la différence du mobbing, il est habituellement admis qu’un seul incident peut suffire s’il présente un certain degré de gravité.

 

Le harcèlement peut provoquer de graves atteintes à la santé

Être exposé de façon répétée à des attitudes hostiles qui durent dans le temps peut engendrer des séquelles physiques et psychologiques importantes. L’équilibre émotionnel se détériore progressivement : sentiment d’injustice, de méfiance, de frustration, d’impuissance, d’agacement ou de découragement, impression d’être humilié. Cette souffrance crée de nombreuses tensions physiques et peut s’aggraver vers une perte totale d’envie et d’intérêt pour le quotidien. L’usure devient constante car il est difficile de ne pas être envahi par ces émotions lourdes. Petit à petit la victime plonge dans une détresse indicible. Elle perd contact avec ses proches et avec la réalité, dans une telle aggravation, le risque suicidaire est présent.

Un contexte d’absence de soutien social ou d’isolement aggrave les risques d’atteinte à la santé : être ignoré par le reste du groupe devient encore plus douloureux. Non seulement la victime perd l’aide et le soutien dont elle a cruellement besoin mais il est plus difficile de dénoncer ou de se défendre du « rien » plutôt que de se protéger d’une agression ouverte et directe.

Que les facteurs toxiques soient réellement existants ou jugés comme réels dans l’esprit de l’employé ne fait pas de différence sur l’atteinte à la santé. Les mauvaises relations peuvent engendrer un syndrome de méfiance : la victime développe une susceptibilité croissante et aura tendance à interpréter les comportements ou évènements comme agressifs ou dégradants de façon systématique.

La victime est à ce stade fréquemment présentée comme « collaborateur difficile ». Sa conduite résulte du processus de destruction et constitue le plus souvent une réaction de défense désespérée et vaine. La victime agace et le harcèlement trouve sa justification.

 

Que faire contre un.e collègue ou chef.fe rabaissant.e ou harcelant.e ?

Dans un premier temps, tenter de désamorcer la tension en revenant sur le ou les évènements, en exprimant leur impact. Si cette première stratégie échoue et que de nouveaux actes hostiles surviennent, il convient de les consigner par écrit et d’activer des voies plus formelles telles que la Personne de Confiance en Entreprise, le service de santé au travail, les RH ou le syndicat pour obtenir des mesures visant à protéger son intégrité personnelle.

Compte tenu des conséquences possibles, il est important de comprendre rapidement ce qui est en train de se produire et activer les bons leviers (structures d’aide) pour neutraliser la situation avant que les rôles ne soient polarisés victime-agresseur et que le cercle vicieux ne se soit installé.  Il est possible d’adopter une stratégie de recadrage intérieur en changeant sa manière de voir la situation : cesser de culpabiliser, espérer le meilleur tout en s’attendant au pire, développer le détachement émotionnel et l’indifférence. Il est inutile de lutter contre des forces supérieures aux siennes au risque de s’épuiser physiquement et mentalement. Puis, il est nécessaire de capitaliser sur tous les moyens de reprendre une once de contrôle sur la situation et sentir qu’il est possible d’influer sur des aspects même mineurs de la vie professionnelle, par exemple en cherchant du soutien auprès de collègues d’autres services, en s’exposant le moins possible et en pratiquant la désescalade. Dans tous les cas, lorsque les situations sont durablement humiliantes, il devient indispensable de fuir car les conséquences sur la santé psychique peuvent perdurer des années et polluer de futures relations de travail.

 

Article écrit avec la précieuse collaboration de Julie Zumbühl, psychologue du Travail www.cliniquedutravail.ch

« Mon entreprise se meurt, que faire ? »

  • Il s’agit d’un arrêt total de mon activité, mais pas d’un simple ralentissement !
  • Mon entreprise était saine, patiemment développée et construite, elle est maintenant dévastée !
  • J’aimerais pouvoir tenir la tête hors de l’eau grâce à l’aide gouvernementale.
  • J’essaie de survivre tout simplement, je trie les factures pour payer celles qui sont prioritaires. Je navigue en eaux troubles, je n’ai plus de revenus et aucune indemnité.
  • Je suis passé à côté de tellement de choses ces dernières années, je me disais que je n’avais pas le temps, j’étais toujours pressé d’aller de l’avant. Maintenant je ne peux plus rien prévoir, je n’ai plus aucune visibilité.

Le choc est terrible pour les petites et moyennes entreprises ainsi que pour les indépendants; certains (-es) entrepreneurs (-ses) ont perdu des mandats si chèrement acquis ou ont été obligés d’annuler des évènements professionnels importants… D’autres n’ont plus aucune rentrée de cash depuis plusieurs semaines ou n’ont, au mieux, que quelques mois de réserves devant eux. Cela provoque inquiétudes, déception, découragement, sentiment d’injustice (cette crise ruine des années d’efforts sans avoir commis d’erreur), de la tristesse, une désillusion, une chute de motivation professionnelle ou même l’incapacité à sentir toute envie personnelle. Des chantiers émotionnels intérieurs s’ouvrent…

La crise sanitaire du Covid19 a donné un coup de frein massif à l’économie. Avant de se préparer à redémarrer (ce qui sera un gros effort), de nombreux professionnels vivent un processus de deuil : accepter de délier et défaire le passé afin de pouvoir se réinventer, se créer un nouvel avenir, différent. Tout changement irréversible implique de quitter ce qui a été et de s’adapter à ce qui vient.

C’est définitivement fini, terminé !  Revenir à soi pour digérer le choc.

L’entrepreneur(-se) a besoin d’intégrer ce qu’il (-elle) perd et de soigner ses blessures intérieures : accepter de sentir l’impuissance, ce goût d’inachevé, se délier des projets avortés, de ses espoirs mis entre parenthèse, des constructions passées, de tous les efforts et sacrifices inaboutis. Il y a une différence importante à faire entre accepter et se résigner (ou se soumettre). L’acceptation n’est pas un concept ni une méthode à s’imposer par la volonté. « Bon maintenant j’ai compris, c’est fait, je me suis assez morfondu, je décide d’aller mieux !». Il s’agit plutôt d’une expérience à pratiquer avec les ressources du jour, d’être en chemin. Le corps avance à son rythme et prendra le temps qui lui est nécessaire pour intégrer la perte. Elle réveille tous les moments de deuil passés de notre parcours de vie. Oui, il y a une crise majeure et ce moment de vie est particulièrement douloureux. Cela veut dire qu’il faut s’accorder du temps et de l’énergie pour le traverser. Se traiter soi-même avec bienveillance, avec patience, ne pas s’infliger l’obligation de faire « comme si de rien n’était », de tout poursuivre comme avant, voire de redoubler d’exigence vis-à-vis de soi-même pour éviter de sentir toute vulnérabilité de peur de ne pas pouvoir assumer.

Quelque chose de nouveau se met en place dans cette catastrophe. Qu’est-ce qui se révèle ?

Peut-être que cela sera moins bien après qu’avant, il est difficile et douloureux de constater ce qui est impacté à l’intérieur de soi mais le résultat du processus de perte en vaut la peine : « Je vais apprendre des choses sur moi, j’ai déjà vécu cela. Ce que j’y gagne c’est d’enrichir mon humanitude, ma capacité de m’attacher et d’évoluer ».

La période terrible que nous traversons a obligé une majorité d’entrepreneurs à appuyer sur « pause » et à regarder leur vie en face. Cette crise interroge sur ce qui devra être réinventé, sur ce qu’il faudra avoir le courage de remettre en question, il est nécessaire de renouveler l’attitude intérieure. Il en résultera un enrichissement humain, probablement de nouvelles priorités de vie.

 

Avancer dans le sens de la vague.

Il n’y aura probablement pas de retour « à la normale » de l’activité économique. Chaque professionnel est amené à observer de l’intérieur le nouveau paysage même s’il est dévasté, le nouvel horizon qui se dévoile. Faire face au réel afin de pouvoir créer un nouvel avenir ou un nouvel équilibre de vie. Le piège serait de croire que tout va reprendre comme avant. Il s’agit plutôt d’être à l’écoute des émergences et des nouvelles tendances de la population qui a été secouée elle aussi, d’anticiper le changement de société qui se révèlera dans les prochains mois.

« Je n’arrive pas y croire ?!? » Comment vivre le sentiment de stupeur ?

« Il fait beau, j’ai du temps et pourtant je sens un danger ?!? ». Depuis quelques semaines, nous vivons une sorte de « tsunami émotionnel ». Nous nous sommes sentis effarés, abasourdis, abattus, consternés, agités… avec une sensation d’irréalité, de choc ou de confusion intérieure… Le virus est invisible, le danger peut être partout et tout devient alors inquiétant. Notre cerveau est à l’affut de la moindre nouvelle, notre attention se focalise sur les sources potentielles de danger. Cette réaction de peur est rationnelle dans le contexte actuel, elle nous permet de nous protéger ou de combattre ce qui menace notre intégrité.

“Nous ne sommes pas du tout habitués à réfléchir en termes de ressources limitées en Suisse, c’est un concept qu’on découvre avec cette épidémie. Par contre, c’est un concept très familier en Afrique. L’épidémie de coronavirus est déstabilisante. Elle a mis à terre une partie de notre système, on ne s’y attendait pas. Nous devons être très humbles pour essayer de comprendre ce qui se passe.” (Dresse Valérie D’Acremont, spécialiste en médecine tropicale au CHUV, interviewée par la RTS).

La crise du Covid19 bouleverse trois valeurs essentielles de notre équilibre intérieur : notre sécurité, notre santé et nos liens avec les autres. Nos émotions, à plein régime actuellement, influencent nos comportements et nos choix. Nos réactions et celles des autres peuvent être très variées, contrastées, irrationnelles ou archaïques :

  • La stupeur, être tétanisés par les informations qui tombent.
  • Rester focalisés sur les sources de danger potentiel et être à l’affut de la moindre nouvelle.
  • Un climat intérieur de suspicion et de méfiance (la théorie du complot !).
  • Le déni, la minimisation ou la bravade « même pas peur !».
  • La colère, l’hostilité ou le règlement de compte des « responsables » de ce chaos.
  • La panique, le niveau réel de menace n’est pas pris en compte, la réaction est alors compulsive et excessive, le stockage est irrationnel.
  • L’impossibilité de nous amuser ou de relativiser, le mental est suragité par les nouvelles et les préoccupations constantes.
  • Etre dans l’hyperactivité ou la distraction pour ne pas sentir l’angoisse.

Nous nous sentons vulnérables, notre monde s’écroule, nos repères de sécurité disparaissent et le sentiment d’impuissance se développe… attendre chez soi devient difficile. « Qu’est-ce que je dois faire ? » est une réaction mentale normale pour nous protéger de l’angoisse.

Afin d’intégrer cette crise intérieure, nous pourrions nous demander : « Comment être avec moi-même ? ». Quelle attitude intérieure pourrions-nous développer afin de nous accompagner au mieux ? Nos 3 besoins essentiels actuellement :

 Dans la stupeur, nous avons besoin d’intégrer la surprise, la perte de repères, la disparition de notre routine. Nos automatismes ne fonctionnent plus, nous avons besoin de :

  • nous mettre à l’abri ainsi que nos proches.
  • être rassurés et de prendre soin de nous et de notre santé (d’autant plus que la peur et le stress diminuent notre système immunitaire !).
  • reconstruire une routine, un rythme, un cadre conscient dans ce quotidien hors norme.
  • ramener le mental à l’ici et maintenant, ne pas le laisser se perdre dans les scénarios potentiels construits ou reçus des autres, réaliser le monde tel qu’il est et pas tels que nos écrans nous le montrent.
  • Accepter notre irrationalité temporaire et celles des autres.

Nous avons besoin d’accepter de sentir l’impuissance et notre vulnérabilité.

  • accepter ce qui est là, dans une attitude de non-combat…. Même si cela ne nous convient pas ou que nous ne sommes pas d’accord !
  • être présents à nous-mêmes, nous donner l’espace intérieur et le temps nécessaire pour intégrer les changements profonds ultra rapides ; revenir à nous humblement, nous poser dans le calme pour sentir l’impact intérieur.
  • Petit à petit nous pouvons intégrer ce que nous perdons, en nous déliant de nos projets avortés, de nos espoirs mis entre parenthèse, nos constructions, nos efforts inaboutis.

 Nous avons besoin de donner un sens intérieur à cette crise.

La réalité est telle qu’elle est, nous ne pouvons pas la changer, par contre, nous pouvons choisir avec quelle attitude nous vivons ces évènements.

  • absorber cette situation difficile et en faire une expérience constructive, réinventer notre attitude, notre regard sur ces bouleversements.
  • l’apaisement nous permet de retrouver une forme de liberté intérieure et de créativité. L’absence de routine nous donne l’occasion de vitaliser, de révéler notre curiosité naturelle.
  • nous relier aux autres, cultiver notre sentiment d’appartenance en étant solidaires et au service des autres ou de notre clan, notre société, notre pays…

 

Prenez soin de vous et de vos proches avec bienveillance…

Catherine Vasey

Protéger la santé du personnel sanitaire de la crise du covid-19

“Nous nous organisons pour faire tourner la maternité avec du personnel parti en renfort ailleurs mais nous allons quand même essayer d’éviter les semaines de 60 heures sachant que les horaires sont déjà sur 13h/24h, histoire de pouvoir survivre sur la durée” (parole d’une infirmière sage-femme dans un hôpital de zone de la région lémanique, 22.03.2020).

Les soignants, médecins et professionnels de santé sont au front pour faire face à la pandémie. Comment s’engager “corps et âme” pendant des mois tout en préservant sa santé ?

Le Conseil Fédéral a ordonné un blocage partiel de la loi sur le travail alors que ces règles garantissent une protection essentielle : le droit aux pauses et les périodes de repos sauvegarde le temps de récupération indispensable. Voir les informations du Syndicat des services publics.

Cette période de crise extrême va durer de longs mois pour le personnel de santé, les périodes de repos et les mesures de protection de la santé au travail doivent être respectées afin de garantir un système de santé durable…

Chaque professionnel a une responsabilité personnelle pour se préserver au mieux. Voir mon article qui apporte quelques “modestes éclairages” de mesures individuelles pour récupérer.

Chaque institution hospitalière s’organise afin de préserver la santé de ses collaborateurs :

“Nos plans d’urgence élaborés avec tous nos professionnels solidaires font que les normes légales sont dépassées, les lever est nécessaire pour éviter encore que l’on se fasse taper sur les doigts parce que nous nous sommes organisés pour tenir la route. Ayez aussi confiance que les managers ne sont pas tous des affreux et que nous sommes aussi au front à réorganiser pour que nos équipes tiennent dans la durée. Malgré le nombre d’heures qui s’accumulent, nous faisons en sorte que chacun ait des soupapes et tentons de prévenir tout épuisement. La solidarité qui se dégage de toutes les équipes est loin des discours de révolte qui ne vont qu’amener angoisse au sein de nos blouses blanches. Un peu de confiance et de calme les amis on en a besoin sur les lignes de front !” (Précisions d’une infirmière cadre en milieu hospitalier dans le canton de Vaud, 22.03.2020).

Dans cette crise de pandémie, notre pays doit absolument prendre toutes les mesures pour préserver nos professionnels du domaine sanitaire.

Mais sur un long terme, lorsque le danger sera dépassé, engageons-nous à soutenir notre système de santé. Notre gratitude et nos remerciements chaleureux envers le personnel hospitalier devront évoluer à l’avenir vers des conditions de travail qui respectent réellement l’intégrité et la santé du personnel ainsi qu’une revalorisation fondamentale du secteur sanitaire en Suisse.

 

Kit de survie pour les professionnels en première ligne du Covid19

A tous les professionnels qui sont actuellement engagés à contenir cette crise majeure pour le bien de l’ensemble de la population, je vous remercie chaleureusement.

Certains/certaines d’entre nous ont été plongés dans une intensité de stress et de surcharge professionnelle exceptionnelle. Dans un tel contexte, la première réaction de votre organisme est une mobilisation complète. Ce processus d’alerte vous met à disposition un potentiel d’énergie, vous sentez une motivation d’agir, vos propres besoins passent au second plan afin d’être au service d’une nécessité plus élevée. Malgré une impression de contrôle et de lucidité, votre corps risque de se mettre sous tension permanente, votre mental est à l’affut, vos pensées s’accélèrent, la tension émotionnelle augmente. Cette immersion « corps et âme » dans le devoir à accomplir s’enflamme dans un contexte d’intensité sociale et d’urgence collective. Impossible de ne pas s’engager !

L’organisme se prépare à un sprint mais il s’agit du début d’un marathon !

Pour ceux et celles qui voient leurs conditions de travail devenir difficiles : surcharge, accélération du rythme, adaptation constante des pratiques, incertitudes, dans un environnement confiné, parfois bruyant, en contact direct avec des personnes inquiètes et angoissées. Il est essentiel de prendre soin de vous car l’intensité va probablement se prolonger plusieurs mois. Vous ne pouvez pas changer le contexte de crise ni le stress que vous vivez au quotidien. Par contre, vous avez un potentiel pour adapter votre attitude.  La priorité absolue pour durer est la récupération active.

Prenez soin de votre corps

  • Déchargez le stress régulièrement et prenez soin de votre corps

Défoulez-vous pour vous libérer des tensions émotionnelles et mentales et détendez votre corps par des auto-massages, des étirements musculaires, des profonds soupirs ou des bâillements (l’expiration permet de stimuler le système nerveux parasympathique qui favorise la détente). Le danger est que les préoccupations et le stress perturbent votre sommeil qui est l’agent principal d’une saine récupération.

Mangez équilibré et léger, en privilégiant les légumes et les fruits. Le stress met votre organisme en surrégime, il consommera davantage de certaines vitamines et nutriments. De plus, le stress favorise un comportement alimentaire déséquilibré, non seulement vous avez probablement moins de temps pour manger mais le stress donne plutôt envie de manger sucré ou gras.

A chaque occasion, « mettez-vous à l’abri » !

  • Votre système nerveux a besoin d’être régulièrement apaisé.

Lors des tournus ou des pauses, dans la mesure du possible, déchargez-vous consciemment de vos responsabilités en délégant pleinement votre travail à vos collègues. Il ne s’agit pas seulement de transmettre les informations nécessaires mais aussi de vous délester du poids mental et émotionnel des situations en cours. Pendant la pause ou votre jour de congé, débranchez-vous le plus possible en offrant votre confiance aux collègues qui prennent le relai et qui veilleront à votre place. Revenez à vous et à vos besoins afin d’en prendre soin du mieux possible. Dès que l’occasion se présente, marchez dans la nature. Cela aura un effet apaisant et régénérateur sur votre organisme et votre climat intérieur.

Cadrez votre mental

  • Dirigez votre attention en conscience

Dans un contexte menaçant, la réaction instinctive du cerveau est de focaliser sur les sources potentielles de danger, vous aurez ainsi tendance à ne voir que les problèmes à résoudre, dans un climat intérieur d’hyper vigilance. L’attente risque d’être le plus usant et vous coûtera probablement davantage d’énergie que d’être dans le feu de l’action. Portez votre attention en conscience sur ce qui est accompli et sur tout ce qui vous fait du bien. Soyez bienveillant avec vous-même, ne vous autorisez aucune critique négative ou pensée toxique. En cas d’erreur, concentrez-vous pour rétablir la normalité si possible, ne vous culpabilisez pas, vous faites au mieux dans ces circonstances hors norme. Evaluez-vous régulièrement en vous posant ces deux uniques questions : « Ce que j’ai fait bien aujourd’hui, comment je peux m’améliorer demain ?».

Accordez-vous des moments limités de digestion émotionnelle

  • Ne laissez pas votre vie émotionnelle “en friche”

Lorsque vous êtes en pause ou en congé et que vous ralentissez, votre disponibilité intérieure augmente et le besoin de digestion émotionnelle aura tendance à vous faire revoir en boucle les évènements difficiles ou problématiques de votre travail. Il est nécessaire d’interrompre volontairement ce processus. Afin de récupérer au mieux, reprenez une saine distance et penser à autre chose le plus possible. Vouloir tout digérer émotionnellement dans un contexte de stress et de surcharge permanente est peine perdue. Déposez auprès d’une oreille attentive ce qui vous a particulièrement touché. Si vous sentez de la colère, une saturation ou un raz-le-bol, videz votre sac en limitant le temps (durant 10 minutes de façon intense) puis décidez de penser à autre chose pour votre bien.

Toute la population vous est reconnaissante, prenez bien soin de vous, votre travail est précieux !!!

 

Réussir son retour dans le même travail stressant

Reprendre l’activité professionnelle est une étape clé dans le processus de guérison du burn-out. La confrontation à l’environnement stressant permettra au patient d’expérimenter et d’affiner ses stratégies de protection ; il reprendra ainsi confiance en ses compétences. Cette réhabilitation fait partie intégrante du processus de guérison : il ne s’agit pas d’attendre d’être entièrement rétabli pour retourner au travail, reprendre l’activité professionnelle progressivement et autrement guérit du burn-out.

Actions pré-requises pour un retour au travail réussi

Dans la première phase du traitement, le mode « récupération d’énergie » est activé : appliquer les règles d’un sommeil de qualité, manger sainement, pratiquer au moins une heure d’activité physique en déchargeant les tensions, apprendre à se libérer ou à cadrer les ruminations mentales. Le stress et les préoccupations éloignent de soi et de ses propres besoins, le patient doit rétablir une disponibilité intérieure et transformer l’attitude d’insensibilité liée au stress chronique en une bienveillance envers lui-même.

Dans la suite de l’arrêt de travail, l’exploration et l’entraînement des nouveaux comportements est encouragée. Il s’agira, par exemple, de tester et intégrer les mesures de récupération adéquates, de déterminer ses priorités de vie, développer une procédure personnelle pour dire non. Le patient cherche, adapte, entraîne les mesures personnelles et concrètes qui lui permettront de se protéger des effets néfastes du stress au travail. La stratégie est de développer les moyens pour diminuer les facteurs d’usure et augmenter ses ressources. Le stress chronique cause des dégâts au cerveau. Un entraînement intellectuel quotidien par des exercices de mémoire et de concentration est souvent indispensable pour récupérer les facultés cognitives.

La zone de sécurité lors du retour au travail

Pour un burn-out grave mais sans complication, l’absence dure en moyenne 2 à 3 mois, au-delà le risque d’une stagnation ou d’un recul du processus de guérison augmente.  Plonger dans le bain stressant et le rythme soutenu de l’environnement professionnel constitue une prise de risque. Habituellement, le patient manifeste de nombreuses craintes à l’idée de reprendre son travail ce qui est tout à fait normal : blessé par cet environnement, un instinct de survie se manifeste par un besoin d’évitement. Le suivi professionnel est indispensable dans cette phase délicate du traitement. Le patient a besoin d’être orienté, conseillé et rassuré. Comprendre que le stress et les contraintes favoriseront sa guérison, l’encourage à retourner au travail même « en tremblant », sans aucune certitude de réussir avant d’y être. La préparation du plan d’actions des changements à mettre en œuvre dans son quotidien professionnel lui permettra de mieux visualiser les enjeux et les pièges éventuels. Une reprise du travail partielle et progressive soutient le patient à maintenir une récupération indispensable et le préserve d’un éventuel contexte de travail surchargé.

Le processus de guérison évolue toujours en « dents de scie ». Le patient vivra des hauts et des bas au niveau de sa fatigue, de sa concentration ou de son moral. Certains symptômes vont réapparaître, il pourrait croire à une rechute. Avoir identifié les signes qui délimitent la zone de sécurité garantit une vigilance accrue et permet de rassurer le patient qu’il est en bonne voie de rétablissement.

Ne pas surprotéger lors du retour en emploi

Une préparation adéquate, un engagement sans faille à préserver sa santé en appliquant des mesures entraînées et une éventuelle collaboration de la hiérarchie garantissent un retour au travail réussi. L’important pour guérir est d’avoir pu se renforcer dans l’effort de faire face à un contexte exigeant. Perdre son emploi ou être surprotégé en travaillant dans une « voie de garage » est contre-productif dans le processus de reconstruction. Le patient a besoin de contraintes, de stress et d’une charge de travail suffisante pour pouvoir développer et renforcer son nouvel équilibre de santé. La reprise de l’emploi est une phase essentielle dans la guérison du burn-out. Pour qu’elle soit réussie, elle doit être progressive, bien préparée, accompagnée, évaluée et réajustée.

La santé au travail, un processus à cultiver…

Une fois la pleine capacité de travail retrouvée, six mois sont encore nécessaires pour consolider la santé au travail. Etre guéri ne signifie pas être aussi fort et invulnérable qu’avant ; l’enjeu est de ne plus être le ou la même qu’avant le burn-out. Cette transformation personnelle indispensable garantit un équilibre durable et préserve d’une rechute. Toute personne ayant vécu un burn-out est en chemin vers une meilleure qualité de vie. Les limites sont bien identifiées, la détermination à maintenir les mesures de protection est entretenue par la crainte de revivre cette souffrance. Cela passe parfois par accepter d’être humain et donc vulnérable, pouvoir lâcher prise dans certaines situations qui pourraient mettre la santé en danger, demander de l’aide assez tôt, entretenir une vigilance sereine.

 

Catherine Vasey, « Comment rester vivant au travail, guide pour sortir du burn-out », éditions Dunod 2017

Les HP en danger de burn-out !

Le plus dangereux pour votre santé si vous êtes à haut potentiel est de ne pas avoir été détecté HP et de vous forcer à vous conformer à une vie ordinaire sans respecter vos besoins spécifiques. Certaines caractéristiques du haut potentiel renforcent des facteurs de risque d’épuisement professionnel.

Vous aimez travailler, mais le milieu d’entreprise peut s’avérer être un lieu de désillusion et même de souffrance : devez-vous vous résigner à vous ennuyer à force de toujours vous retrouver dans le même schéma répétitif : l’impression d’avoir à nouveau fait le tour des possibilités d’apprentissage, de perdre tout intérêt ainsi que le sens de vos actes, d’être soumis à une structure bureaucratique/hiérarchique que vous ne comprenez pas, ou qui s’oppose carrément à votre spécificité (et donc à l’essor de votre potentiel) ?

Risque de surcharge de travail chronique

Votre insatiable curiosité et un besoin constant d’apprendre quelque chose de nouveau, peuvent vous amener à dire oui à tous nouveaux projets et à participer à des groupes de travail divers et variés. Vous risquez de vous retrouver alors en situation de surcharge chronique.

La suractivité mentale constitue le risque majeur de surcharge : difficile de ralentir vos idées lorsque vous réfléchissez à des problèmes très complexes, vous pouvez être totalement absorbé pendant des heures sans vous interrompre et sans possibilité de récupérer. Parfois l’intensité mentale est telle que vous ne parvenez plus à stopper votre tête, même en repos, votre mental emballé continue de réfléchir !

D’autre part, vous risquez de devenir indispensable dans l’entreprise. En effet, lorsqu’une personne se montre capable là où les autres n’y arrivent pas forcément, ses collègues s’adresseront facilement à elle car elle est efficace et rapide dans les résolutions de problèmes. Votre hiérarchie saura utiliser toutes vos compétences et s’attendra à une performance élevée, le niveau d’exigence peut donc augmenter.

L’érosion de la confiance en soi

En tant que HP, vous avez probablement tendance à être très exigent avec vous-même et à vous mettre beaucoup de pression. Vous fixez-vous des objectifs très élevés que vous n’arriverez pas toujours à atteindre en fonction des moyens dont vous disposez ? Il vous arrive alors de le vivre comme un lourd sentiment d’échec et d’incompétence. Vous supportez peut-être très mal les critiques et les reproches éventuels de vos collègues ou de votre hiérarchie sur votre différence ? Cela peut s’avérer désastreux si votre estime de soi est déjà sensible.

Certaines personnes HP se retrouvent dans un environnement professionnel qui rassemble les personnes d’un niveau intellectuel très élevé (le milieu de la recherche par exemple), cela peut être un avantage d’être avec ses semblables mais aussi une difficulté de se reconnaître pleinement dans toutes ses capacités. Dans la comparaison, une personne HP a tendance à dénigrer ses capacités et à essayer de se surpasser pour être reconnu.

Les relations avec vos collègues et votre hiérarchie peuvent être difficiles

Si vous êtes hypersensible, les situations de conflits, les injustices et le manque d’honnêteté vous affectent. Votre vivacité d’esprit pourrait être jugée comme menaçante par votre hiérarchie, menace du respect de l’ordre établi et des formes de travail à respecter. En effet, une personne HP aura toujours tendance à sortir du cadre par son comportement et ses idées originales. Dans certains environnements conventionnels, vous pourriez être jugé rebelle, indiscipliné, perturbateur, même parfois indélicat ! Intègre et intense, le HP veut que les tâches soient exécutées le mieux possible (de nombreux HP sont aussi perfectionnistes). Vous montrez-vous parfois impatient avec vos collègues qui vous semblent trop lents et qui bâclent le travail ? Si vous êtes persuadé d’avoir raison, avez-vous tendance à imposer votre point de vue de façon rigide ce qui pourrait créer des conflits avec vos collègues ?

Voici quelques pistes de réflexion pour préserver votre santé au travail :

Savoir diriger votre attention et cadrer votre mental

La puissance et la vitesse de réflexion du HP sont très élevées, si cette force est utilisée pour des projets constructifs et intéressants tout va bien. Si vous réfléchissez à toutes les façons de vous traiter avec bienveillance, vous aurez de fortes probabilités d’être en bonne santé. Par contre, lorsque vous vous posez sans arrêt mille questions sur vous-même, si vous utilisez votre efficacité intellectuelle dans des pensées toxiques, cela peut devenir un désastre intérieur et un sabotage constant de la confiance en vous. En tant que HP, il est nécessaire de savoir diriger votre attention et votre réflexion consciemment. Vous pouvez être curieux de vous, surtout pour comprendre vos propres besoins et votre fonctionnement spécifique. Par contre, ne vous autorisez aucune attaque d’autocritique ou de pensées toxiques, cela vous met en danger !

D’une façon générale, vous pouvez choisir de réfléchir à des perspectives positives, d’anticiper les évènements positifs. Par contre, investir votre puissance de réflexion dans les scénarios catastrophes anxiogènes risque d’inhiber votre action et de vous enfermer dans une forme de passivité déprimante.

Nécessité de bien choisir votre poste de travail

La carrière professionnelle du HP n’est pas conventionnelle. Autonome, parfois auto-didacte, il est souvent amené à changer de cap, parfois de profession par besoin d’apprendre du nouveau. Si tout vous intéresse et que votre potentiel est vaste, il peut vous être plus difficile de faire les bons choix. Trouver le poste de travail adéquat à vos besoins spécifiques qui vous apportera satisfaction peut s’avérer délicat.

Vous supporterez mieux les limites du milieu professionnel lorsque vous ne comptez pas uniquement sur votre travail pour être rassasié dans vos intérêts multiples. Il n’y a aucune profession idéale pour un HP mais beaucoup de postes de travail se montreront incompatibles ; il est donc important de bien identifier où vous mettez les pieds avant de vous engager dans tout nouveau travail. Dans l’idéal, ce poste respecte votre besoin d’indépendance, de liberté de penser et d’originalité. Vous ne vous sentirez probablement pas à l’aise ni satisfait en montant trop haut dans la hiérarchie d’une grande entreprise. Une personne HP risque de s’ennuyer rapidement dans un poste à haute responsabilité, éloigné du terrain, à gérer des centaines de collaborateurs. Aucun poste de travail aussi intéressant soit-il ne suffira à totalement satisfaire vos profonds besoins d’apprentissage et de créativité. Il est essentiel que vous puissiez vous préserver du temps et de l’énergie pour investir d’autres champs d’expériences et d’apprentissages en dehors de votre travail. Pour certaines personnes HP, travailler à temps partiel est une solution même si cela remet en question une carrière conventionnelle.

Apprendre à gérer ses émotions

L’hypersensibilité émotionnelle du HP peut se manifester de deux façons opposées : soit il est très souvent débordé par sa sensibilité et ses émotions, il a de la peine à ne pas être affecté dans les situations de la vie courante. Soit il a adopté une stratégie de défense en se réfugiant dans sa tête, il rationnalise son ressenti, il restera alors calme et très peu émotionnel dans toute situation, il peut même apparaître comme froid et distant. Coupé ainsi de ses émotions rendra difficile de vivre de réels liens intimes avec ses proches. Apprendre à décharger les émotions s’apprend, de même qu’il est tout à fait possible d’apprendre à vous reconnecter à votre vie émotionnelle si c’est ce dont vous avez besoin.

La relation au corps : développer une présence à soi dans le corps

Réfléchir est une autoroute pour vous, l’intellect fonctionne tellement bien que vous utilisez ce mode d’être en priorité. Un déséquilibre s’installe : il est facile de sur-investir votre tête plutôt que d’être dans votre corps. Mais c’est dans le corps que nous sentons nos limites, la tête n’a pas de limites ! Pour maintenir votre santé au travail, revenez à votre corps régulièrement. La décharge de stress et de tensions se fait physiquement, impossible de vous défouler uniquement dans votre tête. Engagez-vous à maintenir des activités physiques régulières qui vous demandent de vous concentrer sur votre corps, c’est un très bon moyen d’y revenir.

De part mon expertise en burn-out, j’ai eu l’occasion d’accompagner de nombreuses personnes à haut potentiel en souffrance et épuisées. Le haut potentiel est souvent le moteur principal du burn-out mais ce n’est pas une fatalité. Comprenez votre fonctionnement hors norme et vos particularités, identifiez vos besoins spécifiques et répondez-y au mieux. Préserver sa santé au travail s’apprend !

Pour en savoir davantage :

Article de blog : Mode d’emploi pour les HPI qui se respectent

Groupe de prévention pour HPI

“Comment rester vivant au travail, guide pour sortir du burn-out” C. Vasey, éd. Dunod, 2020