Etre heureux au travail, une utopie ?

« Le bonheur est un état de satisfaction complète caractérisé par sa stabilité et sa durabilité. Il ne suffit pas de ressentir un bref contentement pour être heureux. Une joie intense n’est pas le bonheur. Un plaisir éphémère non plus. Le bonheur est un état global. L’homme heureux est comblé. Il vit une forme de plénitude ». (Définition du dictionnaire)

Vouloir être heureux à son travail est une attente complètement irréaliste, la vie professionnelle est exigeante, nous vivons des contraintes, des obligations, nous n’avons pas le pouvoir de choisir nos collègues, ni notre hiérarchie, ni, pour une majorité de travailleurs, les tâches ou les projets à exécuter. Le rythme de travail est rapide et l’exigence de performance nous empêche de préserver une disponibilité humaine, d’avoir le temps de vivre nos émotions ou d’être reconnu pour l’être humain que nous sommes.

Par contre, il est possible, par moment, de nous sentir bien à notre travail : lorsque nous nous sentons utiles, que nous sommes sollicités dans nos compétences et que nous trouvons un intérêt à nos tâches quotidiennes, lorsque nous sommes respectés dans nos valeurs et que nous pouvons vivre des liens humains significatifs, lorsque nous pouvons préserver notre santé et un bon équilibre de vie. Cela constitue des conditions idéales de travail, si elles sont toutes remplies, vous êtes très privilégiés à notre époque !

De plus, pour nous sentir bien à notre travail, il sera nécessaire de trouver et de maintenir le bon dosage dans notre implication personnelle : ni trop engagés, ni indifférents. Pour cela, il est indispensable de cadrer la sphère professionnelle et de mettre le travail à sa juste place dans notre vie en fonction des priorités de l’être humain que nous souhaitons être. Tout un numéro d’équilibriste !

Pour moi, être heureux est une dynamique vivante, un mouvement constant vers notre essentiel, une disponibilité humaine à soi, aux autres, à ressentir de la gratitude d’être aimés tels que nous sommes, à ressentir de l’amour pour nos proches, être heureux se construit à chaque instant, en nourrissant le sens de notre vie et nos valeurs dans les actes du quotidien ; le bonheur est d’avoir accès à des petits moments de plénitude réguliers et d’avoir la sensation de participer à un tout qui nous dépasse.

 

« Le Bonheur n’existe pas, seul les petits bonheurs sont possibles » Nag Ansorge (1925-2013), cinéaste d’animation suisse

Je vous souhaite plein de « petits bonheurs » humbles pour avancer doucement et avec assurance sur la voie du bonheur et une très belle année 2017 !

L’évolution de notre vision du burn-out

L’éveil des consciences

Rappelez-vous, il y a une quinzaine d’années, de rares personnes parlaient du burn-out en Suisse, aucun média n’évoquait le phénomène, médicalement, cette souffrance au travail n’était pas identifiée de façon spécifique, elle était simplement associée à des troubles dépressifs et prise en charge comme une dépression par les professionnels. De nombreuses victimes ne comprenaient pas ce qui leur arrivait, elles vivaient ce passage difficile comme un échec de carrière, une fragilité psychique honteuse.

Aujourd’hui, le burn-out est connu dans le grand public, c’est même un terme utilisé dans le langage courant, comme il est dit parfois : « je déprime », ce n’est pas une dépression, simplement une baisse de moral, on entend maintenant : «aujourd’hui je me fais un burn-out, demain cela ira mieux ! », c’est une façon d’exprimer une période de stress et de fatigue, ce n’est pas un réel burn-out.

Le progrès est énorme en peu de temps, maintenant nous sommes tous conscients du risque d’épuisement au travail, notre compréhension scientifique de cette souffrance évolue, les moyens de prévention et de traitement se développent et sont mieux connus, les entreprises et les institutions prennent des mesures concrètes pour dépister et prévenir cette souffrance au travail.

 

L’évolution de notre compréhension du burn-out

Historiquement, le burn-out a été nommé est défini dans les années 1970 aux Etats-Unis par un psychiatre américain, le Dr. Freudenberger. A cette époque, il avait identifié une sorte de syndrome d’épuisement chez certains travailleurs sociaux. Il l’a nommée la « maladie de l’idéalité ».  Le burn-out était considéré comme une atteinte à la santé qui n’existait que dans les professions sociales, un idéal irréaliste en était la principale cause. Nous savons maintenant que le burn-out ne touche pas uniquement les professions de la relation d’aide. Toute profession est à risque et les causes sont multifactorielles. L’idéal irréaliste n’est qu’un facteur de risque parmi d’autres.

Aujourd’hui, en Suisse, le burn-out n’est toujours pas une pathologie reconnue officiellement dans les classifications médicales. Certaines assurances maladies refusent ce terme comme diagnostic. Le burn-out est un thème de discussion dans les milieux de la médecine, il est défini dans les classifications médicales internationales comme diagnostic « accompagnant » et non pas principal, sous les termes suivants : « ICD-10: Z 73.0 Syndrome du burn-out : Problèmes liés aux difficultés à faire face aux réalités de la vie » (ICD, International Statistical Classification of Diseases and Related Health Problems, système de classification des maladies de l’OMS)

La façon la plus simple de comprendre le processus du burn-out est de le voir comme un épuisement dû au stress chronique au travail. Les recherches actuelles se concentrent principalement sur la composante physiologique de l’épuisement et non pas sur une éventuelle fragilité psychique. Certains chercheurs étudient les effets toxiques des hormones de stress sur l’organisme. Des marqueurs biologiques sont identifiés, il sera peut-être bientôt possible d’avoir un test organique qui mesure la gravité de l’épuisement dû au stress.

La méthode d’analyse du terrain favorisant le burn-out est de chercher le déséquilibre entre d’un côté trop de dépense d’énergie (dans le travail stressant et les tâches/situations usantes) et pas suffisamment de récupération d’un autre côté (manque de ressources au travail, une perte de sens ou une mauvaise ambiance d’équipe, et un manque de ressources dans la vie privée par exemple la façon de se défouler ou de se changer les idées, etc.). Cette vision entre trop d’usure et de stress et une récupération insuffisante est utile autant dans la prévention que lors du traitement du burn-out.

Pour faire le point, le meilleur self-test actuel est l’auto évaluation HBI développée par le professeur Mathias Burisch, spécialiste allemand du burn-out (Test en ligne en français sur le site internet www.noburnout.ch) Pour aller plus loin dans le bilan, il est important de consulter un professionnel qui connaît le traitement spécifique du burn-out.

 

L’évolution de l’étendue de cette souffrance en Suisse ?

Selon les enquêtes récentes, nous pouvons observer que les Suisses souffrent davantage du stress au travail aujourd’hui. Deux études sur la fréquence du stress chez les personnes actives en Suisse ont été réalisées à 10 ans d’intervalle par le SECO : un Suisse sur trois se sent «souvent voire très souvent stressé au travail». Ce chiffre est en augmentation depuis 10 ans ; entre 2000 et 2010, le nombre de personnes souffrant de stress chronique est passé de 26,6% à 34,4 %.

Concernant le burn-out qui est un syndrome d’épuisement consécutif à un stress chronique, les statistiques sont moins claires. Un indicateur significatif du burn-out a été relevé : le sentiment d’épuisement émotionnel. Selon ce même rapport de l’office fédéral de la statistique, au total, 4 % des personnes interrogées (échantillon d’un millier de personnes) ont affirmé se sentir épuisées émotionnellement au travail.

Nous pourrions déduire du résultat de ces enquêtes que le stress chronique touche 34,4 % des travailleurs en Suisse mais que seul 4 % souffriraient effectivement d’un burn-out. Par contre, nous n’avons aucun chiffre valable et représentatif qui nous permettrait de connaître le détail des victimes du burn-out en Suisse : quelles professions seraient les plus touchées, quels âges à risque, la proportion d’homme et de femme, le niveau hiérarchique, le secteur économique ou la taille de l’entreprise.

Malheureusement ces études sont probablement loin de cerner la véritable ampleur du burn-out en Suisse. Les médecins et psychologues observent une aggravation tant au niveau du nombre de consultations qui augmente que au niveau du degré de gravité des personnes épuisées ces dernières années. Les médecins (Selon l’enquête Chiarini et al. 2010: Practices et besoin des médecins du premier recours en santé au travail en Suisse romande, 806 médecins interrogés) estiment en moyenne que sur 100 nouveaux diagnostics posés, 14.4% sont en lien avec le travail du patient. Les pathologies rencontrées le plus fréquemment sont :

– les troubles psychiques liés au travail, cités par 93%

– le mal de dos (70%),

– les autres TMS (29%),

– les dermatoses (26%) et les problèmes respiratoires (18%).

 

L’évolution de la prévention individuelle et du dépistage

Aujourd’hui, il devient très rare d’occuper un poste de travail « cool », avec un rythme tranquille et sans stress. La vie professionnelle est exigeante, nous faisons face à de nombreuses contraintes qui nous mettent sous une constante pression. Il est indispensable de savoir se préserver et de protéger notre santé au travail. Maintenant que le burn-out est largement connu, nous sommes avertis du risque, de plus en plus de personnes cherchent à mettre en place une prévention efficace. Les moyens sont accessibles et de plus en plus pratiqués : apprendre à décharger les tensions et le stress, diminuer les exigences personnelles, poser des limites, cadrer les ruminations mentales, savoir demander de l’aide, avoir un bon réseau de soutien, protéger sa vie privée des soucis professionnels, savoir gérer les nouvelles technologies. Chacun d’entres-nous avons une marge de manœuvre individuelle, sans changer les conditions de travail, nous pouvons mettre en place une prévention efficace.

 

L’évolution d’une prise en charge adéquate et d’un traitement spécifique

Depuis des décennies, étant associé à une forme de dépression, le burn-out n’a pas été traité de façon différenciée. Mal soignés, l’état de santé des victimes de burn-out ne s’améliorait que très lentement, l’arrêt de travail durait 6 mois ou davantage encore, la guérison était partielle, la personne conservait une forme de fragilité, le retour au travail était laborieux, l’entreprise ne faisait plus confiance en ce travailleur qui semblait rester vulnérable au stress.

Aujourd’hui, les médecins et psychologues se forment au traitement spécifique du burn-out, la prise en charge s’améliore, l’arrêt de travail est moins long (durée habituelle de 2 à 3 mois), la reprise du travail est mieux suivie, les victimes de burn-out bénéficient d’un réel apprentissage, d’une analyse spécifique, d’un plan d’action des mesures à prendre lors du retour au travail.

Le traitement du burn-out comporte 3 phases. L’objectif de la première étape est de remonter le niveau d’énergie, il s’agit d’agir pour retrouver un bon sommeil et d’avoir au moins une heure d’activité physique par jour. L’idée est de renforcer les ressources et de limiter tout ce qui peut stresser ou prendre de l’énergie au patient. Dans la deuxième phase, il s’agit d’approfondir l’analyse des sources d’épuisement et de comprendre comment agir autrement pour rétablir un nouvel équilibre de vie. Des mesures sont mises en place dans la vie privée, un plan d’action est construit pour le retour au travail. La troisième étape du traitement est la reprise du travail qui fait partie intégrante du processus de guérison. Ce n’est qu’une fois confronté à l’environnement stressant, que le patient peut expérimenter les outils de protection et reprendre confiance en ses compétences.

 

L’évolution de la prévention et de la mobilisation de l’entreprise

Depuis une dizaine d’années, les entreprises se mobilisent davantage pour mettre des mesures de prévention en place. Le burn-out et ses conséquences sur l’efficacité au travail sont mieux connus, cela peut être mesuré sur une échelle collective, les dirigeants réalisent que le burn-out peut leur coûter très cher, en terme de diminution de la performance et d’absence prolongée de collaborateurs précieux.

Lorsque j’interviens dans une organisation, mon objectif n’est pas de viser 0% de burn-out, ce qui me paraît irréaliste mais je vais insister sur le dépistage précoce : prendre en charge les collaborateurs surmenés avant qu’un arrêt de travail soit nécessaire : ils sont suffisamment en alerte pour être motivés à changer et pas trop épuisés, ils ont encore des forces à disposition pour retrouver un équilibre de santé.

Une bonne démarche de prévention commence par informer tous les niveaux hiérarchiques du haut vers le bas sur ce qu’est le burn-out, les signes d’alerte, le profil type de personne à risque, le terrain favorable, la procédure à suivre si on se sent en déséquilibre. Cette information permet de briser le tabou, de savoir précisément ce qu’il en est et aussi d’éviter les exagérations ou les minimisations.

Une formation spécifique sera destinée aux cadres et responsables d’équipe. Les chefs de proximité sont les agents importants du dépistage précoce et ils peuvent agir concrètement en créant des « bulles de prévention » spécifiques à leur équipe. Un chef bien formé pourra apporter des actions très concrètes aux collaborateurs pour les préserver de l’épuisement.

Il faut aussi en parallèle faire remonter l’information en interne vers les professionnels de la santé de l’entreprise : combien de cas de burn-out avérés, analyse de chaque cas, quelles actions proposées par les chefs de proximités pour améliorer les conditions de travail qu’ils ne peuvent pas changer d’eux-mêmes.

 

La recherche d’une meilleure qualité de vie : revenir à l’essentiel

Un des grands challenges de notre société à l’avenir sera de sortir de cette forme de « survie » du devoir à accomplir, de performance et de la suractivité, pour se réapproprier l’innocence de pouvoir perdre du temps, nous rendre disponible aux moments précieux de notre quotidien, prendre le temps avec nos proches, avec ce qui est réellement important pour nous. Commencer la journée par un acte qui nourrit notre essentiel et ne pas donner le 100 % de notre énergie à la sphère professionnelle, préserver la marge que nous avons choisie pour investir notre vie. C’est une vigilance de chaque instant à entretenir, être présent à soi et à ce qui nous tient à coeur, personne ne peut le faire à notre place.

 

Hommage à Benoît Violier

Monsieur Violier,

 

Comment avez-vous pu disparaître d’un coup alors que tout semblait aller si bien, au sommet de votre art ? Nous tentons tous de comprendre votre geste, de trouver une explication rationnelle mais il n’y en a probablement aucune.

Vous étiez l’ambassadeur privilégié du plaisir de vivre l’instant d’un goût, d’une délicieuse odeur furtive mais si délicate d’une bouchée parfaite.

Vous avez sucité chez chacun de vos hôtes cette intensité de vivre totalement ancrés dans l’instant présent pour ne pas en « manquer une miette».

Vous étiez l’ambassadeur du « faire plaisir aux autres », toujours souriant et à l’écoute de chacun.

Par votre accadémie, vous avez su transmettre votre passion aux plus jeunes qui pour certains vous admiraient comme une grande star de cinéma ou de musique.

Totalement au service de votre passion et de votre créativité, votre engagement « corps et âme » dans votre art vous a permis de trouver le sens de votre existence.

Dimanche votre passion n’a pas suffit à entretenir votre flamme de vivre et vous avez quitté ce monde sans vous retourner. 

Merci Monsieur Violier de ce plaisir d’être vivant que vous avez su toute votre vie nourrir en ce monde.

 

Avec mes profondes pensées de soutien à Brigitte Violier et à son fils Romain.

 

Tout être humain est secoué dans les désastres

Le choc causé par un événement critique est nommé réaction aigue au stress. Cette réaction est normale et saine dans une situation anormale, elle dure de quelques jours à 1 mois après le traumatisme.

Lorsque nous sommes confrontés à un événement épouvantable, le stress est si intense que nous sommes comme frappés par la foudre de l’intérieur. Nos capacités d’adaptation qui en tant normal nous permettent de faire face à un danger de façon efficace sont débordées : nous ressentons une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur, nous sommes en état de choc. Dans notre cerveau c’est le chaos, la communication ne peut plus se faire correctement, l’intensité est si puissante que la zone du cerveau qui gère l’émotion, l’amygdale, est surchargée.  L’information traumatique est bloquée, elle ne peut pas être mémorisée correctement. Ainsi, à la place d’être mémorisés à long terme, les émotions et les souvenirs traumatisants ne peuvent pas être rangés dans un temps passé : ils défilent en boucle et sont revécus comme s’ils avaient lieu dans le présent. Les images s’imposent de façon chaotique et involontaire, impossible de refermer le tiroir. Ces flash-back de l’évènement douloureux nous envahissent, ils créent des crises d’angoisse, des difficultés de concentration et un gouffre qui consomme toute notre énergie. Le choc est aussi cognitif, nous sommes incapables d’intégrer l’horreur au sein de nos schémas mentaux habituels. Les images de l’événement traumatique nous reviennent à l’esprit de manière répétée, tentatives de notre cerveau pour intégrer l’impensable de façon progressive. Voici une liste détaillée des réactions possibles du stress aigu :

L’hypervigilance : effrayés pour rien, nous avons une impression constante de danger ou de désastre imminent. Nous sursautons au moindre bruit, notre niveau d’excitation est élevé, nous vivons des flash-back (auditifs et visuels), nous revivons l’événement, l’angoisse est à nouveau ressentie comme si cela venait d’arriver et il est impossible d’empêcher ces souvenirs de nous hanter.

Les troubles du sommeil : difficile de  nous endormir, notre sommeil est agité, nous avons des cauchemars terrifiants, il est difficile de se lever le matin.

Les troubles de l’appétit : nous perdons l’appétit ou au contraire nous avons un besoin compulsif de manger.

Une grosse fatigue : l’effort de l’intensité du stress vécu lors du traumatisme est comparable à une journée d’entraînement d’un sportif d’élite. Il est difficile de reprendre des forces et de faire le plein d’énergie.

La dissociation : incapables de réagir, stoïques, silencieux, nous sommes déconnectés de nos sensations jusqu’à nous replier totalement à l’intérieur pour ne plus vivre la situation. Il s’agit d’une protection immédiate de notre organisme pour éviter le désastre psychique causé par l’intolérable. 

L’évitement : le réflexe d’évitement nous protège de tout ce qui peut rappeler le drame : les lieux, les personnes, les déclencheurs, les situations associées.  D’une façon extrême, nous sommes amenés à éviter systématiquement tout évènement ou discussions risquant de nous rendre émotionnel.

L’insensibilité émotive : nous perdons l’intérêt dans les activités qui nous passionnaient, repliés sur nous-mêmes, nous fuyons nos proches. Il peut être difficile de parler. Nos sensations peuvent être comme anesthésiées : moins de plaisir, moins de douleur.

L’amnésie : L’oubli est une forme de soulagement pour notre organisme. L’événement terrifiant est un tel raz de marée intérieur que notre équilibre est en danger, notre cerveau met en place une sorte de mise sous clé quelque part : « attention danger, ne pas ouvrir ! ». Bloquées, certaines régions du cerveau ne sont alors plus accessibles et nous vivons une amnésie partielle ou totale de l’événement.

 

Que faire pour accompagner le traumatisé ?

1° Immédiatement : prendre soins des besoins vitaux. Soins des blessures physiques, être au chaud, prendre une douche, boire et manger, être au calme.

2° Dans les 24 heures : « Defusing ». Instant de « désamorçage », une ventilation émotionnelle, qui permet de parler et de recevoir des informations claires de ce qui s’est passé. Dans cette phase il faut prendre garde de ne pas être infectés par les images et les émotions des autres. Il est important d’informer les proches des réactions normales du choc traumatique ainsi que des symptômes qui devraient inquiéter.

3° Dans les 24 à 72 heures jusqu’à un mois après : « Debriefing ». Entretien structuré mené par un psychologue ou un médecin formé spécifiquement. Il s’agit de permettre au traumatisé de mettre de l’ordre dans le chaos intérieur, de rattacher les pensées, les émotions et sensations corporelles à l’événement traumatisant.

 

Besoins spécifiques lors du stress aigu (les premières semaines)

Etre entouré avec bienveillance, permettre au corps de se régénérer, laisser passer la réaction quelle qu’elle soit (sans la minimiser ou la nier et sans l’aggraver), être à l’écoute de ses besoins, manger régulièrement, s’abstenir de boire de l’alcool et de prendre des médicaments pour atténuer les réactions de stress aigu. Respecter le rythme propre de chacun. Il y a une multitude de façon de réagir.

Réactions spécifiques des enfants et des adolescents

Les enfants auront besoin d’être très entourés par leurs parents et ils ont tendance à régresser dans leur développement. (besoin d’un doudou ou d’une lolette, etc.). Les adolescents par contre auront besoin d’être en contact avec leurs pairs, ils recherchent leur propre clan, ils voudront rapidement retrouver leur vie d’avant, être dans le normal. Les adultes proches peuvent être très décontenancés car ils ne pourront pas s’en occuper est cela peut être anxiogène pour les parents.

 

Le syndrome de stress post-traumatique

Les capacités de résilience diffèrent d’un individu à l’autre et chez 8 à 10 % des traumatisés, les symptômes persistent au-delà d’un mois, ils s’aggravent, la réaction devient pathologique et on parle alors de syndrome de stress post-traumatique. Au lieu de s’apaiser, la souffrance grandit avec le temps. Après plusieurs mois, l’entourage a besoin que tout rentre dans l’ordre mais pour le traumatisé c’est impossible, il va se sentir seul et incompris dans sa souffrance s’il n’est pas accompagné de façon adéquate.

 « C’est comme une boule de neige qui descend une pente, elle va plus vite, elle grossit et finit par occuper tout l’espace à l’intérieur ».

« C’est un combat permanent contre ses souvenirs. Certains objets liés au traumatisme attirent comme un aimant. On devient l’esclave des souvenirs accaparants ».

Les traitements de ce syndrome (psychothérapie, EMDR) ont pour but d’aider à intégrer les souvenirs traumatisants, de les dépouiller de leur caractère angoissant, de les assimiler en y mettant du sens. Les images terribles ne disparaissent pas, ce qui change c’est leur rapport à elles, elles sont mieux gérées, elles font partie du passé, les traumatisés n’en sont plus prisonniers. Il est toujours possible de se souvenir de ce qui a été vécu, ce qui a disparu c’est le stress, la douleur, la colère, les émotions qui y sont liés.

(Cet article a été écrit avec la collaboration précieuse de Noélia Aradas, psychologue spécialiste des urgences, www.cliniquedutravail.ch

Le burn-out n’est pas une fatalité ! Quelles préventions ?

A chaque fois que je reçois une personne gravement atteinte de burn-out dans mon cabinet, je me pose toujours la question : comment aurait-on pu éviter cette souffrance ?

Le burn-out est un épuisement physique et émotionnel dû au stress chronique. Les travailleurs à risque ont un profil de type fort : engagés dans leur travail, ils gèrent très bien une lourde charge de travail, ils ne se plaignent pas et n’ont pas l’habitude ni d’abandonner devant la difficulté ni de demander de l’aide.

Qu’est-ce que chacun peut faire individuellement pour éviter le burn-out ?

80% des patients en burn-out que j’ai traités durant ces 15 dernières années ont pu retrouver leur poste de travail avec les mêmes conditions difficiles et cela tient la route ; cela signifie que nous avons tous une marge de manœuvre intérieure pour nous préserver des effets néfastes du stress chronique. Les moyens sont nombreux : apprendre à décharger les tensions et le stress, diminuer les exigences personnelles, poser des limites, cadrer les ruminations mentales, savoir demander de l’aide, avoir un bon réseau de soutien, protéger sa vie privée des soucis professionnels. Le bilan que chacun peut faire est simple : quel est l’équilibre/déséquilibre entre ce qui m’use dans mon travail et de l’autre côté ce qui me redonne de l’énergie au travail et dans ma vie privée (le sens de mon travail, l’ambiance d’équipe positive, des tâches que j’aime faire, ma façon de me défouler et de me changer les idées dans ma vie privée, etc.). Comment puis-je améliorer mon équilibre en préservant mes ressources et en les développant et en limitant les lieux d’usure et de stress dans mon travail.

Qu’est-ce que l’entreprise peut faire ?

Il est évident que des actions de prévention collectives peuvent être mises en place par l’entreprise mais il faut agir avec méthode pour être efficace. 3 niveaux d’intervention :

1° Une bonne démarche de prévention commence par informer tous les niveaux hiérarchiques du haut vers le bas sur ce qu’est le burn-out, les signes d’alerte, le profil type de personne à risque, le terrain favorable, la procédure à suivre si on se sent en déséquilibre. Cette information permet de briser le tabou, de savoir précisément ce qu’il en est et aussi d’éviter les exagérations ou les minimisations.

2° Une formation spécifique sera destinée aux cadres et responsables d’équipe. Les chefs de proximité sont les agents importants du dépistage précoce et ils peuvent agir concrètement en créant des « bulles de prévention » spécifiques à leur équipe. Un chef bien formé pourra apporter des actions très concrètes aux collaborateurs pour les préserver de l’épuisement.

3° Il faut aussi en parallèle faire remonter l’information en interne vers les professionnels de la santé de l’entreprise : combien de cas de burn-out avérés, analyse de chaque cas, quelles actions proposées par les chefs de proximités pour améliorer les conditions de travail qu’ils ne peuvent pas changer d’eux-mêmes.

Une intervention ponctuelle ne suffit pas. La prévention du burn-out doit être mise en place sur un moyen terme, il est important de rappeler les bonnes pratiques tant au niveau de la prévention individuelle pour que chaque collaborateur se préserve mais aussi au niveau des cadres pour qu’ils agissent sur les bons leviers pour créer un environnement de travail soutenant la performance au travail mais aussi la bienveillance envers soi-même.

Pour moi, lorsque j’interviens dans une organisation, mon objectif n’est pas de viser 0% de burn-out, ce qui me paraît irréaliste mais je vais insister sur le dépistage précoce : prendre en charge les collaborateurs surmenés avant qu’un arrêt de travail soit nécessaire : ils sont suffisamment en alerte pour être motivés à changer et pas trop épuisés, ils ont encore des forces à disposition pour retrouver un équilibre de santé.

Comment notre société devrait-elle changer ?

Les valeurs de notre culture occidentale contribuent au risque de burn-out par l’encouragement à la suractivité, à la performance, à être le meilleur, au devoir à accomplir, à l’identification au travail. Il est possible d’éduquer nos enfants à une qualité de vie saine plutôt qu’à la réussite professionnelle coûte que coûte, de leur apprendre à bien vivre le stress en sachant se poser des limites claires. Il est possible de leur enseigner l’évolution individuelle sans compétitivité ni comparaison avec les autres. De leur montrer l’exemple en prenant soin de notre corps par des activités physiques régulières.

Un grand défit devant lequel nous nous trouvons actuellement est de savoir bien vivre avec les moyens de communication et la nouvelle technologie qui favorisent l’accélération, la surcharge d’information, l’immédiateté des problèmes à résoudre, l’intrusion des préoccupations professionnelles dans la vie privée et la sédentarité. Chacun d’entres-nous, les entreprises, tout le monde va devoir apprendre à bien utiliser les possibilités de ces nouvelles technologies sans y perdre son équilibre de vie et sa santé.

 

 

Procrastination : Pourquoi remet-on à plus tard ce qui pourrait être fait tout de suite ?

Parfois se dire «je le ferai plus tard» est une stratégie efficace qui nous permet de prendre du recul, de regrouper certaines tâches ou de mieux s’organiser. La procrastination est la tendance à remettre systématiquement à plus tard les actions à faire. Cela devient un handicap lorsque nous pensons sans cesse à ces tâches sans trouver la force de nous y mettre. Alors nous dépensons davantage d’énergie à résister et à les éviter plutôt qu’à les exécuter. Le problème est que ce travail non fait ne disparait pas complètement de notre esprit : nous culpabilisons de ne pas l’avoir fait, nous le portons avec nous, dans une sensation désagréable d’encombrement y compris dans notre vie privée. Cela nous empêche de profiter du moment présent l’esprit léger. A chaque fois que nous repoussons à nouveau une tâche, cela entame un petit morceau de confiance en notre force d’action. Nous entrons alors dans un cercle vicieux qui sabote notre dynamique : plus nous remettons de choses à faire à plus tard, plus nous nous sentons lourds et incapables d’agir.

Identifiez ce qui vous pousse à procrastiner:

  • Mes priorités ne sont pas claires, les délais pas assez stimulants pour me forcer à passer à l’action. Parfois, je sous-estime le temps nécessaire pour effectuer une tâche, du coup il est plus facile de me dire que je ferai vite cela plus tard. Je me fais avoir par l’urgence et la pression des autres. Les étapes de l’activité que je dois exécuter ne sont bien pas séquencées, l’ampleur de la tâche est trop globale et floue ; j’ai l’impression d’être en face d’une montagne et que l’effort sera trop grand pour la surmonter. La procrastination est parfois le signe d’une surcharge de travail chronique. On s’enfonce alors dans un sentiment d’impuissance qui sabote notre volonté d’agir.

  • Je remets ces tâches à plus tard car elles ne sont pas si importantes pour moi. Je manque de discipline et de détermination, je me laisse trop facilement distraire, par les autres ou par la technologie. Au moment de passer réellement à l’action, je trouve toujours d’autres activités qui sont plus importantes pour moi, j’ai mes tâches « alibi » pour éviter de faire ce que je devrais faire. Je n’ai pas envie de m’y mettre car j’ai l’impression que ça me coûtera trop d’effort pour agir et que cela ne me procure aucune satisfaction immédiate. Ou j’attends d’être au pied du mur car je peux agir uniquement poussé par le stress et l’angoisse ressentie.

  • Je remets les choses à plus tard pour ne pas être confronté à l’échec. Je doute de moi et de mes compétences. Je fixe la barre si haut que je me sens paralysé. J’ai l’impression alors de ne pas être à la hauteur de la tâche que je me suis fixée, je préfère la repousser à plus tard car au fond de moi, je me sens incapable d’y faire face.

Comment faire alors pour vous libérer de la procrastination?

Elaborez une stratégie d’action qui vous convienne. Trouvez un équilibre entre les sollicitations extérieures et votre propre rythme. Fixez-vous des échéances claires et progressives qui vous stimulent sans vous abrutir de pression. Ne réagissez pas immédiatement aux urgences imposées par les autres, négociez les délais, faites respecter vos priorités. Une règle à se fixer : pas plus d’un seul report pour une tâche. Faites le point une fois par semaine de l’ensemble des projets en cours et à venir. Noter les étapes nécessaires sur votre agenda.

L’important est d’initier l’action ! Sur un vélo, l’effort à fournir est important au démarrage, puis l’élan de la poussée nous fait avancer avec un moindre effort : nous profitons du mouvement en cours pour avancer davantage. Ne réfléchissez pas, ne vous posez pas la question si vous avez envie ou non, mettez-vous tout de suite à la tâche que vous aviez planifiée de faire. Une fois, lancé, vous verrez que porté par votre élan, les idées et les actes vous viendront aisément. Profitez de l’énergie mobilisée : par exemple, à la fin d’une réunion, résumez l’essentiel, pendant que ce qui a été dit et décidé est encore frais dans votre tête.

Transformer les soucis en actions. Considérez l’inquiétude ou le malaise de ne pas agir comme le signal de passer à l’action. Détournez l’énergie que vous gaspillez à culpabiliser du travail non fait pour l’investir dans l’exécution immédiate.

Discipliner vos pensées et éliminez celles qui parasitent votre mise en action. Nourrissez votre confiance en vous remémorant les expériences positives où vous aviez passé à l’action avec succès. Rebranchez-vous sur la sensation de satisfaction vécue, inspirer cette force intérieure et agissez.

Rappelez-vous qu’être en action donne de l’énergie ; rester statique et ne rien faire nous coûte de l’énergie à trop y penser. Le seul effort à fournir est de se mettre en action, une fois en route, cela va tout seul. La satisfaction d’avoir avancé dans vos tâches vous donnera davantage d’énergie par la suite. Elle vous permettra de vous relaxer après, l'esprit tranquille.

Récompensez-vous à chaque petite victoire!

 

 

 

Le crash de l’A320, un copilote au « moral cassé » ?

De nombreux commentaires et hypothèses sont entendus autour du suicide présumé du copilote du crash de l'A320. Nous sommes tous en choc de cet acte inconcevable. Cela nous semble complètement fou qu’un pilote puisse décider intentionnellement de faire tomber l’avion dont il a la responsabilité. Comment un professionnel parfaitement formé, sportif, intelligent et responsable peut-il commettre cet acte consciemment et faire ainsi mourir tous les passagers, ses collègues et lui-même ? C’est complètement absurde !

Je laisse le soin aux divers experts chargés de mettre de la lumière sur les raisons personnelles ainsi que les causes spécifiques de l’acte désespéré de ce copilote. Il est impossible en l’état actuel des informations véhiculées par les médias de comprendre ce qui s’est réellement passé.

Il me semble important d’élargir le débat. Si un pilote d’avion a effectivement commis un tel acte, est-ce que d’autres professionnels que nous côtoyons dans notre vie courante pourraient nous mettre en danger aussi ? Nous mettons régulièrement notre vie dans les mains de certains professionnels : que ce soit un chirurgien, un médecin anesthésiste, un conducteur de bus, un agent de sécurité, selon le domaine dans lequel nous travaillons cela peut aussi être un simple collègue de travail ou notre chef direct, un moment d’inattention et c’est l’accident… Comprendre ce qui s’est passé pourrait nous aider à prévenir d’autres tragédies à l’avenir.

Pour moi la question à se poser suite à ce drame est : quelle est la place que nous donnons à la vie émotionnelle au travail. Si mon moral est au plus bas ou alors que l’agressivité monte en moi, si j’ai des idées noires, que je suis à bout, à qui puis-je en parler parmi mes proches ? A qui puis-je me confier dans mon entreprise ? Que vont penser mes collègues ou mes supérieurs si j’ose avouer que je me sens tellement mal dans ma peau que je ne sais pas si je suis capable de faire face à mes responsabilités professionnelles habituelles ? Avoir une jambe cassée est un mal visible et incontestable, on ne verra jamais un pilote se présenter à son poste une jambe dans le plâtre soutenu par des béquilles. Mais avoir un « moral cassé » et être soutenu par des anti-dépresseurs est-ce visible ? A quel moment dois-je m’arrêter car je suis trop à risque pour faire mon travail ? Même si un médecin me prescrit un arrêt de travail, je peux me convaincre que je suis encore valide, je peux temporairement minimiser la gravité de mon état et me dire que cela va aller, je tiens le coup encore un peu, mon travail est très important, c’est peut-être la dernière chose qui tient encore debout dans ma vie, je ne veux pas le perdre… Que vont penser mes supérieurs s’ils reçoivent un certificat d’arrêt de travail délivré par un psychiatre ?

Dans la formation professionnelle, nous accumulons des connaissances logiques et intellectuelles, nous apprenons des gestes techniques, nous développons une connaissance des risques et de la sécurité. Mais nous apprenons rarement à connaître notre vie émotionnelle, à savoir identifier nos émotions, à les nommer, à les vivre au mieux, à les gérer de façon saine, à sentir nos besoins, nos limites. Et si j’identifie le mal qui m’habite, suis-je capable d’en parler ? Ai-je appris à demander de l'aide ?

De plus, dans le monde du travail, aucune place n’est donnée à la vie émotionnelle : ce n’est pas professionnel d’être émotif. Il est probable que si je me montre vulnérable, je serais très mal évalué, mis en doute dans mes capacités.  Ainsi il y a un fort risque que nous soyons déconnectés de notre sensation émotionnelle au travail, nous avons tendance à nier nos émotions le temps d’effectuer notre mission professionnelle, il est nécessaire de serrer les dents, de s’accrocher comme on s’est toujours accroché dans les passages difficiles de notre vie. Mais à force de se déconnecter, de se dire « même pas mal » comme le disent souvent les enfants pour se montrer grands, le mal-être peut soudainement nous déborder, nous envahir, devenir totalement insupportable d'autant plus si nous sommes complètement seul. Cette souffrance intérieure extrême peut nous pousser à des actes inconscients et complètement irrationnels.

On ne soupçonne pas la puissance de la vie émotionnelle qui peut devenir un vrai tsunami intérieur. Lorsque nos émotions sont trop contrôlées, niées, lorsqu’il n’y a aucun espace pour pouvoir les vivre, les nommer, en parler sans crainte d’être jugé incompétent, oui, alors le danger est grand que quelque chose échappe à notre contrôle mental.

Et dans de rares cas, dans une solitude profonde, cela peut amener à une tragédie.

Tout le monde est connecté mais personne n’écoute !

Une enseignante m’a raconté une expérience qu’elle a faite avec ses élèves adolescents. Elle ne voulait plus que les élèves soient tentés de regarder leurs smartphone en cachette pendant ses cours, elle leur a ordonné à tous de poser leur portables sur une table à l’entrée de la classe et de le reprendre à la fin du cours. La réaction des élèves a été très forte : « mais… Madame… vous ne pouvez pas nous prendre notre vie !!! »

Nous avons appris à utiliser techniquement les mails, les smartphones, internet, Facebook, etc. Par contre, savons-nous vivre avec ces nouvelles technologies humainement parlant ? Sommes-nous présents aux choses importantes de la vie ? Etre connecté constamment, est-ce réellement la vie que nous souhaitons ?

Nous occupons tous les « temps morts » en consultant nos smartphones. Auparavant, ces « temps vivants » nous permettaient une réflexion, une saine prise de distance de notre quotidien, ou simplement une rencontre humaine plaisante ou riche d’enseignement.

Maintenant, le bureau ne nous quitte plus, nous manquons de moments de vacuité, de réflexion, de pensée créative…

Parfois même, lorsque nous n’avons pas reçu de nouveaux messages, une petite appréhension monte : Je suis déconnecté de l’action en cours ? Je me sens exclu ? Je ne suis plus utile ? Il ne se passe plus rien dans ma vie ???

Au début de leur introduction dans le monde du travail, les nouvelles technologies semblaient être des outils magiques pour être plus performants. Aujourd’hui, elles sont devenues polluantes et encombrent l’efficacité au travail.

J’entends de plus en plus régulièrement des personnes qui réalisent qu’elles ne peuvent plus faire le travail réel car elles passent trop de temps à devoir traiter leurs mails.

Une patiente a fait une expérience intéressante : submergée de mails, elle décide un matin de n’ouvrir sa boîte mail qu’à 16h00. Elle travaille toute la journée de façon très efficace, elle avance beaucoup de tâches et elle est très satisfaite. A 16h00, elle ouvre sa boîte mail avec un peu d’appréhension. Parmi les nombreux mails reçus, elle voit qu’une dizaine de mail se rapportent à la même question de départ d’un collègue. La question adressée à elle d’abord mais avec une copie à d’autres collègues, voyant qu’elle ne répondait pas tout de suite, les collègues ont répondu à sa place et donc, à 16h00 tout était résolu sans sa contribution active !

Que faire alors ?

Certaines entreprises ont pris des mesures draconiennes pour limiter les effets néfastes sur la santé des nouvelles technologies : "la déconnection forcée" : par exemple, vos courriels sont détruits automatiquement pendant vos vacances (gloups!). Ou alors les serveurs informatiques sont déconnectés en dehors des heures de travail, d’autres vont jusqu’à couper l’électricité dans les bureaux à partir d’une certaine heure le soir pour éviter les heures supplémentaires. Des cadres paient très cher des séminaires où ils sont mis au vert, déconnectés en l’absence de toute antenne pendant plusieurs jours pour leur permettre de réfléchir, de prendre distance avec les préoccupations de leur quotidien professionnel, de revenir à eux-mêmes.

Sans devoir en arriver à ces extrêmes, voici quelques pistes pour apprendre à vivre bien avec les nouvelles technologies :

Sans rien changer, faites d’abord le constat du temps total que vous passez devant un écran par jour (TV, ordinateur, smartphone). Soyez honnête, est-ce bien ce que vous souhaitez ? Que feriez-vous d’autre si vous n’étiez pas devant un écran ? Si le constat vous amène à voir que vous êtes dans la qualité de vie que vous souhaitez, il n’y a rien à changer. Si ce n’est pas le cas, lisez ce qui suit.

  • Remettez systématiquement en question l’obligation d’une réponse immédiate dans votre travail. Faites le tri et habituez les collègues à se débrouiller sans vous. Ne répondez pas aux mails qui ne vous concernent pas !

  • Privilégiez et préservez absolument les liens humains et intimes dans votre vie privée de l’intrusion de votre travail et / ou des écrans.

  • Cadrer les moments « d’écran » dans votre vie privée en décidant à l’avance combien de temps vous souhaitez surfer sur internet ou sur Facebook, mettez un sonnerie qui vous arrêtera lorsque le temps que vous aviez décidé sera écoulé.

  • Autorisez-vous à ralentir, rendez-vous disponible à vos proches dans votre vie privée.

  • Portez votre attention sur vos 5 sens pour apprécier le moment présent. Ne mangez jamais devant un écran quel qu’il soit !!!

  • Ré-apprivoisez les moments de vide, ne vous précipitez pas immédiatement sur votre smartphone lorsque vous attendez quelque part mais profitez de ce moment pour revenir à vous, pour réfléchir, laissez votre esprit vagabonder en relâchant l’attention, cela vous aidera à retrouver un esprit créatif. 

Savoir « contenir » son émotion au travail…

Aujourd’hui, j’avais rendez-vous à la rédaction d’un magazine romand pour aller manger à midi avec 2 journalistes. Impossible d’entrer à la rédaction pour moi « étrangère » : entrée de l’immeuble fermée, il faut un code d’accès, puis entrée de la rédaction fermée aussi. Tout est bien sécurisé, déjà avant les terribles évènements de Paris me précise-t-on. Je sens la peur instinctive monter en moi suscitée par le drame de Charlie Hebdo. Nous sommes tous affectés par ce drame. Je demande à une des journalistes comment a-t-elle vécu ce jour tragique ? Elle me raconte que le matin de ce mercredi-là, toute son équipe était aussi en séance de rédaction. La réunion terminée, ils ont appris la nouvelle. D’abord c’est l’état de choc : c’est pas possible… tous tués ? Puis une sorte de détermination intérieure : il faut participer activement à médiatiser ce sujet. Exercice difficile : comment donner l’information avec professionnalisme, sous-entendu de façon neutre, tout en étant personnellement concernée ? Les médias parlent des leurs qui ont été sauvagement assassinés dans l’exercice de leur métier. La journaliste me dit avoir oscillé entre être affectée par ses émotions et rester professionnelle. Elle a su assumer son rôle toute la journée. Ce n’est qu’une fois chez elle, le soir, auprès de ses proches, qu’elle a pleuré, qu’elle s’est autorisée à vivre son émotion librement.

Cette femme a su contenir son émotion : « Je reviens à moi un instant, j’accepte de sentir l’émotion, je prends le temps de l’identifier, de la reconnaître, je diffère son expression et je l’évacue plus tard, au bon endroit et de façon saine ».

Elle s’est probablement appuyée sur son ressenti pour trouver la force de travailler efficacement durant cette sombre journée. Le soir, une fois à la maison, elle lâche son rôle, elle peut être vulnérable. Entourée de ses proches, en confiance, elle prend le temps et l’espace pour sentir et vivre pleinement les émotions qu’elle ne pouvait pas exprimer dans l’exercice de son métier.

Il est ainsi tout à fait possible de différer l’expression des émotions sans conséquences négatives sur notre équilibre. Lorsque, au contraire, les émotions sont réprimées, niées, non assumées, si la personne ne prend pas le temps ni l’espace pour sentir et digérer ses émotions, elles vont s’accumuler. Elles risquent alors de se manifester par la confusion et l’inefficacité ou pire par des passages à l’acte déplacés : coups tordus, abus de confiance, ironie, résistance au changement, insensibilité relationnelle, attitude négative et dégradante avec les autres. Un désastre pour une collaboration efficace et l’ambiance d’équipe !

Le cadre donné à notre vie émotionnelle au travail est très exigeant : il faut savoir s’affirmer, argumenter, être motivé, parfois être discret, encaisser les coups sans réagir.

Savoir contenir ses émotions au travail sans les nier ni les réprimer est une gestion saine et respectueuse de l’être humain que nous restons au-delà de notre rôle professionnel.

Une vie bien remplie, une vie réussie ?

Les personnes que j’accompagne dans mon cabinet ont vécu un burn-out. Chacune s’est perdue dans la performance, les objectifs à atteindre coûte que coûte, le stress des attentes des autres, leur exigence à bien faire. Pour se reconstruire, elles apprennent à « revenir à soi », c’est la colonne vertébrale de leur nouvel équilibre de vie.

Dans notre quotidien, nous souffrons d’un excès d’objectifs à atteindre, de performances à réaliser, autant dans notre travail que dans notre vie privée. Nous sommes submergés de devoirs à remplir, l’idée même de tout ce qu’il faut encore faire nous empêche de profiter du moment présent. Parfois, nous trouvons la performance « grisante », comme si c’était satisfaisant de réussir à surfer sur la vague sans se noyer. Mais cette satisfaction du devoir accompli est éphémère, nous ne nous sentons jamais vraiment apaisés. En réalité, nous vivons dans un quotidien de constantes distractions de ce qui est essentiel pour nous.

Plutôt que  d’« aller vers le toujours plus, toujours mieux, de chercher à s’améliorer constamment, de vouloir toujours être autrement », nous aurions davantage besoin de développer l’aptitude à « revenir à soi… »

Revenir à soi c’est lorsque : « je m’accepte tel que je suis, dans l’instant, je ne cherche pas à correspondre à une image idéale socialement admise, ni à un rôle, je sens mon propre élan intérieur, je me sens intime avec moi-même, comme à la maison, l’esprit léger et libre».

Chacun d’entres-nous a ses portes d’entrée vers soi. Nous pouvons identifier nos propres modes qui nous permettent de sortir du stress, du devoir à accomplir, pour revenir à soi. Par exemple : s’accepter tel que nous sommes sans objectif de devoir changer, contempler la vue du sommet d’une montagne, flâner au bord du lac, se concentrer dans une activité physique qui nous met dans notre corps, bénéficier de l’écoute privilégiée d’un ami, écouter de la musique, prendre soin de son corps.

Revenir à soi c’est s’abstraire du monde extérieur pour porter notre attention sur notre vie intérieure. Il s’agit donc de lâcher l’extérieur, de prendre distance avec les attentes collectives, pour nous centrer sur nos propres priorités de vie, nos valeurs, notre parcours unique. C'est aussi développer une intimité avec nous-même, une disponibilité intérieure, une possibilité de sentir nos besoins, de digérer nos émotions, de prendre du recul sur notre vie. Nous pouvons alors mettre des mots sur votre vécu, la sensation, le senti intérieur, témoigner, s’écouter, rétablir notre communication intérieure.

Lorsque nous avons l’impression de manquer de temps, n’est-ce pas plutôt le signal d’un manque de contact avec nous-même ?