La gestion de stress des astronautes

Entretien avec Claude Nicollier,  astrophysicien et spationaute suisse de l’Agence spatiale européenne. Il devient en 1992 un des premiers européens dans l’espace.

 

Avez-vous été fidèle à votre rêve d’enfant, devenir astronaute ?

« On a marché sur la lune » de Tintin a été publié lorsque j’avais 10 ans. Le ciel noir avec les étoiles, l’équipage coloré, la fusée magnifique, Tintin, Milou, le Capitaine Hadock, les passagers clandestins ! Tout cela me faisait rêver. C’était pour moi une source d’inspiration extraordinaire. Le rêve d’être astronaute était dormant car c’était à l’époque encore impossible. J’avais beaucoup d’affection pour le ciel et les étoiles, j’étais curieux de tous les phénomènes naturels, j’ai fait des études de physique et par la suite d’astrophysique. Un rêve réalisé, en parallèle, celui de devenir pilote dans les forces aériennes. Mon grand bonheur est de faire quelque chose qui a un sens, avoir des responsabilités, s’entraîner, aller dans l’espace réparer le télescope qui nous a donné des images absolument fantastiques de l’espace où il y a une telle richesse. C’est un immense privilège d’avoir été impliqué dans ces actions profondes.

 

Vous qui avez réalisé des missions dans l’espace dans des conditions d’exigence extrême, comment vivez-vous le stress au travail ?

Il y a les périodes tranquilles où le niveau de pression est nul : j’ai tout le temps, je réféchis, j’écris, j’évalue, je peux rêver. Des activités où il faut produire, par exemple donner un cours, je le prépare, durant la délivrance du cours, je reste concentré pour ne pas faire trop d’erreurs, pour assurer un niveau de confiance auprès des étudiants. Il ne faut pas briller, mais il faut faire le choses correctement. C’est un niveau moyen de pression. Un engagement dans une mission militaire, il faut attaquer une cible précise par mauvais temps, dans la montagne, c’était un niveau de pression plus élevé. Il y a du danger. Quand je donne un cours, il n’y a pas le risque physique, il y a un petit risque mental de ne plus être respecté par les étudiants si on se trompe complètement. Mais ce n’est pas un risque physique. Certain de mes collègues militaires ne sont pas revenus, tout simplement.

Pour moi l’aviation militaire était une magnifique leçon de gestion du stress. Pour quelqu’un qui aime voler, c’était une forme de vol extraordinaire, un avion à réaction de 10 tonnes, on peut faire de l’acrobatie, des évolutions en formation, pour un pilote c’était fabuleux ! En même temps, nous avions des scores à faire dans les tirs. On nous contrôlait, nous essayions de faire au mieux, il n’y avait aucune distraction, nous étions complètement focalisés. La gestion du stress est venu automatiquement avec la passion du vol et la responsabilité. Les avions coûtaient 2 millions de francs, chaque vol était cher : une dizaine de milliers de francs pour chaque vol.

Pour éviter le niveau de stress négatif, il faut se préparer, y compris à des situations inattendues mais auxquelles on a déjà pensé, « what if ? ». En se posant beaucoup de questions de ce type, nous réfléchissons aux mesures à prendre de façon à pouvoir accomplir la mission. C’est une responsabilité que nous avons, si nous ne pouvons pas l’accomplir, nous essayons au moins de nous en sortir et de ramener le vaisseau spatial sur la piste en une seule pièce !

Les sorties en scaphandre, c’est intense ; il faut  vraiment se concentrer pour ne pas faire d’erreur. L’absence de pesenteur rend les choses beaucoup plus dificiles car il faut à chaque geste toujours s’accrocher à la structure, sinon détaché, il ne reste plus que le filain de sécurité. Mais nous l’avons tellement entraîné dans la piscine que c’est automatique. Le téléscope fait 16 mètres de haut, j’ouvre des portes, et c’est le même mécanisme, je sais que cette poignée est relativement dure, il faut utiliser les outils motorisés pour desserer les boulons, tout cela je l’ai déjà vécu en simulation.

C’était la joie de faire quelque chose qui avait un sens, pour laquelle j’avais été préparé, nous étions obsédés de réussir chaque sortie extra véhiculaire qui nous avait été confiées. Nous avons dû changer l’ordinateur principal et introduire une caméra grande comme un piano à queue dans le télescope. Ce n’était pas le bonheur de voir les étoiles et la terre, c’était la joie de faire ce qui avait du sens. Le sentiment de responsabilité est très fort. On nous avait confié cette tâche difficile, relativement dangereuse, nous la faisions au mieux. Préparé, je me focalise, 8 heures dehors, sans pause. Nous avions un sac à eau dans le scaphandre, uniquement de l’eau, pas de nourriture. A la fin de la sortie, il n’y avait pas eu assez d’eau et j’avais les lèvres complètement sèches et déshydratées.

 

Comment réagit un astronaute lorsqu’il fait une erreur ?

Nous sommes très soutenu, généralement nous savions ce que nous devions faire mais les coéquipiers nous rappelait toujours les procédures avec une voix calme. Nous n’élèvons jamais la voix, tout est tranquille, chacun fait son travail, le temps est limité, donc une pression sur le temps. Pour chaque sortie, le « time line » était contrôlé par le sol, ils entendaient toutes les communications, connaissaient toutes les données télémétriques, y compris l’ECG qui enregistre en permanence la fréquence cardiaque. Lorsque nous étions un peu en retard par rapport au « timeline », nous sentions la pression sur nous pour ne pas continuer d’être en retard. C’était du bonheur, le bonheur de faire un travail qui était rigoureux et très exigeant.

Si nous faisions une erreur, il fallait d’abord corriger la conséquence de l’erreur, pour rétablir la normalité. Ensuite il faut mettre cela derrière nous, sans se laisser perturber. Lors d’une sortie extra-véhiculaire, si un astronaute réalise que le filain de sécurité est détaché, c’est une erreur majeur. Il le dit, tout le monde le sait, c’est arrivé. Dans ce cas-là, il rattache tranquillement le filain de sécurité, il rétablit la normalité, il met tout cela imméditement derrière. Il reprend le travail avec une performance à 100%. Il n’y a pas de conséquences directes. Les erreurs doivent servir à minimiser la probabilité qu’elles se produisent à nouveau dans le futur. Par la suite, dans le débrifing nous discutons de pourquoi c’est arrivé sans jamais avoir l’idée de critiquer qui que ce soit. C’est un respect de qui nous sommes, nous sommes des être humains qui font de temps en temps des erreurs. Nous en tirons des leçons pour que cela n’arrive plus. Les choses embarassantes ne sont jamais masquées, elles sont mises sur la table car cela évite à d’autres que de mêmes circonstances se produisent pour eux.

 

Vous avez effectué 4 missions dans l’espace, comment récupériez-vous après le stress et l’effort intense d’une mission ?

Généralement, nous n’étions pas désignés pour la prochaine mission qui devait avoir lieu une année plus tard. Il y avait quelques heures d’entraînement une à deux fois par semaine et le reste du temps, nous avions un job où nous collaborions avec des ingénieurs sur un problème, améliorer la pilotabilité du bras articulé par exemple. Nous pouvions aussi être engagés comme soutien à une mission en cours, comme communicateur dans la salle de contrôle, assis juste à côté du directeur de vol. C’est un niveau de pression relativement bas. Dès que nous sommes désigné pour la prochaine mission, tout bascule dans l’entraînement intensif. Les astronautes sont complètement intégrés dans le projet, c’est notre mission, non seulement parce qu’on nous l’a confiée mais parce que nous l’avons créée, en même temps de s’y entraîner. La satisfaction au travail est énorme, c’était magnifique et extraordinaire ! La première mission sur hubble n’avait jamais été faite avant, il fallait tout imaginer.

 

Une question personnelle, on dit que le paradis est dans le ciel, alors ?

Il y a une beauté stupéfiante de l’espace, cela m’a profondément touché : voir tout le ciel étoilé qui se déplaçait rapidement. Les levers d’Orion à l’Est, les vues de la Terre. En considérant que l’extrême beauté nous rapproche du divin, alors, dans ce cas-là, je me suis rapproché du divin, oui. En regardant dehors, nous avons l’impression d’une extraordiaire pureté que nous ne trouvons jamais sur terre. L’atmosphère est un écran qui nous empêche de voir les étoiles pendant le jour car il y a la diffusion de la lumière du soleil dans toutes les molécules d’oxygène. Sortis de cet écran, nous avons une visibilité sur l’univers, sans obstacle, rien ne nous empêche de voir le lointain. En dehors de l’atmosphère, la vison est si claire et les univers fabuleux. Ce qui m’a ému, c’est l’extraordinaire pureté. Le divin et la pureté sont des choses qui se rapprochent. Pour apprécier la véritable saveur et la grandeur, la splendeur du vol spatial, il faut y passer des jours ou des semaines, voir les couchers de soleil, la nuit voir toutes les lumières des villes qui se déplacent rapidement.

 

Quels sont vos 3 leviers pour être en santé au travail ?

La passion pour ce que je fais, la rigueur et la discipline, et l’exercice physique.

 

Extrait du livre : “La boîte à outils de votre santé au travail”, C.Vasey, éd. Dunod 2020

Réussir son retour dans le même travail stressant

Reprendre l’activité professionnelle est une étape clé dans le processus de guérison du burn-out. La confrontation à l’environnement stressant permettra au patient d’expérimenter et d’affiner ses stratégies de protection ; il reprendra ainsi confiance en ses compétences. Cette réhabilitation fait partie intégrante du processus de guérison : il ne s’agit pas d’attendre d’être entièrement rétabli pour retourner au travail, reprendre l’activité professionnelle progressivement et autrement guérit du burn-out.

Actions pré-requises pour un retour au travail réussi

Dans la première phase du traitement, le mode « récupération d’énergie » est activé : appliquer les règles d’un sommeil de qualité, manger sainement, pratiquer au moins une heure d’activité physique en déchargeant les tensions, apprendre à se libérer ou à cadrer les ruminations mentales. Le stress et les préoccupations éloignent de soi et de ses propres besoins, le patient doit rétablir une disponibilité intérieure et transformer l’attitude d’insensibilité liée au stress chronique en une bienveillance envers lui-même.

Dans la suite de l’arrêt de travail, l’exploration et l’entraînement des nouveaux comportements est encouragée. Il s’agira, par exemple, de tester et intégrer les mesures de récupération adéquates, de déterminer ses priorités de vie, développer une procédure personnelle pour dire non. Le patient cherche, adapte, entraîne les mesures personnelles et concrètes qui lui permettront de se protéger des effets néfastes du stress au travail. La stratégie est de développer les moyens pour diminuer les facteurs d’usure et augmenter ses ressources. Le stress chronique cause des dégâts au cerveau. Un entraînement intellectuel quotidien par des exercices de mémoire et de concentration est souvent indispensable pour récupérer les facultés cognitives.

La zone de sécurité lors du retour au travail

Pour un burn-out grave mais sans complication, l’absence dure en moyenne 2 à 3 mois, au-delà le risque d’une stagnation ou d’un recul du processus de guérison augmente.  Plonger dans le bain stressant et le rythme soutenu de l’environnement professionnel constitue une prise de risque. Habituellement, le patient manifeste de nombreuses craintes à l’idée de reprendre son travail ce qui est tout à fait normal : blessé par cet environnement, un instinct de survie se manifeste par un besoin d’évitement. Le suivi professionnel est indispensable dans cette phase délicate du traitement. Le patient a besoin d’être orienté, conseillé et rassuré. Comprendre que le stress et les contraintes favoriseront sa guérison, l’encourage à retourner au travail même « en tremblant », sans aucune certitude de réussir avant d’y être. La préparation du plan d’actions des changements à mettre en œuvre dans son quotidien professionnel lui permettra de mieux visualiser les enjeux et les pièges éventuels. Une reprise du travail partielle et progressive soutient le patient à maintenir une récupération indispensable et le préserve d’un éventuel contexte de travail surchargé.

Le processus de guérison évolue toujours en « dents de scie ». Le patient vivra des hauts et des bas au niveau de sa fatigue, de sa concentration ou de son moral. Certains symptômes vont réapparaître, il pourrait croire à une rechute. Avoir identifié les signes qui délimitent la zone de sécurité garantit une vigilance accrue et permet de rassurer le patient qu’il est en bonne voie de rétablissement.

Ne pas surprotéger lors du retour en emploi

Une préparation adéquate, un engagement sans faille à préserver sa santé en appliquant des mesures entraînées et une éventuelle collaboration de la hiérarchie garantissent un retour au travail réussi. L’important pour guérir est d’avoir pu se renforcer dans l’effort de faire face à un contexte exigeant. Perdre son emploi ou être surprotégé en travaillant dans une « voie de garage » est contre-productif dans le processus de reconstruction. Le patient a besoin de contraintes, de stress et d’une charge de travail suffisante pour pouvoir développer et renforcer son nouvel équilibre de santé. La reprise de l’emploi est une phase essentielle dans la guérison du burn-out. Pour qu’elle soit réussie, elle doit être progressive, bien préparée, accompagnée, évaluée et réajustée.

La santé au travail, un processus à cultiver…

Une fois la pleine capacité de travail retrouvée, six mois sont encore nécessaires pour consolider la santé au travail. Etre guéri ne signifie pas être aussi fort et invulnérable qu’avant ; l’enjeu est de ne plus être le ou la même qu’avant le burn-out. Cette transformation personnelle indispensable garantit un équilibre durable et préserve d’une rechute. Toute personne ayant vécu un burn-out est en chemin vers une meilleure qualité de vie. Les limites sont bien identifiées, la détermination à maintenir les mesures de protection est entretenue par la crainte de revivre cette souffrance. Cela passe parfois par accepter d’être humain et donc vulnérable, pouvoir lâcher prise dans certaines situations qui pourraient mettre la santé en danger, demander de l’aide assez tôt, entretenir une vigilance sereine.

 

Catherine Vasey, « Comment rester vivant au travail, guide pour sortir du burn-out », éditions Dunod 2017

Le coût humain de la rentabilisation du domaine social

Comment préserver la santé des professionnel·le·s du secteur médico-social dans un contexte d’optimisation des tâches et d’accélération ? Le temps de voir émerger des changements organisationnels et politiques qui soutiennent la santé au travail, chacun·e est amené·e à prendre des mesures de prévention au quotidien.

Les métiers du secteur médico-social sont en pleine métamorphose. En effet, rentabiliser les prestations génère de nouvelles exigences en matière d’immédiateté et d’attentes collectives. L’objectif est « d’économiser », chaque année « des drames humains », des complications ou de réduire la longueur des hospitalisations. L’indicateur de performance a pour but d’optimiser l’efficacité des prises en charge en fonction du budget attribué mais il a tendance à dénaturer le sens du travail, chaque tâche devenant un objectif à atteindre coûte que coûte dans un temps donné.

L’effet secondaire de ce système économique est l’augmentation des tâches administratives pour justifier l’investissement des moyens financiers. Ce travail se fait au détriment du temps passé auprès des bénéficiaires, les professionnel·le·s ont tendance à se mettre la pression pour réussir à satisfaire les exigences des financeurs et maintenir, malgré tout, la qualité d’accompagnement en moins de temps.

Pour les travailleuses et travailleurs de terrain, formés à avoir des initiatives pour le bien de la personne, la mue du sens au travail est radicale. Aujourd’hui, ils ne peuvent plus se fier uniquement à leur expertise pour prendre des décisions adaptées à chaque situation. Ils se doivent d’atteindre des objectifs chiffrés décidés par d’autres avec des moyens formatés par des budgets pré-établis.  De plus, la logique de performance et de rentabilité encourage l’action à court terme, alors que, par exemple, l’accompagnement d’une famille dysfonctionnelle, la prise en charge d’une personne en situation de handicap ou le maintien d’une personne âgée à domicile sont des processus longs et complexes. Il n’y a souvent aucun résultat significatif rapidement.

Comment préserver la santé des professionnel·le·s du secteur médico-social dans un contexte que certaines interprètent comme une « zone sinistrée » ? Le temps de voir émerger des changements organisationnels et politiques qui soutiennent la santé au travail, chacune et chacun est amené à prendre des mesures de prévention au quotidien.

La nécessité de prendre soin de soi en priorité

Dans un avion, les directives d’urgence pour sauver un bébé sont : « le parent prend d’abord de l’oxygène avant de mettre le masque sur son enfant ». Le parent est prioritaire et c’est vital pour lui comme pour son petit. De façon similaire, un travailleur social dont le rôle est d’aider des personnes vulnérables en souffrance, doit d’abord prendre soin de lui. Impossible de soigner ou d’accompagner les gens de façon adéquate sans veiller scrupuleusement à sa santé physique et psychique !

Comprendre ce qu’est le burn-out

Plus les travailleuses et travailleurs médico-sociaux sont informés et plus ils pourront être vigilants. Le burn-out n’est pas un état qui apparaît subitement. Généralement, l’épuisement s’installe au-delà de 6 mois de stress chronique. Ce processus s’entraîne de lui-même : le stress permanent augmente la tension, le corps se fatigue, le sommeil est perturbé, la récupération est difficile, l’efficacité au travail diminue, les heures supplémentaires augmentent pour compenser, ce qui crée davantage de fatigue.

Identifier les signaux d’alerte

Concrètement, chacune et chacun doit être attentif à son état physique, émotionnel et mental. Les signaux qui devraient alerter sont : une fatigue de tension, une irritabilité accrue, des inquiétudes, une démotivation mais également la rumination de soucis professionnels qui envahissent la vie privée et empêchent de se changer les idées et de bien dormir. Le stress chronique provoque une vision systématique des difficultés et non des solutions ce qui développe un sentiment de ras-le-bol ou d’impuissance. Dépasser les limites, entrer dans une zone à risque, est habituel pour des travailleurs engagés. L’important est de s’en rendre compte et de mettre en place des mesures de protection au bon moment.

Kit de survie en zone de danger

Si les signaux d’alerte se sont installés, la priorité consiste à se ressourcer davantage. Pour ce faire, protéger son sommeil est primordial. Se défouler et se changer les idées est aussi prioritaire. Au travail comme dans la vie privée, il est conseillé de se concentrer sur les situations où il est possible d’agir plutôt que se focaliser sur les difficultés. Un des points qui fait une grande différence est de cadrer les ruminations toxiques, surtout dans la vie privée.

Maintenir une vie privée solide et sortir du rôle d’aidant

Le plus grand danger ? Les préoccupations professionnelles mangent peu à peu la vie personnelle et les opportunités de se ressourcer s’amenuisent. Notre pouvoir de récupération tient en priorité à la vie hors travail : veiller à avoir une vie privée enrichissante et à « déconnecter » complètement du rôle d’aidant.

Evacuer ses émotions sainement

Assurer une attention constante et bienveillante implique d’être en bonne santé physique et psychique. La résonnance émotionnelle est l’outil principal pour travailler avec empathie et assurer une présence humaine. L’hygiène émotionnelle est vitale pour les professionnels du secteur médico-social ; il s’agit d’évacuer régulièrement ses émotions, se défouler, bien connaître son fonctionnement, être conscient des problématiques susceptibles d’entrer en résonance avec son propre vécu et savoir poser des limites.

Garder le sens de son travail vivant

La première étape indispensable est de ne pas subir mais d’accepter les indicateurs de performance qui constituent le nouveau paysage du secteur médico-social. Entrer en opposition, résister, signifie investir et gaspiller son énergie dans un gouffre sans fond ! Il s’agit d’adopter une attention sélective : injecter du sens chaque jour dans les actes du quotidien, garder à l’esprit les indicateurs précis qui montrent la qualité du travail social en fonction des valeurs professionnelles. Recueillir l’auto-évaluation de l’aidé et valoriser une stratégie des « petits pas ».

Entretenir une ambiance d’équipe positive et bienveillante

Etre en équipe ou partager avec des pairs contribue à ventiler le stress et permet d’échanger sur des situations, que ce soit de manière formelle ou informelle. Le rire aide à dédramatiser et à relâcher les tensions. Il est possible de « vider son sac » mais cela doit être fait avec conscience, en avertissant l’autre et en respectant ses limites pour ne pas contaminer les collègues par une humeur plaintive ou de découragement systématique. Les supervisions permettent de questionner le fonctionnement d’une personne ou d’une unité, puis d’implémenter des changements durables et encourageants. L’échange de pratique permet de « débriefer » les émotions tout en bénéficiant de conseils pour s’améliorer. Les supervisions aident également à repérer les travailleurs sociaux en souffrance et à examiner avec eux les mesures à prendre.

Travailler avec l’humain nécessite des garde-fous

Le challenge actuel dans le secteur médico-social est de trouver le juste équilibre entre la logique économique, le respect des valeurs professionnelles et les besoins spécifiques de l’humain en situation de souffrance. Privilégier systématiquement la quantité et la rapidité au détriment de la qualité des prises en charge crée des conflits internes chez les travailleuses et travailleurs médico-sociaux : ils sont tiraillés entre ce qui leur est imposé de faire avec les moyens limités à disposition et ce qu’ils souhaiteraient pouvoir faire face aux besoins particuliers d’une personne en détresse sur le terrain.

Les meilleur·e·s professionnel·le·s sont les plus exposé·e·s dans leur santé : engagé·e·s dans leur travail, elles et ils ont des exigences de qualité élevées selon leurs valeurs professionnelles, n’abandonnent pas face à une situation difficile. Un bon professionnel épuisé en arrêt de travail prolongé coûte cher à l’institution, son absence aura des répercussions sur ses collègues et l’efficacité des équipes. Le coût humain en sera élevé et contre-productif dans une logique de rentabilité et d’efficacité sur un moyen terme.

La responsabilité de la santé au travail est partagée, les professionnel·le·s mettent en place des mesures de protection individuelle au quotidien et le système institutionnel soutient et respecte les choix spécifiques des travailleurs. Des mesures conjointes, individuelles et organisationnelles, permettront d’augmenter l’efficacité, la rentabilité et la qualité des prises en charge sur un moyen à long terme. Une grande réflexion de société est ouverte : le secteur médico-social doit-il être absolument rentable au même titre qu’une entreprise commerciale ? Quels sont les garde-fous que nous souhaitons voir établis pour préserver la qualité de la relation d’aide dans notre pays ?

 

Dans une PME, le patron est à risque !

Le burn-out n’est pas une fatalité même dans les PME qui n’ont aucun budget à investir dans la prévention. Des mesures simples existent et toute l’entreprise y gagne de les appliquer au quotidien. Voici 3 stratégies pour prévenir le burn-out dans une PME

 

 

1° Préserver le patron !

Les dirigeants des PME sont constamment confrontés à la réalité du terrain pour le meilleur (définir sa propre stratégie d’entreprise, transmettre sa vision, être proche des collaborateurs, se sentir utile) et parfois pour le pire : baisse de commande, manque de liquidités, personnel malade, clients difficiles et exigeants, société en danger. Ils sont sur tous les fronts et donc le terrain favorable au burn-out est bien présent. De plus, le profil à risque de burn-out correspond à celui des patrons : engagés, motivés, désireux de bien faire, prêts à agir pour l’entreprise et sachant gérer leur stress. Ce côté battant les pousse à essayer de surmonter les obstacles sans jamais rien lâcher. Ils apparaissent aux yeux de tous comme des personnes solides, tenant bon contre vents et marées. En réalité, ils sont les plus à risque de burn-out dans l’entreprise !

=> Le patron, hyper-sollicité et toujours vigilant doit apprendre à lever le pied régulièrement, prendre du recul et relâcher la pression. Se ménager une semaine de temps en temps pour décrocher totalement, en résistant à la tentation du téléphone portable ou d’internet. Cela donne aussi l’occasion aux collaborateurs de compter davantage sur eux-mêmes.

=> Se confier à un pair : être en lien avec un ami extérieur à l’entreprise donc neutre, entrepreneur lui aussi, qui connaît très bien les difficultés vécues. Son œil averti, son écoute concernée, ses conseils avisés permettront au patron de se sentir épaulé, moins seul avec les soucis qu’il ne peut confier au sein de son entreprise.

 

2° Sensibiliser les collaborateurs sur les risques de burn-out

L’absentéisme longue durée dans une PME est souvent un désastre car il y a moins de moyens d’absorber la charge de travail supplémentaire ; viser le dépistage précoce est primordial : les collaborateurs agissent pour maintenir leur santé au travail, ils savent identifier les signaux d’alerte et trouver l’aide nécessaire en cas de déséquilibre avant l’arrêt de travail et l’épuisement grave.

 

3° Assurer une stratégie de récupération pour tous

Le stress temporaire est positif et stimulant pour l’être humain, par contre le stress chronique (plusieurs mois) sans récupération suffisante épuise le corps et atteint la santé. La stratégie efficace est de limiter ce qui est usant et stressant : les ruminations mentales toxiques, les exigences trop élevées, les interruptions trop fréquentes, un cahier des charge pas clair. D’un autre côté, être attentif à se ressourcer : l’activité physique, si possible dans la nature, se défouler pour lâcher les tensions, se changer les idées, avoir des intérêts hors travail, trouver du sens dans ses actions, bénéficier d’une ambiance de travail constructive et stimulante.

Le burn-out une maladie professionnelle ? Le débat s’ouvre à Berne !

Une initiative parlementaire sera prochainement discutée à Berne pour faire reconnaître le burnout comme maladie professionnelle : « L’acceptation de cet état comme maladie professionnelle permettrait de reconnaître cette pathologie en constante augmentation. Une telle reconnaissance permettrait une meilleure prise en charge des patients, faciliterait la réinsertion professionnelle en contribuant à admettre socialement ce syndrome et permettrait de renforcer la prévention de son apparition »[1].

En France, pays régulièrement secoué par des grèves et des cas tragiques de suicides au travail, cette question a été rejetée pour la 3ème fois à l’Assemblée Nationale en février 2018. Selon Agnès Buzyn, Ministre de la Santé : « Aujourd’hui, il s’avère que le burn-out n’est pas une maladie. C’est un ensemble de symptômes et, donc, c’est très difficile de décider que c’est une maladie professionnelle ». La Haute Autorité de santé qu’elle présidait avait rendu un avis défavorable à cette reconnaissance en mai 2017 déjà.

 

Le burn-out n’est pas un diagnostic reconnu, comment peut-il être déclaré comme une maladie professionnelle ?

Effectivement, le burn-out n’est pas une pathologie reconnue; pour l’instant ce syndrome est défini dans les classifications médicales internationales comme diagnostic « accompagnant » et non pas principal, sous les termes suivants : « ICD-10 : Z 73.0 Syndrôme du burn-out[2] : Problèmes liés aux difficultés à faire face aux réalités de la vie ».

Les recherches scientifiques se concentrent à l’heure actuelle sur les effets toxiques des hormones de stress sur notre organisme. Des marqueurs biologiques évaluant la « charge allostatique[3] » permettront probablement bientôt de mesurer le degré d’épuisement. Le burn-out ne va pas tarder à être défini comme une pathologie spécifique à part entière.

Selon le Secrétariat d’Etat à l’Economie[4], le rapport étroit au travail différencie cet état d’épuisement d’états émotionnels plus généraux. Il entre dans la catégorie des «troubles de la santé associés au travail».

 

Le burn-out ne pourrait être qualifié de maladie professionnelle en l’état actuel de la loi suisse

Seule une analyse clinique par un professionnel habilité permettrait d’évaluer dans quelles proportions les causes du stress chronique appartiennent au poste de travail ou à l’individu.. Pour être reconnu comme maladie professionnelle, il faudrait que les causes du burn-out résultent à plus de 75 % de l’activité professionnelle. Selon l’art. 9 al. 1 LAA (Loi fédérale sur l’assurance accident), sont réputées maladies professionnelles les maladies dues exclusivement ou de manière prépondérante, dans l’exercice de l’activité professionnelle, à des substances nocives ou à certains travaux listés dans l’annexe 1 à l’OLAA. Une maladie sera reconnue comme maladie professionnelle s’il est prouvé qu’elle a été causée exclusivement ou de manière nettement prépondérante par l’exercice de l’activité professionnelle (art. 9 al. 2 LAA). Pour que le burn-out soit reconnu comme maladie professionnelle, il faudrait donc pouvoir établir un lien direct entre l’apparition de la dégradation de la santé dû au stress chronique et certaines conditions de travail. Par exemple, le fait que les insomnies de la personne aient commencé suite à un conflit professionnel. Vu l’origine multifactorielle du burn-out, il peut être difficile de prouver que ce soit le cas pour certaines situations, d’autant plus que les facteurs de risques sont complexes en interaction entre eux.

 

En l’état actuel du droit suisse…

Le burn-out n’étant pas une maladie professionnelle, ce n’est donc pas l’assurance-accident qui prend en charge les frais et la perte de gain liés à ce syndrôme. Sans être officiellement un diagnostic médical, cet état d’épuisement nécessite souvent un arrêt de travail, le médecin étant responsable d’évaluer l’état de santé du patient et de sa capacité de travail. Durant la période d’incapacité de travail, le salaire est dû et l’employé est protégé (entre 3 semaines et 6 mois) contre la résiliation de son contrat de travail. L’assurance maladie prend, quant à elle, en charge les frais médicaux relatifs au traitement des symptômes du burn-out.

 

 

Quels seraient les points essentiels de ce débat parlementaire en Suisse ?

 

La responsabilité de l’entreprise est déjà engagée par la loi sur le travail : elle est tenue de protéger la santé physique et psychique de ses collaborateurs (art. 328 CO). Elle a l’obligation de faire de la prévention et de dépister de façon précoce les employés à risques en déséquilibre pour les orienter vers une aide adéquate. Des inspecteurs du travail visitent les entreprises pour vérifier la mise en place des mesures de prévention des risques psycho-sociaux.

 

Si le burn-out était déclaré comme maladie professionnelle, le salaire des employés atteints de burn-out en incapacité de travail serait payé dès le premier jour par l’assurance accident. Les frais de prise en charge et de traitement seraient à charge l’assurance accident plutôt que l’assurance maladie. Tous les cas de burn-out devraient obligatoirement être déclarés à l’assurance accident. L’entreprise serait informée des cas de burn-out, alors qu’à l’heure actuelle, la majeur partie des cas n’est pas annoncée à l’entreprise par les collaborateurs épuisés. L’assurance accident serait en droit d’investiguer les conditions de travail dans l’entreprise en cas de maladie professionnelle. Les cas de burn-out dans une même entreprise deviendraient visibles autant de l’entreprise que pour un organe de contrôle de l’assurance accident. Par contre, les employés en burn-out seraient exposés car obligés de s’annoncer en victime. Une trace risque de rester dans leur dossier RH ce qui peut être dommageable pour la suite de leur carrière, beaucoup pensent encore que le burn-out est une fragilité durable.

Des questions plus larges pourraient être inclues :

Le burn-out est-il un problème de santé publique ?

Comment comprendre et voir l’évolution de cette souffrance au travail en Suisse et mettre en place des observateurs scientifiques de son éventuelle progression ? Il serait possible par exemple de demander aux médecins généralistes une déclaration systématique des cas à l’autorité cantonale comme cela se fait pour la grippe ou la rougeole.

 

Sur le terrain, il semble que le phénomène s’agrave

Certains organismes (syndicats) ainsi que les professionnels de la santé (médecins généralistes et psychologues) s’inquiètent de l’étendue des cas de burn-out en Suisse.

Il est donc effectivement important d’ouvrir un débat politique sur le burn-out, sa prévention, sa prise en charge et son coût pour l’économie suisse[5].

A l’avenir, les cas de burn-out en Suisse ont de fortes probabilités de se multiplier, la sédentarité grandissante (au travail et dans la vie privée) ainsi qu’une mauvaise gestion humaine des nouvelles technologies seront le grand challenge de la gestion du stress au travail dans les prochaines décénnies. Il devient par exemple de plus en plus difficile de ne pas se laisser envahir par les soucis professionnels dans notre vie privée en ayant notre bureau dans la poche ! Nous savons que se changer les idées régulièrement est une récuppération salutaire pour diminuer les effets nocifs du stress chronique.

 

 

[1] Initiative déposée par Mathias Reynard, socialiste

[2] ICD, International Statistical Classification of Diseases and Related Health Problems, système de classification des maladies de l’OMS.

[3] Le stress entraîne une production de cortisol (hormone du stress) qui déclenche une cascade de conséquences dans l’organisme. La charge allostatique représente le coût en énergie des conséquences négatives du stress sur l’organisme.

[4] SECO, commentaire de l’ordonnance 3 relative à la loi sur le travail, p. 250

[5] Le stress coûte aux employeurs suisses environ CHF 5,7 milliards par an, selon Job Stress Index (promotion santé suisse)

 

La souffrance silencieuse des proches d’une victime du burn-out

Tout processus de burn-out dévaste les relations. Un désastre pour la personne épuisée mais aussi pour ses proches. Que ce soit notre conjoint/e, un parent, notre enfant, un ami-e, vivre aux côtés d’une personne épuisée peut avoir des conséquences difficiles. Si vous faites partie de l’entourage d’une personne en burn-out, vous risquez d’entrer dans un processus d’usure du lien qui peut aller d’un simple déséquilibre au rejet. Parallèlement au traitement du burn-out, une démarche de réparation de la relation est souvent indispensable.

Le déséquilibre relationnel : on devient « aidant »

Votre proche est dans la « survie » d’une longue période de stress chronique. Il est inévitable pour lui/elle de se désinvestir petit à petit de sa vie privée, d’être moins disponible aux proches aimés sans le vouloir. La fatigue accumulée et les préoccupations constantes l’empêchent de plus en plus d’être disponible aux autres. De votre côté, vous avez tendance à soutenir votre proche et vous basculez dans le rôle d’aidant. Vous réalisez qu’il/elle dysfonctionne et n’est plus le/la même. La prise de conscience du problème vous fait chercher des solutions, vous avez besoin de comprendre ce qui lui arrive. Habituellement, l’entourage réalise plus vite la gravité de l’épuisement que la victime elle-même, sa difficulté à se rendre compte de son état fait partie du processus d’épuisement.

Phase d’usure

Malgré votre soutien, l’épuisement s’aggrave et votre sentiment d’impuissance augmente. Habitué à ne plus compter sur votre proche pour les tâches quotidiennes, vous hésitez de plus en plus à le/la solliciter pour participer à la vie de famille. L’usure érode petit à petit la bienveillance mutuelle. L’incompréhension et les attentes déçues s’installent, les conséquences négatives se cristallisent.

Phase de rejet

Le lien de confiance est ébranlé. Blâmez-vous votre proche qu’il/elle n’a pas su poser correctement ses limites au travail ? En tant que proche aidant, avez-vous été blessé/e par les comportements d’isolement, d’irritabilité, d’agressivité et de désinvestissement de la vie privée que sont certains symptômes de l’épuisement ? Cela vous met-il dans un état de révolte intérieure et de profond découragement ? Le rejet est un mécanisme de défense. Le lien a tendance à se durcir, avez-vous peut-être des idées extrêmes de séparation ou d’abandon ?

La réparation

En parallèle à la prise en charge pour la guérison du burn-out, il est essentiel de réparer aussi la relation : comprendre ce qui se passe, ouvrir une communication apaisante, prendre du recul, reconnaître le dommage subi, pardonner. La confiance peut se rétablir petit à petit lorsque le dialogue est à nouveau installé.

Que faire en tant que proche d’une personne en burn-out ?

  • Prenez soin de vous. Pour compenser ce que votre proche ne parvient plus à faire, vous avez pris sur vous des tâches quotidiennes supplémentaires. Le burn-out est un processus chronique qui dure longtemps, il est indispensable de prendre des mesures de protection pour maintenir votre endurance.
  • Informez-vous sur le burn-out, lisez des témoignages, cela peut vous aider à mieux comprendre la souffrance intérieure de votre proche.
  • Sortez de la relation aidant/aidé. Osez partager avec votre proche ce que vous vivez durant cette période de stress chronique, vos besoins et vos attentes déçues. Par la suite, cela vous permettra de repartir sur de nouvelles bases et de tourner la page. Assurez-vous et encouragez votre proche à confier ses difficultés et ses craintes ailleurs, auprès d’un pair et/ou d’un professionnel. Il/elle a probablement besoin de se réhabiliter, de sortir de cette image de victime. Il est indispensable de préserver les moments légers et anodins pour rétablir une relation équilibrée et nourrissante.

 

Le processus d’épuisement professionnel a des répercussions sur la vie privée et notamment sur les liens avec les proches. La guérison passe par une reconstruction de ces liens essentiels.

 

(Pour en savoir plus : « Comment rester vivant au travail ? Guide pour sortir du burn-out », C. Vasey, éd. Dunod 2017)

« Nous recueillir » plutôt que « zapper » notre existence !

Les fêtes approchent, nous partagerons bientôt d’agréables moments avec nos familles, nos proches, nos amis… nous aurons enfin du temps… Vraiment ? La fin de l’année n’est-elle pas plutôt une course en avant, une accélération prodigieuse pour gravir la montagne des obligations à réaliser ? Qui d’entres-nous peut s’autoriser à ralentir, à prendre du temps pour soi ? Nous avons l’habitude de vivre à un rythme accéléré toute l’année, cela est devenu la norme, nous passons alors à la vitesse supérieure juste avant Noël. D’une façon générale dans cette accélération, n’avons-nous pas tendance à zapper toute expérience un peu trop vite ? C’est très à la mode, il suffit de prendre quelques photos, de les envoyer à notre réseau d’amis et nous passons à autre chose dans une boulimie d’activités !

Pourtant, la nature nous donne un autre modèle à suivre durant la saison hivernale : laisser tranquillement la sève descendre dans nos racines, « nous recueillir », c’est-à-dire nous abstraire du monde extérieur pour nous replier sur la vie intérieure. Nous pouvons sentir ce besoin naturel en hiver : nous avons envie de rester plus longtemps au lit le matin, nous préférons être au calme et à l’intérieur, notre corps semble plus lourd, la lumière et l’énergie de l’été nous manquent et nous sommes moins stimulés à être actifs.

Et si nous décidions de nous détourner de ce vieux réflexe boulimique de suractivité et de prendre réellement le temps de « savourer » la vie, de déguster nos expériences ? Cela nécessite de ralentir pour revenir à soi l’espace d’un instant. Comment engranger ces moments précieux ? Qu’est-ce qui favorise l’esprit du re-cueillement ? Cueillir à nouveau ? Une deuxième récolte ? Et pourquoi pas ? Plutôt que de passer trop vite à autre chose, il s’agit de se retirer de la course pour se nourrir en profondeur de ce qui est bon pour nous…

 

Je vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année ainsi que le plaisir d’engranger intérieurement tout ces petits moments de bonheur partagés !

Catherine Vasey

 

« L’art de se ménager des haltes… Les retraites doivent rythmer la vie, lui donner, comme la ponctuation dans un texte, sa respiration propre. Partir seul, au loin ou dans une chambre close, pour prêter l’oreille à ce que le silence nous dit (n’emporter à la rigueur qu’un livre, mais un de ceux qui donnent envie, lorsqu’on les a lus, de les jeter au loin, et de vivre). Ce sont les rendez-vous que nous nous devons à nous-mêmes. »

 Christiane Singer « Les âges de la vie ».

Les HP en danger de burn-out !

Le plus dangereux pour votre santé si vous êtes à haut potentiel est de ne pas avoir été détecté HP et de vous forcer à vous conformer à une vie ordinaire sans respecter vos besoins spécifiques. Certaines caractéristiques du haut potentiel renforcent des facteurs de risque d’épuisement professionnel.

Vous aimez travailler, mais le milieu d’entreprise peut s’avérer être un lieu de désillusion et même de souffrance : devez-vous vous résigner à vous ennuyer à force de toujours vous retrouver dans le même schéma répétitif : l’impression d’avoir à nouveau fait le tour des possibilités d’apprentissage, de perdre tout intérêt ainsi que le sens de vos actes, d’être soumis à une structure bureaucratique/hiérarchique que vous ne comprenez pas, ou qui s’oppose carrément à votre spécificité (et donc à l’essor de votre potentiel) ?

Risque de surcharge de travail chronique

Votre insatiable curiosité et un besoin constant d’apprendre quelque chose de nouveau, peuvent vous amener à dire oui à tous nouveaux projets et à participer à des groupes de travail divers et variés. Vous risquez de vous retrouver alors en situation de surcharge chronique.

La suractivité mentale constitue le risque majeur de surcharge : difficile de ralentir vos idées lorsque vous réfléchissez à des problèmes très complexes, vous pouvez être totalement absorbé pendant des heures sans vous interrompre et sans possibilité de récupérer. Parfois l’intensité mentale est telle que vous ne parvenez plus à stopper votre tête, même en repos, votre mental emballé continue de réfléchir !

D’autre part, vous risquez de devenir indispensable dans l’entreprise. En effet, lorsqu’une personne se montre capable là où les autres n’y arrivent pas forcément, ses collègues s’adresseront facilement à elle car elle est efficace et rapide dans les résolutions de problèmes. Votre hiérarchie saura utiliser toutes vos compétences et s’attendra à une performance élevée, le niveau d’exigence peut donc augmenter.

L’érosion de la confiance en soi

En tant que HP, vous avez probablement tendance à être très exigent avec vous-même et à vous mettre beaucoup de pression. Vous fixez-vous des objectifs très élevés que vous n’arriverez pas toujours à atteindre en fonction des moyens dont vous disposez ? Il vous arrive alors de le vivre comme un lourd sentiment d’échec et d’incompétence. Vous supportez peut-être très mal les critiques et les reproches éventuels de vos collègues ou de votre hiérarchie sur votre différence ? Cela peut s’avérer désastreux si votre estime de soi est déjà sensible.

Certaines personnes HP se retrouvent dans un environnement professionnel qui rassemble les personnes d’un niveau intellectuel très élevé (le milieu de la recherche par exemple), cela peut être un avantage d’être avec ses semblables mais aussi une difficulté de se reconnaître pleinement dans toutes ses capacités. Dans la comparaison, une personne HP a tendance à dénigrer ses capacités et à essayer de se surpasser pour être reconnu.

Les relations avec vos collègues et votre hiérarchie peuvent être difficiles

Si vous êtes hypersensible, les situations de conflits, les injustices et le manque d’honnêteté vous affectent. Votre vivacité d’esprit pourrait être jugée comme menaçante par votre hiérarchie, menace du respect de l’ordre établi et des formes de travail à respecter. En effet, une personne HP aura toujours tendance à sortir du cadre par son comportement et ses idées originales. Dans certains environnements conventionnels, vous pourriez être jugé rebelle, indiscipliné, perturbateur, même parfois indélicat ! Intègre et intense, le HP veut que les tâches soient exécutées le mieux possible (de nombreux HP sont aussi perfectionnistes). Vous montrez-vous parfois impatient avec vos collègues qui vous semblent trop lents et qui bâclent le travail ? Si vous êtes persuadé d’avoir raison, avez-vous tendance à imposer votre point de vue de façon rigide ce qui pourrait créer des conflits avec vos collègues ?

Voici quelques pistes de réflexion pour préserver votre santé au travail :

Savoir diriger votre attention et cadrer votre mental

La puissance et la vitesse de réflexion du HP sont très élevées, si cette force est utilisée pour des projets constructifs et intéressants tout va bien. Si vous réfléchissez à toutes les façons de vous traiter avec bienveillance, vous aurez de fortes probabilités d’être en bonne santé. Par contre, lorsque vous vous posez sans arrêt mille questions sur vous-même, si vous utilisez votre efficacité intellectuelle dans des pensées toxiques, cela peut devenir un désastre intérieur et un sabotage constant de la confiance en vous. En tant que HP, il est nécessaire de savoir diriger votre attention et votre réflexion consciemment. Vous pouvez être curieux de vous, surtout pour comprendre vos propres besoins et votre fonctionnement spécifique. Par contre, ne vous autorisez aucune attaque d’autocritique ou de pensées toxiques, cela vous met en danger !

D’une façon générale, vous pouvez choisir de réfléchir à des perspectives positives, d’anticiper les évènements positifs. Par contre, investir votre puissance de réflexion dans les scénarios catastrophes anxiogènes risque d’inhiber votre action et de vous enfermer dans une forme de passivité déprimante.

Nécessité de bien choisir votre poste de travail

La carrière professionnelle du HP n’est pas conventionnelle. Autonome, parfois auto-didacte, il est souvent amené à changer de cap, parfois de profession par besoin d’apprendre du nouveau. Si tout vous intéresse et que votre potentiel est vaste, il peut vous être plus difficile de faire les bons choix. Trouver le poste de travail adéquat à vos besoins spécifiques qui vous apportera satisfaction peut s’avérer délicat.

Vous supporterez mieux les limites du milieu professionnel lorsque vous ne comptez pas uniquement sur votre travail pour être rassasié dans vos intérêts multiples. Il n’y a aucune profession idéale pour un HP mais beaucoup de postes de travail se montreront incompatibles ; il est donc important de bien identifier où vous mettez les pieds avant de vous engager dans tout nouveau travail. Dans l’idéal, ce poste respecte votre besoin d’indépendance, de liberté de penser et d’originalité. Vous ne vous sentirez probablement pas à l’aise ni satisfait en montant trop haut dans la hiérarchie d’une grande entreprise. Une personne HP risque de s’ennuyer rapidement dans un poste à haute responsabilité, éloigné du terrain, à gérer des centaines de collaborateurs. Aucun poste de travail aussi intéressant soit-il ne suffira à totalement satisfaire vos profonds besoins d’apprentissage et de créativité. Il est essentiel que vous puissiez vous préserver du temps et de l’énergie pour investir d’autres champs d’expériences et d’apprentissages en dehors de votre travail. Pour certaines personnes HP, travailler à temps partiel est une solution même si cela remet en question une carrière conventionnelle.

Apprendre à gérer ses émotions

L’hypersensibilité émotionnelle du HP peut se manifester de deux façons opposées : soit il est très souvent débordé par sa sensibilité et ses émotions, il a de la peine à ne pas être affecté dans les situations de la vie courante. Soit il a adopté une stratégie de défense en se réfugiant dans sa tête, il rationnalise son ressenti, il restera alors calme et très peu émotionnel dans toute situation, il peut même apparaître comme froid et distant. Coupé ainsi de ses émotions rendra difficile de vivre de réels liens intimes avec ses proches. Apprendre à décharger les émotions s’apprend, de même qu’il est tout à fait possible d’apprendre à vous reconnecter à votre vie émotionnelle si c’est ce dont vous avez besoin.

La relation au corps : développer une présence à soi dans le corps

Réfléchir est une autoroute pour vous, l’intellect fonctionne tellement bien que vous utilisez ce mode d’être en priorité. Un déséquilibre s’installe : il est facile de sur-investir votre tête plutôt que d’être dans votre corps. Mais c’est dans le corps que nous sentons nos limites, la tête n’a pas de limites ! Pour maintenir votre santé au travail, revenez à votre corps régulièrement. La décharge de stress et de tensions se fait physiquement, impossible de vous défouler uniquement dans votre tête. Engagez-vous à maintenir des activités physiques régulières qui vous demandent de vous concentrer sur votre corps, c’est un très bon moyen d’y revenir.

De part mon expertise en burn-out, j’ai eu l’occasion d’accompagner de nombreuses personnes à haut potentiel en souffrance et épuisées. Le haut potentiel est souvent le moteur principal du burn-out mais ce n’est pas une fatalité. Comprenez votre fonctionnement hors norme et vos particularités, identifiez vos besoins spécifiques et répondez-y au mieux. Préserver sa santé au travail s’apprend !

Pour en savoir davantage :

“Comment rester vivant au travail, guide pour sortir du burn-out” C. Vasey, éd. Dunod, 2017

Etre heureux au travail, une utopie ?

« Le bonheur est un état de satisfaction complète caractérisé par sa stabilité et sa durabilité. Il ne suffit pas de ressentir un bref contentement pour être heureux. Une joie intense n’est pas le bonheur. Un plaisir éphémère non plus. Le bonheur est un état global. L’homme heureux est comblé. Il vit une forme de plénitude ». (Définition du dictionnaire)

Vouloir être heureux à son travail est une attente complètement irréaliste, la vie professionnelle est exigeante, nous vivons des contraintes, des obligations, nous n’avons pas le pouvoir de choisir nos collègues, ni notre hiérarchie, ni, pour une majorité de travailleurs, les tâches ou les projets à exécuter. Le rythme de travail est rapide et l’exigence de performance nous empêche de préserver une disponibilité humaine, d’avoir le temps de vivre nos émotions ou d’être reconnu pour l’être humain que nous sommes.

Par contre, il est possible, par moment, de nous sentir bien à notre travail : lorsque nous nous sentons utiles, que nous sommes sollicités dans nos compétences et que nous trouvons un intérêt à nos tâches quotidiennes, lorsque nous sommes respectés dans nos valeurs et que nous pouvons vivre des liens humains significatifs, lorsque nous pouvons préserver notre santé et un bon équilibre de vie. Cela constitue des conditions idéales de travail, si elles sont toutes remplies, vous êtes très privilégiés à notre époque !

De plus, pour nous sentir bien à notre travail, il sera nécessaire de trouver et de maintenir le bon dosage dans notre implication personnelle : ni trop engagés, ni indifférents. Pour cela, il est indispensable de cadrer la sphère professionnelle et de mettre le travail à sa juste place dans notre vie en fonction des priorités de l’être humain que nous souhaitons être. Tout un numéro d’équilibriste !

Pour moi, être heureux est une dynamique vivante, un mouvement constant vers notre essentiel, une disponibilité humaine à soi, aux autres, à ressentir de la gratitude d’être aimés tels que nous sommes, à ressentir de l’amour pour nos proches, être heureux se construit à chaque instant, en nourrissant le sens de notre vie et nos valeurs dans les actes du quotidien ; le bonheur est d’avoir accès à des petits moments de plénitude réguliers et d’avoir la sensation de participer à un tout qui nous dépasse.

 

« Le Bonheur n’existe pas, seul les petits bonheurs sont possibles » Nag Ansorge (1925-2013), cinéaste d’animation suisse

Je vous souhaite plein de « petits bonheurs » humbles pour avancer doucement et avec assurance sur la voie du bonheur et une très belle année 2017 !

L’évolution de notre vision du burn-out

L’éveil des consciences

Rappelez-vous, il y a une quinzaine d’années, de rares personnes parlaient du burn-out en Suisse, aucun média n’évoquait le phénomène, médicalement, cette souffrance au travail n’était pas identifiée de façon spécifique, elle était simplement associée à des troubles dépressifs et prise en charge comme une dépression par les professionnels. De nombreuses victimes ne comprenaient pas ce qui leur arrivait, elles vivaient ce passage difficile comme un échec de carrière, une fragilité psychique honteuse.

Aujourd’hui, le burn-out est connu dans le grand public, c’est même un terme utilisé dans le langage courant, comme il est dit parfois : « je déprime », ce n’est pas une dépression, simplement une baisse de moral, on entend maintenant : «aujourd’hui je me fais un burn-out, demain cela ira mieux ! », c’est une façon d’exprimer une période de stress et de fatigue, ce n’est pas un réel burn-out.

Le progrès est énorme en peu de temps, maintenant nous sommes tous conscients du risque d’épuisement au travail, notre compréhension scientifique de cette souffrance évolue, les moyens de prévention et de traitement se développent et sont mieux connus, les entreprises et les institutions prennent des mesures concrètes pour dépister et prévenir cette souffrance au travail.

 

L’évolution de notre compréhension du burn-out

Historiquement, le burn-out a été nommé est défini dans les années 1970 aux Etats-Unis par un psychiatre américain, le Dr. Freudenberger. A cette époque, il avait identifié une sorte de syndrome d’épuisement chez certains travailleurs sociaux. Il l’a nommée la « maladie de l’idéalité ».  Le burn-out était considéré comme une atteinte à la santé qui n’existait que dans les professions sociales, un idéal irréaliste en était la principale cause. Nous savons maintenant que le burn-out ne touche pas uniquement les professions de la relation d’aide. Toute profession est à risque et les causes sont multifactorielles. L’idéal irréaliste n’est qu’un facteur de risque parmi d’autres.

Aujourd’hui, en Suisse, le burn-out n’est toujours pas une pathologie reconnue officiellement dans les classifications médicales. Certaines assurances maladies refusent ce terme comme diagnostic. Le burn-out est un thème de discussion dans les milieux de la médecine, il est défini dans les classifications médicales internationales comme diagnostic « accompagnant » et non pas principal, sous les termes suivants : « ICD-10: Z 73.0 Syndrome du burn-out : Problèmes liés aux difficultés à faire face aux réalités de la vie » (ICD, International Statistical Classification of Diseases and Related Health Problems, système de classification des maladies de l’OMS)

La façon la plus simple de comprendre le processus du burn-out est de le voir comme un épuisement dû au stress chronique au travail. Les recherches actuelles se concentrent principalement sur la composante physiologique de l’épuisement et non pas sur une éventuelle fragilité psychique. Certains chercheurs étudient les effets toxiques des hormones de stress sur l’organisme. Des marqueurs biologiques sont identifiés, il sera peut-être bientôt possible d’avoir un test organique qui mesure la gravité de l’épuisement dû au stress.

La méthode d’analyse du terrain favorisant le burn-out est de chercher le déséquilibre entre d’un côté trop de dépense d’énergie (dans le travail stressant et les tâches/situations usantes) et pas suffisamment de récupération d’un autre côté (manque de ressources au travail, une perte de sens ou une mauvaise ambiance d’équipe, et un manque de ressources dans la vie privée par exemple la façon de se défouler ou de se changer les idées, etc.). Cette vision entre trop d’usure et de stress et une récupération insuffisante est utile autant dans la prévention que lors du traitement du burn-out.

Pour faire le point, le meilleur self-test actuel est l’auto évaluation HBI développée par le professeur Mathias Burisch, spécialiste allemand du burn-out (Test en ligne en français sur le site internet www.noburnout.ch) Pour aller plus loin dans le bilan, il est important de consulter un professionnel qui connaît le traitement spécifique du burn-out.

 

L’évolution de l’étendue de cette souffrance en Suisse ?

Selon les enquêtes récentes, nous pouvons observer que les Suisses souffrent davantage du stress au travail aujourd’hui. Deux études sur la fréquence du stress chez les personnes actives en Suisse ont été réalisées à 10 ans d’intervalle par le SECO : un Suisse sur trois se sent «souvent voire très souvent stressé au travail». Ce chiffre est en augmentation depuis 10 ans ; entre 2000 et 2010, le nombre de personnes souffrant de stress chronique est passé de 26,6% à 34,4 %.

Concernant le burn-out qui est un syndrome d’épuisement consécutif à un stress chronique, les statistiques sont moins claires. Un indicateur significatif du burn-out a été relevé : le sentiment d’épuisement émotionnel. Selon ce même rapport de l’office fédéral de la statistique, au total, 4 % des personnes interrogées (échantillon d’un millier de personnes) ont affirmé se sentir épuisées émotionnellement au travail.

Nous pourrions déduire du résultat de ces enquêtes que le stress chronique touche 34,4 % des travailleurs en Suisse mais que seul 4 % souffriraient effectivement d’un burn-out. Par contre, nous n’avons aucun chiffre valable et représentatif qui nous permettrait de connaître le détail des victimes du burn-out en Suisse : quelles professions seraient les plus touchées, quels âges à risque, la proportion d’homme et de femme, le niveau hiérarchique, le secteur économique ou la taille de l’entreprise.

Malheureusement ces études sont probablement loin de cerner la véritable ampleur du burn-out en Suisse. Les médecins et psychologues observent une aggravation tant au niveau du nombre de consultations qui augmente que au niveau du degré de gravité des personnes épuisées ces dernières années. Les médecins (Selon l’enquête Chiarini et al. 2010: Practices et besoin des médecins du premier recours en santé au travail en Suisse romande, 806 médecins interrogés) estiment en moyenne que sur 100 nouveaux diagnostics posés, 14.4% sont en lien avec le travail du patient. Les pathologies rencontrées le plus fréquemment sont :

– les troubles psychiques liés au travail, cités par 93%

– le mal de dos (70%),

– les autres TMS (29%),

– les dermatoses (26%) et les problèmes respiratoires (18%).

 

L’évolution de la prévention individuelle et du dépistage

Aujourd’hui, il devient très rare d’occuper un poste de travail « cool », avec un rythme tranquille et sans stress. La vie professionnelle est exigeante, nous faisons face à de nombreuses contraintes qui nous mettent sous une constante pression. Il est indispensable de savoir se préserver et de protéger notre santé au travail. Maintenant que le burn-out est largement connu, nous sommes avertis du risque, de plus en plus de personnes cherchent à mettre en place une prévention efficace. Les moyens sont accessibles et de plus en plus pratiqués : apprendre à décharger les tensions et le stress, diminuer les exigences personnelles, poser des limites, cadrer les ruminations mentales, savoir demander de l’aide, avoir un bon réseau de soutien, protéger sa vie privée des soucis professionnels, savoir gérer les nouvelles technologies. Chacun d’entres-nous avons une marge de manœuvre individuelle, sans changer les conditions de travail, nous pouvons mettre en place une prévention efficace.

 

L’évolution d’une prise en charge adéquate et d’un traitement spécifique

Depuis des décennies, étant associé à une forme de dépression, le burn-out n’a pas été traité de façon différenciée. Mal soignés, l’état de santé des victimes de burn-out ne s’améliorait que très lentement, l’arrêt de travail durait 6 mois ou davantage encore, la guérison était partielle, la personne conservait une forme de fragilité, le retour au travail était laborieux, l’entreprise ne faisait plus confiance en ce travailleur qui semblait rester vulnérable au stress.

Aujourd’hui, les médecins et psychologues se forment au traitement spécifique du burn-out, la prise en charge s’améliore, l’arrêt de travail est moins long (durée habituelle de 2 à 3 mois), la reprise du travail est mieux suivie, les victimes de burn-out bénéficient d’un réel apprentissage, d’une analyse spécifique, d’un plan d’action des mesures à prendre lors du retour au travail.

Le traitement du burn-out comporte 3 phases. L’objectif de la première étape est de remonter le niveau d’énergie, il s’agit d’agir pour retrouver un bon sommeil et d’avoir au moins une heure d’activité physique par jour. L’idée est de renforcer les ressources et de limiter tout ce qui peut stresser ou prendre de l’énergie au patient. Dans la deuxième phase, il s’agit d’approfondir l’analyse des sources d’épuisement et de comprendre comment agir autrement pour rétablir un nouvel équilibre de vie. Des mesures sont mises en place dans la vie privée, un plan d’action est construit pour le retour au travail. La troisième étape du traitement est la reprise du travail qui fait partie intégrante du processus de guérison. Ce n’est qu’une fois confronté à l’environnement stressant, que le patient peut expérimenter les outils de protection et reprendre confiance en ses compétences.

 

L’évolution de la prévention et de la mobilisation de l’entreprise

Depuis une dizaine d’années, les entreprises se mobilisent davantage pour mettre des mesures de prévention en place. Le burn-out et ses conséquences sur l’efficacité au travail sont mieux connus, cela peut être mesuré sur une échelle collective, les dirigeants réalisent que le burn-out peut leur coûter très cher, en terme de diminution de la performance et d’absence prolongée de collaborateurs précieux.

Lorsque j’interviens dans une organisation, mon objectif n’est pas de viser 0% de burn-out, ce qui me paraît irréaliste mais je vais insister sur le dépistage précoce : prendre en charge les collaborateurs surmenés avant qu’un arrêt de travail soit nécessaire : ils sont suffisamment en alerte pour être motivés à changer et pas trop épuisés, ils ont encore des forces à disposition pour retrouver un équilibre de santé.

Une bonne démarche de prévention commence par informer tous les niveaux hiérarchiques du haut vers le bas sur ce qu’est le burn-out, les signes d’alerte, le profil type de personne à risque, le terrain favorable, la procédure à suivre si on se sent en déséquilibre. Cette information permet de briser le tabou, de savoir précisément ce qu’il en est et aussi d’éviter les exagérations ou les minimisations.

Une formation spécifique sera destinée aux cadres et responsables d’équipe. Les chefs de proximité sont les agents importants du dépistage précoce et ils peuvent agir concrètement en créant des « bulles de prévention » spécifiques à leur équipe. Un chef bien formé pourra apporter des actions très concrètes aux collaborateurs pour les préserver de l’épuisement.

Il faut aussi en parallèle faire remonter l’information en interne vers les professionnels de la santé de l’entreprise : combien de cas de burn-out avérés, analyse de chaque cas, quelles actions proposées par les chefs de proximités pour améliorer les conditions de travail qu’ils ne peuvent pas changer d’eux-mêmes.

 

La recherche d’une meilleure qualité de vie : revenir à l’essentiel

Un des grands challenges de notre société à l’avenir sera de sortir de cette forme de « survie » du devoir à accomplir, de performance et de la suractivité, pour se réapproprier l’innocence de pouvoir perdre du temps, nous rendre disponible aux moments précieux de notre quotidien, prendre le temps avec nos proches, avec ce qui est réellement important pour nous. Commencer la journée par un acte qui nourrit notre essentiel et ne pas donner le 100 % de notre énergie à la sphère professionnelle, préserver la marge que nous avons choisie pour investir notre vie. C’est une vigilance de chaque instant à entretenir, être présent à soi et à ce qui nous tient à coeur, personne ne peut le faire à notre place.