Le cercle vicieux de la fatigue : un manque cruel de récupération active !

« Je suis fatigué.e, je n’ai pas envie de faire encore un effort… j’ai besoin de me reposer »

Nous avons tous déjà vécu cette réaction, fatigués, quoi de plus naturel que de nous reposer, de chercher le moindre effort ? Mais alors que faisons-nous ? Nous laissons vagabonder nos pensées qui parfois s’avèrent très toxiques, nous nous distrayons sur les écrans sans être nourris de ce qui est important pour nous, nous ne sommes pas vraiment disponibles pour nos proches, et en plus, nous nous inquiétons de tout le travail qui s’accumule ! Petit à petit, à ce régime-là, nous perdons le sens de notre travail, nous manquons ce qui nous est essentiel dans notre vie et nous avons cette impression désagréable que nous nommons : « métro-boulot-dodo ».

Mieux identifier le type de fatigue que nous vivons

La « vraie » bonne fatigue est celle que l’on ressent dans les muscles après un effort ou celle que nous vivons lorsque nous sommes malades et que notre corps fiévreux doit organiser une défense immunitaire très coûteuse en énergie. Cette fatigue physique justifie le besoin d’un réel repos. Notre corps nous signale que des processus de réparation sont en cours, il nous met en quelque sorte temporairement sur le « banc de touche » afin de récupérer et de se renforcer.

La fatigue provoquée par une période de résistance au stress…

Dans notre quotidien, il est finalement plus rare de ressentir cette bonne fatigue physique, le plus souvent nous vivons une « fatigue de tension » :  sous pression, nous avons l’impression de saturation, d’une surcharge mentale, d’une incapacité de nous motiver dans un travail que nous avons pourtant choisi, nous n’avons plus envie de rien, nous avons perdu notre vitalité intérieure. Si nous essayons de nous reposer, c’est difficile car les tensions nous empêchent de nous relaxer et de bénéficier d’un sommeil récupérateur.

La fatigue de tension mentale est due à une hyper sollicitation cognitive, des prises de tête, des interruptions trop fréquentes, une complexité intellectuelle ou multitâches, une surcharge et un rythme trop rapide sans pauses suffisantes.

La fatigue de tension émotionnelle s’installe lorsque nous sommes obligés de contenir nos émotions, nous n’avons pas eu assez de temps ni de disponibilité intérieure pour digérer émotionnellement, nous avons fait face à trop de souffrance, trop de critiques, des situations conflictuelles, des plaintes collectives, parfois nous avons été « contaminés » par une mauvaise ambiance d’équipe.

La fatigue de tension sociale va être provoquée par un trop-plein de situations où nous nous sommes mis à disposition des autres, nous manquons alors de retour à nous-mêmes, à notre vie intérieure, nous avons eu trop de distractions extérieures et de sollicitations sociales qui ne permettent pas de répondre à des besoins personnels plus profonds.

Récupération active, comment nous revitaliser ?

Pour notre organisme, récupérer signifie un arrêt pour se régénérer et se préparer à la prochaine sollicitation. Autrement dit : nous mettre à l’abri afin de recharger nos batteries. Concernant la fatigue de tension la récupération va se traduire par un changement bienvenu qui va nous permettre de nous revitaliser :

Notre MENTAL a besoin d’être sollicité autrement que d’habitude :  nous pouvons faire des activités qui éveillent notre curiosité intellectuelle naturelle. Tout ce qui nous permet de solliciter nos compétences cognitives autrement qu’au travail : jardinage, bricolage, créativité, jeux de mémoire, chant, musique… ? Le but est de canaliser l’énergie mentale sur des tâches qui nous font du bien et qui renouvellent notre mode de penser.

Notre CORPS a besoin de changer de posture, d’attitude, de dynamique, d’environnement, de revenir à un rythme naturel, de se régénérer dans la nature, parfois auprès des animaux… Comme nous sommes de plus en plus sédentaires au travail, nous avons souvent besoin de nous « fatiguer physiquement » afin de nous défatiguer des tensions physiques accumulées.

Nos EMOTIONS ont besoin d’être identifiées, entendues, exprimées, renouvelées : parfois nous avons besoin de « vider notre sac », de nous défouler, de digérer émotionnellement de façon cadrée, afin d’éviter que nos humeurs chargées d’émotions toxiques envahissent notre vie privée. Nous avons aussi besoin de recevoir de l’affection, de la chaleur humaine, de la bienveillance, de préserver une disponibilité pour notre vie intérieure, nos valeurs ou nos inspirations personnelles.

Au niveau SOCIAL, nous avons besoin de changer de rôle relationnel, de mode d’interaction avec les autres. Si, par exemple, nous travaillons dans la relation d’aide, nous avons peut-être besoin, à notre tour, d’être soutenu, entendu, de pouvoir nous reposer sur l’épaule d’un de nos proches, nous avons peut-être besoin d’être en contact avec des personnes qui vont bien tout simplement. Si nous travaillons dans le commercial ou l’industrie, nous avons besoin peut-être de revenir à des relations authentiques, sans objectif ni efficacité et performance. Parfois, si nous travaillons seul, nous aurons peut-être besoin d’être en contact avec d’autres ; ou si dans notre travail nous côtoyons beaucoup de gens, nous avons peut-être besoin de solitude ?

Pour effacer la fatigue de tension, il est donc conseillé non pas de nous reposer passivement mais plutôt d’opter pour une activité adaptée qui nous permettra de bien récupérer. Il nous sera plus facile de nous éloigner du travail si nous sommes persuadés que couper complètement les ponts avec les préoccupations professionnelles nous permettra de travailler plus efficacement au retour et surtout de durer sur un moyen à long terme.

L’essentiel est d’effectuer très régulièrement une coupure franche avec notre vie professionnelle afin de changer d’état d’esprit, de climat intérieur, de mode mental et d’activités, de nous libérer des préoccupations, changer de contexte, sortir du rôle professionnel et de ses contraintes et de revenir à nous.

Ne perdons pas une occasion de nous revitaliser activement et de créer chaque jour la qualité de vie que nous souhaitons vivre !

Catherine Vasey

Catherine Vasey, psychologue et gestalt-thérapeute, auteur, spécialiste du burn-out depuis 2000. Elle anime des séminaires de prévention du burn-out en entreprise, donne des conférences, traite les patients en burn-out et accompagne aussi les professionnels de la santé en supervision dans son cabinet à Lausanne, en Suisse. Références : Le site de Catherine Vasey : www.noburnout.ch Publications : « Comment rester vivant au travail ? Guide pour sortir du burn-out », C.Vasey, éd. Dunod 2017 « Burn-out le détecter et le prévenir », C. Vasey, éd. Jouvence 2015 « Vivant au travail », jeu de cartes, C. Vasey, éd. Noburnout 2012

7 réponses à “Le cercle vicieux de la fatigue : un manque cruel de récupération active !

  1. Après 2 ans de restrictions sociales (merci la Covid), je dors toujours la même durée (6h1/2) mais me réveille dorénavant tellement fatigué… pourquoi ??

    J’ai tout essayé, mais mon sommeil n’est plus réparateur 😵‍💫😭😭

    1. Bonjour, avez-vous essayé de vous fatiguer physiquement en pratiquant des activités physiques chaque jour, dans la nature si possible ?

      1. Oh que oui. Et je m’endors sans difficulté.

        Mais mon cerveau revient sans arrêt à ces 2 ans pendant mon sommeil. Il se fatigue à essayer de comprendre “pourquoi tant de restrictions, de pertes de contacts, de décès, etc ” Selon les analyses, je n’atteins plus mon sommeil profond et multiplie le sommeil paradoxal/léger 🥺

        Mais la médecine n’y peut rien également.
        Je dois attendre que mon cerveau se rééquilibre et “oublie” ces deux années maudites.

        1. Lorsqu’on perd la qualité du sommeil c’est une grande souffrance (souvent invisible des autres) et un handicap dans la vie quotidienne; bien dormir est un des piliers principaux de notre équilibre de santé. Je vous souhaite que votre organisme puisse reconstruire un sommeil réparateur.

  2. Cet article est bien écrit mais le contenu: une opinion. Peut être mieux vaut faire référence à des sources externes ? Pourquoi pas proposer quelque chiffre… un peu d’évidence pour faire progresser cette triste situation ?

    1. Merci de votre intérêt, je n’ai pas de statistiques à ce sujet, je partage mon expérience clinique, ce que je constate depuis 20 années de traitement du burn-out dans mon cabinet et autant en prévention pour préserver la santé au travail dans les entreprises. J’essaie de résumer et de transmettre à un plus grand nombre certaines clés qui ont fait la différence au niveau clinique chez les personnes que j’accompagne. Cela peut toujours être utile à d’autres…

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