Valls et Peillon décevants sur le plan européen

Article écrit pour le magazine eurocitoyen Le Taurillon.

Dans le cadre de la primaire socialiste en France, Vincent Peillon et Manuel Valls ont présenté mardi 3 janvier leurs programmes respectifs, dont un volet sur l’Europe. Forts d’une dizaine de pages chacun, ces deux chapitres recensent des propositions qui, outre leur manque d’ambition européenne réelle, sont très similaires.

Il est même plus approprié de parler de nuances d’opinion que de réelles divergences entre les deux politiciens. Et ce même si Vincent Peillon mise sur des réformes essentiellement économiques et un « new deal européen », tandis que Manuel Valls insiste sur la nécessité de recouvrer un consensus européen par une « conférence de refondation ».

Priorité à la résolution de la crise migratoire

Les deux socialistes placent ainsi la résolution de la crise migratoire et la lutte contre le terrorisme au centre de leur projet européen. Tous deux souhaitent pour cela instaurer des contrôles systématiques aux frontières extérieures de l’UE, un partage de fichiers entre les Etats membres, ainsi qu’un renforcement de la politique migratoire de l’UE, le droit d’asile étant, à leurs yeux, une valeur européenne fondamentale. A cela, M. Peillon adjoint la nécessité de créer un corridor humanitaire et de lutter contre le financement du terrorisme, tandis que M. Valls veut créer une Europe de la défense et faire en sorte que chaque Etat membre participe de manière égale à l’effort d’accueil des réfugiés.

Parallèlement, les deux anciens ministres préconisent de « sortir des ambiguïtés de la politique européenne » — sans vraiment définir ce qu’ils entendent par là — prônant une Europe à deux vitesses si nécessaire et une « pause » dans l’élargissement de l’Union européenne. Enfin, parmi les autres priorités communes se trouvent en vrac la transition énergétique, la lutte contre le dumping ou encore la défense de la propriété intellectuelle, ainsi que le refus d’accords internationaux contraires aux normes européennes (et de citer le TAFTA en exemple). M. Valls y ajoute l’instauration d’un « salaire minimum européen », ainsi qu’un renforcement de « la place des parlements nationaux ».

Des idées peu convaincantes

Si les idées ne sont pas mauvaises en soi et rejoignent majoritairement les propositions de réformes faites ces derniers mois sur la scène de politique europhile, elles manquent toutefois cruellement d’âme et de concrétude. Sans compter qu’aucun des deux ne semble vraiment convaincu par des propositions si imprécises qu’elles pourront aisément être contournées, modifiées ou bafouées si besoin.

Par conséquent, il paraît désormais évident que les Français qui souhaiteront voir leur pays faire bouger l’UE ces cinq prochaines années devront opter pour Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon. Ils devront ainsi choisir entre la méthode douce du premier — dont la ligne européenne, bien que similaire à celle de ses deux anciens collègues, est au centre de son programme — et la méthode radicale du second qui entend renégocier les traités européens et, si cela n’est pas possible, en sortir, au rythme de son slogan « l’Europe, on la change ou on la quitte ».

 

Caroline Iberg

Caroline Iberg

Caroline Iberg est co-secrétaire générale du Nouveau mouvement européen Suisse (Nomes), où elle travaille depuis 2013. Elle est titulaire d’un master en Sciences des médias et de la communication et Etudes européennes.

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