LE THERAPUTE

Dans le secret des cabinets de psys, vous les clients, les patients, vous vous exposez, vous vous livrez, vous vous mettez à nu.

La vérité nue semble être thérapeutique.

Vous aider à pouvoir nommer, assumer ce qui est vrai, ce qui est réel pour vous, aller chercher derrière le masque, dire les choses comme elles sont ressenties. En prendre conscience vous aide, vous fait avancer, vous fait passer à autre chose.

Le côté lumineux de notre science est indéniable.

Et… il y a aussi l’ombre.

A l’heure où la psychologie a envahi notre langage, nos magazines et nos conflits, il peut y avoir de grandes maladresses, de graves abus.

Définition du thérapute:

C’est un un thérapeute, un coach, une personne qui a fait quelques formations de développement personnel et qui utilise sa science et sa petite compréhension des phénomènes psychologiques et relationnels pour mieux gagner le débat, pour démontrer comment l’autre a faux, ou pour le mettre dans la honte ou la culpabilité. C’est pervers, mais lorsque nous sommes émotionnels, faibles, blessés, nous thérapeutes inclus, nous devenons tous des « pervers narcissiques »[1] en puissance, et souvent dans une inconscience primaire. Le mal connaît les faiblesses du bien. Nous manipulons, nos projetons, nous défendons notre idée de soi, notre ego, et nous attaquons de manière parfois subtile (ou pas !) et détournée notre interlocuteur, notre ami, notre conjoint, nos enfants.

Quand ça bute, quand ça lutte, le thérapute est doué pour les culbutes, les enturlupes et les uppercuts.

Ce n’est pas très épanouissant et cela fait des dégâts.

Le thérapeute gagne en pouvoirs, mais tout pouvoir ne devient pas dangereux si utilisé au service de notre travail, au service d’aider, de construire, de guérir – et qu’il est pratiqué en conscience, avec du coeur.

Le pouvoir malsain, c’est celui de l’avoir, du savoir ou l’influence sur les autres. Un certain nombre de petits hommes entrent dans la politique pour devenir grands. Le besoin exagéré de pouvoir est un aveu de faiblesse, un espoir de ne plus sentir son complexe. Le pouvoir est donc une piètre compensation. Probablement qu’un certain nombre de petits thérapeutes le deviennent aussi pour en gagner.

Le piège? C’est de vraiment croire que nous sommes importants, spéciaux, meilleurs et donc de ne jamais vraiment s’occuper de notre blessure, de nos failles, de ne même pas commencer à faire un vrai travail sur nous-même. De l’utiliser contre quelqu’un peut nous faire gagner un round, gagner du temps, sauver la face. Mais dans toute relation, lorsqu’un gagne, l’autre le sent, s’en méfie et le monnaiera par une contre attaque ou un retrait etc.

Dans les relations que j’ai eu la chance de vivre, il y avait plein d’amour. Mais lors des conflits, j’ai eu un certain nombre de feedbacks sur mon côté thérapute. Pas au début (je passais entre les gouttes !), mais je pense qu’à force, j’ai été (heureusement) démasqué par la femme sensible et intelligente que j’avais en face, et je fus confronté fortement sur ce point. J’ai désiré prendre le feedback. J’en suis reconnaissant et cela m’a chaque fois appris un peu plus sur cette ombre qui a brisé certaines de mes relations.

Gagner momentanément, risque de nous faire perdre l’autre. Ce qui n’est peut-être pas le but ?

En tant que thérapeute, de couple en particulier, je vois la chose se passer devant mes yeux, ou en individuel, j’en entends des vertes et des pas mûres sur certains de mes chers collègues dont le conjoint vient consulter (seul souvent). Pas de jugement et plein de compassion pour nous, mais l’époque est favorable pour que nous sortions du bois. Comme les endives, les jeux de pouvoir prospèrent à l’ombre, et les exposer à la lumière sont une chance de s’en libérer.

Pour vous amuser, imaginez un couple de deux théraputes occupés à démontrer à l’autre toutes ses fautes, à l’aide de tous les outils de la psychologie, de la psychanalyse et j’en passe… Ça pourrait faire un bon film.

Du genre (en anglais):

On se méfie ou on se moque volontiers des psys. On peut se demander pourquoi ?

Les thérapeutes sont souvent moqués dans les films, comme pour mieux les ramener à leur dimension ordinaire et humble, les faire descendre et revenir dans leur humanité et leur vulnérabilité. Les psys sont souvent des paumés, des esquintés de la vie, qui deviendront champions pour les autres, pour un jour peut-être comprendre leur propre besoin en attente de guérison.

Un psy qui se veut professionnel et responsable sera donc supervisé, participera à des intervisions, fera du travail sur lui-même dans des stages, des thérapies et des formations personnelles.

Ceci peut être un bon critère de sélection, lorsque vous cherchez à consulter un psy…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1]  Le mouvement pervers narcissique se définit essentiellement comme une façon organisée de se défendre de toute douleur et contradiction internes et de les expulser pour les faire couver ailleurs, tout en se survalorisant, tout cela aux dépens d’autrui. Wikipedia – Paul-Claude Recamier, 1986

 

Stephen Vasey

Stephen Vasey

Stephen Vasey est sociologue, travaille à Lausanne comme Gestalt-thérapeute en consultation individuelle et couple. Anime des séminaires sur la relation et la sexualité des couples, d’autres sur la colère saine. Auteur du livre « Laisser Faire l’Amour ». www.therapie-de-couple.ch

3 réponses à “LE THERAPUTE

  1. Votre article fait écho à une expérience que j’ai vécu en tant que cliente dans le cadre d’une gestalt thérapie. J’ai connu la lune de miel (écoute, empathie, bienveillance) des débuts puis un détachement brutal : j’étais devenue envahissante. Un thérapute, coach, formateur, spécialiste de la relation qui maniait à la perfection la communication paradoxale. Des séances ponctuées de messages subliminaux, mensonges éhontés. J’ai résisté mais j’ai ressenti une souffrance inouïe, dévastatrice. Je ne parvenais pas à comprendre comment un homme, et qui plus est, un thérapeute puisse agir de la sorte. J’ai cru devenir folle envahie par des idées suicidaires. Un thérapute dans la toute puissance qui me réduisait à devenir un être de souffrance, dépendante. Une souffrance qu’il attribuait à mon passé (“c’est la petite fille qui souffre”) et à une situation familiale compliquée (facile !). Des paroles douces et bienveillantes associées à des propos durs, amers, des contes, et sous-entendus…. J’étais médusée ! Je lui ai demandé les raisons de ses agissements mais il s’est toujours réfugié derrière le cadre déontologique. “Vous êtes libre, je ne vous dois rien”. J’ai résisté et finalement j’ai décidé de ne plus poursuivre pour ne plus l’entretenir (double sens du terme). Une fuite, le besoin de me protéger, de me détacher. Aujourd’hui je reste dans l’incompréhension. J’ai le sentiment d’avoir été à la fois complice malgré moi, la proie d’un séducteur, manipulateur. Une douleur sourde m’accompagne, je me suis trompée, j’ai été trompée. L’agir d’un thérapute – Charles Atan. Un agir qui n’est autre que de l’abus de faiblesse. Prise dans un piège où ma parole ne vaut rien : la cliente est fragile. Une gestalt thérapie qualifiée d’inachevée mais qui en réalité démontre un instinct de survie !

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