“J’ai mal à l’épaule, c’est grave, docteur”? Ca dépend….de vous

Une étude a exploré les facteurs qui prédisent l’amélioration des douleurs d’épaule lors d’un traitement en physiothérapie.

Imaginez que votre médecin ou thérapeute vous réponde ainsi, lorsque vous consultez pour une douleur à l’épaule de quelques semaines, et qui se manifeste de manière surtout quand vous l’utilisez. “Je vous prescris de la physiothérapie, car il sera important de bouger et tonifier votre épaule et sa musculature, mais vous devez savoir que vous êtes le meilleur acteur de votre guérison”. Belles paroles, mais on peut de demander quel est le rôle du soignant dans la démarche.

L’épaule constitue un motif de consultation assez fréquent, près de 20% des plaintes de l’appareil locomoteur chez les personnes après 50 ans. Et le plus souvent, le traitement ne nécessitera pas l’intervention d’un chirurgien, mais un traitement fonctionnel. Il vise à récupérer la fonction optimale de l’épaule, c’est-à-dire sa mobilité sans douleurs, et une force suffisante pour les activités du quotidien ou sportives. Les modalités thérapeutiques sont nombreuses, et il n’est pas toujours évident de savoir lesquelles sont vraiment les meilleures à moyen et long terme. D’où la multitude d’approches existantes: traitements contre la douleur (médicamenteux ou autres), thérapie active (vous faites des exercices) ou passive (on s’occupe de votre problème sans vous demander d’effort personnel).

Mais finalement, on ne sait pas vraiment quels sont les meilleurs facteurs de prédiction d’amélioration satisfaisante du problème à long terme. Voyons cela de plus près.

L’ÉTUDE

1030 patients avec des douleurs à une épaule (sans traumatisme) ont été inclus.1 Ces personnes ont été référées à un centre de physiothérapie, où des mesures initiales ont été effectuées: divers questionnaires sur la fonction de l’épaule et sur l’impact du problème dans les gestes du quotidien. 772 d’entre eux ont répondu à ces mêmes questions de manière complète 6 semaines et 6 mois plus tard, soit 75% de la population de départ. Ceux qui n’ont pas répondu, et ont été perdus de vues, avaient tendance à manquer plus de séances de traitement, être physiquement moins actifs et être plus jeunes.

Quels sont les facteurs de départ qui permettaient en partie de prédire la bonne évolution du problème?

  1. Les scores de fonction et de douleurs moins graves au départ (ce qui paraît logique, si l’atteinte était moins sévère, l’évolution aura tendance à être plus favorable).
  2. Les attentes du patient de récupération complète avec le traitement de physiothérapie.
  3. Une capacité individuelle de gestion de la douleur plus élevée.
  4. Réduction de la douleur par les mouvements assistés du thérapeute (mobilisation/stabilisation de l’omoplate avec le mouvement).
  5. Situation professionnelle d’emploi (ou en études), comparé à l’absence d’activité.

De manière intéressante, certains signes cliniques classiquement évalués par les soignants, comme la raideur ou le manque de mobilité de l’épaule (rotation externe), ou encore les douleurs à la nuque, n’étaient PAS associés à l’évolution à 6 mois. Et un autre point pour le moins perturbant pour les soignants (physiothérapeutes): leur impression du potentiel de guérison, donnée après la première séance de traitement, n’était pas corrélée au succès effectif pour le patient. De quoi se poser des questions sur nos (les soignants) capacités à prédire qui va aller bien avec les traitements prodigués.

CE QUE CELA NOUS DIT

Premièrement, que les patients ont un pouvoir certain et unique sur l’évolution de leur problème. La confiance dans le traitement et l’attente placée dans celui-ci est primordiale.

Deuxièmement, que la notion de gestion de la douleur est essentielle: le médecin peut aider à la diminuer au départ, le physiothérapeute peut renforcer la confiance dans les mouvements sans douleurs, et la gestion propre du patient de sa douleur forment le trio gagnant.

Troisièmement, les facteurs psychologiques ne doivent pas forcément être figés. Il est possible d’accompagner une personne avec ce type de douleurs de manière à renforcer la confiance propre, et donner des outils de gestion nouveaux. D’une part, le langage utilisé doit être rassurant et positif, d’autre part, la prise en charge pourrait être optimisée en travaillant ces aspects psychologiques dès le départ.

Dans le domaine des soins aux athlètes, on commence à reconnaître le rôle significatif de l’approche en psychologie du sport, de sorte que l’on tente d’intervenir dans ce sens. Le retour au sport (correspondant ici au retour à l’usage normal de son épaule) n’en est que meilleur et durable. Notre système de soins n’a semble-t-il pas encore intégré ceci complètement, car la prise en charge interdisciplinaire qui verrait l’intervention d’un(e) psychologue dans le suivi en physiothérapie n’est pas remboursable actuellement. C’est bien dommage, car en ces périodes de sempiternelles interrogations sur les coûts de la santé, on devrait parfois s’interroger non sur le rationnement, mais sur l’efficacité des ressources engagées.

Pour conclure, il appartient à chacun d’entre nous d’être acteur de ses soins, en comprenant le rôle facilitant de chacun et surtout l’importance de l’état d’esprit positif nécessaire.

RÉFÉRENCE

  1. Chester R et al. Psychological factors are associated with the outcome of physiotherapy for people with shoulder pain: a multicentre longitudinal cohort study. British Journal of Sports Medicine 2018;52:269-75. http://dx.doi.org/10.1136/bjsports-2016-096084
Boris Gojanovic

Boris Gojanovic

Boris Gojanovic est médecin du sport à l'Hôpital de La Tour à Meyrin (GE). Son credo: la santé pour et par le mouvement. Sa bête noire: l'immobilisme. Il s'occupe de tous ceux, jeunes ou moins jeunes, sportifs ou non, qui pensent que bouger mieux les mènera plus loin. Il espère être un facilitateur, tout en contribuant au transfert et à l'échange de connaissances, tant dans la communauté que dans les auditoires.

4 réponses à ““J’ai mal à l’épaule, c’est grave, docteur”? Ca dépend….de vous

  1. J’en témoigne. Encadré par le Dr.Grosclaude de LaTour et mon physio Marc Brunold à Sion depuis 1 an, je récupère mon épaule à force de travail de renforcement ciblé, d’un accompagnement physio et surtout d’une très bonne communication avec mes thérapeutes.
    J’étais dépité en septembre persuadé que j’allais droit à l’intervention chirurgicale jusqu’au jour ou le Dr. m’a dit, « non, je suis persuadé que tu retrouvera ton épaule avec du renforcement et les gestes du physio » le physio à soutenu le même laguage. Ce fut un déclic et depuis, je travail d’arrache pied en salle, en piscine et avec mon physio et le résultat est là. J’ai bannis l’opération dans ma tête et je continu de me battre. Je peux à nouveau nager et c’est déjà un succès.

  2. Aïe aïe aïe, c’est bien ce que je craignais. J’ai des douleurs depuis trois mois à l’épaule gauche (trop de sport par rapport à mes capacités) et ma chiropracticienne me dit “il faut écouter votre corps”. Il semble donc qu’elle ait raison : il y a plein d’approches possibles et on ne sait pas ce qu’il faut faire a priori. C’est frustrant, j’aimerais qu’on me donne une marche à suivre pour que je puisse reprendre le sport le plus rapidement possible…

    1. Bonjour,
      Oui il existe différentes approches possibles. Nous avons l’habitude de faire une évaluation basée sur la fonction, et l’historique du problème pour en comprendre la dynamique et les causes potentielles (trop d’activité inadaptée?). Dans l’étude en question, toutes les personnes bénéficiaient d’un suivi en physiothérapie avec un programme d’exercices adapté à leur capacité et progression.
      Cela ne veut pas donc dire qu’il suffit d’écouter et d’attendre, mais qu’avec un processus d’accompagnement clair, il est impératif que la confiance dans ce processus soit présente.
      Boris Gojanovic

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