Télétravail, vidéoconférences, voyages d’affaires… Que restera-t-il après le Corona ?

Que restera-t-il des nouvelles habitudes que nous avons adoptées durant cette crise ? Sur les réseaux sociaux, il y a ceux qui parient sur un rapide retour à la normale, aux week-ends Easyjet, à la bise que l’on claque à tout bout de champ. Une fois les risques écartés tout reviendra vite comme qu’avant, nous promettent-ils.

Et il y a les autres, ceux qui estiment que ces nouvelles pratiques vont s’installer durablement. Qu’un pareil fait social, total, nous transformera tous un peu, forcément.

Ce satané virus aura dans tous les cas réussi à faire bouger les lignes dans de nombreux domaines en un temps record. C’est le cas dans les entreprises qui ont connu une accélération sans précédent dans leur numérisation, avec des répercussions dans le quotidien de tous les collaborateurs.

Le télétravail est enfin pris au sérieux

Il aura donc fallu une pandémie pour que l’on prenne au sérieux le télétravail. Les dirigeants ont en enfin saisi les avantages, sûrement en découvrant l’augmentation significative de la productivité en Suisse durant la crise. Ainsi, près de la moitié des PME qui ont introduit le travail à distance affirment vouloir le maintenir.

Ce mode de travail a longtemps été freiné par le présentéisme, tenace dans nos contrées, et à cause d’un malentendu: celui de croire que le progrès serait de télétravailler à temps complet. Ses partisans ont pourtant toujours défendu l’idée du télétravail à temps partiel, de un à trois jours par semaine par exemple.

Fort de cette expérience, une majorité de personnes disent vouloir poursuivre le télétravail après cette période hors-norme. Un retour en arrière serait d’ailleurs difficilement compréhensible alors que les entreprises prétendent s’engager en faveur de l’environnement.

Le boom de la visioconférence

Avec l’essor du travail à distance, les applications de visioconférence comme Zoom, Microsoft Teams, Whereby ou encore Google Meet ont connu un taux d’utilisation inédit pendant ce Grand confinement.

Les entreprises ont maintenant compris que la majorité des réunions de travail peuvent être réalisées à distance. Avec à la clé des économies substantielles et des employés plus heureux de gagner en flexibilité dans l’organisation de leurs journées. Sans compter la planète qui nous remercie.

Certes, une fatigue peut à la longue se faire sentir à échanger continuellement via écrans interposés, mais la situation que nous avons vécue était unique; un rééquilibrage va naturellement s’opérer entre meetings virtuels et des rencontres bien physiques que l’on privilégie pour les négociations les plus sensibles, ou lorsqu’il s’agit de résoudre des problèmes d’abord humains. Quoiqu’il en soit, la réunionite restera un fléau, avec ou sans technologie.

La messe est dite pour les business trips ?

Va-t-on observer à l’avenir une baisse drastique des voyages d’affaires ? Les entreprises semblent découvrir avec surprise, et bien tardivement, que les déplacements professionnels sont en grande partie remplaçables par des visioconférences.

Je crois qu’ils ont été longtemps motivés pour de mauvaises raisons et voilà un secret de polichinelle: les voyages professionnels permettent de récolter des points de fidélité (des Miles) qui sont ensuite fréquemment utilisés à titre privé, tranquillos avec la famille. Une pratique répandue et tolérée par nombre d’entreprises et parmi les plus grandes. Je sais que l’idée d’abandonner ce genre de privilège a pu entraîner des levées de boucliers jusque dans les directions générales de multinationales…

Les enjeux climatiques ne toléreront sans doute plus l’hypocrisie de ce «tourisme d’affaire», au grand dam des compagnies aériennes et de toute une économie qui leur est dédiée.

Exit la bise (et la poignée de main ?)

En coulisses, il semblerait que la «mort de la bise» arrange beaucoup de monde et notamment dans un contexte professionnel où elle suscite plus souvent l’embarras que la franche adhésion. Cela dit, la relation à la bise est quelque chose de culturel et son acceptation varie d’un pays à l’autre et selon les régions.

Si le retour de la poignée de main, ce symbole de paix entre les hommes, apparait plus probable, elle provoque cependant déjà des situations embarrassantes: comment faudrait-il réagir lorsqu’un supérieur hiérarchique, ou un client, vous tendent la main (ou la joue) et que cela va à l’encontre de vos convictions, de vos principes de précaution ?

Quant aux solutions hydroalcooliques, elles pourraient bien perdurer dans les bureaux et les lieux d’aisance; cette pandémie nous a aussi fait prendre conscience du mode de transmission de toutes les maladies.

Quand le coronavirus leur sort par le nez

Aux portes de notre pays, 16 60 millions de personnes viennent d’être placées en quarantaine. Du jamais vu, mais en même temps j’entends monter l’agacement : «ce n’est qu’une grippe comme les autres….», «je n’en peux plus de ce #coronavirus dans les médias…», etc.

Dans ma tribu, il a toujours été de bon ton d’afficher son anticonformisme lorsque survient un phénomène de masse. Sauf qu’il ne s’agit pas cette fois-ci de supporter le dernier tube de Shakira, mais quelques principes de précaution susceptibles de sauver des vies.

A l’échelle de la planète, ce sont quelques dizaines de millions de personnes qui seront en sursis ces prochaines semaines. Leur sort dépend – en partie – des comportements que nous adoptons maintenant. Ou pas.

Dans une époque où chacun croit ce qu’il a envie de croire, il me parait inconcevable de ne pas appliquer collectivement ces précautions. Du mieux possible, et sans pour autant devenir une bande de toqués. Ni de moutons.

Surtout quand les seuls qui doutent sur la question sont d’éminents spécialistes médicaux ou scientifiques (mais jamais les nobels en science infuse que l’on croise sur les réseaux sociaux).

Les personnes à risques, votre grand-père, tous les «fragiles» vous remercient déjà du fond du coeur (et des poumons) pour votre aimable contribution.

«Liker» un contenu haineux est désormais punissable en Suisse

En Suisse, «Liker» un contenu à caractère haineux ou diffamatoire est désormais punissable pénalement (si un clic l’a rendu visible à d’autres personnes).

Dans son arrêt, le Tribunal Fédéral envoie un signal fort qui place la Suisse dans les nations pionnières en matière de responsabilité individuelle sur les réseaux sociaux. Une décision qui n’est d’ailleurs pas passée inaperçue à l’international.

De nombreuses voix s’élèvent pour demander une régulation des plateformes comme Twitter ou Facebook. Mais ce dernier (qui fête ses quinze ans) n’atteindra sans doute jamais l’âge de maturité qui lui permettrait de s’autoréguler, car cela reste d’abord un problème de volonté.

Alors aussi puissants soient-ils, ces réseaux sont avant tout des outils de communication et d’expression placées dans les mains de leurs utilisateurs. Bien que numériques, ils ne peuvent demeurer éternellement des zones de non-droit exemptés de tous devoirs.

La Suisse franchit le pas en considérant qu’un clic n’est pas anodin et qu’il peut, dans certaines circonstances, porter des soupçons accusateurs sur quelqu’un, atteindre à l’honneur ou encore discriminer une communauté.

Une simple pression de l’index – un clic – qui est susceptible d’entraîner les mêmes conséquences aux yeux de la loi qu’un salut fasciste, une quenelle ou un discours raciste. Ceux qui le pratiquent comme un doigt d’honneur tendu pourraient désormais y réfléchir à deux fois.

Google enterre les cookies (et se débarrasse au passage de la concurrence)

Google a annoncé la fin imminente de l’acceptation des cookies en provenance de sites tiers sur son navigateur Chrome. Est-ce là un pas en direction d’une meilleure protection de la sphère privée ou plutôt un habile coup pour renforcer une position déjà hégémonique sur le marché de la publicité en ligne ?

Rappel: qu’est-ce qu’un cookie ?

Un cookie est un petit fichier informatique que le navigateur vient déposer sur votre ordinateur lorsque vous visitez un site web.

Il en existe 2 types : 

  • Le cookie propriétaire, déposé par le site que vous visitez, la plupart du temps pour assurer son bon fonctionnement (maintenir une connexion active, conserver le contenu d’un panier d’achat, etc.)
  • Le cookie tiers, déposé par une entité tierce (comme Google ou Facebook), la plupart du temps à des fins de reciblage publicitaire.

Qu’est-ce que le reciblage publicitaire ?

En voici le principe, par un exemple.

Vous avez regardé plusieurs paires de chaussures sur le site de vente Zalando, mais vous n’êtes pas encore prêt(e) à passer à la caisse.

Vous allez ensuite apercevoir ces mêmes chaussures dans des publicités un peu partout sur internet, comme si elles vous suivaient à la trace… Ca vous rappelle quelque chose ?  

En parcourant le site de Zalando, votre navigateur a reçu un cookie tiers généré par la plateforme publicitaire Google Ads. Lorsqu’ensuite vous visiterez d’autres sites qui accueillent des espaces publicitaires gérés par Google, vous verrez à nouveau apparaître les même escarpins. 

Google annonce la fin des cookies tiers dans son navigateur Chrome 

Tout a démarré avec les initiatives en faveur de la vie privée, telles que le règlement européen sur la protection des données (RGPD). Celles-ci soumettent notamment l’utilisation des cookies à l’acceptation préalable de l’internaute lors de sa première visite sur un site.

Apple avait saisi l’occasion de se démarquer de la concurrence avec son navigateur Safari, en faisant de la protection de la vie privée un nouvel argument marketing. Safari fut ainsi le premier à bloquer les cookies tiers, espérant devenir un modèle dans la protection des données et attirer de nombreux utilisateurs échaudés par les récents scandales en la matière.

Il a ensuite rapidement été suivi par l’outsider Firefox. 

Cette semaine, c’est donc au tour de Chrome de suivre le mouvement. Ce qui ne manque pas de nous interroger sur les motivations de Google, le leader avec 70% de parts de marché.

Un changement sans véritable impact pour les consommateurs 

Le reciblage publicitaire ne va disparaitre pour autant.

Les cookies sont depuis longtemps sur la sellette et les GAFA n’ont pas attendu l’heure d’une réglementation pour élaborer d’autres techniques de suivi comme le fingerprinting.

Google et Facebook sont les seuls à disposer de bases de données gigantesques, constituées de plusieurs milliards d’utilisateurs qu’ils connaissent parfaitement grâce à un profilage systématique.

Comment procèdent-ils? En nous identifiant lors de l’utilisation des services gratuits auxquels nous sommes connectés en permanence: Gmail, Google Maps, le navigateur Chrome, etc. Sans compter les propriétaires des smartphones qui fonctionnent sous le système d’exploitation Android, soit plus de 9 utilisateurs d’appareils mobiles sur 10 dans le monde

Rien de bien nouveau: en utilisant des produits «gratuits», c’est nous qui sommes le produit (on se souvient du fameux mantra de l’économie numérique).

Mais qu’est-ce qui change alors avec cette annonce ?

Google est, l’air de rien, en train de tuer la concurrence 

Pour les acteurs de la publicité numérique, l’abandon des cookies tiers est vécu comme un tsunami. La majorité de ceux-ci ne disposant pas des services de l’ampleur de ceux de Google ou Facebook.

Prenons l’exemple du Français Criteo, une entreprise spécialisée dans le reciblage publicitaire. Son cours s’est aussitôt effondré à la bourse après l’annonce de GoogleElle propose en effet aux propriétaires de sites web d’installer un cookie tiers, pour recibler les visiteurs qui n’auraient pas effectués une action déterminante sur leur site (par exemple une demande de contact ou un achat en ligne). 

Criteo est une alternative à Google comme il en existe d’autres. Sauf que son modèle d’affaire repose historiquement sur l’usage des cookies tiers. Leur tentative de résistance, sous la forme d’une ultime «bidouille» parait fort limitée et sans doute éphémère. 

Si les cookies tiers disparaissent, les acteurs de la publicité numérique auront vraisemblablement de la peine à survivre. Ce qui pourrait logiquement faire les affaires de Google qui s’arrogera inévitablement une plus grande part du gâteau publicitaire.

Alors, l’abandon des cookies tiers est-il au final une aubaine pour Google ? Probablement, d’autant plus qu’ils ne sont pas à l’origine de ce mouvement et peuvent dès lors faire mine de se plier aux nouvelles pratiques de l’industrie et à la réglementation naissante.

Les incitations au respect de la vie privée ne font que renforcer les GAFA

Au final, il semble que toutes les initiatives visant à augmenter le respect de la vie privée ne font que renforcer les GAFA.

Ceux-ci sont les seuls à disposer d’écosystèmes comptant plusieurs milliards d’utilisateurs connectés en permanence à leurs services. D’un côté nous avons Google avec Gmail, Google Chrome, Google Maps, Youtube. Et de l’autre côté Facebook avec aussi Instagram et WhatsApp. Mais Google a l’avantage de pouvoir capitaliser sur les données de tous les propriétaires de smartphones sous Android, ainsi que des billions de signaux provenant de son outil de mesure Google Analytics.

Quelle ironie, notamment si l’on se rappelle que le règlement européen RGPD existe aussi pour tenter de freiner la domination absolue des GAFA. 

Un marché de la publicité numérique plus concentré que jamais

Google, Facebook et (de manière croissante) Amazon dominent toujours plus le marché de la publicité numérique.

Et leur leadership n’est pas prêt de s’arrêter: en plus des utilisateurs et de leurs données, ils ont une longueur d’avance dans le développement des algorithmes intelligents (qui se nourrissent de ces données pour progresser).

Une intelligence artificielle qui est en théorie capable d’identifier des utilisateurs uniques, sans même qu’ils se soient inscrits à des services

Avec une telle avance, il est difficile d’imaginer comment l’insolante domination des GAFA pourrait être remise en question dans un avenir proche, si ce n’est par la volonté d’une action politique. 

 

A écouter sur le même sujet: l’interview de Bruno Guyot à l’émission Forum (RTS) du 15 janvier 2020

J’ai testé Revolut, la révolution annoncée des services bancaires

On entend beaucoup parler de la monnaie virtuelle de Facebook (la Libra) depuis ce printemps. Elle est cependant menacée par des projets de régulation et on ne sait si elle déferlera un jour sur l’économie mondiale. En attendant, c’est l’application Revolut qui doit donner des cheveux blancs aux banquiers traditionnels. Lancée à Londres en 2014 par deux ex du Crédit suisse, elle a conquis quelques 5 millions de clients en Europe et cela presque sans publicité, portée par l’enthousiasme de ses utilisateurs et le bouche-à-oreille. Revolut a construit sa réputation en proposant des services bancaires sans facturer de frais ou de commissions sur la plupart des opérations.

Une application convaincante

Lors de ma première utilisation – tout se passe via l’application mobile – je suis séduit par l’interface qui est d’une grande clarté et qui ne ressemble pas vraiment à une plateforme bancaire. Ouvrir un compte virtuel s’avère d’une simplicité déconcertante (il faut néanmoins fournir une preuve d’identité comme une photo passeport). Ensuite, c’est un jeu d’enfant de transférer de l’argent ou d’échanger des cryptomonnaies avec son smartphone. Un environnement ludique que l’on pourrait à la limite trouver pernicieux, s’agissant d’argent bien réel.

Une version payante rentable à l’étranger

Je souscris assez rapidement à l’offre payante pour bénéficier des avantages réservés aux détenteurs de la carte «Metal» , facturée 160 CHF par année. En plus de l’envoi et de la réception d’argent, elle permet d’échanger des cryptomonnaies, d’effectuer des retraits aux distributeurs de billet dans le monde entier (jusqu’à 600€ par mois sans frais), donne l’accès à un concierge virtuel, à des assurances (dégâts smartphone, médicales, pertes de bagages), offre un cashback immédiat (remboursement) de 0,1 à 1% sur les dépenses et promet un accès facilité aux salons des aéroports.

Mais est-ce cher payé? En ce qui me concerne, mon investissement de départ a été amorti en moins de 3 mois (et surtout après 3 voyages).

Revolut a désormais remplacé l’usage de mes cartes de crédit traditionnelles pour toutes les transactions en monnaies étrangères, et pour cause: contrairement à ma banque traditionnelle qui me charge 1,75%, il n’y a chez Revolut pas de majoration sur les taux de change, ni frais de transaction; ainsi seul le cours interbancaire est appliqué lors d’un achat à l’étranger.

Lors d’un séjour à San Francisco, j’ai également reçu un cashback de 1% sur toutes mes dépenses, y compris pour une note d’hôtel de plusieurs milliers de dollars.

En supprimant les frais de traitement sur les transactions en monnaie étrangère, Revolut met en quelque sorte fin à ce qu’on pourrait appeler le «roaming bancaire».

Il est piquant de constater que PayPal, le vétéran des plateformes de paiement en ligne, se voit lui aussi «disrupté» par Revolut. Lors d’une commande en ligne effectuée sur un site en Angleterre, j’économise 8,50 CHF sur une commande de 176 CHF en payant en directement en Livre Sterling avec ma carte noire-métal. C’est bien plus intéressant que la conversion en francs suisses qui m’était proposée par PayPal.

Et comment ajoute-t-on de l’argent à son compte Revolut? Deux possibilités: en effectuant un virement à partir d’un compte bancaire classique (à un n° IBAN, en l’occurence en Suisse) ou plus étonnant, en débitant une carte de crédit standard sans frais additionnels (expérience faite avec mon émetteur de carte, mais ce n’est apparemment pas le cas chez tout le monde!). Dans le second cas, l’avantage réside dans le transfert instantané du montant sur son compte Revolut, ce qui est fort pratique lorsqu’on souhaite recharger son compte à sec, par exemple au moment où l’on s’apprête à effectuer un règlement dans une boutique.

L’ouverture à Apple Pay: la seconde révolution

Pour nous autres en Suisse, Revolut fait sauter un verrou en autorisant l’utilisation d’Apple Pay pour les paiements sans contact. Les acteurs bancaires helvétiques ont tout fait pour barrer la route à la pomme et imposer leur propre service (TWINT). Mais voilà qu’elle arrive sur le marché par la porte de derrière, avec Revolut.

Dernièrement, c’est avec mon Apple Watch (Revolut + Apple Pay) que j’ai effectué la majorité de mes paiements dans des établissements physiques: restaurants, hôtels, cafés, magasins, stations-service, paillotes de plage, etc. Le taux d’acceptation de ce moyen de règlement a été très élevé: 100% à San Francisco et à Londres, environ 90% lors de mes vacances en Corse cet été (c’est tellement pratique de se promener sans argent liquide à la plage, sans même une carte de crédit ou un smartphone).

L’expérience d’achat avec l’Apple Watch a quelque chose de quasi magique, notamment pour ceux qui n’ont en jamais entendu parler; un restaurateur corse qui découvrait ébahi ce moyen de paiement m’a demandé «où j’avais garé ma soucoupe volante»  ?.

Un avenir pourtant incertain

Revolut ajoute régulièrement de nouveaux services, avec apparemment l’idée de toujours changer la donne. Si l’achat et la vente de cryptomonnaies sont déjà d’actualité, il est désormais possible de boursicoter pour se constituer un portefeuille d’actions avec l’application (toujours sans frais). Quelle est la révolution ici? L’option d’acheter des fractions de valeurs boursières, démocratisant l’accès à des titres onéreux comme ceux d’Amazon ou Apple.

Revolut ne va sans doute pas s’arrêter en si bon chemin et l’on peut raisonnablement imaginer qu’ils revisiteront à leur manière l’intégralité des services bancaires classiques (prêts, hypothèques, etc.). A moins qu’ils ne soient d’ici là rattrapés par les rumeurs de liens avec la Russie, susceptibles de compromettre leur licence bancaire européenne?

 

Note: Revolut appliquerait une légère majoration sur les échanges de monnaie durant les week-ends. Bon à savoir!

Pourquoi on ne peut échapper au profilage des géants du net

Vous faites partie de ces personnes réfractaires aux réseaux sociaux et vous n’avez aucun profil sur Facebook, Instagram ou Linkedin? Que ce soit par conviction ou comme un principe de précaution pour préserver votre vie privée, les scandales à répétition vous ont peut-être donné raison: le bénéfice du doute est désormais révolu pour les géants du net.

Mais si vous croyez passer entre les filets en fuyant leurs services en ligne, détrompez-vous: il est quasiment impossible de se soustraire au profilage des GAFA. Si ce ne sont pas vos propres données personnelles qui vous ont trahi, vous aurez été démasqué par celles de vos proches et de vos connaissances…

Les non-utilisateurs sont aussi identifiés, traqués

Facebook est capable de dresser le portrait «virtuel» des non-utilisateurs de ses plateformes. Ainsi, si vous n’y êtes pas présent, il y a de fortes chances qu’une majorité de vos connaissances soit inscrite sur Facebook/Instagram, WhatsApp ou encore sur Gmail. Dès lors, votre numéro de téléphone et votre e-mail auront été capturés par ces applications mobiles qui sont programmées pour siphonner le carnet d’adresses de chaque utilisateur, et donc vos données qui se trouvaient certainement dans les appareils de vos amis.

Avec d’autres techniques comme le pixel tracking, le réseau social parvient à profiler les internautes bien au-delà des 2,7 milliards de membres que comptent Facebook, WhatsApp et Instagram réunis. La fiabilité du procédé est redoutable si l’on pense que nos numéros de téléphone et adresses e-mail fonctionnent comme des identifiants uniques, au même titre que notre numéro de passeport.

Boycotter les services en ligne des géants du net pour éviter d’être profilé s’avère vain. Même en ne figurant sur aucun réseau social, en fuyant leurs systèmes de messagerie, en utilisant des alternatives au moteur de recherche de Google ou à Gmail; les plateformes peuvent recomposer les chaînons manquants dans leur base de données à partir des autres utilisateurs. Un enfant de 4 ans parvient à terminer un puzzle d’un millier de pièces s’il n’en reste que quelques-unes à placer et si on lui indique encore quelle pièce est voisine de l’autre. Ce jeu-là ne présente aucune difficulté pour une intelligence artificielle avec de grandes quantités de données.

Au final, les GAFA ont certainement cartographié les connexions sociales de toute la population occidentale, et c’est sans précédent dans l’histoire.

Nos photos sont des passeports biométriques

Un autre point contribue à rendre irréaliste l’anonymat numérique: les photographies de nous-mêmes qui ont été aspirées par les moteurs de recherche et transférées ou stockées dans le cloud. Il suffit d’une seule photographie publiée sur le net dans les vingt dernières années, associée avec son nom dans une légende, pour que l’on puisse être identifié pour l’éternité par les techniques de reconnaissance faciale (des progrès notables sont prévisibles à court terme dans ce domaine).

Aviez-vous utilisé votre plus beau portrait pour votre profil Linkedin? Et quid de cette photo publiée il y dix ans dans un quotidien régional, lorsque que vous participiez innocemment à la course à pied du village? Dans sa forme numérique, un article de presse n’a plus rien d’éphémère; il ne finira plus avec les épluchures de légumes mais résidera pour toujours dans le ventre d’un moteur de recherche.

Connaissez-vous le site web PimEyes.com? Il permet de rechercher une personne sur le web à partir d’un simple cliché, pourquoi pas pris à l’insu d’une personne dans le métro. S’il se révèle encore moyennement efficace, les GAFA disposent eux des données et des algorithmes pour rendre le procédé quasi infaillible.

Et si vous avez réussi à rester invisible dans les moteurs de recherche d’images, il est probable qu’un membre de votre famille ou une connaissance vous ait «tagué» dans une application de photo (par ex. Lightroom, Google Photos, Apple Photos, etc.) ou sur un réseau social. Votre image avec ses caractéristiques biométriques appartiennent dorénavant aux géants du net, sans aucune transparence sur l’usage qu’ils en feront.

Du capitalisme de surveillance à l’autocratie robotisée?

Les GAFA, biberonnés avec nos données, se conduisent comme des grands gamins immatures qui utilisent leurs pouvoirs de Big Brother à des fins économiques.

Des garde-fous doivent être érigés pour éviter le dérapage de ce capitalisme de surveillance vers une société de surveillance, qui n’attendrait qu’un basculement géopolitique pour être validée. Le glissement graduel des plus grandes nations vers l’autocratie ne sont pas les signaux les plus rassurants.

 

«Croire qu’une société cotée puisse internaliser le bien social dans ses choix stratégiques, et accepter, sans y être forcée, de freiner le développement de ses recettes pour améliorer le bien-être commun est un pari déraisonnable. À l’inverse, l’histoire récente montre qu’une menace coordonnée de régulation à l’encontre des géants du net peut être aussi efficace qu’un texte imposé.»

La civilisation du poisson rouge, Bruno Patino (Ed. Grasset & Fasquelle)

Sans but précis un algorithme restera stupide

L’un des problèmes avec l’intelligence artificielle réside dans la difficulté à transmettre les bons objectifs à la machine. C’est pourtant un élément clé pour son utilisation, alors qu’elle n’est nullement dotée de ce que nous appelons le «bon sens commun» pour déduire ce qui est important et ignorer ce qui ne l’est pas. Sans but à atteindre, un algorithme demeurera stupide!

C’est un principe aussi important que la quantité de données que nous mettons à disposition de l’IA pour son autoapprentissage ou encore la qualité des algorithmes.

Pour l’illustrer autrement qu’avec le jargon de mon domaine du marketing numérique, je vais vous raconter une anecdote personnelle que chacun pourra expérimenter avec son smartphone.

J’utilise l’application Apple Musique pour écouter de la musique en streaming. Comme son rival Spotify, elle recourt à l’intelligence artificielle pour apporter des recommandations et faciliter les recherches.

Chaque semaine, l‘application me propose une playlist avec les nouveautés musicales qui sont censées me plaire. Cette liste je l’attends avec une certaine impatience, car grâce à elle j’ai déjà découvert de nombreuses perles musicales.

Mais voilà qu’un beau matin en écoutant ma liste hebdomadaire de recommandations, je tombe sur le titre Zuma Zoum de Patrick Sébastien :

Je peux vous assurer que j’ai zéro affinité avec l’oeuvre du chansonnier français. Mais comment un algorithme supposément intelligent est-il parvenu à me proposer cette chanson?

Non, ce n’est pas un bug informatique: l’algorithme intelligent est programmé pour atteindre un but prédéfini par un ingénieur (celui que j’appelle le dresseur d‘IA). Chez Apple, quelqu’un lui a certainement donné pour objectif de me proposer des morceaux similaires à ceux que j’écoute. Mais il se trouve que c’est un très mauvais choix: cela ne signifie aucunement que ce sont ceux-là que je préfère!

Heureusement, à la fin de l’histoire mon honneur est sauf et j’ai finalement compris pourquoi mon smartphone m’avait proposé cette rengaine de bal musette: j’ai une fille de cinq ans et cet été elle a invité ses camarades à la maison pour une petite fête. Les mouflets ont guinché sur de la musique dans le genre «Disco Kids». C’était donc ça, mais hélas le mal était fait: l’IA l’avait pris pour un signal de préférence personnelle et depuis, influencé par ces écoutes parasites, elle me propose sans vergogne des titres similaires. Une vraie plaie.

Et persévérant dans son erreur, il me propose également des «musiques pour la relaxation». C’est vrai que j’en écoute régulièrement en travaillant, mais le genre ne présente aucun intérêt musical pour moi et dès lors ce n’est pas la peine de m’en proposer dans une playlist de « découvertes musicales ».

Ce résultat est d’autant plus absurde qu’Apple connait mes morceaux préférés, j’en ai ainsi signalé plusieurs milliers par des ❤️ (j’aime) depuis une quinzaine d’années. Manifestement, chez Apple ils ne prennent pas en compte les bons signaux pour éduquer leur algorithme de recommandation. Ou en tout cas pas pour moi.

L’avènement de l’intelligence artificielle nous rappelle l’importance de fixer les bons objectifs et de les prioriser.

Si par exemple dans une entreprise les objectifs n’ont pas été clairement définis, s’ils sont ne sont pas connus de tous les collaborateurs ou s’il s’avère que les dirigeants ne sont pas alignés avec ces objectifs, il est fort probable qu’elle ne les atteindra jamais!

 

 

Tous dresseurs d’intelligence artificielle?

Lorsque nous nous penchons sur un problème pour le résoudre, nous n’avons pas conscience des millions de neurones qui s’activent dans notre cerveau. Ainsi, nous ignorons presque tout sur le fonctionnement de notre intelligence; d’où nous provient tel éclair de lucidité et quels sont les mécanismes qui régissent nos réflexions. Être méthodique, avoir un haut QI et être instruit peut certes aider, mais avant tout nous devons savoir ce que nous cherchons à élucider.

La boîte noire de l’intelligence artificielle

On découvre une étonnante similitude dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA): les chercheurs parviennent à mesurer l‘efficacité des algorithmes de machine-learning pour résoudre un problème, mais ils peinent à démontrer leur logique, à entrevoir ce qui pourrait ressembler à un«raisonnement» derrière le cheminement pris par la machine. En marche, la créature échapperait à ses créateurs.

Dans mon activité professionnelle, lorsque j‘interroge mes contacts chez Google sur certains comportements de la plateforme publicitaire Adwords, j’entends de plus en plus fréquemment: «Navré, on n‘en sait pas pourquoi cela fonctionne de cette façon». Et parfois d’avouer: «Avec le machine learning, personne ne sait en fait vraiment comment ça marche.»

«Des techniques d’autoapprentissage qui font penser à une nouvelle forme d’alchimie», raconte au magazine Science un chercheur en IA chez Google. L’IA fonctionne de manière plus empirique que mathématique et avance par des millions de tâtonnements successifs («computers learn through trial and error») jusqu’à atteindre sa finalité. Alimentée par un océan de données, elle s’oriente avec des signaux qui lui indiquent si elle est sur la bonne piste pour un succès, ou si au contraire elle s’en éloigne.

Dompter la machine pour qu’elle atteigne le but fixé

Comme nous autres, la machine restera improductive sans une mission précise, sans un cap qu’elle pourra garder dans son viseur. Les livres sur le management et le développement personnel rappellent l’importance de fixer des objectifs clairs et atteignables. Une étape incontournable avant de démarrer avec un plan d’action.

«Setting goals is the first step in turning the invisible into the visible.» — Tony Robbins

Vers des managers d’IA

Le rôle du manager d’IA consiste à définir les objectifs pour la machine, de s’assurer qu’ils sont les plus pertinents et vérifier qu’elle en fera le meilleur usage. Le cas échéant, il devra revoir ses objectifs ou prévoir des buts intermédiaires, par exemple si l’objectif initialement fixé se révèle trop élevé, hors d’atteinte d’un premier coup.

Sans intention préalable, la machine n’est capable d’aucun miracle technologique; elle échouera et encore plus rapidement que si les décisions avaient été humaines.

Alors que l’automatisation va transformer les métiers en profondeur, les écoles doivent former sans tarder les étudiants à devenir des coaches d’intelligence artificielle. Les entreprises ont désormais besoin de leaders qui savent intégrer, diriger et accompagner les cerveaux de silicium. Et, qui sait, un jour les inspirer.

«In a company, hundreds of decisions get made, but objectives and goals are thin.» — Ben Horowitz

SSR-Billag: et si le péril venait du budget des consommateurs connectés?

Attaché à la mission du service public dans le paysage médiatique, je voterai non à No Billag. Je crois pourtant que l’initiative a des chances d’être acceptée pour un argument quelque peu différent de ceux entendus jusque-là.

Le poste qui a décuplé en vingt ans dans le budget des ménages, c’est celui des coûts liés aux nouveaux médias et au numérique.

Dans les années quatre-vingt, l’abonnement à la télévision par câble marquait une première augmentation significative par rapport à ce que coûtait la seule télévision hertzienne.

Depuis l’émergence de l’internet à haut débit et du smartphone, le consommateur souscrit à une multitude de services et médias en ligne. Souvent pour un prix qui paraît dérisoire: une dizaine de francs par mois par-ci et par-là. C’est ainsi que la douloureuse gonfle progressivement. Insidieusement.

Le budget mensuel d’un foyer composé de deux adultes et de deux adolescents peut désormais ressembler à ça:

  • 1 abonnement de base Swisscom (S) Internet+TV, avec 4 abonnements de téléphonie mobile: 265 CHF par mois
  • 1 abonnement familial Spotify pour la musique illimitée: 19,90 CHF par mois
  • 1 abonnement Netflix HD: 15,90 CHF par mois
  • 1 abonnement Playstation Plus: 5 CHF par mois
  • 1 abonnement Apple iCloud (sauvegarde des données et photos 2TB): 10 CHF par mois

Total : 315 CHF par mois, soit 3’780 CHF par an.

A ceci, il faut ajouter le prix pour l’achat ou le renouvellement des smartphones pour chaque membre de la famille (cela fait un moment qu’un téléphone portable ne sert plus à téléphoner). Sans compter le coût des tablettes, des ordinateurs portables, des applications mobiles et autres jeux achetés au cours d’une année. Actuellement, ce sont les cours en ligne (bien sûr avec abonnement) qui sont en vogue: cours de langues, de cuisine, de programmation, de piano, de yoga, etc.

Le poste «média et numérique» peut apparaître aujourd’hui disproportionné au bilan d’une famille moyenne. Dans ce contexte, il est particulièrement risqué de venir lui demander si elle préfèrerait se passer d’une facture de 450 CHF pour Billag.

A l’heure où nombre de consommateurs doivent faire des choix économiques, ils adhéreraient certainement à une offre SSR qui ne serait pas au rabais, mais réaménagée ou sur un modèle à options. Car qu’on le veuille ou non, la consommation des médias «à la carte» s’est déjà imposée dans les esprits. Dommage que nous n’ayons pas de plan B, semblent-ils dire…

Mon expérience patient en 2035

Ce billet est celui d’un patient hyperconnecté qui imagine son rapport à la santé dans une vingtaine d’années.

7 Avril 2035, mon fils vient d’avoir 18 ans. Une notification fait vibrer ma montre: c’est mon médecin qui me propose une téléconsultation. L’indicateur principal sur mon état de santé vient de passer du vert à l’orange.

Mon assistant de santé personnel s’appelle Hector et c’est un produit de la division Google Health avec laquelle j’ai souscrit un abonnement Premium (celui avec un minimum de publicité).

Hector vient d’identifier un risque d’AVC. Heureusement pas pour tout de suite, mais il pourrait survenir dans une période estimée entre 8 et 12 ans. L’alerte est annoncée avec un taux de fiabilité de 93%; il n’y a pas de temps à perdre.

Hector me propose trois spécialistes pour m’accompagner (dont deux sont localisés dans ma ville). J’ai cependant préféré recevoir l’avis de mon médecin de famille qui a réagi rapidement; il est déjà installé dans mon salon via une projection holographique. Son ton se veut rassurant: « un traitement préventif associé à des modifications dans votre comportement alimentaire, des exercices physiques ciblés et de la relaxation seront capables d’endiguer la menace avec 86% de chances de succès ». Sournois et souvent détecté trop tard, cela m’aurait sans doute été fatal au siècle dernier.

Dopé à l’intelligence artificielle, Hector m’a instantanément préparé un programme sur mesure. Mon praticien le supervisera et m’assistera dans son application; je peux compter sur lui pour répondre à mes questions d’humain à humain, pour me guider et me motiver, sans prise de rendez-vous.

Quand la santé devient la première préoccupation du quotidien

Chaque matin au réveil, Hector me concocte un podcast personnalisé (ce que nous appelions jadis une « émission de radio »). Après la météo et les actualités, j’écoute le bulletin de santé du jour, avec un plan d’action pour les 24 prochaines heures. Il contient diverses mises en garde, des conseils nutritionnels (adaptés à l’état du stock de mon frigo). Il me suggère notamment des activités sportives accommodées selon la météo et mon emploi du temps, des conseils pour influer sur mon niveau de stress ou un sentiment de fatigue naissant. Il me dicte la posologie des éventuels médicaments à prendre au cours de la journée (une notification sur ma montre me le remémorera au moment venu).

En tout temps, il est possible de demander des explications ou d’interroger son conseiller de santé virtuel. Normal, Hector est un agent conversationnel; il comprend et parle un langage tout à fait naturel. Et en cas de doutes ou d’incompréhension, mon médecin se joindra à notre dialogue.

La santé n’a jamais occupé une place aussi significative dans notre quotidien, devenant la principale préoccupation chez les biens portants. Prendre soin de soi peut par moments être ludique, à la manière du jeu vidéo des Sims ou les Tamagotchis de mon enfance; ces personnages dont il fallait s’occuper et ne pas laisser mourir en surveillant quelques indicateurs.

La file d’attente du cabinet médical appartient au passé; comme d’ailleurs les journaux et les brochures commerciales qui jonchaient les salles d’attente. La consultation est moins associée à un état de santé défaillant ou à la maladie, mais elle a évolué en une sorte d’assurance vie, au sens littéral.

Au-delà d’un thérapeute, on va consulter l’équivalent d’un coach de vie. Ce guide humain, que certains considèrent comme leur « ange gardien » dans un monde dématérialisé et robotisé, m’aide dans mes démarches curatives. Il m’oriente dans la fabrication d’obstacles face aux maladies du vieillissement, afin d’inhiber la maladie d’Alzheimer, de repousser les limites de ma mort et des usures du corps. Pour au final profiter pleinement d’une espérance de vie inédite dans l’histoire de l’humanité.

Longtemps décrié par les professionnels de la santé, l‘autodiagnostic par les données s’est naturellement imposé par son efficacité sans égal, et inévitablement pour des raisons économiques. Si cela a créé au passage toute une série de nouveaux défis à la société, le fantasme d’une médecine d’abord préventive est finalement devenu réalité.

Mon corps, cette source intarissable de données

Auparavant, on m’envoyait faire des analyses de sang (ou d’urine) à la fréquence d’une ou deux fois par décennie. Elles sont maintenant réalisées en temps réel, tout au long de la journée. Des micro-capteurs mesurent mon taux de glycémie, ma masse graisseuse et musculaire, le nombre de globules et de plaquettes, les minéraux et autres marqueurs d’infection ou d’inflammation. Ils détectent des anomalies dans ma tension ou mon rythme cardiaque et tout indice de fatigue ou de stress. La nuit, ils jaugent l’efficacité de mon sommeil. En bref, ils scrutent ma qualité de vie.

Avec l’essor des nanocapteurs, je transporte l’équivalent d’un laboratoire d’analyse de niveau hospitalier du début du siècle dans un tout petit centimètre carré. Plus discret qu’un piercing, on le distingue à peine sous la peau de ma nuque où sont logées les cellules électroniques qui veillent sur mon état de santé 24/7. Énergiquement autonomes, elles se rechargent lors de chaque mouvement de mon corps. Ce sont elles qui transmettent des millions de données chaque jour au système de santé.

La recherche de symptômes a toujours comporté une part de subjectivité. Un élément que la société et les organes de régulation ont décidé de ne plus tolérer (à l’instar de la conduite de véhicules en mode manuel qui est bannie depuis une dizaine d’années). Elle a progressivement été remplacée par le diagnostic d’une intelligence artificielle guidée par trois types de données: les signaux produits en nombre par notre corps, le génome, la corrélation d’un cas avec des millions de précédents à travers le monde.

Il serait impossible de traiter manuellement, ne serait-ce qu’une infime partie, de la montagne de données recueillies. Imprimé, mon dossier médical tiendrait sur plusieurs millions de pages au format A4. La tâche dépasse désormais l’entendement humain.

Le traitement de nos données médicales par les géants de l’intelligence artificielle (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Yandex, Baidu, etc.) a bien rencontré des résistances au début, mais la majorité d’entre nous a préféré choisir les bénéfices de ces nouvelles technologies, notamment dans les régions où les médecins avaient disparu.

Un nouveau rôle pour le médecin

Dans le domaine de l’aviation, les pilotes de ligne naviguent depuis longtemps en mode automatique. Ils supervisent des instruments de vol et sont formés pour intervenir en cas de grave complication. Ils rassurent l’équipage et les passagers lorsque survient un imprévu. Mon médecin veille sur moi comme l’aiguilleur du ciel qui suit des centaines d’avions sur son écran radar. Il est alerté dès les premiers signes de turbulence, avant même la dégradation de l’état de santé de ses patients. En aval d’un diagnostic automatique, il entre en scène suivant les recommandations dictées par le système de santé.

Jour après jour, c’est une véritable collaboration qui s’instaure avec mon health manager. On partage et l’on échange autour d’une connaissance largement accessible via les systèmes experts de santé et les communautés en ligne. Il m’accompagne ainsi dans toutes les étapes de ma vie et m’aide à interpréter, à relativiser l’expertise implacable des systèmes intelligents de santé.

Le professionnel a dû simplifier son discours, naguère trop professoral, pour endosser un rôle de pédagogue. L’empathie n’est plus une qualité en option chez mon docteur, elle est au coeur de sa prestation.

Avec des progrès certainement trop brutaux, les gens rechignent à s’en remettre complètement à la décision des machines, aussi fiables soient-elles. Sa première mission est alors d’expliquer et de recréer des liens de personne à personne, par un dialogue constant.

Débarrassé des tâches répétitives et sans valeurs ajoutées, le praticien peut se concentrer sur ce qui le rend irremplaçable: un regard humain et extérieur sur la façon dont je « traite mon corps », avec le sens critique qui le distingue encore de la machine.

La santé, au-delà de la fatalité

Avec une expertise médicale qui s’est démocratisée et des systèmes de santé intelligents nourris au big data, l’espérance de vie a été repoussée au-delà de ce que nous pouvions autrefois considérer comme des limites franchissables.

La maladie et le vieillissement ne sont plus considérés comme des fatalités, mais des erreurs de parcours. Des fautes par négligence qui incombent souvent à sa propre responsabilité plutôt qu’à un coup du sort. La mort est une notion toujours plus lointaine; on en viendrait à culpabiliser qu’elle arrive un jour.

 

 

A paraître également dans la revue Swiss Sports & Exercise Medicine, 4/2017