Mon expérience patient en 2035

Ce billet est celui d’un patient hyperconnecté qui imagine son rapport à la santé dans une vingtaine d’années.

7 Avril 2035, mon fils vient d’avoir 18 ans. Une notification fait vibrer ma montre: c’est mon médecin qui me propose une téléconsultation. L’indicateur principal sur mon état de santé vient de passer du vert à l’orange.

Mon assistant de santé personnel s’appelle Hector et c’est un produit de la division Google Health avec laquelle j’ai souscrit un abonnement Premium (celui avec un minimum de publicité).

Hector vient d’identifier un risque d’AVC. Heureusement pas pour tout de suite, mais il pourrait survenir dans une période estimée entre 8 et 12 ans. L’alerte est annoncée avec un taux de fiabilité de 93%; il n’y a pas de temps à perdre.

Hector me propose trois spécialistes pour m’accompagner (dont deux sont localisés dans ma ville). J’ai cependant préféré recevoir l’avis de mon médecin de famille qui a réagi rapidement; il est déjà installé dans mon salon via une projection holographique. Son ton se veut rassurant: « un traitement préventif associé à des modifications dans votre comportement alimentaire, des exercices physiques ciblés et de la relaxation seront capables d’endiguer la menace avec 86% de chances de succès ». Sournois et souvent détecté trop tard, cela m’aurait sans doute été fatal au siècle dernier.

Dopé à l’intelligence artificielle, Hector m’a instantanément préparé un programme sur mesure. Mon praticien le supervisera et m’assistera dans son application; je peux compter sur lui pour répondre à mes questions d’humain à humain, pour me guider et me motiver, sans prise de rendez-vous.

Quand la santé devient la première préoccupation du quotidien

Chaque matin au réveil, Hector me concocte un podcast personnalisé (ce que nous appelions jadis une « émission de radio »). Après la météo et les actualités, j’écoute le bulletin de santé du jour, avec un plan d’action pour les 24 prochaines heures. Il contient diverses mises en garde, des conseils nutritionnels (adaptés à l’état du stock de mon frigo). Il me suggère notamment des activités sportives accommodées selon la météo et mon emploi du temps, des conseils pour influer sur mon niveau de stress ou un sentiment de fatigue naissant. Il me dicte la posologie des éventuels médicaments à prendre au cours de la journée (une notification sur ma montre me le remémorera au moment venu).

En tout temps, il est possible de demander des explications ou d’interroger son conseiller de santé virtuel. Normal, Hector est un agent conversationnel; il comprend et parle un langage tout à fait naturel. Et en cas de doutes ou d’incompréhension, mon médecin se joindra à notre dialogue.

La santé n’a jamais occupé une place aussi significative dans notre quotidien, devenant la principale préoccupation chez les biens portants. Prendre soin de soi peut par moments être ludique, à la manière du jeu vidéo des Sims ou les Tamagotchis de mon enfance; ces personnages dont il fallait s’occuper et ne pas laisser mourir en surveillant quelques indicateurs.

La file d’attente du cabinet médical appartient au passé; comme d’ailleurs les journaux et les brochures commerciales qui jonchaient les salles d’attente. La consultation est moins associée à un état de santé défaillant ou à la maladie, mais elle a évolué en une sorte d’assurance vie, au sens littéral.

Au-delà d’un thérapeute, on va consulter l’équivalent d’un coach de vie. Ce guide humain, que certains considèrent comme leur « ange gardien » dans un monde dématérialisé et robotisé, m’aide dans mes démarches curatives. Il m’oriente dans la fabrication d’obstacles face aux maladies du vieillissement, afin d’inhiber la maladie d’Alzheimer, de repousser les limites de ma mort et des usures du corps. Pour au final profiter pleinement d’une espérance de vie inédite dans l’histoire de l’humanité.

Longtemps décrié par les professionnels de la santé, l‘autodiagnostic par les données s’est naturellement imposé par son efficacité sans égal, et inévitablement pour des raisons économiques. Si cela a créé au passage toute une série de nouveaux défis à la société, le fantasme d’une médecine d’abord préventive est finalement devenu réalité.

Mon corps, cette source intarissable de données

Auparavant, on m’envoyait faire des analyses de sang (ou d’urine) à la fréquence d’une ou deux fois par décennie. Elles sont maintenant réalisées en temps réel, tout au long de la journée. Des micro-capteurs mesurent mon taux de glycémie, ma masse graisseuse et musculaire, le nombre de globules et de plaquettes, les minéraux et autres marqueurs d’infection ou d’inflammation. Ils détectent des anomalies dans ma tension ou mon rythme cardiaque et tout indice de fatigue ou de stress. La nuit, ils jaugent l’efficacité de mon sommeil. En bref, ils scrutent ma qualité de vie.

Avec l’essor des nanocapteurs, je transporte l’équivalent d’un laboratoire d’analyse de niveau hospitalier du début du siècle dans un tout petit centimètre carré. Plus discret qu’un piercing, on le distingue à peine sous la peau de ma nuque où sont logées les cellules électroniques qui veillent sur mon état de santé 24/7. Énergiquement autonomes, elles se rechargent lors de chaque mouvement de mon corps. Ce sont elles qui transmettent des millions de données chaque jour au système de santé.

La recherche de symptômes a toujours comporté une part de subjectivité. Un élément que la société et les organes de régulation ont décidé de ne plus tolérer (à l’instar de la conduite de véhicules en mode manuel qui est bannie depuis une dizaine d’années). Elle a progressivement été remplacée par le diagnostic d’une intelligence artificielle guidée par trois types de données: les signaux produits en nombre par notre corps, le génome, la corrélation d’un cas avec des millions de précédents à travers le monde.

Il serait impossible de traiter manuellement, ne serait-ce qu’une infime partie, de la montagne de données recueillies. Imprimé, mon dossier médical tiendrait sur plusieurs millions de pages au format A4. La tâche dépasse désormais l’entendement humain.

Le traitement de nos données médicales par les géants de l’intelligence artificielle (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Yandex, Baidu, etc.) a bien rencontré des résistances au début, mais la majorité d’entre nous a préféré choisir les bénéfices de ces nouvelles technologies, notamment dans les régions où les médecins avaient disparu.

Un nouveau rôle pour le médecin

Dans le domaine de l’aviation, les pilotes de ligne naviguent depuis longtemps en mode automatique. Ils supervisent des instruments de vol et sont formés pour intervenir en cas de grave complication. Ils rassurent l’équipage et les passagers lorsque survient un imprévu. Mon médecin veille sur moi comme l’aiguilleur du ciel qui suit des centaines d’avions sur son écran radar. Il est alerté dès les premiers signes de turbulence, avant même la dégradation de l’état de santé de ses patients. En aval d’un diagnostic automatique, il entre en scène suivant les recommandations dictées par le système de santé.

Jour après jour, c’est une véritable collaboration qui s’instaure avec mon health manager. On partage et l’on échange autour d’une connaissance largement accessible via les systèmes experts de santé et les communautés en ligne. Il m’accompagne ainsi dans toutes les étapes de ma vie et m’aide à interpréter, à relativiser l’expertise implacable des systèmes intelligents de santé.

Le professionnel a dû simplifier son discours, naguère trop professoral, pour endosser un rôle de pédagogue. L’empathie n’est plus une qualité en option chez mon docteur, elle est au coeur de sa prestation.

Avec des progrès certainement trop brutaux, les gens rechignent à s’en remettre complètement à la décision des machines, aussi fiables soient-elles. Sa première mission est alors d’expliquer et de recréer des liens de personne à personne, par un dialogue constant.

Débarrassé des tâches répétitives et sans valeurs ajoutées, le praticien peut se concentrer sur ce qui le rend irremplaçable: un regard humain et extérieur sur la façon dont je « traite mon corps », avec le sens critique qui le distingue encore de la machine.

La santé, au-delà de la fatalité

Avec une expertise médicale qui s’est démocratisée et des systèmes de santé intelligents nourris au big data, l’espérance de vie a été repoussée au-delà de ce que nous pouvions autrefois considérer comme des limites franchissables.

La maladie et le vieillissement ne sont plus considérés comme des fatalités, mais des erreurs de parcours. Des fautes par négligence qui incombent souvent à sa propre responsabilité plutôt qu’à un coup du sort. La mort est une notion toujours plus lointaine; on en viendrait à culpabiliser qu’elle arrive un jour.

 

 

A paraître également dans la revue Swiss Sports & Exercise Medicine, 4/2017

Facebook: la grosse fatigue?

Je viens d’être papa pour la seconde fois; le plus heureux des événements avec son cortège d’émotions. Mais pour annoncer l’arrivée du petit dernier, je me suis contenté d’envoyer quelques messages via SMS et WhatsApp.

Pourquoi n’ai-je pas partagé ce moment privilégié sur Facebook, alors qu’il était évident d’y communiquer la naissance de ma fille il y a quatre ans? Il semblerait que notre relation avec le réseau social se soit compliquée.

De réseau social à média dépersonnalisé

A ses débuts, Facebook n’était qu’une plateforme d’échange pour les étudiants américains. Avec presque 2 milliards de membres actifs par mois (et moins de 5% de faux profils), Mark Zuckerberg peut se targuer d’avoir constitué la plus grande communauté de l’Histoire.

Le réseau social s’est profondément transformé en une dizaine d’années, pour devenir le premier média de la planète. De «social», il ne reste aujourd’hui pas grand-chose depuis que les gens ont emporté leurs affaires personnelles sur les messageries instantanées WhatsApp et Messenger.

Les statuts individuels ont petit à petit cédé la place à des publications rédigées par les médias traditionnels et des leaders d’opinion; bref, par tous ceux qui trouvent un intérêt dans l’histoire. Rares sont les utilisateurs qui contribuent encore avec du contenu personnel, un tantinet original. La plupart de mes amis se servent du réseau en mode passif, en rasant les murs. Quant aux commentaires, ce sont à peu près toujours les mêmes qui «ramènent leur fraise» (dont je fais partie).

Il y a bien Instagram pour susciter un regain de créativité auprès d’un large public, mais il n’assume pas un rôle de «média social» avec un usage qui reste majoritairement anonyme, limité à la diffusion de photos et vidéos.

Sur Facebook, de nouvelles fonctionnalités apparaissent régulièrement pour tenter d’apporter un second souffle à nos récits personnels. Pourtant, ni les souvenirs (ce jour-là), les filtres ou les récentes Stories ne sont parvenus à endiguer ce manque d’engagement sur la plateforme.

Crise de confiance

Facebook paierait-il l’addition pour son manque de transparence dans l’exploitation de nos données personnelles? Au-delà d’une certaine lassitude, la curiosité des débuts a cédé la place à l’anxiété; chacun craignant de se voir déposséder de sa vie privée, d’une atteinte à sa réputation en ligne, ou d’être même un jour poursuivi par ses enfants pour avoir publié quelques anodines photos de famille.

Et si les utilisateurs comprennent le principe de «quand c’est gratuit c’est que je suis le produit», beaucoup le considèrent comme un marché de dupe.

Un empire publicitaire au stade embryonnaire

Le désengagement visible des utilisateurs n’est pas sans répercussion sur la stratégie marketing des entreprises. Frileux et repus d’information, les consommateurs refusent désormais de suivre aveuglément telle marque de pâte à tartiner ou le salon de coiffure du quartier. L’époque où il fallait à tout prix bâtir sa communauté de «fans» est révolue.

Les publicitaires doivent changer leur fusil d’épaule et cibler des communautés plus authentiques, comme les véritables centres d’intérêt des consommateurs. Des données disponibles à foison sur le réseau, qui recoupés avec des critères sociodémographiques représentent une mine d’or numérique. Ce n’est pas par hasard si Facebook domine actuellement le marché mondial de la publicité en ligne, conjointement avec Google.

Malgré la dépersonnalisation qui affecte son réseau principal, Facebook est en mesure de tirer sur toutes les cordes étant donné que les messageries WhatsApp et Messenger lui appartiennent également. Une annonce est aussi attendue le mois prochain dans le domaine de la télévision; un autre média traditionnel qui risque de passer quelques nuits blanches…

 

 

Statistiques Facebook (mai 2017)

Le numérique fait-il de nous des junkies?

Comme un vigneron qui viendrait confesser que le vin soûle, je vous propose d’aborder un sujet que les technophiles taisent à l’ordinaire : la tendance addictive du digital.

Connaissez-vous cette manie qui consiste à dégainer son portable comme Lucky Luke, dès les premiers instants de cerveau disponible? Vous arrive-t-il de vous reconnecter ainsi sans but précis, juste pour vérifier s’il n’y a rien de nouveau? Peut-être dans l’expectative d’un ultime like sur votre réseau social favori? À moins que vous ne guettiez l’arrivée d’un message sur WhatsApp ou un courriel de votre chef. D’autres sont accros à l’actualité, à des jeux comme Pokemon GO ou Minecraft. J’ai même un beau-père qui ne décroche pas des enchères en ligne sur eBay.

Pour les psys, ces syndromes portent le nom de trouble obsessionnel compulsif (TOC). Mais comment ne pas devenir un « toqué du numérique », alors que nous consultons notre portable plus de 200 fois par jour en moyenne, avec au total plusieurs milliers d’interactions à la fin de la journée sur l’ensemble de nos appareils (clics, tapotements, voix, joystick pad, etc.)

Selon l’institut Nielsen, les Américains passent aujourd’hui 10 heures et 39 minutes par jour devant un écran. L’essentiel de cette activité est consacré à consulter son smartphone, suivi par la télévision, un ordinateur et finalement une tablette […] En enlevant la période de sommeil, 7h30, il ne reste que 6 heures par jour pour se confronter au réel, souvent avec réticence. «L’économie de l’irréel au pouvoir», Stéphane Garelli

Dans une vidéo qui a fait le buzz, le conférencier Simon Sinek raconte que l’addiction aux écrans serait engendrée par «un shoot de dopamine». La dépendance surviendrait dans un processus de gratification immédiate, suivi immanquablement par un phénomène de manque.

Des pistes pour trouver un équilibre

Je partage avec vous quelques-uns de mes trucs pour éviter la surchauffe des neurones. Puissent-ils augmenter votre productivité, vous épargner une onéreuse digital detox, ou encore contribuer à la paix de votre ménage.

  • Cultiver une «pleine conscience» de tous les instants, afin de garder à l’esprit ce que l’on souhaite accomplir dans l’heure et d’ici la fin de la journée.
  • Réduire les notifications au minimum. Désactiver tous les avertissements en provenance des réseaux sociaux et télécharger ses courriels manuellement (après avoir terminé une activité). Et si ce n’est pas suffisant, accomplir ses tâches en mode avion. Selon Simon Sinek, « les notifications ont pris trop d’importance dans notre quotidien, au point d’influer sur l’estime et la confiance en soi des utilisateurs qui restent suspendus aux réactions de leur communauté en ligne. ».
  • Lever la tête pour réfléchir: le idées ne viennent pas avec les yeux embués dans un flot d’information. Les écrans sont connus pour exercer un pouvoir hypnotique, contre-productif pour la créativité. Je change de lieu de travail plusieurs fois par jour pour renouveler mon énergie et profite ainsi de me réoxygéner lors de chaque transition.
  • Réaliser lorsqu’on passe en mode zombie. Marquer un arrêt complet avec les outils digitaux, aérer la pièce, marcher. Dans la mesure du possible, faire une sieste régénératrice ou une séance de méditation. Effectuer des pauses régulières pour ne pas atteindre ce stade…
  • Privilégier les échanges humains: le temps d’une séance professionnelle, d’une soirée galante ou d’une partie de jeu avec les enfants; on goûte au plaisir de rester déconnecté.
  • Quantifier son utilisation des médias & réseaux sociaux. Définir un quota journalier et décompter le temps passé. Attention, l’addition peut se révéler salée.
  • Porter une montre:  je constate qu’un ami en porte à nouveau une à son poignet, il m’explique: «c’est pour éviter la tentation de replonger à tout moment dans l’effervescence de mon smartphone».
  • Au lit? No-go zone!

« Il n’y a rien de mal dans l’usage des réseaux sociaux et des smartphones. Le problème, c’est le manque d’équilibre. »
— Simon Sinek

L’immersion dans le virtuel, jusqu’à la nausée?

Pour le spécialiste de la réalité augmentée Robert Scoble, nul doute que nous travaillerons bientôt simultanément sur une multitude d’écrans virtuels. Comment? Avec un casque de réalité virtuelle vissé sur la tête. Par exemple, «si vous êtes un trader et que vous travaillez avec 5 écrans devant vous, vous pourrez bientôt en voir 2500.». Chez moi, je crains que cette immersion permanente ne provoque une gueule de bois sans fin.

Trouver une place pour l’humain et son propre équilibre au centre d’un univers numérique en perpétuelle expansion, voilà un autre défi pour le siècle.

 

A lire aussi: Désactivez vos Notifications Push!

Post-vérité: chacun choisit de croire ce qu’il a envie de croire

L’émission « 20h55 le jeudi » sur France 2 a présenté en exclusivité ce 15 décembre un dialogue entre Vladimir Poutine et Nicolas Sarkozy qui avait été enregistré lors du G8 en 2007. On découvre l’ancien président français sortant groggy de l’entretien après une conclusion peu diplomatique de son homologue russe : « Si tu continues sur ce ton je t’écrase […] »


Deux jours après la diffusion de ce documentaire, je tombe sur une interview de Jean-David Levitte, l’ancien conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy. Il remet en question la véracité du reportage et met en avant les preuves qui démontrent que cette rencontre n’aurait, en fait, pas tourné au pugilat.

Ce cas anecdotique me paraît cependant symptomatique de l’ère post-factuelle: dans un premier temps le lecteur est attiré par une publication racoleuse (en l’occurrence diffusée par la première chaîne de TV publique française, à priori crédible). Les faits sont ensuite contestés par une personnalité influente, dont les propos sont relayés par un autre média de référence (le magazine Le Point). Chaque version devient plausible ou improbable; cochez ce qui vous convient.

Cette année 2016 a vu le débat d’opinion basculer dans une contestation systématique des faits. Exit les nuances de gris, cette course à l’information/désinformation nous promet une marge d’erreur constante de 50%. L’avantage, c’est qu’à chaque coup on sait à l’avance que l’un des protagonistes use de manipulation ou que son contradicteur fait preuve d’une mauvaise foi crasse. Allez savoir lequel…

Brexit, élections américaines, Syrie, 11 septembre, changement climatique, ondes électromagnétiques: comme dans une partie de morpion jouée par des machines, le résultat de ce jeu d’influence et de dupes est toujours nul. Désemparés nous choisissons de croire ce que nous avons envie de croire; la vérité n’est plus un fait mais une opinion.

Le numérique trouve sa place au cœur de l’enseignement (au-delà de la programmation)

Le numérique va prendre le chemin des écoles; comment pourrait-il en être autrement alors qu’il est désormais au centre de tout ? Dans ce débat, il y a un point où je serais tenté d’inscrire “hors sujet” en rouge sur la marge: la question de l’enseignement de la programmation.

Ma crainte est de voir l’informatique instruite sous une forme obsolète et finalement secondaire; un peu comme si l’on misait tout sur le latin/grec pour préparer nos enfants à leur avenir, eux qui connaîtront encore une accélération sans précédent. Non, le numérique n’est pas la discipline qui vient juste après l’éducation physique et les travaux manuels; c’est une nouvelle culture qui doit trouver naturellement sa place au coeur de l’enseignement.

J’ai appris à programmer à l’âge de 10 ans (en 1981) et assimilé depuis plusieurs langages informatiques. Mais je ne crois pas que ce soit un prérequis aujourd’hui: on peut dorénavant assembler des modules applicatifs dans le cloud computing à la manière de Legos et réaliser des sites web assez complexes sans une seule ligne de code (et si nécessaire, tous les experts sont à disposition en ligne pour quelques dollars seulement). L’informatique a en quelque sorte rejoint le niveau d’abstraction qu’a connu l’électronique il y a une quarantaine d’années. En bref, ce n’est pas forcément moins compliqué qu’avant mais on peut se concentrer sur d’autres choses.

Avec chaque progrès survient le besoin pour des compétences nouvelles; ainsi les enfants doivent maintenant développer des facultés inédites pour parvenir à analyser des problèmes, façonner des algorithmes, organiser des données, maîtriser les réseaux sociaux. Je vois même une urgence qui n’a rien de technologique: apprendre à mieux communiquer dans un monde globalisé (avez-vous constaté comme les petits Anglo-saxons sont nettement plus à l’aise à l’expression orale ?) Et pour faire face à une intelligence artificielle qu’on annonce omnipotente, il serait opportun d’aiguiser dès à présent un aspect fondamentalement humain: le sens critique.

Entrepreneur de lui-même, il a 20 ans et gagne «12’000 balles» (et frime un peu)

Installé à la terrasse d’un café, je me laisse distraire par une conversation téléphonique qui démarre quelques tables plus loin:

« Tcho mec, c’est incroyable ce qui m’arrive [mec] (son mode de ponctuation) J’ai tellement bien fait de quitter mon patron [mec] Je bosse comme un taré maintenant (rires…); 14 heures par jour, même le samedi, t’imagines [mec]?!..»

C’est un gamin d’environ vingt ans, musculeux et outrageusement bronzé, qui s’entretient avec celui qui j’imagine être son meilleur ami: 

« Tu le croiras pas [mec] à la fin du mois je vais toucher 12’000 balles, net sur mon compte à la poste! Encore une semaine et viva la fiesta à Pattaya! Eh, pis après [mec] j’ai un autre mandat à 50’000 qui m’attend. C’est de la folie [mec]!.. »

Trahi par son bermuda de travail, je comprends que ce garçon est un ouvrier du bâtiment. J’apprendrai au fil de sa conversation qu’il est monteur de fenêtres sur un chantier, un peu plus loin dans la rue.

Au-delà de l’amusement que me suscite le personnage avec son « parler jeune », je m’interroge sur cette fameuse génération Y qui a été étiquetée de tous les noms d’oisif: démotivée, ingérable, anar… Toute une tranche d’âge qui serait carrément désintéressé, pas moins que ça. Une stigmatisation que je crois largement exagérée; et si le comportement décrié n’était que la démonstration d’une capacité d’adaptation? Dans les entreprises, cela fait un moment qu’on a jeté les plans de carrière aux oubliettes. Pour qui donc, ou pour quoi, ces jeunes nés à la fin des trente glorieuses voudraient-ils mouiller la chemise, en sachant qu’ils n’atteindront probablement pas les revenus de leurs parents?

Le monde du travail a amorcé sa profonde mutation, pour le meilleur ou pour le pire (les avis divergent). L’activité indépendante est en essor; selon une étude, 40% de la main-d’oeuvre aux États-Unis gagnera sa vie sous ce régime en 2020. J’ai 45 ans et cela fait presque cinq ans que je suis indépendant (quinze ans comme entrepreneur). Jamais je ne me suis senti aussi stable professionnellement: il y a en effet peu de chance que je perde tous mes clients en même temps. Et vous savez quoi? Il est plus facile d’en acquérir de nouveaux que de passer au travers d’hasardeux processus d’embauches.

Je suis convaincu que notre économie en mutation réserve un trésor d’opportunités à ceux qui ont décidé de prendre en main leur destin professionnel. Devenir « entrepreneur de soi », c’est créer un contrepoids à l’évaporation de la sécurité de l’emploi. Une posture que les employés devraient adopter sans tarder, ne sachant à quelle sauce ils seront prochainement mangés. Tout le monde n’est certes pas prédisposé à voler de ses propres ailes, où la frontière entre vie professionnelle et privée demeure ténue. Pourtant, se lever chaque matin passionné par son métier avec une flexibilité absolue dans l’organisation de son temps permet de jouir d’une autre forme de liberté; beaucoup plus épanouissante qu’attendre chaque jour le coup de sifflet qui marque la fin du temps de travail réglementaire.

Dans le secteur des services, la désintermédiation bat son plein. Des plateformes comme Upwork, Toptal, ou Freelancer (et bien sûr Linkedin) accueillent déjà plusieurs dizaines de millions de freelancers à travers le monde: informaticiens, rédacteurs, traducteurs, architectes, designers, etc. Si dans le tertiaire la compétition se joue désormais à l’échelle globale, le secteur secondaire devrait suivre fatalement le mouvement, mais avec un avantage de taille: déléguer à l’étranger des missions via internet s’avère logiquement plus compliqué pour des travaux manuels. Un répit qui ne sera que de courte durée, quelques années avant le boom de l’impression en 3D des matériaux transformés qui permettra, par exemple, la production à moindre coût de n’importe quel élément de construction.

Sur les chantiers, on posera bientôt des fenêtres imprimées en 3D aussi facilement qu’on assemble des LEGO. Parmi les ouvriers, on observera quelques robots ayant atteint l’âge de maturité. Environ une vingtaine d’années.

Le petit futé voyage désormais connecté

Vive les vacances ! Et adieu les vadrouilles encombrées par le poids des guides en papier, à jouer au boy-scout pour déchiffrer des cartes touristiques. Aujourd’hui je dévore les bons plans glanés sur le net en suivant des itinéraires tracés sur mon iPhone (ou l’Apple Watch). La technologie apporte une nouvelle dimension au voyage et permet, paradoxalement, de relever la tête. Suivez le guide!…

Sur l’écran de mon smartphone, une région devient un jeu de Pac-Man grandeur nature où je pars engloutir des repères préalablement enregistrés sur Google Maps (représentés sous la forme d’étoiles sur l’application), suivant une sélection des lieux réputés à la ronde: une exposition à ne pas manquer, le top des musées, des sites historiques, le marchand de glace dont tout le monde parle… Pour moi, l’expérience s’avère plus ludique et enrichissante qu’une chasse aux Pokémon; parce que la réalité n’est ici pas grimée mais révélée.

Avec leur évolution, les applications de navigation débouchent notre horizon; elles nous permettent de découvrir ce qu’il y a au-delà de ce qui relie un point A à un point B. Depuis l’arrivée du GPS, on ne voyage plus comme avant en voiture, et c’est désormais aussi vrai à pied ou à vélo.

Une journée qui se prépare en ligne

Une journée de découvertes commence par la reconnaissance virtuelle des lieux, et je vais enregistrer méthodiquement dans l’application Google Maps les points d’intérêt dans la zone que je souhaite explorer. Mes bons tuyaux, je les grappille essentiellement sur des billets de blog (rédigés de préférence par des « locaux de l’étape »), ou encore sur l’incontournable TripAdvisor, mais aussi sur des applications comme Foursquare et la version numérique du célèbre guide Lonely Planet .

Sur Google Maps on peut rechercher une adresse, un nom d’établissement ou une attraction locale. Il est également possible d’effectuer une recherche par catégorie, en utilisant des mots clés au sens plus large pour dénicher son bonheur dans les alentours, par exemple: des théâtres, cinémas, piscines municipales, cafés, restaurants, bars, épiceries, etc. Parmi les nouveautés de Google Maps, il y a la possibilité d’effectuer ce type de recherche en cours de trajet (à pied ou en véhicule). L’outil idéal pour organiser des escales dont on se souviendra!

Le navigateur de Google intègre aussi les transports publics avec leurs horaires, et ceci presque pour le monde entier: trains, bus, Uber (évidemment) et parfois même les taxis traditionnels (si, si). Pour le globe-trotteur c’est une petite révolution qui simplifie grandement la mobilité, jusqu’alors refrénée par la complexité des réseaux de transport urbain.

Je me laisse donc guider par l’iPhone le long d’un parcours minutieusement jalonné, où la fantaisie autorise toutes les échappées (puisqu’il est impossible de se perdre). A noter que depuis la dernière version de l’application Google Maps, on peut ajouter plusieurs étapes à un itinéraire pédestre (ou en voiture). J’ai par exemple l’habitude de ponctuer mes pérégrinations par des pauses-café, rarement dans le premier troquet venu mais je cède volontiers à la mode du « third wave of coffee » où des passionnés hirsutes servent un petit noir dont ils détiennent le secret.

Economiser les batteries

Tous ces kilomètres à pied, ça use, ça use… les accus. Je vous livre quelques astuces pour garder le cap toute la journée. Et sinon, il ne vous restera qu’à suivre les cohortes de touristes armés de selfie-sticks qui s’agitent tous dans la même direction…

  1. L’iPhone possède depuis peu un mode économie d’énergie qui, étonnamment, ne bride que très peu les fonctionnalités de l’appareil (il bloque des tâches de fond énergivores). Je vous conseille de l’enclencher dès le début d’une balade ! Ce paramètre s’active dans les Réglages, puis sous l’option Batterie.
  2. Enregistrez des zones géographiques pour une consultation hors connexion, cela préservera la batterie et vous fera économiser des frais de roaming. Pour Google Maps, suivez ces instructions.
  3. Dans votre besace, n’oubliez pas d’embarquer un petit chargeur ou un câble de recharge rapide.

L’émergence d’un nouveau canal publicitaire

Evidemment, ce n’est pas pour rien si Google et Apple se livrent actuellement une bataille pour cartographier chaque recoin de notre planète. Comme toujours sur internet, la gratuité n’est qu’une impression de surface. Car d’un point de vue économique, les enjeux sont colossaux: nous sommes à l’aube d’un énorme marché publicitaire qui consiste à appâter le chaland pour l’amener jusque au point de vente physique (des restaurants, magasins, attractions, etc.).

Certains choisiront alors de tout débrancher pour redécouvrir la joie éphémère de s’égarer vraiment dans une ville, de passer par des chemins de traverse, des quartiers qui n’ont rien d’autre à offrir qu’une authenticité complètement désintéressée. Quitte à y perdre son temps, le luxe ultime.

Adieu la « télé »

Le Petit Journal de Canal+ s’arrêtera fin juin. Une nouvelle anodine, mais qui symbolise pour moi la fin d’une époque. Je suis un enfant de la télé qui voit le générique de fin tomber sur le petit écran.

Mon sevrage télévisuel a été progressif pour s’achever avec le rendez-vous quotidien des JT, que je visionnais en léger différé via la Swisscom TV. Un rituel quasi religieux qui commençait sur RTS Un et se poursuivait parfois avec le journal de France 2 (en attendant le trublion Yann Barthès qui a su réinventer le genre).

Les Suisses passent moins de 2 heures par jour devant la TV, contre 5 heures aux Etats-Unis.

En faisant le compte, le solde demeurait démesuré: quelque 300 heures par année passées devant la TV; soit l’équivalent de six semaines de travail, ou soustraites à d’autres activités. Alors que le temps serait plus précieux que l’argent, je ne trouve désormais aucun stimulus à suivre ces messes de l’ère cathodique. A 20 heures, j’ai déjà été informé pendant la journée par l’intermédiaire de nouveaux rancards avec l’information: sur les réseaux sociaux (par dosettes), via des applications dédiées comme Le Temps (dans les transports et comme tout le monde au petit coin). Je me connecte parfois aussi à des agrégateurs de contenu comme Nuzzel ou Flipboard. Et avec les notifications automatiques sur nos smartphones, il est impossible de manquer une breaking news.

Sur Facebook, on dénombre 1,65 milliard d’utilisateurs actifs par mois qui y consacrent en moyenne 50 minutes par jour (contre 17 minutes sur Youtube).

Malléables, les réseaux sociaux sont le reflet de ce que nous en faisons et se révèlent à moi comme d’incomparables outils d’éveil et de veille. Sur Facebook, j’ai appris à dompter l’algorithme en jaugeant la pertinence des informations reçues; dans le but de faire progresser la qualité de mon flux d’actualités.  Et j’y trouve d’ailleurs des productions issues des chaînes de télévision traditionnelles, en général celles qui sont susceptibles de m’intéresser.

Les vidéos produites pour le web surpassent le légendaire prime-time aux États-Unis.

Dans mon salon trônera encore un grand écran connecté, quant à la téloche elle peut reposer en paix au paradis des avachis. Bientôt, on ne regardera plus la « télé » mais on suivra des productions sur le net. La tendance actuelle vers la désintermédiation voudrait qu’elles s’affranchissent prochainement de leurs chaînes.

La dématérialisation comme palliatif à nos penchants matérialistes

Ca y’est, après dix ans je déménage. Dans les cartons, je range des centaines de CDs et DVDs qui ne finiront pas sur une étagère, mais à la cave. Pourquoi enlaidir un intérieur rénové dans le style épuré avec ces ribambelles multicolores qui attrapent la poussière ?

Heureusement, le format MP3 est dépassé: avec mon abonnement sur Qobuz.com, j’accède à plus de trente millions de titres en streaming et en qualité CD (format FLAC), ou même en haute définition (échantillonné en 24 bits, oui on entend la différence). Tout ça pour le prix de quelques albums par mois.

Et c’est pareil pour les films. Il y a une vingtaine d’années, je désirais constituer ma filmothèque idéale et achetais des DVDs pour les revoir plus tard. Un acte onéreux et futile dès lors qu’il aurait fallu plusieurs vies pour les visionner… sur un support qui est déjà obsolète. En ligne, l’offre n’est pas aussi abondante que pour la musique, mais les productions disponibles sur Netflix, Swisscom TV et d’autres sites satisfont mes attentes de cinéphile. A la fin, c’est de toute façon le temps qui manque. Un film c’est long, alors que dire des séries !

Et les livres, ceux en papier ? Ils sont les derniers rescapés et vont retrouver la chaleur d’une bibliothèque. Pourtant, le confort de lecture sur ma liseuse Kindle Paperwhite demeure inégalable à mes yeux. Il est probable que les offres de location illimitées aient bientôt raison de cet ultime fétichisme.

Le seul objet qui importe finalement en 2016, c’est son smartphone. Les ados l’ont bien compris; eux qui entretiennent un autre rapport avec la propriété matérielle, ils ne voient plus l’intérêt de posséder ce qui est disponible à portée de clic, et de manière quasi illimitée.

Les centaines de milliards d’applications téléchargées ne peuvent être sans incidence sur notre enclin à consommer des biens physiques. Ainsi, combien de nos achats compulsifs sont désormais détournés vers les app stores plutôt que des boutiques ?

La dématérialisation pourrait-elle avoir un effet palliatif sur nos penchants matérialistes ? Si tout doit aujourd’hui tenir dans notre portable, cela vaut aussi pour nos petites addictions.

Les enjeux colossaux de la conversation homme-machine

Le web est né il y a exactement un quart de siècle au CERN à Genève, mais étonnamment nous utilisons toujours une souris et un clavier électromécaniques pour naviguer dans cette gigantesque toile de données. Si l’émergence des écrans tactiles n’a pas vraiment révolutionné son fonctionnement, les balbutiements de Siri et Google Now nous montrent une nouvelle voie.

Les limites du web actuel

Les améliorations de son interface, des graphismes ou ce qu’on désigne comme l’expérience utilisateur ne sont en fait que des béquilles pour pallier l’impossibilité de converser naturellement avec nos appareils. Non, l’usage du web et des applications mobiles n’est pas intuitif lorsqu’il s’agit de résoudre des problèmes un tantinet complexes, dans un contexte donné.

Prenons l’exemple des achats en ligne: le processus ne répond actuellement pas au comportement inné du consommateur, mais à une inepte logique applicative et des contraintes visuelles. Dans un futur proche, une demande pourra être finalisée à partir de simples échanges en langage naturel, sur une messagerie instantanée. Imaginons cet échange avec le bot Alexa :

– Alexa, je veux le short de Stan Wawrinka, celui qu’il portait lorsqu’il a gagné Roland Garros.

– OK Blaise. Il peut vous être livré demain dans votre taille, pour 90 CHF, frais de port offerts. Pour confirmer l’achat avec votre carte VISA, dites « commande ».

– Euh, c’est pour offrir. J’en ai besoin en taille XL et avec un paquet cadeau.

– D’accord Blaise, pour confirmer dites « commande ».

– Commande.

– Merci Blaise, votre voix a été authentifiée et le paiement est validé.

Au-delà de la parole, maîtriser la distribution

Les géants du net ont entamé une course à la recherche et au développement. Celui qui aura dompté en premier la conversation homme-machine prendra un avantage compétitif déterminant.

L’enjeu n’est pas des moindres: dominer les futurs canaux de distribution des biens et des services, se passer des intermédiaires.

Ainsi, Google travaille sur une application de messagerie dédiée, Amazon a déjà lancé une première mouture de son assistant virtuel Echo, Facebook planche sur une version intelligente de Messenger baptisée « M ». Sans oublier Siri chez Apple et l’évolution attendue de la messagerie Whatsapp. Quant à l’outsider Viv, il serait en avance sur la mêlée selon des blogs spécialisés.   

Une rupture pour les acteurs du digital

La diminution de notre dépendance aux écrans va bouleverser nos habitudes de consommation. Bientôt, des conseillers personnels omniscients guideront nos achats en ligne vers le produit le plus adapté à un besoin que nous aurons intuitivement exprimé, par oral ou par écrit. Le conseiller-robot aura réponse à presque tout, partout où nous avons besoin de lui: dans notre salon, la cuisine, la voiture, etc.

A l’heure où la transformation digitale devient une priorité pour l’industrie traditionnelle, le secteur du numérique devra lui aussi se redéfinir sous le diktat de l’intelligence artificielle. Les acteurs du digital que sont les spécialistes en référencement, les agences de marketing ou les professionnels du e-commerce peuvent déjà songer à se réinventer s’ils ne veulent pas être exclus de la discussion.


Photo: Her de Spike Jonze – 2013